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Espèces invasives : des arbres européens aux avant-postes en Chine

Aujourd’hui, la majorité des espèces exotiques introduites en Europe viennent d’Asie. Les scientifiques travaillent à mettre au point des méthodes de détection précoce des espèces potentiellement dangereuses pour les forêts européennes.

Une chenille Lymantriidae sur un chêne.. © INRA, Alain Roques
Par Patricia Léveillé
Mis à jour le 27/05/2016
Publié le 17/01/2013

C’est en Chine que les scientifiques sont allés poster leurs vigies pour devancer les invasions d’espèces exotiques dans les forêts européennes. « La majorité des espèces récemment arrivées en Europe viennent d’Asie, en particulier celles colonisant les essences forestières. Entre 2000 et 2008, 57 % des insectes xylophages envahissants étaient originaires d’Asie. Ce continent a détrôné l’Amérique du Nord en tant que pourvoyeur d’espèces invasives, tous groupes confondus, vers l’Europe », explique Alain Roques, directeur de l’unité de Zoologie forestière à l’Inra d’Orléans.

Dégâts de Psychidae sur chêne (face externe). © inra, Alain Roques
Dégâts de Psychidae sur chêne (face externe) © inra, Alain Roques
« En général, ces ravageurs ou parasites ne font aucun dégât dans leur pays d’origine. Soit qu’ils ont leurs ennemis naturels, soit que les espèces-hôtes sont plus résistantes. À partir de ce constat, nous avons planté des arbres ‘sentinelles’ en Asie : cyprès, hêtres, charmes, sapins et trois espèces de chênes. Au total sept essences communes aux forêts d’Europe. Mais nous regrettons de ne pas avoir obtenu d’autorisations pour les pins ». Ces travaux ont été réalisés dans le cadre d’un projet européen (PRATIQUE) dont Alain Roques a coordonné la partie française.

L’objectif est de détecter, dans leur région d’origine, les nouveaux envahisseurs potentiels avant leur introduction dans un nouveau continent ou pays. À terme, il s’agit de disposer de méthodes de détection précoce pour endiguer l’expansion des envahisseurs.


De 2008 à 2011, les scientifiques français et leurs homologues chinois ont surveillé étroitement deux parcelles installées dans les régions de Pékin et de Hangzhou (300 km au sud de Shanghai). Plus d’une centaine d’espèces d’insectes se sont attaquées aux arbres sentinelles et 34 s’avèrent potentiellement dangereuses, principalement des coléoptères, lépidoptères et hyménoptères. Les chercheurs ont retenu cinq de ces espèces comme à haut risque en cas d’invasion en Europe et étudient leur biologie sous conditions de quarantaine. Les chênes pédonculés en particulier se montrent les plus vulnérables, ayant eu à subir des assauts répétés et meurtriers dans les parcelles chinoises.

Des avancées rendues possibles grâce à Daisie

Ces travaux font suite au programme de recherche européen Daisie (Delivering Alien Invasive Inventory for Europe) auquel participait déjà Alain Roques en tant que coordinateur des équipes Inra impliquées. Daisie a conduit au premier inventaire mondial des espèces exotiques établies à l’échelle d’un continent : plus de 10 000 espèces animales et végétales exotiques, des bactéries aux mammifères, ont envahi le Vieux Continent depuis le XVe siècle. Cette étape majeure franchie, les premières évaluations des impacts éventuels des invasions biologiques sur la biodiversité et l’économie ont pu être livrées : 11 % d'espèces recensées sont connues pour avoir un impact écologique et 13 % un impact économique.

« Un système d’alerte précoce européen permettrait d’anticiper les risques liés à certaines invasions. Ces risques ont fortement augmenté avec le récent affaiblissement des contrôles douaniers entre les pays de l’Union européenne. D’où l’importance de disposer d’une liste des espèces potentiellement dangereuses pour nos arbres », estime Alain Roques. A la suite de Daisie, un nouveau projet européen 'Système d’Information européen des espèces exotiques- European Information System for Alien Species', dans lequel l’Inra est impliqué, vient de démarrer fin 2012.

Le rôle déterminant de l’Homme et de la mondialisation

L’ensemble des envahisseurs profite du développement des activités humaines pour gagner des territoires de plus en plus éloignés de leur aire d’origine. La rapidité des transports intercontinentaux (avion contre bateau) augmente aussi les chances de survie de ces passagers clandestins. Les introductions accidentelles, en augmentation, sont corrélées avec l’essor du commerce de plantes ornementales, des échanges horticoles ou agricoles. Selon les scientifiques, les activités humaines surpassent en influence les contraintes géographiques et le climat même si ce dernier influe sur le processus.

Le projet européen Daisie

180 scientifiques, 15 institutions de 24 pays européens, 5 équipes Inra soit 15 chercheurs. Le projet Daisie (2055-2008) a généré une base de données des espèces exotiques qui permet de rechercher des informations par espèces, pays/régions, ou experts scientifiques... Une « liste rouge » des 100 espèces les plus menaçantes détaille pour chacune leur répartition géographique, la région d’origine, les types d’habitats envahis, l’abondance, les voies d’invasion, les impacts écologiques, économiques et sanitaires, les méthodes de gestion ainsi que les moyens de prévention.