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Races locales et races menacées

Des travaux de zootechniciens, généticiens et chercheurs en sciences sociales de l’Inra sur la gestion des ressources génétiques animales concernant des races à petits effectifs en France montrent que la conservation de ces espèces passe nécessairement par leur valorisation, notamment via des systèmes d’élevage et des produits spécifiques.

Races animales menacées © Anne Lauvie
Par Patricia Léveillé
Mis à jour le 23/02/2018
Publié le 22/02/2018

En France, la définition de race locale (animale) est inscrite au Code Rural Français dans l’article D-653-9 : « une race majoritairement liée par ses origines, son lieu et son mode d’élevage, à un territoire donné ». Selon la loi toujours, on parle de race locale lorsque 30 % des effectifs d’une même race sont recensés dans un seul département ou 70 % dans 3 départements limitrophes. La taille totale de la population animale n’entre pas dans les critères de définition. Il existe des races locales à effectifs importants ou en expansion géographique, par exemple les vaches Salers, Aubrac, Abondance comme il existe des races locales à petits effectifs : la Maraichine ou la Bretonne Pie-Noire. Celles dont les effectifs sont trop faibles n’ont pas de schéma de sélection et font l’objet d’un dispositif collectif de conservation.

Une race en conservation ou race menacée d’abandon pour l’agriculture est définie notamment par rapport au nombre de femelles reproductrices, avec un seuil qui varie selon les espèces.

Seuil du nombre de femelles reproductrices en deçà duquel une race est considérée comme menacée d'abandon pour l'agriculture.. © Inra, Véronique Gavalda
© Inra, Véronique Gavalda

 

Où sont conservées les races menacées ?

Très majoritairement chez les éleveurs, qui sont les premiers acteurs de la conservation, mais il peut aussi y avoir des troupeaux dans des écomusées ou parcs par exemple. Du matériel biologique (semences) peut être stocké dans des cryobanques en complément de la conservation in situ, pour être utilisé si la race était trop fragilisée. On parle alors de conservation ex situ. La conservation in situ, dynamique, participe aussi au maintien de savoirs et savoir-faire associés.

Sur l’ensemble des 179 races locales recensées, au sein de dix espèces, 80 % sont considérées comme menacées d’abandon pour l’agriculture. Les situations des différentes espèces d’élevage sont contrastées, aussi bien en termes de nombre de races locales que de proportion de celles-ci qui sont considérées comme menacées (96 % des races locales chez les poules contre seulement 50 % des races locales chez les ovins). L’ensemble de ces ressources génétiques animales constituent une importante biodiversité, produite par les activités d’élevage sur des générations d’éleveurs.

Nombre de races locales menacées d'abandon pour l'agriculture. © Inra
© Inra

Comment les valoriser ?

Chercheuse de l’unité Selmet à Montpellier, Anne Lauvie s’est intéressée au maintien de races locales à travers la valorisation des produits - produits laitiers, viandes- notamment par des signes officiels de qualité. Elle s’intéresse entre autres à des races ovines à petit effectif d’Occitanie comme la Raïole, la Caussenarde des Garrigues et la Rouge du Roussillon. « Dans les cas de valorisation par des produits sous signes de qualité comme les appellations d’origine, les races locales participent à la construction du lien au terroir en relation avec les systèmes d’élevage », estime la chercheuse. Mais elle souligne que la valorisation peut aussi passer par d’autres voies comme la vente directe de produits transformés à la ferme par exemple. Ainsi, valoriser les races locales permet aux éleveurs de maintenir leur cheptel et créer une dynamique positive pour la race. Avec d’autres chercheurs en zootechnie, génétique, sciences de gestion, économie et sociologie, dans le cadre du projet Secoya, elle étudie la diversité des contributions des élevages qui utilisent ces races locales. En même temps qu’ils valorisent des produits alimentaires, ces élevages participent aussi à des productions paysagères, patrimoniales, au maintien de milieux spécifiques, à des dynamiques sociales, etc. En pratiquant la vente directe certains éleveurs renforcent par exemple le lien entre producteurs et consommateurs mais contribuent aussi à mieux faire connaître les élevages et leur fonctionnement. Valoriser des produits de ces races passe par des systèmes d’élevage spécifiques, comme les systèmes pastoraux, qui a leur tour valorisent certaines aptitudes des animaux, telles que la rusticité.

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

Département(s) associé(s) :
Sciences pour l’action et le développement
Centre(s) associé(s) :
Occitanie-Montpellier

En savoir plus : le projet Secoya

Bretonne Pie Noire.. © Inra, CATTIAU Gilles
Bretonne Pie Noire. © Inra, CATTIAU Gilles
Le projet « Services Ecosystémiques rendus et mobilisés dans la conduite des populations animales locales (2016-2017) » a été soutenu par le métaprogramme Ecoserv de l’Inra. Il a réuni un collectif de chercheurs aussi bien en zootechnie et génétique qu'en sciences sociales. Ces chercheurs ont croisé les points de vue de leurs différentes disciplines pour étudier des situations contrastées de gestion de races locales, comme par exemple celle de la vache Bretonne Pie Noir, de la Brebis Corse ou encore des races créoles de Guadeloupe et Martinique.

L'objectif était d'identifier les services fournis et mobilisés par les agroécosystèmes que constituent les élevages faisant appel à ces races locales. Ce premier travail doit être poursuivi pour mieux comprendre comment les différents biens et services produits dans ces élevages, autrement dit leurs différentes contributions, sont associés ou peuvent au contraire être antagonistes. Il s'agit aussi de mieux comprendre quels sont les processus sociaux, biologiques et techniques, qui rendent possible ces contributions.