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Quand les papillons en perdent la raison

Les phéromones, particulièrement importantes dans la reproduction sexuelle de nombreuses espèces d’insectes, trouvent d’intéressantes applications en agriculture. Les chercheurs de l’Inra ont mis au point des méthodes de lutte contre les insectes ravageurs, basées sur l’utilisation de ces substances chimiques.

Par Service de presse
Mis à jour le 27/05/2013

Les phéromones sont une arme couramment employée pour lutter contre les papillons nocturnes. La méthode dite de confusion sexuelle protège en effet de nombreuses cultures, vignes, pommes, prunes, maïs, coton, des dégâts provoqués par les micro-lépidoptères de la famille des tortricidés (tordeuses).

Les entomologistes du centre Inra Bordeaux-Aquitaine* ont ainsi beaucoup travaillé sur cette méthode de protection dans le cas de la vigne. L’idée de la confusion sexuelle est toute simple : il s’agit de détourner la fonction des phéromones pour gêner la reproduction des papillons de nuit. En saturant l’espace cultivé de phéromones sexuelles attractives, on empêche ainsi par différents mécanismes les mâles et les femelles de se rencontrer. On peut y parvenir en utilisant différentes techniques de diffusion d’odeurs destinées à libérer régulièrement des phéromones de synthèse. Les mâles, devant cette effusion massive d’odeurs attractives ne savent plus où donner de la tête. De plus, un résultat récent indique que les femelles modifient aussi leur comportement et leur succès reproducteur. Les chercheurs testent ainsi le rôle de la phéromone sexuelle comme régulateur de la compétition sexuelle des femelles sur un territoire donné. Au final, le taux d’accouplement chute sans tuer un seul insecte, et les grappes sont protégées tout au long de la saison.

La confusion sexuelle, une méthode respectueuse de l’environnement

L’impact de cette méthode sur l’environnement est infiniment moindre que la technique habituelle d’aspersion d’insecticides. Pourtant, bien qu’elle ait démontré son efficacité, seuls 3% des vignobles français sont aujourd’hui protégés par confusion sexuelle. Un chiffre bien bas comparé à ceux de la Suisse et de l’Allemagne, où respectivement, 43% et 65% des vignobles bénéficient de cette technique. Pourquoi cette différence ? D’une part, l’habitude qui pousse à l’utilisation de pesticides, mais surtout l’absence de subventions qui, en France, a limité le développement de la confusion sexuelle. En effet, la confusion sexuelle reste plus onéreuse et requiert l’accrochage manuel des diffuseurs. Mais les temps et les mentalités changent. Grâce au Grenelle de l’Environnement et aux efforts réalisés pour limiter l’utilisation des pesticides, les phéromones semblent faire l’objet d’un regain d’intérêt en France.

* Unité Santé et agroécologie du vignoble. Centre Inra de Bordeaux-Aquitaine

Une phéromone pour chaque instant de la vie

Il n’y a pas que les phéromones sexuelles dans la nature. Voici quelques-unes des différentes phéromones utilisées par les animaux :
• Phéromones de territoire : lorsqu’un chien laisse sa marque d’urine sur un réverbère, c’est ce type de phéromones qu’il dépose.
• Phéromones de piste : elles permettent par exemple aux fourmis de suivre un même chemin pour aller de la fourmilière à notre sucrier.
• Phéromones d’alarme : chez les abeilles, ces phéromones déclenchent immédiatement une défense agressive de la ruche.
• Phéromones d’agrégation : elles permettent aux espèces grégaires, cafards, charançons, punaises, d’infester un même lieu riche en nourriture.
• Phéromones sociales : elles assurent dans les sociétés d’insectes la cohésion et l’organisation de la colonie (ex : phéromone royale chez les abeilles).

Piège à phéromone dans les vignes. © inra

La confusion sexuelle en chiffres

• 100 000 hectares de vigne environ sont protégés par confusion sexuelle en Europe.
Environ 20 000 hectares en France d’un vignoble qui fait un peu moins de 900 000 ha.
Environ 60 000 hectares en Allemagne.
• 5 ha : c’est la surface minimum conseillée qu’il faut traiter par confusion sexuelle pour que la méthode soit efficace.
• 500 : c’est le nombre homologué de diffuseurs à placer pour protéger un hectare de vigne.
• 200 à 250 euros : c’est le prix à payer, selon le type de diffuseur, pour protéger un hectare de vigne par confusion sexuelle pendant 5 mois.