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Cet ouvrage démêle la part des faits vérifiés des simples rumeurs. Aux pesticides s’ajoutent d’autres facteurs : maladies, parasites et prédateurs, pratiques agricoles et apicoles, mais également changement des milieux et du climat, et effet de synergie pesticides-pathogènes. Comment enrayer ce phénomène en France et dans le monde ?

Nos abeilles en péril

Cet ouvrage démêle la part des faits vérifiés des simples rumeurs. Aux pesticides s’ajoutent d’autres facteurs : maladies, parasites et prédateurs, pratiques agricoles et apicoles, mais également changement des milieux et du climat, et effet de synergie pesticides-pathogènes. Comment enrayer ce phénomène en France et dans le monde ?

Mis à jour le 15/04/2019
Publié le 25/04/2019

Le taux de mortalité des abeilles ne cesse d’augmenter. Les informations soulignant ce déclin se succèdent, apportant parfois plus de confusion que d’éclaircissement.

Un tour d’horizon des solutions possibles est proposé, certaines déjà expérimentées, d’autres encore dépendantes des recherches en cours ou à engager.

Les auteurs répondent également aux questions que tout un chacun peut se poser sur les abeilles : quel est le rôle des abeilles domestiques et sauvages dans les milieux naturels et agricoles ? Comment vivent-elles ? Quel est le poids économique de l’apiculture mondiale aujourd’hui ?

En effet, si les besoins des abeilles ne sont plus satisfaits, les nôtres pourront-ils l’être encore longtemps ?

 

Les auteurs 

Vincent Albouy est un ancien attaché au laboratoire d’entomologie du Muséum national d’histoire naturelle de Paris. Il s’intéresse depuis près de 30 ans aux insectes communs et à leur protection, notamment au travers des jardins. Auteur de nombreux ouvrages grand public sur les insectes, il est actuellement président d’honneur de l’Office pour les insectes et leur environnement. 

Yves Le Conte est apiculteur amateur depuis sa plus tendre enfance. Il est actuellement directeur de recherche à l’Inra d’Avignon où il dirige l’unité Abeilles et Environnement. Il y développe des programmes de recherche sur la communication chimique chez les abeilles, les mécanismes, l’évolution et les perturbations des régulations sociales des colonies, et sur le parasite de l’abeille, Varroa destructor. Depuis quelques années, son activité s’est centrée sur la compréhension des phénomènes responsables du déclin des populations avec une approche physiologique, comportementale, écologique, pathologique et toxicologique. Il est aussi coéditeur de la revue scientifique Apidologie. 

Nos abeilles en péril

Editions Quae – coll. Carnets de sciences, 192 pages, avril 2019 – 22 euros

EXTRAITS

Les médias se sont fait largement l’écho de l’exode des ruches des campagnes vers les villes. Les zones urbaines seraient aujourd’hui un havre de paix pour les abeilles, comparées aux dures conditions qui règnent dans les campagnes. Les observations des apiculteurs depuis une trentaine d’années ont en effet montré tous les avantages que les colonies peuvent retirer de leur installation en ville. Le microclimat est plus favorable que celui des campagnes alentours car les bâtiments freinent les vents froids, le chauffage urbain atténue ou supprime les gelées. 

Les plantations dans les jardins privés ou publics et les arbres d’aligne- ment représentent une importante ressource en nectar et en pollen, avec des floraisons très variées et s’étalant sur une grande partie de l’année. Les zones urbaines ne connaissent pas les épandages massifs de pesticides des zones agricoles. Quelques témoignages de récoltes importantes ont fini par accréditer l’idée de la ville nouvel eldorado des abeilles.
La réalité est plus mitigée. Seul fait indéniable, la douceur du microclimat facilite l’hivernage et permet des sorties plus précoces en saison comme le matin. La ressource florale est très variée, mais étant donné l’importance des surfaces bâties, elle n’est pas forcément plus importante à l’hectare qu’à la campagne, surtout dans les centres-villes. Les rendements importants de certaines ruches s’expliquent peut-être en grande partie par la faible densité des colonies. Leur multiplication suite à l’engouement des particuliers comme des municipalités pour l’apiculture urbaine influe sur ce paramètre. Certains apiculteurs ayant suivi ces dernières années des ruches en ville ont effectué des récoltes bien plus faibles que dans les zones rurales environnantes. L’absence de pesticides est toute relative. Les molécules circulent vite dans l’atmosphère, et le service de contrôle de la qualité de l’air à Paris les détecte dans les 24 heures qui suivent les épandages dans la Beauce ou en Picardie quand la direction des vents est favorable. La mode des ruches urbaines conduit à une surpopulation. La disette, voire la famine, règnent à certains moments de l’année : 95 % du sol de la ville de Paris sont artificialisés, ce qui laisse peu de place aux végétaux. Enfin, certains inconvénients, comme les effets de la pollution atmosphérique due aux rejets des gaz brûlés, sont mal évalués. 

La vie semble un peu plus facile pour les abeilles en ville, mais celle-ci est loin de constituer une oasis qui pourrait les préserver à long terme. 

 

Bandes en herbes 

La réglementation européenne oblige à aménager des bandes tampons de 5 mètres de largeur le long des cours d’eau traversant les exploitations agricoles afin d’améliorer la qualité des eaux. Le sol nu est interdit, il doit être protégé par un couvert permanent de plantes herbacées, de buissons ou d’arbres, qui doit idéalement évoluer de manière à devenir semi-naturel. La fertilisation est interdite, et les traitements par les pesticides réglementés. Le labour est interdit mais le travail superficiel du sol, le broyage, la fauche et le pâturage sont autorisés. 

Ces bandes tampons représentent un potentiel de plusieurs centaines de milliers d’hectares au niveau de notre pays. Elles peuvent être aménagées pour les abeilles en implantant des mélanges pérennes pour jachères apicoles, en plantant des arbustes ou des arbres autochtones intéressants pour les abeilles, en laissant la végétation spontanée s’implanter et en la gérant par une fauche annuelle après la floraison avec exportation des produits de fauche pour favoriser les plantes à fleurs par rapport aux graminées. Il va de soi que ces zones tampons ne devraient pas recevoir d’insecticides en provenance de la culture contiguë. Le vent peut ainsi transformer ces bandes en formidables pièges à pesticides pour les insectes venant y butiner. 

Toutes ces pistes, dont l’intérêt pour les abeilles a été prouvé par des expérimentations sur le terrain, sont en phase avec les conceptions de la lutte intégrée ou de l’agriculture écologiquement intensive, car elles profitent large- ment à de nombreux auxiliaires des cultures. Là encore, leur mise en place à grande échelle dépend de l’évolution des mentalités dans le monde agricole. Un exercice crucial dans ce domaine est d’associer agriculture et apiculture et de montrer que les uns sont nécessaires aux autres.