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Polygala myrtifolia, polygale à feuille de myrte. Arbuste d'ornement sur lequel a été identifiée la bactérie Xylella fastidiosa en 2015 en Corse. © Wikimedia commons, Yellow cat & A Barra

Xylella fastidiosa, la recherche mobilisée

Quels sont les vecteurs potentiels en Europe ?

Le cercope des prés est le seul, à ce jour, identifié pour transmettre la sous-espèce de la bactérie observée sur les oliviers d’Italie du Sud. Et parmi les 120 insectes sous surveillance en Europe, 50 espèces dont de nombreuses cigales sont présentes en France.

Par Jean-Yves Rasplus, Centre de biologie pour la gestion des populations, Inra Montpellier
Mis à jour le 21/10/2015
Publié le 20/08/2015

Seuls quelques groupes apparentés d’hémiptères (cicadelles, cercopes, Aphrophorides et cigales, voir diaporama ci-dessous), sont connus comme vecteurs efficaces de la maladie. Ces insectes ont en commun une capacité à enfoncer profondément leur rostre dans la plante et à aspirer avec force la sève directement dans les vaisseaux conducteurs du xylème (sève brute). Nos connaissances sur les vecteurs efficaces de la maladie sont essentiellement confinées aux vecteurs américains. La liste des vecteurs potentiels en Europe compte environ 120 espèces dont 74 espèces de cigales. Environ cinquante espèces seraient présentes en France, dont onze en Corse. À ce jour, une seule espèce (Philaenus spumarius L., le cercope des prés) est connue pour transmettre efficacement la maladie en Europe (aux oliviers en Italie du sud). P. spumarius est extrêmement polyphage (il est capable de s’alimenter sur un millier d’espèces végétales) et se rencontre dans de nombreux milieux (prairies, zones marécageuses, forêts, cultures, jardins) où il peut parfois pulluler.

Immédiatement contaminé, infectieux plusieurs mois

La transmission de la bactérie par une cicadelle adulte se fait uniquement par ses pièces buccales, suivant trois étapes : 1) acquisition de la bactérie par le vecteur : l’insecte se contamine en aspirant la sève d’une plante infectée par Xylella ; 2) la bactérie adhère à la cuticule de la cavité buccale de l’insecte et se multiplie ; 3) la bactérie se détache et est inoculée à une nouvelle plante lors d’une nouvelle alimentation de l’insecte. X. fastidiosa se multiplie dans la cavité buccale de l’insecte, passant de quelques cellules bactériennes à un tapis bactérien en deux semaines. Ce biofilm composé d’une matrice et d’une couche de cellules de X. fastidiosa, protégerait la bactérie des forts courants lors de l’ingestion des sèves par l’insecte et compenserait sa carence nutritionnelle liée à son extraction de sa plante-hôte. En dépit du grand nombre de cellules bactériennes recouvrant la paroi buccale de l’insecte, il semble qu’un nombre faible de cellules bactériennes viables (environ 200) soit suffisant pour une transmission efficace. Le vecteur ayant acquis la bactérie est immédiatement apte à la transmettre à une autre plante et restera infectieux pendant plusieurs mois. Les larves peuvent aussi transmettre la bactérie, mais en devenant adultes elles se curent de la bactérie : l’adulte doit donc de nouveau acquérir la bactérie pour être infectieux.

Fréquents foyers près des lieux humides

Dans le cas de pathogènes généralistes comme X. fastidiosa, les différentes lignées bactériennes, les espèces de vecteurs et les plantes-hôtes impliquées contribuent toutes à la variabilité observée de la prévalence de la maladie dans les cultures. Les capacités de transmission des différentes espèces de vecteurs varient suivant les plantes, les caractéristiques de la cavité buccale semblent impliquées dans l’efficacité de la transmission. L’efficacité de l’acquisition de la bactérie par un vecteur est liée à la concentration des cellules de X. fastidiosa dans la plante. La valeur seuil pour une acquisition de la bactérie par l’insecte se situant entre 10 000 à 10 millions de cellules viables par gramme de tissu suivant les végétaux. La transmission de X. fastidiosa est aussi dépendante de la proportion de plantes infectées dans une population : plus cette proportion est élevée, plus la probabilité est élevée qu’un vecteur se nourrisse sur une plante infectée et la transmette à une plante saine. Enfin, l’organisation spatiale de la maladie de Pierce (sous-espèce fastidiosa) dans les vignes en Californie dépend à la fois des plantes-hôtes sources de l’inoculum les plus fréquentes dans l’habitat et des vecteurs les plus nombreux dans la culture. Les vecteurs appréciant les lieux humides qui hébergent de nombreuses plantes-hôtes de Xylella, les foyers de maladie sont plus fréquents à proximité de ces zones. La distribution spatiale de la maladie suggère que les insectes vecteurs diffusent ensuite la maladie dans les vignes alors que les observations de vecteurs consommant la vigne sont extrêmement rares.