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Dossier grand public Chalarose du frêne © Arnaud Dowkiw

Chalarose du frêne : recherches et dispositif Inra

Frêne à tout faire

Cinquième essence feuillue de la forêt française, le frêne produit un bois clair apprécié pour la fabrication de meubles et dont la résistance mécanique est remarquable. Ses graines sont comestibles, son feuillage fournit un fourrage de qualité. Certaines molécules sont extraites pour des usages pharmaceutiques ou cosmétiques. Tour d’horizon des multiples propriétés de cet arbre patrimonial et moderne à la fois.

Par Arnaud Dowkiw
Mis à jour le 23/08/2018
Publié le 21/08/2018

Inventaire IGN 2014 de la présence du Frêne en France. © IGN
Inventaire IGN 2014 de la présence du Frêne en France © IGN
Il existe plus de 40 espèces dans le genre botanique Fraxinus parmi lesquelles trois seulement sont autochtones en France et en Europe :

  • le frêne commun aussi appelé frêne élevé (Fraxinus excelsior),
  • le frêne oxyphylle dit aussi frêne à feuilles étroites ou frêne du midi (Fraxinus angustifolia),
  • le frêne à fleurs (Fraxinus ornus) également nommé frêne à orne ou frêne à manne.

Le frêne commun a une distribution plus septentrionale que le frêne oxyphylle ; il est également plus fréquent en altitude, jusqu'à 1 500 m contre 300 m pour le frêne oxyphylle, mais les deux espèces s'hybrident spontanément là où leurs aires de distribution se recouvrent (vallée du Rhône et de la Loire par exemple).
Le frêne (au sens large) contribue à 4 % du volume de bois de la forêt française, ce qui en fait la cinquième essence feuillue pour ce critère1. Les peuplements où le frêne constitue l'essence principale représentent 304 000 ha, soit près de 2 % de la surface forestière française. On trouve du frêne sur quasiment tout le territoire mais le frêne commun - espèce d'intérêt sylvicole largement supérieur aux deux autres - se rencontre principalement dans les régions du Nord, en Champagne-Ardenne et Rhône-Alpes.

Un bois aux multiples propriétés

Le frêne produit un bois très solide et il peut être récolté à 50 ans environ (il en faut plus de 100 pour le chêne).. © Inra, Arnaud Dowkiw
Le frêne produit un bois très solide et il peut être récolté à 50 ans environ (il en faut plus de 100 pour le chêne). © Inra, Arnaud Dowkiw

Le frêne constitue l'un des meilleurs bois de feu. Il produit un bois mi-lourd et dur2. Concernant ses qualités technologiques, il dépasse pour la dureté tous les autres. Pour l’élasticité, il n'est guère dépassé que par le bouleau et il est proche du charme et du hêtre3. Ces propriétés mécaniques sont recherchées pour la fabrication de manches d'outils ou d'articles de sport mais aussi valorisées dans des usages les plus modernes comme la construction. Il se prête au placage et est apprécié pour la fabrication d'escaliers dont on fait également des parquets et qui sont réputés pour ne pas grincer. Son prix de vente est légèrement inférieur à celui du chêne, mais plus du double de celui du hêtre ou du peuplier4. Mûr à moins de 60 ans contre plus de 100 ans pour un chêne, le frêne représente un compromis qu'il serait dommage de voir disparaitre.

Forêt, ville ou campagne : ce qu’on lui doit

Le frêne (ici à droite) est traditionnellement utilisé comme fourrage pour les ovins, cette pratique se redéveloppe.. © Inra, Arnaud Dowkiw
Le frêne (ici à droite) est traditionnellement utilisé comme fourrage pour les ovins, cette pratique se redéveloppe. © Inra, Arnaud Dowkiw
Qu'il soit normand, berrichon ou champsaurin, le paysage du bocage doit souvent beaucoup au frêne. Les arbres y sont souvent conduits en têtards car leur feuillage a longtemps procuré un fourrage aérien pour le bétail. Sa valeur énergétique est relativement faible mais sa digestibilité est meilleure que celle des pailles et sa teneur en azote et en minéraux bien plus élevée. Les épisodes de sécheresse de 1976 ou 2015 ravivent épisodiquement l'intérêt du frêne comme arbre fourrager5, pratique qui n'a jamais cessé d'exister en Afrique du nord. Cette pratique permet également la récolte de bois de feu. Sur une période de 60 ans, exploité tous les 8 ans, un frêne aura fourni 10 stères de bois. Le frêne est aussi largement utilisé en plantations d'ornement. Plusieurs centaines de variétés ornementales de frêne commun, frêne oxyphylle et frêne à fleurs ont été sélectionnées en Europe, mais aussi sur d'autres continents. Certaines variétés se distinguent par la couleur de leur feuillage en saison, la couleur de leur bois ou leur architecture.

> Pour aller plus loin, voir aussi le site : http://fraxinus.fr/ 

1. Source

2. Source

3. Source

4. Source : European SA.

5. Pour en savoir plus

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Contact(s) scientifique(s) :

Département(s) associé(s) :
Écologie des forêts, prairies et milieux aquatiques
Centre(s) associé(s) :
Val de Loire

Américain d’abord, asiatique ensuite, et européen depuis « peu »

Le genre Fraxinus serait apparu dans ce qui constitue aujourd'hui l'Amérique du Nord il y a environ 45 millions d'années. S'en est suivie la colonisation de l'Asie et la différentiation des espèces asiatiques, il y environ 35 millions d'années. L'espèce asiatique Fraxinus mandshurica serait apparue plus tard et les deux espèces européennes, F. excelsior et F. angustifolia,  n'en auraient divergé que "récemment", il y a environ 15 millions d'années. F. ornus aurait divergé des autres espèces de la section Ornus encore plus récemment (9 millions d'années).

Les hôtes d'une biodiversité elle aussi menacée

Même s'il n'existe pas d'étude similaire en France, une étude britannique* a recensé 1 058 espèces animales et végétales associées au frêne. Parmi les 55 mammifères recensés, 28 utilisent le frêne en tant que tel tandis que les autres partagent son habitat ; 44 espèces (4 lichens, 11 champignons et 29 invertébrés) semblent exclusivement dépendantes des frênes (vivants ou morts) tandis que 66 autres en sont fortement dépendantes. Une précédente étude britannique avait déjà alerté sur la possible disparition de nombreux lichens associés aux frênes. Parmi les espèces menacées, on peut citer le damier du frêne, papillon faisant déjà l'objet de mesures de protection en France.

* Source

LE SAVIEZ-VOUS ?

Dans le frêne, tout est bon

Le frêne est aussi apprécié en cuisine, que ce soit pour ses samares (ses fruits) au vinaigre ou en « Frênette », un cidre de frêne traditionnellement produit à partir des feuilles fraiches ou séchées, en Normandie, dans le Nord et l’Est.