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Relation éleveur-animal : une histoire caressante

Les agneaux aiment les caresses que leur procurent les éleveurs : c’est ce que montrent les travaux d’une équipe de l’Inra. Le contact tactile les apaise et contribue à construire une relation homme-animal plus harmonieuse. Aucune mièvrerie là-dedans : le bien-être des animaux peut avoir un impact économique important dans un élevage.

Agneau dans une des bergerie de la nouvelle zone petits ruminants.. © Inra, NICOLAS Bertrand
Par Sebastián Escalón pour Inra
Mis à jour le 20/01/2017
Publié le 22/04/2013

Qu’un éleveur caresse ses agneaux, veaux ou chevreaux, est-ce un plaisir pour ces animaux, ou est-ce que cela leur est indifférent voire gênant ? Plus généralement, des animaux de ferme peuvent-ils établir une relation émotionnelle positive avec un être humain ? Ces questions nous plongent au cœur du métier d’éleveur et soulèvent des enjeux importants tels que la santé des animaux, la productivité et même, la sécurité des élevages. Un programme de recherche, baptisé Bond007, porté par des chercheurs de l’Inra de Tours et de Clermont-Ferrand, a tenté de savoir comment les contacts avec l’homme étaient perçus par le jeune animal.  

L’animal : machine biologique ou être sensible ?

À l’heure de l’automatisation des élevages, on pourrait croire qu’établir un lien affectif avec les animaux de ferme est chose surannée. Ce n’est pas l’avis de Xavier Boivin, chercheur Inra à l’unité mixte de recherche sur les Herbivores de Clermont-Ferrand : « Je pense que le cœur du métier d’éleveur est la relation à l’animal ».

De nombreux éleveurs cherchent à établir une relation harmonieuse avec les animaux qu’ils gardent, tandis que d’autres sont moins attentifs. Plusieurs bons arguments semblent donner raison aux premiers. D’une part, c’est en observant attentivement l’état de leurs bêtes qu’ils peuvent détecter des problèmes et prendre des décisions concernant leur cheptel. D’autre part, un animal qui a peur de l’homme est beaucoup plus difficile à observer et à soigner. Dans certains cas, cette peur constitue un danger. « Chez les éleveurs, 16 % des accidents du travail arrivent durant la manipulation des animaux », rappelle le chercheur. De plus, le stress de l’animal peut avoir un impact négatif sur sa croissance, sa santé, sa productivité. Enfin, la relation homme-animal est un élément fondamental dans le bien-être de ces derniers, reconnus comme des êtres sensibles, conscients de ce qui se passe autour d’eux.

Caresser un agneau : moins bête qu’il n’y paraît

Les chercheurs ont voulu savoir quel était l’impact des caresses délivrées régulièrement à de jeunes ovins. Pour cela, ils ont pris des  groupes d’agneaux conduits en allaitement artificiel et leur ont procuré six minutes de caresse, trois fois par jour. Après quelques semaines, ils ont réalisé une série de mesures comportementales, comme l’agitation des animaux, et physiologiques, comme l’activité du système nerveux autonome.

Agneaux de 3 jours nourris au biberon.. © Inra, NORMANT Sophie
Agneaux de 3 jours nourris au biberon. © Inra, NORMANT Sophie
Résultat : « les caresses produisent sur l’agneau des sensations positives : l’animal prend une posture d’apaisement tandis que son rythme cardiaque diminue sensiblement » explique Xavier Boivin. Les chercheurs ont aussi observé une activation du système parasympathique, associée vraisemblablement à un état de quiétude.
L’une des expériences consistait à isoler un agneau durant 20 minutes après une période de 10 minutes de caresses par la personne ayant pris soin de lui au cours des semaines précédentes. Lors de cette période de séparation et lorsque la personne entrait dans l’enceinte, on observait clairement que l’animal recherchait son contact. Sa présence le rassurait visiblement. Pour les chercheurs, c’est le signe que le soigneur est devenu un substitut affectif pour l’agneau.

Ces résultats sont importants pour les élevages, notamment ovins, où l’allaitement artificiel est pratiqué. Destinée à sauver et valoriser les agneaux que la mère ne peut pas bien allaiter, cette pratique n’offre pas toujours des résultats très positifs. On y observe souvent des taux de mortalité élevés, une croissance faible, des diarrhées fréquentes.

Les chercheurs veulent à présent réaliser des enquêtes dans les fermes pour étudier la diversité des pratiques relationnelles des éleveurs avec leurs animaux, notamment chez ceux qui sont placés en allaitement artificiel. L’une des questions qu’ils se posent est de savoir si effectivement, les caresses portées par certains éleveurs contribuent à la robustesse et à une productivité accrue des animaux.