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Cet ouvrage est une invitation au cœur d’un voyage visant à explorer le sexe à poils, à plumes ou à écailles ! La vie sexuelle des bêtes nous révèle une histoire naturelle improbable où les bêtes de sexe ne sont pas toujours celles que l’on croit.

Les animaux et le sexe

Cet ouvrage est une invitation au cœur d’un voyage visant à explorer le sexe à poils, à plumes ou à écailles ! La vie sexuelle des bêtes nous révèle une histoire naturelle improbable où les bêtes de sexe ne sont pas toujours celles que l’on croit.

Mis à jour le 14/11/2018
Publié le 15/11/2018

La vie sexuelle des bêtes nous révèle une histoire naturelle improbable

Être fier comme un paon ou chaud comme un lapin ou monté comme un cheval ! Autant d’expressions de bon ou mauvais goût qui témoignent de l’empreinte que les animaux et leurs comportements sexuels ont laissée dans notre imaginaire. Et il y a de quoi ! Car entre des poissons qui changent de sexe, des canards avec un zizi en tire-bouchon, des araignées mâles qui abandonnent leur organe copulatoire dans la femelle pour assurer leur paternité ou des moutons aux comportements homosexuels… le Kamasutra animal n’en finit pas de nous étonner par sa prodigieuse (bio)diversité !

Les signaux émis en période de reproduction, que ce soit le chant mélodieux des oiseaux, la parure colorée de certains poissons, ou les odeurs émises par diverses espèces de papillons de nuit, n’ont d’autres buts que d’attirer et de séduire le partenaire sexuel.

N’oublions pas que la reproduction animale sert par ailleurs la société humaine… Procréation médicale assistée, recherche de traitements contre l’autisme, différenciation sexuelle, préservation de la biodiversité… autant de questions et de débats qui animent nos sociétés actuelles en médecine, agronomie, éthique ou écologie. 

 

Matthieu Keller est docteur en biologie du comportement et directeur de recherche au CNRS et responsable d’une équipe au sein du laboratoire de Physiologie de la reproduction et des comportements Inra/CNRS/université de Tours/Institut français du cheval et de l’équitation. Il est par ailleurs chargé de cours dans le supérieur en éthologie, neuroendocrinologie et physiologie de la reproduction.  

 

Les animaux et le sexe

Editions Quae - coll. 60 clés pour comprendre, 112 pages, novembre 2018 – 18 euros

EXTRAITS

Faut-il être beau pour découvrir l’amour fusionnel ? 

La baudroie abyssale est un poisson que l’on pourrait croire directement sorti d’un film d’horreur ! En effet, chez cette espèce qui vit dans l’obscurité la plus totale entre 1 000 et 3 000 m de profondeur, la femelle est un top-modèle né puisqu’elle possède de petites nageoires, une grosse tête surmontée de tout petits yeux, et une mâchoire imposante garnie d’une rangée de dents aiguisées qui lui permettent de dévorer tout cru ses proies, y compris des bien plus grosses qu’elle. Comble de la séduction, sa tête est surmontée d’un appendice fluorescent. Celui-ci est un leurre permettant d’attirer et de mieux capturer ses proies. 

Mais le mode de reproduction de ces poissons est encore plus effrayant que leur aspect physique. En effet, lorsque les scientifiques commencèrent à les observer en les pêchant au sein des profondeurs abyssales, ils ne trouvèrent que des femelles. En les inspectant de plus près, ils remarquèrent de petits appendices externes qui semblaient rattachés à leur corps. Après quelques recherches, il s’avéra que ces appendices étaient tout ce qu’il restait du corps des mâles. 

Dès l'origine, beaucoup plus petits que les femelles, les mâles mesurent seulement 2 à 3 cm. Lorsqu’ils rencontrent une femelle au milieu de cet abîme d’obscurité, ils la mordent littéralement pour s'y accrocher et ne plus jamais la lâcher. 

À cet instant, démarre un processus inédit de fusion entre les deux organismes puisque le mâle va petit à petit perdre ses organes qui se désagrègent pour ne se réduire qu’à la plus simple expression de sa virilité : une paire de testicules ! Celle- ci sera utilisée par la femelle pour y puiser de quoi fertiliser ses œufs. Ce sont donc ces testicules « rapportées » qui constituent les excroissances observées sur le corps des femelles. Les femelles sont même souvent « fusionnées » avec plusieurs mâles ou plutôt ce qu’il en reste ! Ainsi la baudroie femelle, avec ces excroissances testiculaires mâles, s’impose comme un exemple assez radical de polyandrie (c’est-à-dire un système de reproduction où une femelle monopolise plusieurs mâles).  

 

Le comportement sexuel est-il de saison ? 

Pour beaucoup d’espèces, il existe une reproduction saison- nière. Ainsi, lorsque les conditions environnementales varient au cours de l’année, la saison des amours est bien marquée. La survenue de cette saison d’activité sexuelle est constante d’une année à l’autre et est fonction de la durée de gestation des femelles et de la saison des naissances. 

En effet, la saison des naissances coïncide avec la période la plus favorable pour la survie des jeunes, où les conditions climatiques sont les plus clémentes (température, précipitations...) et où les conditions d’alimentation sont les meilleures. Chez les mammifères et sous les latitudes tempérées de l’hémisphère nord, les mères mettent en général bas entre la fin de l’hiver et la fin du printemps. 

Il suffit de battre la campagne pour observer que les brebis donnent naissance aux agneaux courant mars alors que les juments poulinent généralement en mai. Si les mères de ces deux espèces mettaient bas en plein hiver, les chances de survie de leurs jeunes seraient réduites. Sachant que la durée de la gestation est relativement constante pour une espèce, par exemple cinq mois chez la brebis et onze mois chez la jument, cela signifie que la saison d’activité sexuelle se déroule en octobre chez les moutons et en juin chez les chevaux. 

Ce décalage entre la survenue de la saison des amours et le besoin de donner la vie au printemps pose la question des mécanismes permettant à un animal de « prédire » la période appropriée pour entrer en activité sexuelle. Si plusieurs facteurs de l’environnement peuvent, par leurs variations annuelles, permettre de prédire les saisons, c’est en général le facteur le plus stable qui a été sélectionné par l’évolution. Ce facteur, c’est la durée du jour ou photopériode. D’autres facteurs comme la température ou la disponibilité alimentaire, dont les variations sont moins précises, peuvent également jouer un rôle mais qui est généralement secondaire.

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