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Quelle guêpe a piqué nos châtaigniers ?

Une micro guêpe chinoise menace la production de châtaignes. Une méthode de lutte biologique, la seule efficace contre l’insecte, a été expérimentée et est déployée avec succès par l’Inra et ses partenaires.

Cynips du châtaignier et son prédateur, Torymus sinensis. © Inra, Jean-Claude Malausa
Par Patricia Léveillé
Mis à jour le 10/02/2015
Publié le 18/12/2014

Les producteurs de châtaignes sont inquiets pour l’avenir. En cause, une micro guêpe appelée cynips du châtaignier qui détruit leur récolte. Originaire de Chine, l’insecte est en Europe depuis 2000 et a fait son apparition en France en 2005. Il est présent non seulement dans tous les départements producteurs mais aussi dans la quasi-totalité des zones à châtaigniers.

Extension des foyers de cynips du châtaignier en France (2007 à 2013). © Inra
Extension des foyers de cynips du châtaignier en France (2007 à 2013) © Inra

Les arbres attaqués par le cynips produisent moins de fruits et les effets de sa présence commencent à se faire sentir sur la filière : en 2013, la perte de récolte en Ardèche a été évaluée à plus de 300 tonnes. Le problème est qu’il est impossible de détecter un arbre infesté avant le printemps. C’est là seulement que l’on peut observer la déformation des jeunes rameaux et les galles provoquées par les larves du cynips cachées dans les bourgeons. La seule méthode efficace est la lutte biologique au moyen d’une autre micro guêpe chinoise, Torymus sinensis.

Duel de guêpes dans la châtaigneraie

Prédateur naturel du cynips dans son aire d’origine, ce parasitoïde pond ses œufs au printemps sur les larves du ravageur à l’intérieur des galles nouvellement formées. Il se nourrit de la larve du cynips qu’il tue, réduisant ainsi le nombre d’adultes émergents. Pour les castanéiculteurs, il y a urgence à rétablir un équilibre dans les vergers car les pertes de rendement peuvent atteindre 50 à 70 %. « La méthode consiste à effectuer des lâchers de Torymus sinensis au printemps pour réduire le nombre de ravageurs l’année suivante », explique Nicolas Borowiec, entomologiste dans l’équipe de l’Institut Sophia Agrobiotech* spécialisée en lutte biologique. « Il faut compter entre 8 et 10 ans pour arriver à un contrôle optimal du cynips par Torymus sinensis. » Le temps en fait que T. sinensis soit en nombre suffisamment important pour se multiplier et se disperser naturellement.

Ce scénario a déjà eu lieu dans les Alpes–Maritimes où suite à des lâchers expérimentaux, la dispersion naturelle du parasitoïde depuis le Piémont italien (première infestation en Europe en 2002) a fait dégringoler la proportion de bourgeons infestés de 70 % à 2-3 % en 4 ans. Un vrai succès ! « On a eu des résultats très intéressants aussi dans la Drôme et en Ardèche », rajoute le chercheur. En 2014, plus de 300 lâchers (soit un total d’environ 30 000 T. sinensis) ont été réalisés dans le cadre du programme national de lutte biologique contre le cynips que coordonne Nicolas Borowiec en concertation avec les filières. Pour le chercheur, « l’idée à terme, c’est que les régions productrices de châtaignes s’autonomisent dans la gestion de leurs lâchers ».

La présence du ravageur est préoccupante pour d’autres raisons. Le cynips a un impact direct sur l’apiculture et la production de miel en réduisant la production de fleurs. Dans la Sarthe par exemple, le châtaignier représente 50 % du chiffre d’affaires des apiculteurs. Les scientifiques veulent en savoir plus sur les effets du cynips sur la biodiversité locale. Pourrait-il y avoir des effets non intentionnels sur l’architecture de la surface foliaire des arbres, sur la dynamique des autres populations de parasitoïdes ; quelles pourraient être ses interactions avec d’autres essences ? En attendant les résultats, souhaitons au Torymus sinensis de ressortir vainqueur dans sa lutte bio contre le cynips !

Cycle de vie du cynips du châtaignier. Photos : N. Borowiec, J.-C. Malausa. Infographie : V. Gavalda. © Inra
Cycle de vie du cynips du châtaignier. Photos : N. Borowiec, J.-C. Malausa. Infographie : V. Gavalda © Inra

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

Département(s) associé(s) :
Santé des plantes et environnement
Centre(s) associé(s) :
Provence-Alpes-Côte d'Azur

Je possède des châtaigniers, que puis-je faire ?

Soyez vigilants...

Rameau de châtaignier © CARRERAS Florence
Rameau de châtaignier © CARRERAS Florence
Entretenir vos châtaigniers (élagage, débroussaillage, greffage) aujourd'hui est la meilleure garantie de retrouver une production demain !

Des arbres entretenus sont plus vigoureux et résistent mieux aux attaques. Ne détruisez pas les déchets de taille l’hiver même. Les galles présentes sur les branches en hiver ne contiennent plus de cynips mais peuvent contenir des Torymus. Il faut donc attendre leur sortie (avril-mai) avant de détruire les galles.

Évitez de commander des Torymus sur internet (impossibilité de vérifier que ce sont bien des T. sinensis qui sont fournis). Contactez rapidement les services de la Fredon de votre région ou le Service Régional de la Protection des Végétaux

En savoir plus

Programme national de lutte biologique contre le cynips du châtaignier

À la suite de l'arrivée du ravageur majeur dans les principales zones de production, une initiative nationale de lutte contre le cynips a été mise en place en 2010 sous l'impulsion de la Chambre d'Agriculture de l'Ardèche. Au sein de ce comité de pilotage qui regroupe de nombreux partenaires, un groupe de travail animé par l'équipe "Recherche et Développement en Lutte Biologique" (RDLB) de l'INRA PACA (UMR Institut Sophia Agrobiotech) a été constitué en vue de coordonner la mise en place de la lutte biologique au niveau national.

> Site web du Programme national de lutte biologique contre le cynips du châtaignier