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Poules et phages © Shutterstock

Des virus bactériens, auxiliaires de santé animale 

L’usage régulier d’antibiotiques pour lutter contre les infections bactériennes dans les élevages de volailles a favorisé l’apparition, depuis une vingtaine d’années, d’antibiorésistances chez la bactérie Escherichia coli. Face à cette situation, le recours aux antibiotiques a été réduitpar les éleveurs, tandis que d’autres pistes de lutte sont explorées par la recherche. Ainsi, à l’Inra Val de Loire, Catherine Schouler étudie le potentiel thérapeutique prometteur de virus bactériens, appelés « phages ». Découvrez son interview vidéo.

Par Nicole Ladet, Laurent Cario
Mis à jour le 17/10/2018
Publié le 07/10/2018

Selon les années, 33 à 75 % des élevages de volaille développent une pathologie nommée colibacillose aviaire et causée par la bactérie Escherichia coli. Outre leur impact économique important, ces attaques affectent le bien-être animal et l’utilisation des antibiotiques en thérapie favorise le développement de multirésistances aux antibiotiques chez des bactéries qui peuvent potentiellement être transmises à l’Homme. Les phages sont, quant à eux, des virus bactériens qui n’attaquent que les bactéries. Ils ont été découverts il y a un siècle à l’Institut Pasteur. Leurs capacités thérapeutiques ont été exploitées puis abandonnées avec la découverte des antibiotiques dans les années 1940. Mais, depuis une vingtaine d’années, le développement des antibiorésistances a redonné de l’intérêt à leur potentiel thérapeutique. Dès ce moment, leur efficacité a été démontrée dans le traitement de la colibacillose aviaire. Le plan EcoAntiBio2 actuellement en vigueur encourage ces alternatives.

Dans le cadre d’un projet européen*, l’équipe "Pathogénie de la colibacillose aviaire"de l’unité mixte de recherche Infectiologie et Santé publique (ISP) de l’Inra a isolé, testé et analysé génétiquement 64 phages issus de différents échantillons (eau, eau de stations d’épuration, fèces d’oiseaux, etc.). Elle a ensuite évalué la capacité thérapeutique de ceux apparentés à phAPEC08, phage utilisé en Russie en santé humaine. Les tests ont démontré une efficacité sur de nombreuses souches bactériennes, ce qui en fait un très bon candidat thérapeutique. Les chercheurs ont en particulier démontré qu’il évitait la mortalité embryonnaire de poussins infectés avec E. coli. Ils vont maintenant tester son action sur les infections respiratoires ou de l’appareil reproducteur des volailles.

Une approche One Health

Pour Catherine Schouler les phages sont intéressants dans une approche globale de la santé, dite « One Health » (une seule santé Homme, animal, environnement). Par exemple, les Salmonelles ou les Escherichia coli peuvent contaminer aussi bien des élevages de volailles que des populations humaines. Or les phages démontrent un potentiel thérapeutique à la fois dans les élevages et dans le traitement de certains cas humains résistant à d’autres thérapies.

Pour mettre à disposition ce bien commun, l’unité ISP contribue à enrichir et caractériser une collection de phages.

La législation sur les phages en tant qu’agents de biocontrôle est en train d’évoluer pour faciliter leur utilisation en agriculture. En parallèle, devront être évalués les impacts sur l’environnement de pratiques d’aérosolisation de phages, envisagées pour soigner des élevages

* Antibiophage : projet européen associant des chercheurs Inra et des universités de Nottingham, Louvain, Copenhague.

Prévenir et guérir les maladies infectieuses dans le concept One Health

Ce colloque, organisé par l’Inra en partenariat avec l’Anses, s’est déroulé à Tours, le 21 juin 2018.
Il a réuni chercheurs, professionnels de la santé humaine et animale, gestionnaires de la santé publique, industriels, éleveurs et étudiants pour échanger sur les innovations en matière de santé.
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