CHENILLE  -  PROCESSIONNAIRE DU PIN  au sol parmi les aiguilles de pins.

Processionnaire du pin : une chenille sous haute surveillance

L’inexorable avancée de la chenille processionnaire

Telle une armée en campagne, la chenille processionnaire avance vers le nord de la France à la recherche de pins ou de cèdres à effeuiller. Conséquence palpable du réchauffement climatique, c’est à présent presque tout le territoire qui est favorable à son développement.

Par Sebastián Escalón pour Inra
Mis à jour le 18/07/2013
Publié le 08/07/2013

Expansion de la chenille processionnaire du pin en France. © Inra, URZF
Expansion de la chenille processionnaire du pin en France © Inra, URZF
Le front d’invasion de cet insecte ravageur part du Finistère, passe par le sud de la région parisienne pour atteindre finalement le lac Léman. Il se trouve actuellement à une vingtaine de kilomètres seulement de Paris. Le front avance en moyenne 5 kilomètres tous les ans, d’après les chercheurs de l’unité de recherche de Zoologie forestière qui suivent cette évolution. Au total, en quelque 20 ou 30 ans, la chenille s’est emparée d’environ 100 000 km2 de territoire français.

La chenille processionnaire gagne aussi des terres en hauteur. Ainsi, des zones élevées du Massif central, des Pyrénées ou des Alpes qui ne connaissaient pas l’insecte, sont désormais sous sa coupe. Les chercheurs calculent qu’elle gagne entre 3 et 7 mètres en altitude par an.

Mais ce n’est pas tout : la processionnaire a aussi réussi à placer des postes d’avancée. Les chercheurs d’Orléans ont recensé huit foyers situés au nord du front d’invasion, dont six en Île-de-France. Comment est-elle arrivée là ? « Nous suspectons qu’elle a profité du transport d’arbres de grande taille. Dans les mottes de terre, il y a pu y avoir des chrysalides de chenille processionnaire, avance Jérôme Rousselet, chercheur à l’unité de recherche Zoologie forestière d’Orléans.

Le réchauffement climatique s’allie à la chenille

Avant les années 1990, la Loire constituait en quelque sorte la frontière Nord du territoire de la chenille processionnaire. Les années favorables, elle gagnait quelques kilomètres, qu’elle perdait ensuite lors d’hivers plus rigoureux. Mais à partir de cette décennie, le changement climatique a commencé à faire sentir ses effets. Ainsi, dans le Bassin parisien, la température moyenne minimale d’octobre à mars a augmenté d’environ 1°C en vingt ans.

Expansion de la processionnaire du pin dans le sud du Bassin parisien.. © Inra, URZF
Expansion de la processionnaire du pin dans le sud du Bassin parisien. © Inra, URZF
La zone favorable au développement de la chenille a commencé à s’étendre. Autre facteur clé permettant l’expansion de la processionnaire : sa nourriture préférée, les pins et cèdres, est présente dans tout le territoire, que ce soit sous forme de petites plantations ou d’arbres isolés.

Durant des années, la processionnaire était pour les scientifiques une extraordinaire sentinelle climatique : son expansion révélait très nettement la modification progressive des températures. Ce n’est plus le cas : « aujourd’hui, c’est la majeure partie du territoire français qui, du point de vue des températures, est favorable à la chenille. Si elle n’a pas encore tout envahi, c’est parce que son expansion naturelle est plus lente que le changement climatique », constate Alain Roques, directeur de l’unité de recherche Zoologie forestière.  

Ce laboratoire coordonne actuellement un réseau, appelé PCLIM1 qui réunit 80 chercheurs de 20 pays. L’objectif est d’apprécier les réponses adaptatives au changement climatique des processionnaires et de leurs organismes associés.

(1) « Processionnaires et Climat »: réseau mis en place par l’Inra dans le cadre du métaprogramme ACCAF (Adaptation de l’agriculture et de la forêt au changement climatique).

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

  • Jérôme Rousselet, Alain Roques, unité de recherche de Zoologie forestière. Inra Val de Loire (site d'Orléans)

Une chenille sous contrainte

Les chercheurs de l’Inra ont mené de nombreuses expériences afin de connaître les températures qui contraignent sa survie. Compte rendu :

  • -16°C : au-dessous de ce seuil, c’est toute la colonie qui meurt.
  • 0°C : température nocturne minimale de l’air pour que les chenilles, qui ne se nourrissent que la nuit, sortent de leur nid.
  • +9°C : température diurne minimale dans le nid pour que les chenilles puissent en sortir la nuit suivante. Ce seuil est appelé température d’activation.
  • +32°C : température estivale au-dessus de laquelle les colonies peuvent être durement affectées.