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Drosophila suzukii & Drosophila melanogaster, duo ravageur pour la vigne

Déjà responsable de sérieux préjudices sur la production de fruits rouges notamment sur les cerises, la mouche envahissante Drosophila suzukii était suspectée de provoquer également des dégâts sur le vignoble français. Des chercheurs du Centre de Biologie pour la Gestion des Populations (CBGP) de l’Inra et du CNRS ont récemment démontré que D. suzukii est en effet responsable du déclenchement de la pourriture acide, une maladie sporadique des grains de raisin qui a lourdement frappé le vignoble en 2014. Ils ont également mis en évidence la synergie entre D. suzukii et Drosophila melanogaster, une autre drosophile, qui profite de la blessure sur le fruit pour y pondre ses œufs.

Drosophila suzukii (femelle), responsable la pourriture acide du raisin © Jean-Yves RASPLUS
Par Simon Fellous - Arnaud Ridel
Mis à jour le 19/05/2017
Publié le 18/05/2017

En combinant analyses de terrain et expériences en laboratoire, les chercheurs ont montré que D. suzukii peut provoquer cette maladie. Ils ont également mis en évidence une synergie entre D. suzukii et D. melanogaster : la première déclenche la maladie tandis que la seconde profite de la blessure sur le fruit pour y pondre et amplifie ainsi les dégâts. Ces résultats ont été publiés dans la revue Royal Society Open Science du mois de  mars 2017.

Drosophila suzukii déclenche la pourriture acide du raisin

La drosophile à ailes tachetées, Drosophila suzukii, originaire d’Asie, est arrivée en Europe il y a moins de 10 ans. Ce petit diptère de 3 millimètres de longueur est devenu un ravageur important de cultures de fruits rouges telles que la cerise ou la fraise. En 2014, elle a été repérée en grand nombre dans plusieurs vignobles de France, laissant à penser qu’elle pourrait être responsable de l’épidémie de pourriture acide qui frappait la vigne au même moment. Cette maladie, d’origine microbienne, est due à l’action combinée de facteurs climatiques, qui font craquer la peau du fruit, et de l’attaque par Drosophila melanogaster.
Jusqu'à présent, l’implication de D. suzukii dans l’étiologie de la pourriture acide n’a jamais été démontrée. En particulier, il existe un doute fort car les grappes atteintes par la pourriture et collectées durant l’épidémie de 2014 ne contenaient pas ou peu de D. suzukii, mais de nombreuses larves de D. melanogaster.

Les chercheurs ont combiné suivis de terrain et expériences en laboratoire afin de comprendre les rôles relatifs de D. suzukii et D. melanogaster dans le déclenchement et le développement de la pourriture acide.

Drosophila melanogaster amplifie...

L’étude de grappes collectées sur le terrain a montré que D. suzukii est associée aux premiers symptômes de la maladie. Néanmoins, les cas de pourriture avancée sont associés à D. melanogaster.  D’autre part, des analyses génétiques de cortèges microbiens de D. suzukii sauvage ont révélé que celle-ci est porteuse des bactéries responsables de la maladie. Les chercheurs ont montré en laboratoire que D. suzukii est en mesure de percer la peau du fruit lors de sa ponte et de déclencher la pourriture, ce dont sont incapables les autres drosophiles telle D. melanogaster. Par la suite, les fruits en début de pourrissement deviennent très attractifs pour D. melanogaster qui y pond préférentiellement ses œufs, accentuant ainsi le développement de la maladie.

Des études à prévoir pour quantifier le rôle des deux drosophiles dans la maladie

... les dégâts de D. suzukii

Les résultats obtenus par les chercheurs prouvent tout d’abord que l’arrivée de D. suzukii en Europe peut modifier l’étiologie de la pourriture acide. Ce ravageur invasif est en mesure de provoquer le déclenchement de la maladie, même sur un fruit intact. De plus, il apparaît que les deux espèces de drosophiles sont en synergie : après des dégâts modérés provoqués par D. suzukii, D. melanogaster vient amplifier le phénomène de pourriture acide. Ces résultats permettent de comprendre les observations de 2014 liant pourriture acide et D. melanogaster, en dépit de la forte présence de D. suzukii au champ. Néanmoins, il n’est pas possible de quantifier les rôles respectifs des différents facteurs en mesure d’influer sur la pourriture acide. Pour cela, des suivis et expériences sur plusieurs années dans le vignoble seront nécessaires. Il semble clair néanmoins, que D. suzukii peut être source de dégâts sur la vigne, et que le développement de nouvelles techniques pour les contrôler est nécessaire.

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Contact(s) scientifique(s) :

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Santé des plantes et environnement
Centre(s) associé(s) :
Montpellier