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Les arbres de la Villa Thuret, un modèle d’acclimatation

Au Cap d’Antibes, la Villa Thuret offre au visiteur des balades dans un jardin aux arbres rares originaires de pays à climat méditerranéen ou tempéré chaud. C’est aussi une unité expérimentale dédiée à l’étude de l’acclimatation des arbres, sujet de fort enjeu dans le contexte du changement climatique.

VILLA  Thuret, INRA, sur le Cap d'Antibes. © SLAGMULDER Christian
Par Armelle Favery
Mis à jour le 06/06/2014
Publié le 01/06/2012

Eucalyptus (Myrtaceae), macadamia (Proteaceae) ou hibiscus sont quelques exemples de familles d’arbres rares à admirer en arpentant les 3,5 hectares de l’arboretum Thuret. Ces arbres, originaires de pays lointains et introduits à partir du XIXe siècle, vont servir de modèles pour acquérir des données sur l’acclimatation. « Nous étudions l’adaptation d’arbres ayant un intérêt pour la production de bois de qualité, de biomasse, de biomolécules ou le maintien d’un couvert forestier », explique Catherine Ducatillion. C’est la mission principale de l’Unité expérimentale Villa Thuret créée en 2012 et que dirige la chercheuse. « La stratégie d’acclimatation a changé avec l’évolution des connaissances. Nous sommes en mesure de mieux choisir les espèces, voire les provenances à introduire, en tenant compte de la variabilité génétique. Nous allons aussi renforcer les observations du cycle végétatif des arbres en fonction des saisons, dans le cadre de l’étude du changement climatique. Ces dix dernières années, nous avons par exemple mis l’accent sur l’introduction de chênes venus du bassin méditerranéen oriental ou d’Amérique centrale ».

Les recherches incluent l’étude des espèces végétales envahissantes, un autre phénomène dont l’acuité augmente avec le développement des transports et des échanges internationaux
L’unité expérimentale entretient, gère et valorise les collections du jardin botanique historique : 1 250 espèces ligneuses réparties dans 150 familles botaniques. Ici, les végétaux se développent librement, sans taille, sans arrosage et sans traitement chimique. Car l’objectif est de tester la capacité des plantes introduites à tolérer les conditions naturelles locales (climat, sol...). Aux côtés de ces collections vivantes, un herbier et une bibliothèque historiques ainsi qu’un ensemble d’archives (notes et correspondances sur les travaux d’acclimatation, fichiers, plans...) complètent ce patrimoine biologique.

Un patrimoine à disposition du public

En 2011, l’équipe de botanistes de l’Inra et leurs partenaires ont accueilli 15 000 visiteurs en visite libre et 2 800 personnes en groupes (visites guidées ou enseignement supérieur). Plusieurs partenaires sont hébergés sur place : le Conservatoire botanique national méditerranéen, le Conservatoire des écosystèmes de Provence, le Centre permanent d’initiatives pour l’Environnement des îles de Lérins et Pays d’Azur. Un projet de partenariat étroit avec les collectivités locales est en cours, pour renforcer les missions du jardin en matière de formation, d’éducation, d’environnement et d’accueil du public.

Un réseau d’arboretums pour conseiller les reboiseurs

« La Villa Thuret remplit un double rôle. Premièrement, c’est maintenant une unité expérimentale qui s’ajoute à notre dispositif d’observation et d’expérimentation pour étudier l’adaptation des forêts aux changements climatiques. Deuxièmement, c’est un arboretum d’une richesse exceptionnelle en tant que réservoir de biodiversité végétale, explique Michel Verger, chargé de mission pour la coordination des unités expérimentales du département de recherche Ecologie des forêts, prairies et milieux aquatiques de l’Inra. D’autres arboretums ont été créés par l’Inra dans le passé, en région méditerranéenne, dans le Massif central, en Normandie, etc. Leur objectif initial était de conseiller les reboiseurs sur les espèces à utiliser en conditions environnementales difficiles (haute altitude, pollution atmosphérique) ou lors d’épisodes de dépérissement majeur comme ce fut le cas pour la forêt méditerranéenne dans les années 1960-70. Nous allons valoriser et coordonner ce réseau d’arboretums, qui constitue un observatoire scientifique sur le potentiel adaptatif, mais aussi invasif, des espèces qu’ils renferment. Là encore, le spectre de valorisations scientifiques et techniques est considérable ».

Dimanche 1 juin 2014 - Rendez-vous au jardin Thuret

Affiche Jardin botanique de la Villa Thuret. © Inra
© Inra
L’Inra et la Communauté d’Agglomération Sophia Antipolis, avec le soutien du Conseil général des Alpes-Maritimes, vous invitent à participer à cette journée exceptionnelle d’ouverture du jardin Thuret, à l’occasion des Rendez-vous aux jardins, le dimanche 1 juin 2014, de 10h à 18h.

Créés depuis 2003 par le ministère de la Culture et de la Communication, les Rendez-vous aux jardins invitent en 2014, les visiteurs à découvrir « L’enfant au jardin ». Pour les petits, le jardin est un immense univers d’exploration et de conquêtes. Il est un espace de jeu et d’imagination, un territoire d’aventures et d’émotions. Lieu d’apprentissage nécessitant d’être cultivé, le jardin participe ainsi à l’épanouissement de l’enfant, au développement de sa connaissance et de son ouverture au monde... En savoir plus >

Un peu d’histoire…

Gustave Thuret (1817-1875), algologue et botaniste, se laisse séduire par le climat et la nature sauvage du Cap d'Antibes :il y achète un terrain de cinq hectares et crée un jardin botanique. Les débuts du jardin sont difficiles en raison des conditions climatiques - sécheresse estivale et pluies torrentielles d’automne. G. Thuret se heurte aussi à la difficulté de trouver les plantes qu’il recherche. Il met alors en place un véritable réseau de correspondants qui lui envoient des graines du monde entier. Il poursuit l’acclimatation et l’étude des végétaux des zones subtropicales et méditerranéennes avec son ami Edouard Bornet (1828-1911).

L’acclimatation de ces centaines d’espèces exotiques a largement contribué à la diversification des plantes utilisables en horticulture ou en arboriculture et à l’évolution du paysage végétal de ce qui deviendra la Côte d’Azur. En 1877, peu après la mort de G. Thuret, le jardin botanique fait l’objet d’une donation à perpétuité à l’État français. Sa direction est alors confiée à Charles Naudin (1815-1899) qui poursuit l’œuvre de Thuret et de Bornet.

En 1927, le jardin est confié à l’Institut de recherches agronomiques qui devient l’Institut national de la recherche agronomique en 1946. Aujourd’hui, après un siècle et demi d’expériences ininterrompues, le jardin Thuret continue d’accueillir des scientifiques, des visiteurs et des plantes.

Beaux livres

L'art d'acclimater les plantes exotiques. Le jardin de la Villa Thuret

Landy Blanc-Chabaud,
Catherine Ducatillion,
Christian Slagmulder, filmé/photographié par

L'art d'acclimater les  plantes exotiques . Le  JARDIN  de la  Villa Thuret . Ed. Quae. © inra, Quae
© inra, Quae
Si les arbres du jardin Thuret avaient su parler…que d’histoires à faire sortir de ce livre ! Depuis cent cinquante ans, des milliers de plantes exotiques ont été invitées à séjourner dans le jardin de la Villa Thuret, au cap d'Antibes, sous le regard attentif des visiteurs, des botanistes et des jardiniers.

Certaines s’y sont tant plu qu’elles ont fondé une famille, sculptant le paysage de la Riviera, transformant à jamais une terre ingrate en un paradis de verdure. Pénétrons dans ce monde végétal, écoutons l’histoire de ce lieu, entretenu et façonné par l’Inra durant ces dernières années.

Éditions Quæ, Beaux livres, 2010, 192 pp, 29,90 euros, 19,50 en pdf.