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Qu’y a-t-il de commun entre un hippocampe et un poisson-lune, une murène et un requin-baleine, un esturgeon et une carpe… ? Ce sont tous des poissons mais avec des particularités qui caractérisent chaque espèce. Cet ouvrage permet de découvrir les mystères de ce monde silencieux.

Les poissons

Qu’y a-t-il de commun entre un hippocampe et un poisson-lune, une murène et un requin-baleine, un esturgeon et une carpe… ? Ce sont tous des poissons mais avec des particularités qui caractérisent chaque espèce. Cet ouvrage permet de découvrir les mystères de ce monde silencieux.

Publié le 15/11/2018

L'histoire de l'homme et du poisson a été longue et riche

Être poisson suppose d’avoir une forme plus ou moins oblongue avec une tête à une extrémité et une queue à l’autre, de vivre dans l’eau et de savoir y manœuvrer sept à neuf nageoires stratégiquement placées, de respirer par des branchies, d’avoir un squelette osseux ou cartilagineux, mais toujours riche en arêtes. Quant à avoir des écailles, cela se discute : les requins et les thons n’en ont pas et ce sont quand même des poissons. Au mieux admiré dans les aquariums, le poisson n’est souvent considéré qu’en tant qu’aliment. Pourtant, l’histoire de l’homme et du poisson est longue et riche. Le poisson a toujours été une ressource et une source d’inspiration. Dès la Préhistoire, le poisson fut péché et représenté. Élevé bien avant notre ère, il fut le signe de reconnaissance des premiers chrétiens et marqua durablement l’art religieux. À un moment où la technologie a rendu possible une surexploitation de la mer, la question de l’avenir de cette ressource se pose avec urgence. Peut-être est-il temps de s’interroger et de s’émerveiller sur ce groupe particulier pour mieux le comprendre et le respecter. 

 

Les auteurs 

Roland Billard est professeur émérite au Muséum national d’histoire naturelle et membre de l’Académie d’agriculture. Il a été directeur du laboratoire de physiologie des poissons à l’Inra. 

Michel Girin, docteur ès sciences, a été chercheur au développement de l’aquaculture. 

Sadasivam Kaushik, docteur ès sciences, directeur de recherche à l’Inra en nutrition animale et aquaculture. 

 

Les poissons  

Editions Quae - coll. Clés pour comprendre – 96 pages, novembre 2018 – 18 euros

EXTRAITS

Les poissons sont-ils intelligents ? 

L’intelligence est la capacité d’un être vivant à comprendre une situation donnée, l’analyser et élaborer une réponse adéquate. Certains aspects de l’intelligence peuvent relever de l’inné. Mais, il s’agira d’un acquis de l’expérience. L’intelligence peut être individuelle ou collective. 

On a longtemps cru que les poissons n’étaient pas intelligents. Ce qui paraît prolonger la théorie de l’animal-machine élaborée par René Descartes au xviie siècle. Mais, depuis une dizaine d’années, l’observation et des expériences sur différentes espèces ont montré plusieurs formes d’intelligence faisant appel à des capacités de mémorisation. Ainsi, des carpes qui ont eu la lèvre déchirée par un hameçon se souviennent de la douleur et se gardent bien après de toucher un hameçon. Plus compliqué, des gobies piégés à basse mer dans des flaques d’eau gagneront une mare voisine par un saut et de la longueur juste nécessaire. L’interprétation qui en est faite, à ce jour, est que le gobie a repéré à marée haute les positions des flaques à venir, utilisant cette connaissance pour échapper à la prédation. Les poissons coutumiers de cette forme d’intelligence sont peu nombreux. Par contre, l’intelligence collective est largement répandue chez les poissons pélagiques, de l’anchois au thon en passant par la sardine : c’est la base de la vie en banc. 

L’intelligence collective consiste en une mise en commun de l’expérience et des capacités de plusieurs individus pour faire plus et mieux que ne permet la somme des capacités de ses membres. Un exemple typique est la meute de loups. Autant les membres de la meute risquent fort d’échouer en attaquant chacun isolément un cerf de bonne taille, autant ils ont de bonnes perspectives d’arriver à leurs fins en attaquant tous ensemble. 

Chez les poissons, chaque individu du banc n’a qu’une connaissance partielle de l’environnement. Il obéit à une règle simple : maintenir autant que possible sa position par rapport aux poissons qui l’entourent, avec lesquels il est en relation. Le banc ondule ainsi, changeant constamment de forme et de direction, sans qu’il y ait un chef aux commandes. Chaque individu trouve un bénéfice à cette collaboration. Sa performance au sein du banc est meilleure que s’il était isolé.  

 

Les poissons ont-ils des frontières ? 

Les espaces terrestres sont pour les poissons des frontières infranchissables, à quelques cas près, comme l’anguille, capable de ramper sur plusieurs centaines de mètres de champs humides pour gagner un autre plan d’eau. L’ouverture d’un passage entre deux plans d’eau de quelques hectares, comme le creusement de canaux de toutes tailles, constitue des opportunités pour des espèces invasives d’agrandir leurs territoires au détriment des espèces locales. 

Des transferts d’espèces peuvent aussi être dus à des tempêtes, à des pluies de poissons ou à des oiseaux qui transportent des œufs embryonnés collés à leurs pattes. À côté de ces voies naturelles, l’homme a offert aux poissons, volontairement ou non, d’importantes possibilités de propagation : canaux de navigation et réseaux d’irrigation, qui ont contribué à un maillage très fin. Dans les eaux continentales d’Europe, c’est finalement l’homme qui a le plus œuvré à la dispersion des espèces par les transferts, les repeuplements et l’ouverture de voies de communication entre bassins. 

Pour ce qui concerne les poissons marins, le canal de Suez a très largement favorisé les transferts d’espèces entre la Méditerranée orientale et la mer Rouge. Des requins pénètrent ainsi en Méditerranée, bien moins cependant que par le détroit de Gibraltar. Cela n’a pas été le cas pour le canal de Panama car les navires empruntent, pour une partie du trajet, un lac d’eau douce qui constitue une barrière naturelle infranchissable pour la quasi-totalité des poissons, mais pas pour les mollusques et crustacés qui voyagent fixés sur les coques des navires et peuvent survivre à la traversée du lac. Le canal de Suez, à travers un lac sursalé (le lac Amer), fait une barrière sélective, en fonction de la résistance des espèces à la sursalure. Les études d’impact réalisées en Méditerranée ont mis en évidence l’entrée dans cette mer de 350 espèces, surtout des invertébrés. Parmi elles, certains poissons ont été classés comme invasifs : l’un d’eux est un diodon toxique de la zone Indo-Pacifique devenu abondant dans les captures en Méditerranée orientale, et arrive maintenant en Méditerranée occidentale.