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LES METIERS DE LA RECHERCHE : TEMOIGNAGES
 

 

AVANT-PROPOS

 

La mémoire d’un institut de recherches est riche des souvenirs de tous ceux qui ont travaillé pour lui. Est-elle condamnée, comme certains le prétendent, à sombrer dans l’oubli ou dans un rabâchage morne du passé ? Ou peut-elle devenir une source d’inspiration et de créativité pour ses nouvelles recrues ?

La collection ARCHORALES qui se propose de réunir, sans souci des préséances scientifiques et administratives, les témoignages des anciens de l'INRA qui se sont succédés au fil des années (scientifiques, ingénieurs, techniciens, administratifs) a été créée dans cette seconde perspective. S'intéressant moins aux avancées de la science elle-même qu'aux conditions dans lesquelles s'élabore le travail de recherche, elle vise, en effet, à apporter aux personnels nouvellement arrivés des éléments leur permettant de mieux comprendre la genèse des programmes auxquels ils seront appelés à s’associer. Dans un organisme de recherche qui va connaître, dans les prochaines années, un renouvellement important de ses cadres dirigeants et dont l'identité est parfois brouillée par de nouvelles préoccupations, le souci qu'elle affirme d'une mémoire à transmettre et à partager ne peut que renforcer en chacun le sentiment de faire partie d'une communauté solide, fière de ses acquis passés et confiante dans son avenir.

De quoi nous ont fait part les interlocuteurs nombreux qui ont accepté de répondre à nos questions ? Des motivations qui les ont conduits à entrer à l'INRA, des responsabilités diverses qu'ils ont assumées tout au long de leur vie professionnelle, des collègues et des partenaires avec lesquels ils ont eu l’occasion de travailler.

En prêtant une oreille attentive à leurs confidences et leurs explications, nous les suivons dans les coulisses de la recherche : nous découvrons les conceptions de la vie et du monde auxquelles ils étaient attachés, les valeurs éthiques et professionnelles, mûries au dedans d'eux mêmes, qui ont commandé souvent à leurs actions. Nous comprenons leur enthousiasme et les joies qu’ils ont pu ressentir à s'activer dans leurs laboratoires ou leurs installations expérimentales, à formuler de nouvelles hypothèses de travail et à les vérifier. Mais nous prenons conscience aussi des difficultés nombreuses auxquelles ils ont dû faire face pour perfectionner leurs protocoles et les appliquer, améliorer l'arsenal des techniques à leur disposition, formuler en des termes mieux appropriés à l'analyse les questions parfois fort "naïves" de la demande sociale. Nous percevons par ailleurs les pesanteurs et les rigidités qui existaient parfois dans leurs laboratoires, générées par les espérances contradictoires qui pouvaient s'y développer.

Ce second tome de la collection ARCHORALES qui doit beaucoup à l’obligeance de Joelle Veltz et de Patrick Gabriel ne prétend être, comme le premier, qu'un instrument de recherche destiné à faciliter des investigations sur l’activité de recherche elle-même : les témoignages qu'il contient restent, en effet, des matériaux bruts, même s'ils ont été mis en forme et indexés. Ils sont un peu comme les fils d'une tapisserie attendant d'être tissés ensemble ou comme les voix séparées d'une même oeuvre musicale qui demandent à être assemblées entre elles pour former un ensemble harmonieux. Il reviendra évidemment aux historiens à aller plus loin dans l'analyse. Comme ils sont tenus de le faire déjà pour tout document écrit, il leur faudra prendre les précautions qui s'imposent pour exploiter judicieusement les enregistrements sonores et les transcriptions qui en ont été faites, dans le cadre des règles de communication établies : ils devront s’assurer notamment de la sincérité et de la véracité des propos recueillis en les confrontant à d’autres témoignages oraux ou à des documents écrits conservés par ailleurs (articles scientifiques, rapports de synthèse, notes administratives, etc.).

D. Poupardin

 

On se souvient de la recommandation que Robert Park adressait dans les années 1915 à ses étudiants de sociologie à Chicago, les invitant pour aborder l’étude de la réalité sociale à se rendre sur le terrain au lieu de se borner à compulser des statistiques ou à compiler le travail des autres. L’expérience personnelle était, pour lui, un préalable à la connaissance :

"On vous a dit d’aller fouiller à la bibliothèque et d’accumuler une masse de notes à partir d’archives poussiéreuses. On vous a dit de choisir d’étudier n’importe quel problème pourvu que vous puissiez trouver à son sujet des rangées de documents moisissants préparés par des bureaucrates fatigués et remplis par des employés indifférents... On a appelé çà "se salir les mains à faire de la recherche". Ceux qui vous l’ont conseillé sont sages et respectables. Les raisons qu’ils vous ont données sont valables. Mais une chose de plus est indispensable : l’observation de première main ! Allez et observez les salons des hôtels de luxe ou les asiles de nuit. asseyez-vous sur les canapés des maisons résidentielles mais aussi sur les paillasses des taudis.... En bref, jeunes gens, salissez vos pantalons en faisant de la vraie recherche !"

(cité dans Lyn Lofland : "The Chicago legacy", Urban life, art. cit., p. 497, repris par J. Peneff, 1990, La méthode biographique, Armand Colin, p. 51).


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