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Polygala myrtifolia, polygale à feuille de myrte. Arbuste d'ornement sur lequel a été identifiée la bactérie Xylella fastidiosa en 2015 en Corse. © Wikimedia commons, Yellow cat & A Barra

Xylella fastidiosa, la recherche mobilisée

« Ce n’est pas la même souche en Corse que sur les oliviers italiens »

La bactérie Xylella fastidiosa qui s’attaque à différentes espèces végétales a été détectée en juillet en Corse sur des arbustes d’ornement. Interview de Marie-Agnès Jacques, bactériologiste et phytopathologiste à l’Inra d’Angers-Nantes qui a participé à son identification.

Mis à jour le 31/03/2016
Publié le 20/08/2015

Que sait-on précisément de la bactérie Xylella fastidiosa découverte en juillet en Corse ?

Bactérie Xylella fastidiosa sur milieu de culture B-cye. © Inra
Bactérie Xylella fastidiosa sur milieu de culture B-cye © Inra
Marie-Agnès Jacques
: Les échantillons prélevés sur des polygales à feuilles de myrte, montrant des symptômes sévères de dessèchement et de brûlures foliaires, se sont avérés contaminés par X. fastidiosa. Ils ont été analysés au laboratoire de la santé des végétaux de l’Anses (LSV-Anses) à Angers, référent pour ce genre d’analyses. La bactérie a été détectée par des tests moléculaires et immunologiques. L’isolement sur milieu de culture est en cours : dans le cas d’une bactérie « fastidieuse », c’est une procédure assez longue, entre 5 et 21 jours d'incubation, mais jusqu’à 2 mois pour les isolements à partir d'olivier. Pour les isolements faits en Corse, le premier est d’ores et déjà positif, la souche est isolée et sera bientôt repiquée. L’identification des souches a ensuite été réalisée dans les laboratoires de l’Inra à Angers et du LSV-Anses. Les tests ont révélé que ces souches appartiennent à la sous-espèce multiplex. Il ne s’agit donc pas de la souche (de la sous-espèce pauca) sévissant en Italie sur les oliviers. Nous avons pu identifier très rapidement la bactérie car nous travaillons depuis 2013 sur des souches de Xylella isolées sur des plants de caféiers et nous avions testé différentes méthodes d’identification.

Quelle est la situation en Corse aujourd’hui ?

M.-A. J. : À ce jour en Corse, aucune autre espèce végétale, que ces arbustes d’ornement, ne s’est révélée contaminée par X. fastidiosa. La lutte contre Xylella est orchestrée par le Ministère de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt. Les plantes contaminées sont détruites et un traitement insecticide est appliqué pour supprimer les potentiels insectes vecteurs contaminés. Les plantes-hôtes potentielles sont également détruites dans un rayon de 100 m autour des foyers. Cette mesure s’explique par le fait que de nombreuses espèces végétales ne présentent pas ou très peu de symptômes, bien qu’étant potentiellement porteuses de la bactérie, ce qui complique la détection et donc la détermination de l’aire de répartition de Xylella. Nous savons aussi que lorsque les symptômes sont légers, la quantité de bactéries présentes dans les plantes est limitée et la transmission par les insectes vecteurs moins efficace.

Quel dispositif l’Inra envisage-t-il ?

M.-A. J. : La culture de la bactérie au laboratoire ou sur plante est réalisée en milieu contrôlé dans les laboratoires de l’Inra et de l’Anses, sans risque de dissémination. En Corse, le dispositif local de surveillance nous sera utile si la bactérie devient endémique. L’Inra a la chance d’être le seul organisme national de recherche implanté en Corse, ce qui fournit l’opportunité d’un relais de compétences fort utile : l’Inra de Corse ne travaille pas directement sur la bactérie elle-même, car l’expertise de l’Inra en identification des bactéries phytopathogènes est portée à Angers, ni sur la diversité des insectes vecteurs, expertise portée à Montpellier, mais nos collègues de Corse vont rapidement engager des travaux d’écologie sur les plantes-hôtes et les vecteurs potentiels, qui permettront de mieux cerner les risques de dispersion éventuelle de la bactérie, et de les cartographier.

Xylella s’attaque à de nombreuses espèces végétales: vignes, agrumes, oliviers,… Que savez-vous à ce sujet ?

M.-A. J. : Six sous-espèces de Xylella fastidiosa sont décrites. Chacune est plus ou moins inféodée à une gamme particulière de plantes-hôtes et à une aire de répartition distincte sur le continent américain (voir infographie). Les maladies les plus préoccupantes concernent le vignoble en Californie (sous-espèce fastidiosa) et les agrumes au Brésil (sous-espèce pauca). La sous-espèce responsable des épidémies de la maladie de Pierce sur le vignoble américain est distincte de celles qui affectent les oliviers aux USA et en Italie. On a détecté sur des oliviers en Italie une souche de la sous-espèce pauca, laquelle est bien connue pour comprendre des souches qui s’attaquent aux agrumes et aux caféiers au Brésil. La souche italienne est génétiquement très proche de souches isolées au Costa Rica sur des caféiers et lauriers roses.

L’analyse des souches introduites par des plants de caféier confirme l'adaptation de la bactérie à cet hôte. Ces travaux publiés en 2015 confirment l’importance de la recombinaison chez cette bactérie comme moteur évolutif et améliorent notre connaissance de la diversité de cet agent pathogène émergeant en Europe. En savoir plus >

En savoir plus

Marie-Agnès Jacques, bactériologiste et phytopathologiste à l'Inra d'Angers-Nantes. © Inra, JACQUES Marie-Agnès
© Inra, JACQUES Marie-Agnès
Marie-Agnès Jacques est bactériologiste et phytopathologiste à l’Institut de recherche en horticulture et semences (IRHS) du centre Inra d'Angers-Nantes.

> En savoir plus sur les travaux de l'IRHS