Agriculture " respectueuse de l'environnement " ou agriculture
" partenaire de la nature "
" Agriculture-environnement " ou " agriculture durable "
?
Et la suite ?
Témoignages d'agriculteurs sur les plans de développement durable
L'expérience des plans de développement durable
(encadré1)
Encadré (2)
Encadré (3)
Orientation bibliographique sur les plans de développement
durable
Du bilan général de l'expérience des plans de développement durable (PDD), nous voudrions relever pour cet article quelques éléments particuliers concernant la relation agriculture-environnement. En effet, entre le début et la fin de l'expérimentation, les points de vue ont évolué du fait des travaux réalisés en commun entre agriculteurs, agronomes et environnementalistes. On retrouve l'évolution de ces idées dans les projets qui se mettent en place, comme les deux qui sont racontés ici.
La notion d'agriculture " respectueuse de l'environnement " conduit à
s'intéresser de façon privilégiée à la
réduction des impacts négatifs de l'agriculture sur
l'environnement. Elle ne met pas suffisamment en valeur cette
spécificité de l'agriculture par rapport à d'autres
secteurs d'activités : le capital principal de l'agriculture est
la nature. L'agriculture durable cherche à produire en combinant
au mieux l'ensemble des éléments naturels et des énergies
renouvelables pour limiter l'appel aux matières premières et
énergies non renouvelables. La notion d'agriculture " partenaire de
la nature " semble de ce point de vue plus explicite : plus autonome par
rapport aux énergies non renouvelables, plus économe pour
être rentable et moins polluante. C'est ce qu'ont recherché
les agriculteurs dans les zones de grande culture où se mettent en
place des systèmes fondés sur les principes de la production
intégrée, dans les zones d'élevage où les
agriculteurs cherchent à renouer avec des systèmes à
l'herbe et dans les zones de montagne où le travail consiste en grande
partie à mieux valoriser les pâturages et les estives avec,
notamment, des parcs clôturés.
Si on analyse l'ensemble des projets mis en place dans des situations très
variées, on se rend compte qu'il existe quelques constantes. Tous
cherchent à :
- favoriser une diversité suffisante des productions animales,
des cultures annuelles et des cultures pérennes, et à travailler
sur les meilleures combinaisons entre ces ateliers (intérêt
du fumier pour les cultures, paille pour les animaux, etc.) ou au sein de
chaque atelier (intérêt des rotations, des légumineuses,
choix génétiques, etc.) ;
- organiser le territoire de la façon la plus adéquate
pour que s'expriment au mieux les potentialités des parcelles et pour
favoriser les processus de régulation naturelle (abri pour les
auxiliaires, bandes enherbées, etc.) ;
- choisir les itinéraires techniques, le matériel et les
bâtiments les mieux adaptés à ces objectifs.
La rentabilité économique reste souvent équivalente
du fait de la baisse des charges, qui compense l'éventuelle baisse
des rendements sauf quand le régime réglementaire et financier
favorise trop les systèmes intensifs (exemples : prime maïs,
prime à l'irrigation). Cette rentabilité s'améliore
encore quand les agro-écosystèmes mis en place peuvent trouver
une valorisation de la qualité des produits ou des espaces ainsi
créés. Nous retiendrons donc de ces travaux ceci :
une agriculture partenaire de la nature peut être une agriculture
économiquement viable ; un environnement de qualité constitue
un facteur de production favorable à l'économie agricole sous
réserve de savoir l'utiliser.
Sur la base de tels agro-écosystèmes, il devient plus facile
de :
- prendre en compte les politiques particulières de protection
de tel ou tel milieu, ou espèce, nécessaires à une
bonne dynamique des grands équilibres écologiques ou de tel
élément identitaire du paysage, et de les intégrer dans
le système de production avec des financements particuliers ;
- incorporer dans les choix de l'agriculteur les demandes sociales
particulières concernant la nature, par exemple organiser l'espace
de production de façon à valoriser tel gibier correspondant
à une demande locale ou telle espèce emblématique de
la région, par exemple la cigogne en Alsace, ou tel sport nature en
prévoyant d'ouvrir les parcelles ou chemins au public.
Ainsi, les projets des agriculteurs sont étudiés pour tenter
de mettre en résonance sur l'ensemble de la surface qu'ils utilisent,
ces trois conceptions de la nature mises au service de logiques de
production, de logiques de protection, ou de dynamiques de
développement local.
Dans le cadre des travaux sur les PDD, il est vite apparu qu'une simple
réflexion sur la relation agriculture-environnement était
insuffisante. La réflexion sur les PDD a conduit à essayer
de mieux définir le terme durable par comparaison avec d'autres termes
employés comme " agriculture intégrée ", " agriculture
raisonnée ", " agriculture biologique ".
Les plans de développement durable font explicitement
référence à la notion de développement durable
telle que définie par le rapport Bruntland pour les Nations unies
en 1987 : " Le développement durable est celui qui répond aux
besoins du présent sans compromettre la capacité des
générations futures à répondre à leurs
propres besoins ". Cette notion recouvre la prise en compte des aspects
économiques, écologiques et sociaux pour aujourd'hui et pour
demain. Du point de vue de l'agriculture, cela s'est traduit par
l'intégration à part entière des problématiques
de développement local dans l'élaboration des projets en liaison
avec les aspects concernant l'agro-écosystème.
La notion d'agriculture durable ne doit pas être réduite à
la seule prise en compte des problématiques environnementales dans
les pratiques agricoles. Les projets qui résulteraient d'une telle
conception pourraient être, en effet, en contradiction avec des objectifs
de développement local tels que le maintien ou le développement
de l'emploi.
Ainsi, toute réflexion sur des pratiques d'extensification doit
intégrer une réflexion parallèle sur la capacité
des projets à générer de nouvelles activités,
sinon le risque existe de ne voir l'avenir que dans l'agrandissement des
exploitations au détriment de la vie sociale.
On peut également citer l'exemple des engins permettant de supprimer
le labour. Ces outils permettent d'aller plus loin dans des logiques de
production intégrée et peuvent être utilisés pour
de meilleures pratiques agri-environnementales. Ils permettent également
d'aller plus vite et donnent ainsi la possibilité à certains
agriculteurs de réduire leur personnel ou de s'agrandir mais finalement
au détriment d'éventuelles installations de jeunes agriculteurs.
Par rapport à cette tendance la plus répandue, d'autres
agriculteurs se fixent comme objectif de ne pas s'agrandir, de valoriser
l'investissement à plusieurs dans une coopérative d'utilisation
du matériel agricole. Ils utilisent le temps libéré
pour développer de nouvelles activités solvables répondant
à d'autres besoins de la région détectés lors
du diagnostic de territoire : accueil, service aux communes, etc.
Ces exemples, issus de travaux sur les PDD, ont rapidement fait prendre
conscience que pour avoir une approche d'agriculture durable, il faut
croiser la réflexion agri-environnementale avec une approche de
développement local. L'apport de la notion d'agriculture durable
est de considérer le niveau social comme troisième axe à
prendre en compte simultanément avec la production et l'écologie.
Cet aspect étant nouveau, il est d'autant plus nécessaire
d'être en permanence vigilant pour qu'il soit réellement
présent dans les projets.
A l'heure où se préparent la nouvelle loi d'orientation agricole
en France, la réforme de la PAC en Europe et l'ouverture des marchés
au niveau mondial, il est important d'avoir en tête les
éléments principaux des bilans de toutes les expériences
qui ont mobilisé ces dernières années agriculteurs,
agents de développement agricole, chercheurs.
L'originalité de l'étude de faisabilité des PDD consiste
à s'être attaché de façon délibérée
à imaginer des projets d'évolution des exploitations centrés
sur les enjeux du territoire et de la petite région, prenant en compte
à la fois et en même temps les trois fonctions économique,
écologique et sociale de l'agriculture. Les PDD se retrouvent donc
en phase avec les réflexions concernant le contrat territorial
d'exploitation (CTE), projet ambitieux qui donne un axe à la loi
d'orientation agricole et pourrait constituer une sorte d'élargissement
des PDD.
Dans l'application concrète et réglementaire des CTE, il nous
semble important de ne pas séparer les approches économiques,
écologiques et sociales, ce qui risquerait de créer un nouveau
type de filières avec des logiques financières particulières
et parfois contradictoires, mais plutôt de favoriser les approches
systémiques cherchant les synergies entre chacune de ces entrées
pour une agriculture à intérêts
partagés.
Enfin, il faut également souligner l'importance des groupes d'agriculteurs
en liaison avec leurs conseillers pour imaginer ces nouveaux contrats. Les
principes de volontariat, travail en groupe, partenariat, approche globale,
seront au cur de la réussite des CTE.
Propos recueillis par Arnault Villaret (été 1997)
SIM, Institut de l'élevage, 149, rue de Bercy, 75595 Paris cedex 12
Arnault.Villaret@inst-elevage.asso.fr
Pour Philippe Huet, allier compétitivité et gestion du
territoire est la voie d'avenir de son exploitation céréalière
dans la vallée de l'Eure.
Après son installation, en 1992, en GAEC avec son père, le
regroupement de l'exploitation sur 238 ha et la progressive optimisation
de ses iti-néraires culturaux, Philippe Huet ouvre son métier
d'agriculteur à de nouvelles perspectives. En réponse aux enjeux
territoriaux, l'exploitation doit assurer une production toujours plus
compétitive mais aussi une gestion raisonnée du territoire.
Avec une approche intégrée de ses systèmes de culture
et une valorisation plus glo-bale des potentiels locaux, son plan de
dévelop-pement durable cherche à l'aider à concrétiser
cet objectif.
En 1988, au retour de Philippe Huet comme aide familial, après une
formation d'ingénieur agricole, l'exploitation fa-miliale se compose
de 210 ha sur 2 sites, dont l'un se situe à 10 km du corps de ferme
de la Croix Saint-Leuffroy, à proximité d'un centre d'essais
de Renault. Dès l'année sui-vante, 100 ha sont cédés
pour permettre l'extension du centre et les 2 ouvriers encore présents
cessent leurs activités. Avec l'achat de 27 ha via la SAFER, l'abandon
de l'atelier de bufs d'embouche et la mise en labour des herbages,
le système de production se tourne résolument vers la produc-tion
céréalière et les grandes cultures.
Son installation s'officialise en 1992 avec la création d'un GAEC
père-fils. 100 ha sont repris en location dès l'année
suivante et l'exploitation atteint alors 238 ha, avec les 2/3 en vallée
sur des terres de potentiel limité (60 à 65 q en blé),
usantes et en pente, et 1/3 sur le bord du plateau de meilleur potentiel
(70 à 80 q en blé). Le parcellaire reste certes mor-celé
mais est maintenant regroupé, occupant la quasi-totalité du
coteau nord de l'Eure à la Croix Saint-Leuffroy. Le sys-tème
repose alors sur la production de blé, de pois, de colza, de
maïs-grain et d'escourgeon.
La même année, le parc matériel est refondu avec la vente
d'un tracteur, de la moissonneuse-batteuse et la réalisation des
récoltes dans le cadre d'un cercle d'échange de matériel
et de travail. " L'optimisation du système passait aussi par la diminution
des charges de structure et cette création d'un système
d'échange de prestations de service nous semblait intéressante
", explique Philippe. Depuis lors, les surfaces moissonnées par le
cercle d'échange de l'Eure sont passées de 500 à 4 000
ha.
Avec les inquiétudes liées à la mise en place de la
réforme de la PAC, l'optimisation technico-économique des
systèmes de culture devient une priorité pour l'exploitation,
avec notamment une réduction à deux, voire une seule applica-tion
de fongicides et l'utilisation à 80% de semences fermiè-res.
Cette optimisation prolonge l'évolution du système de culture
depuis les années 80, dont le non-labour pour les blés de pois
et de colza. En 1994, les charges opérationnelles sont d'environ 1
400 F/ha en blé et escourgeon et de 1 500 F/ha en pois et colza. La
situation financière est bonne, avec un excédent brut
d'exploitation (EBE) de 616 000 F et des annuités limitées.
Cette optimisation s'accompagne déjà de préoccupations
concernant l'avenir de l'exploitation. L'épandage de boues de la station
d'épuration d'Achères est arrêté en 1990. Même
si les apports étaient dans les " normes " locales (15 tonnes tous
les 5 ans), les risques d'accumulation de métaux lourds ont incité
MM. Huet à ne plus y recourir. " Nous ne pensions plus que l'on pouvait
prendre des risques avec la santé de nos terres, et donc avec notre
avenir, pour faire des économies. "
Un objectif : allier compétitivité et gestion du
territoire
Les premiers contacts et la constitution du groupe de ré-flexion sur
les PDD ont lieu dans le cadre du Groupe de développement agricole
(GDA) Eure-Seine, dont Philippe Huet est administrateur. " Les débuts
ont été très flous. On nous proposait de
réfléchir tout en nous disant que l'on n'avait pas de solutions.
C'était per-turbant quand on avait jusque-là l'habitude d'entendre
que des recettes existaient pour tous nos problèmes. "
Mais, l'intérêt de MM. Huet pour de nouvelles " façons
de faire " et pour aller plus loin dans leur activité d'agriculteur
incite Philippe à poursuivre sa participation au groupe PDD. Cette
sensibilité pour la recherche d'alternatives s'était d'ailleurs
déjà traduite par la mise en place d'une plate-forme d'essai
comparatif d'itinéraires techniques sur l'exploitation, suite à
une demande de Philippe au GDA.
" Progressivement, avec les dif-férentes interventions de Philippe
Viaux de l'ITCF et nos analyses d'autres expériences, nous avons alors
progressivement appris et compris la notion d'agriculture intégrée.
C'était en fait quelque chose vers laquelle certains allaient sans
le savoir, à la différence notable que jusqu'alors c'était
assez empirique, moins global et avec plus de risques, car nous étions
un peu isolés. "
Pour le groupe, il s'agit en effet de dépasser la " simple " optimisation
technico-économique à la culture pour aller vers une analyse
globale et une réorganisation progressive des différentes facettes
des systè-mes de culture, en recherchant, suivant les possibilités
de chaque exploitation : - la mixité produc-tions
végétales/animales pour permettre des apports de matière
organique ; - la diversification des cultures pour permettre l'allonge-ment
des rotations ; - une fumure calculée sur un rendement moyen accessible
une année sur 2 ou 3 et non sur un rendement potentiel maximum, pour
limiter le lessivage de l'azote non utilisé par les plantes ; - un
semis sans labour pour améliorer la structure et la teneur en
ma-tière organique du sol ; - des traitements phytosanitaires suite
à observations et non plus en préventif systématique
; - l'utilisation de variétés résistantes, etc.
Avec cette réflexion animée par Olivier Reboul, responsable
du site pour la chambre d'Agriculture, la réalisation du diag-nostic
de territoire et du diagnostic agri-environnemental de l'exploitation, les
axes du projet d'évolution de Philippe Huet se précisent et
se définissent peu à peu. Sa conception de l'exploitation comme
" un système assurant la gestion d'un espace bien déterminé
par une activité de production et non plus comme assurant la seule
production de matières premiè-res pour l'industrie " se renforce.
" Ce qui peut aller, selon moi, de pair avec compétitivité
et rentabilité ", poursuit-il avec conviction. Son parcellaire bien
groupé, avec la pré-sence de quelques parcelles de bois, la
proximité de la rivière et la présence de pelouses
calcicoles, lui offrait, comme il le souligne, une entité
géographique propice à l'émergence d'un tel objectif.
" Nous ne gérons pas du foncier mais un territoire. Dès lors,
nous devons nous ouvrir à d'autres points de vue et à de nouvelles
fonctions, non liées à des primes mais à des be-soins
locaux. " Mais, comme il le reconnaît, " cela remet en cause certaines
pratiques et la vision même de notre métier, ce qui n'est pas
toujours facile à accepter et à suivre ". A quelques années
de la retraite et après avoir connu une pé-riode où
il fallait avant tout pro-duire toujours plus pour répondre à
la demande, " mon père n'a d'ail-leurs pas toujours adhéré
à toutes les implications d'une telle dé-marche ".
Une démarche : analyse globale et révision des différentes
composantes des systèmes de culture
" Pour nous rassurer un peu, la possibilité de contrats de réduction
d'intrants a été ouverte aux exploi-tations du groupe, bien
qu'elles ne fassent pas partie d'un périmètre de captage. Cet
aspect financier (1 200 F/ha pendant 5 ans) nous a conforté dans notre
volonté d'expé-rimenter le nouveau système pro-posé
", précise d'emblée Philippe Huet.
En 1994, 118 ha de son exploita-tion sont donc contractualisés avec
un cahier des charges de réduction d'intrants comportant notamment
les clauses suivantes :
- limitation des apports de fertilisants azotés (réduction
de 20% par rapport aux recommandations GDA avec un pla-fond régional)
;
- établissement d'un plan de fumure avec calcul du bilan azoté
prenant en compte les reliquats hivernaux ;
- implantation de cultures intermédiaires avant semis de printemps
;
- interdiction de certaines matières actives (dont atrazine et lindane)
;
- interdiction de l'utilisation de raccourcisseur sur blé et colza
;
- limitation du nombre d'interventions phytosanitaires et de la quantité
de produits utilisés.
Comme dans d'autres exploitations, certaines parcelles souf-fraient d'un
retour rapide du pois ou du colza. Afin d'allonger les rotations, trois nouvelles
cultures sont venues compléter l'assolement jusqu'alors pratiqué
: le tournesol, la féverole (commercialisée à une meunerie
de Vendée) en tête de rota-tion à la place du pois en
vallée et le chanvre textile (commercialisé en groupement de
production et transforma-tion). Avec la jachère fixe passée
pour moitié en rotation avec la production de colza-diester, le nombre
de cultures est donc porté à 10.
"J'y perds peut-être en produit brut sur la rotation, mais j'ai
éliminé mes problèmes de blé sur blé,
de retour rapide de colza et pois et j'y gagne donc en traitements
phytosanitai-res. L'introduction d'une légumineuse me donne une fixation
d'azote qui limite d'autant mes apports ", commente-t-il, tout en soulignant
que " cela me permet aussi d'étaler mes pointes de travail. J'ai moins
l'impression de courir après le temps au moment des blés ".
Le non-labour est maintenant largement appliqué sur l'ex-ploitation,
puisque seulement 22 ha ont été labourés en 1996 pour
reboucher les passages de drains après l'installation d'un système
de drainage. La préparation du sol se fait à la herse rotative
et semoir classique, ou au sémavator pour les précé-dents
" paille ". Afin de parfaire cette phase délicate, un semoir direct
a été acheté et devrait être utilisé pour
les semis 1997.
La Croix Saint-Leuffroy
dessin CB d'après photo
" Si les effets sur la matière organique et la structure du sol ne
seront perceptibles que dans quelques années, je gagne déjà
en temps de travail, en fioul et en usure de socs dans mes terres caillouteuses
", note-t-il. Ainsi, la moyenne de consommation de fioul de l'exploitation
se situe aux alen-tours de 55 F/ha (moisson comprise) contre plus de 100
F/ha pour la grande majorité des autres membres du centre de
gestion.
Le choix des variétés sur un ensemble de critères plus
vaste que l'unique maximisation du rendement potentiel se heurte à
l'éventail de choix disponible sur le marché, surtout quand
les variétés trop sensibles à la verse doivent être
écartées. Et, comme l'admet Philippe, " on tâtonne, car
on a du mal à trouver le mouton à 5 pattes ". Le critère
de rendement n'est donc plus autant prioritaire et a laissé un peu
la place à la qualité comme à la résistance aux
maladies et à la verse. Si les choix concernant le pois et le maïs
sont restés les mêmes, par contre les variétés
de blé sont panifiables (" courant " ou " supérieur "),
l'escourgeon est brassicole et la variété de colza Capitol
a été abandonnée du fait de sa sensibilité à
la verse et aux maladies.
Le raisonnement de la fumure azotée se fait à la parcelle (20
parcelles) et le calcul des reliquats ne s'est fait jusqu'à main-tenant
que par type de précédent dans chaque type de rota-tion.
Malgré les difficultés rencontrées pour utiliser la
tarière jusqu'à 90 cm, ce calcul de reliquats sur toutes les
parcelles est prévu à terme.
Mais, la révision des objectifs de rendements en fonction du potentiel
local (les nouveaux rendements-objectifs devant pouvoir être atteints
une année sur 3 et non plus sur une année sur 8 à 10),
la réduction de 20% des préconisations GDA et le calcul du
bilan avec reliquats débouchent parfois sur des apports très
réduits. " Sur un blé de féverole avec 90 unités
de reliquat, voilà que je n'avais que 60 unités à mettre.
Cela me pose quand même quelques problèmes... ", confie-t-il.
La situation s'est aussi répétée sur du blé de
maïs avec 127 unités de reliquat et un objectif de 65 q : seulement
54 unités étaient à épandre... Après avoir
été expérimenté depuis le début des
années 90, l'apport d'automne sur colza a été
sup-primé sur toutes les parcelles concernées.
Les insecticides ne sont plus utilisés systématiquement avec
la pulvérisation de fongicides à l'épiaison, mais
utilisés à vue. " Même si parfois on se fait peur, j'utilise
de plus en plus le comptage et la notion de seuil d'intervention. " Les risques
réels sont aussi mieux connus. " Une seule espèce sur deux
de charançons est nuisible et, cette année, c'est l'autre qui
a été présente. Alors, à l'inverse de nos voisins,
nous n'avons pas traité ", note Philippe.
Pour les fongicides, l'objectif est de n'appliquer plus qu'un seul traitement.
Les risques d'oïdium sont éliminés avec le choix de la
variété, la rouille est détectée à vue,
la septoriose avec un modèle climatique, en liaison avec le Service
de la protection des végétaux. " J'aurai même pu faire
sans doute l'impasse sur une parcelle, poursuit-il, mais pour une
pre-mière, j'ai quand même préféré appliquer
le traitement, même si, avec l'expérience, on s'autorise à
aller plus loin, la prise de risque doit être raisonnée et donc
progressive ".
Sur maïs, le remplacement de l'atrazine et du lindane (interdits dans
le cadre des contrats de réduction d'intrants) par des produits plus
onéreux (Milagro et semences traitées Gaucho) ont imposé
une augmentation des charges opéra-tionnelles. Le maïs serait
ainsi la seule culture de l'exploita-tion dont la conduite sous contrat
imposerait des surcoûts et non pas des économies de charges.
La trentaine d'unités d'azote économisée dans la fumure
sont loin de compenser la différence, qui reste de 500 à 800
F/ha alors que les parcelles semées en 1996 ne sont pas celles
concernées par le contrat. " Même si je n'ai pas la carotte
financière sur ces parcelles, je veux jouer le jeu jusqu'au bout :
si on est d'accord que ce sont des substances à risques, pourquoi
les mettre ici et pas là-bas ? ", commente Philippe.
Philippe Huet avoue, cependant, regretter un peu d'avoir signé un
contrat de réduction d'intrants. Certaines contraintes du cahier des
charges seraient antagonistes avec les principes d'une démarche de
l'agriculture intégrée. Le travail simplifié du sol
se heurte à l'obligation d'implanter une interculture avant semis
de printemps. L'interdiction de raccourcisseur limite le choix de
variétés et la diminution de 20% de la dose d'azote
recommandée par le GDA, après bilan avec reliquats, sur un
objectif de rendement réévalué à la baisse
débouche sur des doses très réduites qui
inquiètent.
" Quand on joue vraiment le jeu, la prime ne me paraît pas compenser
la perte de marge de manuvre et le cahier des charges limite nos
possibilités d'avancer plus vers l'agricul-ture intégrée.
Ce serait à refaire, je ne crois pas que je re-prendrai un contrat
de ce type ", affirme-t-il.
Une ouverture au milieu rural en valorisant mieux le potentiel de
l'exploitation
Aux activités agricoles de leur exploitation, Philippe Huet et son
épouse ont rapidement pensé qu'il était possible d'ajouter
une activité agrotouristique qui permette de valoriser d'autres atouts
de l'exploitation. D'une part, Mme Huet, actuellement institutrice, souhaitait
pouvoir s'investir sur d'autres activités en utilisant son
expérience en milieu scolaire et éducatif. D'autre part, la
proximité de Paris, la présence de néoruraux et le cadre
agréable de fond de vallée à la Croix Saint-Leuffroy
offraient un potentiel certain. Toute la zone est d'ailleurs classée
en zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique et
floristique (ZNIEFF).
De plus, la remise en valeur de pelouses calcicoles abandon-nées et
enfrichées sur le haut des coteaux devait permettre d'apporter une
touche supplémentaire au cadre global de gestion de l'espace que s'est
donné Philippe Huet. " Quand j'étais gamin, on allait jouer
là-haut, on ramassait des cou-cous, se souvient-il. Et voilà
que ce n'était plus possible avec cet envahissement par les arbustes
et les ronces. Ce qui ne me semblait pas une situation normale. " Une idée
déjà émise après la reprise de ces pelouses avec
les 100 ha en 1992-1993 allait alors réapparaître et se
préciser avec la réflexion des PDD.
L'activité prévue devait reposer sur l'élevage d'ânes
Grand Noir du Berry (race menacée de disparition), pâturant
ces pelouses et servant d'animaux de bât pour la randonnée d'enfants
sur les coteaux de la vallée, Mais, lors de leur participation au
diagnostic agri-environnemental de l'ex-ploitation, " des experts du
Conservatoire naturel de Haute-Normandie se sont aperçus qu'elles
présentaient un intérêt floristique majeur, avec une
importante présence d'orchi-dées : dans ces conditions, plus
question pour nous de les défricher et d'y faire pâturer des
ânes ".
Une convention tripartite est alors passée entre le Conserva-toire,
les propriétaires et M. Huet, avec la remise en état prévue
de ces 3,5 ha (broyage sélectif) par ce dernier, pour en permettre
la valorisation. " Ce sera un point d'intérêt de plus pour attirer
les gens et les informer un peu sur le milieu local. Il n'y a pas que du
blé dans l'Eure ", affirme Philippe.
| Carte de visite 1994 Système polyculture 238 ha avec 2 UTH (GAEC père-fils) 124 ha de blé (52%) avec rendement moyen 89-94 de 65 q 41 ha de colza (l7%) avec rendement moyen 89-94 de 28 q 14 ha de maïs avec rendement moyen 89-94 de 62 q 10 ha de pois avec rendement moyen 89-94 de 42 q 12 ha de lin oléagineux avec rendement moyen 89-94 de 19 q 19 ha d'escourgeon avec rendement moyen 89-94 de 80 q |
Le projet agrotouristique n'en a pas été abandonné pour
autant. Huit hectares de terres arables de bon potentiel mais inondables
en bordure de rivière ou en forte pente ont été remis
en herbage au printemps 1997 pour y permettre l'éle-vage d'ânesses,
dont 4 sont présentes en fin 1997. " Cela fait beaucoup rire les
agriculteurs, reconnaît Philippe, mais, par contre, les non-agriculteurs
sont bien intéressés. Cela excite la curiosité, surtout
depuis la naissance du premier ânon. [...] Et puis, souligne-t-il,
cela nous permet déjà de développer nos contacts et
nos échanges ; sinon, avec 2 fermes sur le bourg et 5 à
proximité sur le plateau, on tourne vite en rond... "
Si le montage proprement dit de l'activité n'est pas encore achevé,
une structure propre hors GAEC devant être créée et la
remise en valeur des pelouses étant en attente, les contacts pris
avec des écoles primaires ont apporté de nouvelles idées.
" Ouvrir l'exploitation aux enfants aux différentes périodes
de l'année pour les initier à l'agriculture, tout en leur donnant
l'occasion de se promener avec les ânes et d'apprendre à
connaître la flore est une perspective qui nous plaît. " Mais,
comme le reconnaît Philippe, ces idées doivent encore mûrir
un peu. La réouverture de chemins communaux pour permettre la
reconstitution de boucles de promenades a cependant été d'ores
et déjà effectuée en col-laboration avec les forestiers
et la commune.
Dans cette même volonté de rompre l'isolement qui éloigne
peu à peu les exploitations céréalières du milieu
rural, M. Huet a mis en place depuis 1996 des bandes de culture à
gibier en concertation avec la Fédération des chasseurs. "
J'ai mis 26 ares en 1996 pour voir. Tout le monde a été content,
et j'ai en projet d'augmenter cette surface au printemps 98, avec une longue
bande reliant deux chemins. A travers champ ", précise-t-il.
Deux premières années qui confortent les motivations et
atténuent les craintes
Michel Huet se considère gagnant après deux années
d'expé-rience. " Nous n'avons qu'une année de recul en
comptabi-lité mais, à l'exception du maïs, on s'aperçoit
que l'on a augmenté le résultat avec moins de rendements ",
tient à souligner Philippe Huet. Les marges nettes par hectare de
blé (hors prime " réduction d'intrants ") ont été
meilleures en 1996, étant passées d'une moyenne de 1 000 F/ha
à 1 200-1 300 F/ha, avec des rendements de 55 q en vallée et
de 80 q sur le plateau.
Hormis les parcelles de vallée, où ont porté les
modifications de conduite les plus importantes, l'expérience a
déjà eu aussi des répercussions sur les parcelles de
meilleur potentiel du plateau. Leur conduite a encore été
réajustée dans une opti-que d'agriculture intégrée,
sans conséquences néfastes. Ainsi en 1997, un blé de
pois semé en direct avec 100 unités d'azote a donné
96 q.
" Mais il faut se méfier, car ces deux années ont été
sèches et elles ont donc favorisé les parcelles conduites de
manière plus extensive. Il faut attendre une rotation complète
pour en savoir plus ", tempère-t-il. Quant aux charges de structure,
déjà limitées en 1994 (2 900 F/ha), elles se maintiennent.
" Un tracteur de tête de 125 CV au lieu de 160 CV, c'est déjà
100 à 150 000 F d'investissements en moins."
Le travail est moins pénible et plus étalé dans le temps.
Mais l'observation sur les parcelles requiert une bonne disponibi-lité,
d'autant plus que cette tâche ne peut être déléguée
à un salarié, même si le parcellaire groupé est
un avantage cer-tain. Or, gagner en efficacité pour pouvoir s'investir
dans ses responsabilités professionnelles (notamment comme admi-nistrateur
du CDJA) représente aussi l'un des objectifs de M. Huet. " Cela me
prend beaucoup de temps, mais mon expé-rience et celle de mes
collègues ont aussi leur place dans les discussions sur l'avenir de
notre métier ", affirme-t-il. L'échange d'informations avec
d'autres agriculteurs proches du groupe PDD et celles obtenues par fax avec
le GDA permettent de compenser une organisation du travail qui doit encore
s'adapter aux mutations en cours.
| 1994 | ||
| Produit brut | 1 632 000 F | - |
| dont blé dont pois dont subvention d'exploitation |
- |
- |
| Charges opérationnelles | 316 000 F | - |
| Charges/ha blé maïs pois colza |
1 430 F 1 580 F 1 540 F 1 280 F - |
- |
| Charges de structure (hors amortissements et frais financiers) |
700 000 F |
- |
| Charges de structure/ha | 2 900 F | - |
| Excédent brut d'exploitation | 616 000 F | - |
| Efficacité (EBE/PB) Part des subventions (sub./EBE) |
38% |
- |
| Trésorerie | - | - |
| Annuités : Revenu disponible : (pour prélèvements et autofinancement) |
148 000 F 468 000 F |
- |
| Revenu | - | - |
| Amortissements : Frais financiers : Résultat courant : |
- |
- |
- : données manquantes
Avec les nouvelles perspectives que peuvent offrir des sys-tèmes
d'exploitation comme le sien, M. Huet tient à souli-gner qu'il est
primordial qu'une réforme de la politique agri-cole puisse tenir compte
du caractère global de la fonction d'agriculteur, au-delà de
la simple production de matières premières. " A l'avenir, notre
métier devra être de plus en plus en relation avec le milieu
local et sera donc de plus en plus diversifié. J'assume ces nouvelles
fonctions, comme d'être rémunéré pour certaines
prestations. Mais le milieu agricole comme le reste de la société
doit aussi prendre conscience de ce rôle et en accepter les contraintes
et les coûts. "
Pour finir, " c'est sûr que l'on se complique un peu la vie et que
l'on prend des risques pour expérimenter et fournir des
références. On va même peut-être perdre un peu
à court terme. Mais c'est aussi le prix à payer pour anticiper,
préser-ver le potentiel du son milieu et s'intégrer à
l'évolution de la problématique territoriale. Je ne doute pas
que notre avenir soit là, dans cette vision globale et
intégrée de la production agricole ".
Dans les marais du Cotentin, Hubert Angot remet en cause son système
laitier intensif pour améliorer ses conditions de travail et la gestion
d'un milieu sensible
Après 6 ans d'installation et une importante transformation de son
exploitation, Hubert Angot avait atteint en grande partie ses objectifs :
per-formances techniques et revenu convenables. Mais les limites et les risques
de son système lui sont aussi apparus : course perpétuelle
contre la montre et répercussions négatives sur un envi-ronnement
très sensible. Dès lors, avec l'appui d'une opération
locale et la mise en uvre d'un PDD, il décide de se lancer dans
un nouveau défi, vers un système aussi performant, plus vi-vable
et plus en accord avec le milieu " dont je vis et où je vis ".
Dans le département de la Manche, élevage, marais et boca-ges
sont associés depuis le XVIIe siècle. Ceci permet à
la fois le développement économique local (beurre salé
et crème AOC d'Isigny-sur-Mer) et la présence d'une richesse
faunistique exceptionnelle.
Mais, avec l'intensification des 30 dernières années, ces espaces
humides sont devenus des " terres " où les contrain-tes agronomiques
sont fortes et les charges lourdes : la déprise des marais et
l'intensification du bocage font planer des risques sur la pérennité
de cet équilibre fragile. Les interventions humaines ont certes
façonné le milieu mais leur évolution peut aussi le
déstabiliser. Notamment, l'aban-don progressif de certaines zones
des marais déboucherait à moyen terme sur leur assèchement
par le développement naturel de bois de saules et de bouleau.
Au nord-ouest du parc naturel régional des marais du Coten-tin et
du Bessin, l'exploitation d'Hubert Angot illustre clai-rement cette
problématique où agriculture et environnement doivent être
intimement mêlés pour établir de nouveaux équilibres
et par là même assurer un développement territo-rial
durable.
Assise sur le bassin versant de la Douve, au sud-ouest de
Saint-Sauveur-le-Vicomte et en bordure du marais de la Sangsurière,
le système de production repose sur la valorisa-tion d'un milieu
difficile.
D'une part, des terres de " Bas-Pays " ou marais, sur des sols très
hydromorphes qui peuvent permettre de bonnes récoltes de fourrage
en bonne année, mais où l'excès d'eau impose des contraintes
certaines. Les inondations hivernales limitent la période de
pâturage et leur entretien pour maintenir une flore de qualité
impose une charge de travail importante. D'autre part, les terres de " Haut-Pays
" ou bocage, locale-ment peu profondes avec des engorgements temporaires,
doivent généralement être drainées pour assurer
leur culture, mais, malgré cela, leur sensibilité à
l'humidité et à l'acidité en limite le potentiel
agronomique.
En 1986, avec la reprise d'une partie de l'exploitation de ses parents et
un quota de 206 000 litres de lait, Hubert Angot doit alors faire face à
la modernisation d'une structure peu fonctionnelle, tout en s'adaptant aux
évolutions du contexte politique et économique. La " nouvelle
génération " prenait le relais des anciens dans la valorisation
de ce milieu fragile.
1986-1992 : les limites et les risques d'une forte intensification
L'installation se fait donc en 1986 sur 30 ha de surface agricole utile (SAU)
dont 10 ha " les pieds dans l'eau " et 20 ha de Haut-Pays. Le cheptel laitier
est alors mixte, Nor-mande-Holstein (2/3-1/3), avec un rendement moyen d'envi-ron
4 000 l/vache laitière (VL). Les bâtiments sont vétustes
et peu fonctionnels. " Après mes études de BEPA et avec un
goût certain pour la technique, je me suis lancé dans la
mo-dernisation de l'exploitation avec les références que j'avais
pu acquérir dans ma formation ". Objectifs : intensification
fourragère (développement du maïs, drainage des parcelles)
et intensification animale (amélioration génétique et
aug-mentation des concentrés) pour atteindre les 8 000 l/VL.
Rapidement, le nouveau système est mis en place : la reprise de 10
ha de marais (d'un oncle) permet d'atteindre une SAU de 40 ha (avec 50% de
marais), une référence de 216 000 l, et d'engager une
diversification avec la mise en place d'un atelier de finition de génisses.
Un prêt (PAM) permet de financer ce croît de cheptel,
d'améliorer les infrastructures (bâtiment VL tout couvert) et
l'installation d'une nouvelle salle de traite (2x4 postes). Entre 1989 et
1992, 26 ha sont drainés et de nombreux talus sont arasés.
Les génisses sont remplacées dès 1991 par un atelier
de taurillons avec élevage de tous les mâles du cheptel. Les
perspectives de la réforme de la PAC " et notre mauvaise expérience
de la fixation des quotas laitiers sur la référence 1983 "
incitent à augmenter la surface en céréales (10 ha en
1991/1992) et le nombre de taurillons (achat de broutards pour atteindre
une trentaine d'animaux) pour se constituer d'éventuelles
références de production. " Le système me convenait
bien. Je me rapprochais de mes objectifs techni-ques (7 200 l/VL en 1992
avec 50% de génisses) et les résultats économiques
étaient convenables. " En 1992, le revenu disponible (pour
prélèvements privés et autofinance-ment) atteignait
182 000 F.
" Mais, cette même année m'a permis d'entrevoir aussi les limites
du système adopté : des pointes de travail très diffi-ciles
à soutenir, un système fragile et peu efficace, sans parler
des possibles conséquences sur le milieu qui commen-çaient
à m'inquiéter... "
D'une part, l'assolement impose des pointes de travail de plus en plus fortes
au printemps (préparation et semis des maïs) mais surtout à
l'automne (ensilage, vêlage, semis des céréa-les).
L'importante mécanisation (3 900 F/ha) ne permet pas de résoudre
complètement le problème. " C'était trop sou-vent la
course, avec l'impression d'avoir de moins en moins de temps disponible et
de perdre un peu la maîtrise de mon système ".
D'autre part, avec un chargement qui atteint 2,6 UGB/ha, les risques d'inondation
des marais pendant une longue durée incitent Hubert Angot à
constituer des stocks fourragers importants et donc à développer
les labours sur le Haut-Pays pour implanter toujours plus de maïs (15
ha) au détriment de la surface en herbe. Les rotations sur les parcelles
du Haut-Pays se raccourcissent (maïs/blé/maïs) pour atteindre
la monoculture de maïs sur 10 ha et l'intensification des prai-ries
de marais se poursuit avec des fumures atteignant les 300 unités d'azote
sur certaines parcelles.
Progressivement, la conduite agronomique des marais deve-nait un thème
d'inquiétude pour Hubert Angot. " J'ai alors commencé à
me rendre compte des répercussions qu'elle pouvait avoir, d'autant
plus que les personnes assurant le curage des canaux me disaient toujours
que ceux bordant mes parcelles étaient toujours parmi les plus
obstrués par la végétation ". Les ruissellements
azotés en étaient évidem-ment à l'origine.
Avec la mise en place d'une opération groupée d'aménagement
foncier (OGAF) dans le parc naturel des marais, 10 ha de marais sont mis
en contrat, sous conditions de date de fauche et de limitation des engrais
: aucune fu-mure au lieu de 150 unités d'azote pour 5 ha de marais
communaux, 30/15/15 pour 5 ha de marais privé au lieu des 300/100/180
(soit une division par 10 !) avec des primes de 300 à 500 F/ha. "
Mais, cela n'était pas réellement intégré dans
la logique de mon système. Comme d'autres, j'étais dans la
situation un peu aberrante où je désintensifiais sur une partie
des marais.... et je continuais à intensifier sur le reste de mon
exploitation. "
| Carte de visite 1992 Système laitier avec atelier taurillons Quota de 216 000 l avec 1 UTH 36 vaches 75% normandes et 25% Holstein rendement de 6 500 l/VL Vente de 30 taurillons 39 ha de SAU dont 10 ha de céréales dont 4 ha à la vente 4,2 ha de gel 16 ha d'ensilage de maïs 13 ha de prairies naturelles Chargement de 2,7 UGB/ha |
Enfin, l'année 1991/1992, très humide, débouche sur une perte importante de céréales, de faibles rendements en ensi-lage de maïs et une production fourragère très réduite sur les marais. La situation impose des achats d'intrants (paille, foin, engrais et concentrés) encore plus importants. Si les résultats techniques et économiques à eux seuls n'incitaient pas à remettre en cause son système, par contre ces événements ébranlent les certitudes de M. Angot. " J'étais en train de sacrifier mes conditions de travail et un milieu fragile pour des objectifs qui maximisaient peut-être les primes et la production par hectare, mais qui en fait ne correspondaient pas vraiment au potentiel de mes sols. "
1992/1993 : une remise en cause et de nouveaux objectifs formalisés
avec un PDD
" En fin 1992, j'ai eu la possibilité de reprendre 20 ha de surface
sans droits à produire (dont 10 ha de marais), cédés
par ma mère, auxquels pouvaient s'ajouter 10 ha de marais communaux
proches. Je me suis alors retrouvé en quelque sorte à la
croisée des chemins ". Si la question de reprendre les 10 ha drainés
de Haut-Pays ne se posait guère, par contre, la reprise des marais
impliquait un choix certain : les délais-ser et continuer à
développer un système intensif sur 50 ha ou les reprendre et
" me remettre en cause, moi et mon système, en recherchant plus de
cohérence avec une désin-tensification sur 70 ha. "
Le choix est fait de reprendre toutes les parcelles et de se lancer dans
un nouveau défi technique et personnel. " Cela a sans doute surpris
que je reprenne ces surfaces qui étaient considérées
par la plupart comme une charge et non comme un moyen de production. Mais,
je pensais bien qu'ils pou-vaient permettre d'améliorer le fonctionnement
de l'exploita-tion. "
Courant 1993, Rémy Villier, animateur du site PDD pour la chambre
d'Agriculture de la Manche, informe Hubert Angot de la possibilité
de rentrer dans un groupe déjà constitué d'éleveurs
laitiers de la zone de Saint-Lô ayant opté pour une réflexion
pour un développement prenant en compte non seulement la viabilité
économique mais aussi la gestion agronomique et la vivabilité
de l'exploitation. " Si ma ré-flexion et quelques évolutions
étaient déjà en cours, mon insertion dans ce groupe
allait me permettre de cadrer mon projet, de bénéficier d'une
réflexion technique commune... et d'une certaine solidarité
dans les moments de doute. "
Restructuration, désintensification animale et
fourragère
L'une des premières étapes pour mener à bien son projet
fut pour M. Angot de restructurer le parcellaire de son exploita-tion. En
1993, sa volonté de baser son nouveau système de production
sur la valorisation des pâturages se heurtait en effet à un
problème de taille : 33 des 70 ha se trouvaient à distance
du site et surtout de l'autre côté de la route.
En 1993 et 1995, 2 échanges à l'amiable de bail concernant
23 ha ont donc dû être réalisés, en acceptant notamment
une certaine contrainte : 12 ha de terres labourables et drainées
ont dû être échangés contre 12 ha non drainés
dont 6 ha de marais. " Cela a été dur, concède-t-il,
mais c'était la condi-tion obligatoire à la réalisation
de mon projet et cela m'a permis de regrouper 60 ha autour de la ferme contre
seule-ment 16 à l'installation : il faut être prêt à
certaines conces-sions pour évoluer. "
Une autre concession fut de remettre en cause ses orienta-tions
génétiques. " Tout en restant un mordu de génétique,
j'ai donc opté pour un rendement laitier limité mais produit
avec un minimum de concentrés. Après avoir eu, en 1992, l'une
des vaches au meilleur index laitier (+1 000) du dépar-tement, cela
représentait quand même un sacré choix. " Ainsi, en moins
de 4 ans, le rendement a diminué de 30% pour tomber à 5 100
l/VL avec des taux qui ont sensiblement baissé tout en restant à
des niveaux intéressants (43 en taux butyrique - TB - et 35 en taux
protéique - TP - au lieu de 37-38). L'augmentation du nombre de
laitières (de 35 à 50) n'a pas induit d'investissements importants
: l'éventualité d'un passage de 2x4 à 2x5 du bloc de
traite avait été prévue lors de sa construction comme,
d'ailleurs, la place nécessaire dans la stabulation.
La période de vêlage a aussi été recalée
en fonction du nou-veau système : " Comme beaucoup, je l'avais
décalée vers l'été pour augmenter mon volume
de lait d'hiver. Mais le problème est qu'une telle période
implique dans mon cas l'utilisation de beaucoup de fourrage stocké
car en début d'automne la quantité et la qualité de
l'herbe ne sont plus adaptées au besoin des laitières ". Voulant
limiter le fourrage stocké, M. Angot a donc retardé ses
vêlages vers novembre afin d'utiliser l'ensilage pendant 3 mois de
départ de lacta-tion, continuer sur la pousse d'herbe très
riche de printemps et finir sur les regains estivaux et d'automne. " Le plus
économique serait sans doute de faire vêler au printemps et
le plus valorisateur en été. Mais, pour l'instant, cette option
me semble le meilleur compromis dans mon système, même s'il
me provoque des problèmes de diarrhées chez les jeunes veaux
de début d'année. "
Saint-Sauveur-le-Vicomte
dessin CB d'après photo
" J'en étais arrivé en 1992 à mettre 7 aliments
différents dans ma mélangeuse (betterave, maïs, soja,
blé, luzerne, etc.) pour des résultats techniques très
bons mais avec un coût de concentré de 36 centimes/litre.
Actuellement, j'ai nettement simplifié ce travail d'astreinte et en
1996, j'ai diminué le coût de concentré de 21 centimes
et produit 92% de mon lait avec ma ration de base. "
Pour atteindre un tel résultat, le bon potentiel génétique
du cheptel normand a été valorisé par une forte
amélioration de la qualité de la ration de base (association
ray-grass anglais-trèfle blanc - RGA+TB) et du concentré fermier.
Le blé a été définitivement abandonné
pour l'association triticale/pois, dont les premiers essais avaient
commencé dès la campagne 1992/1993. Même si le blé
permettait des rendements d'envi-ron 60-70 q (avec une fumure calée
sur un objectif de 90 q), le triticale lui a été
préféré pour sa rusticité qui permet, en association
avec le pois, de bons rendements - malgré un peu de verse - et surtout
sans aucune fumure minérale, ni traite-ment.
" Là aussi, je gagne du temps et de l'argent, tout en préser-vant
mon milieu productif ", tient à préciser Hubert Angot. " Je
suis passé d'une fumure 120/100/140 sur le blé à 0 fumure
et 0 traitement, avec, il est vrai, de bons apports de fumier (50 t/ha) sur
le précédent maïs. " Un envahissement par Rumex est certes
apparu par la suite, mais un déchaumage et une préparation
du sol plus poussés semblent avoir permis de résoudre ce
problème. La diminution de moitié des apports
préconisés localement (150/120/180) sur le maïs a aussi
été associée à cette recherche conjointe
d'économie et de limita-tion des risques de pollution diffuse.
Dans cette même optique, le remplacement de l'atelier tau-rillons par
l'élevage des bufs est aussi en cours avec la vente de 7 bufs
en 1996. Plus d'astreintes de désilage et de distribution à
l'auge tout au long de l'année, mais un élevage à l'herbe
valorisant les surfaces de marais et nécessitant peu de surveillance.
Les meilleurs partent en septembre-octobre après une courte finition
à l'ensilage d'herbe et les autres au printemps après 2 mois
de finition à l'ensilage de maïs.
Priorité à l'herbe et au marais pour une meilleure
cohérence agri-environnementale
L'implantation des prairies avec association RGA+TB sur une partie des terres
labou-rables s'est réalisée progressive-ment, comme d'ailleurs
l'ensemble des autres modifications de pratiques : 5 ha en 1993, 5 ha en
1994 et 5 ha en 1995, alors que dans le même temps le maïs est
passé de 15 à 8 ha. " Cette importante transformation du
système fourrager doit nécessairement se faire avec
précaution, souligne-t-il, car il ne faut pas cacher que l'on doit
apprendre pas mal de choses nouvelles dans la gestion de l'association et
de son pâ-turage. "
Ainsi en est-il aussi du changement de la fréquence de passage des
laitières. " J'étais habitué à les faire tourner
assez vite, avec un passage plus ou moins toutes les 3 semai-nes, alors que
maintenant après l'ensilage ou la fenaison, il faut attendre près
de 5-6 semaines : cela fait long. Mais comme elles peuvent rester plus longtemps,
je m'y re-trouve. " La perte d'une laitière pour problème de
météorisation (5) est
même venue sanctionner une inadvertance dans cette gestion du
pâturage lors de la première année.
La pérennité de l'équilibre RGA/TB de l'association
serait encore à améliorer, même si l'humidité
et l'acidité naturelle des sols la limite naturellement. Le trèfle
blanc semble dé-crocher dès la quatrième année
alors que l'objectif était d'au moins de 5 années d'exploitation.
Un pâturage plus ras pour-rait peut-être améliorer la
situation, mais le retournement et le réensemencement après
maïs/céréales avec des variétés plus agressives
de trèfle sont envisagés.
Une surface supplémentaire de 20 ha en marais est passée sous
contrat de gestion concertée avec le parc naturel, dans le cadre de
l'opération locale. Les doses d'engrais sur cette zone sensible ont
été très fortement diminuées, voire sup-primées
sur certaines parcelles, et les dates de fauche re-poussées de 10
jours à un mois suivant les cas.
" Ma première expérience des années 91-93, durant lesquelles
n'étaient engagées que mes parcelles de plus faible potentiel,
m'a permis de prendre conscience qu'il était possible d'adopter une
conduite moins agressive pour le milieu tout en ne pénalisant pas
trop mes résultats technico-économi-ques. " En particulier,
les problèmes de montée en graine des adventices liés
à la fauche tardive ont pu finalement être contrôlés
avec l'adoption d'un déprimage en avril-mai
" Avec la désintensification fourragère de mon système,
il est devenu possible que j'adopte progressivement ces prati-ques sur plus
de surface. Par sécurité, je garde encore ac-tuellement 6 ha
de marais hors contrat, situés en périphérie, que je
dois faucher plus tôt tant que mon système fourrager sur le
Haut Pays n'est pas complètement calé. "
Dans cette recherche d'une plus grande cohérence agri-envi-ronnementale,
M. Angot a tenu à terminer des investisse-ments commencés en
1989-1991 pour maîtriser ses effluents d'élevage. Intégrables
en 1996 (100 UGB), ils ont été conclus dès 1995. Si
le bâtiment tout couvert existant ne néces-sitait pas d'adaptation
particulière, le DEXEL (6) a ce-pendant
souligné un manque de volume de stockage de la fosse existante et
la nécessité de la couvrir. " J'ai pu bénéfi-cier
de 60 % de subvention sur ces travaux (130 000 F) mais, par contre, je n'ai
rien pu obtenir sur les 170 000 F investis précédemment : je
ne regrette pas d'avoir anticipé mais paradoxalement je suis un peu
pénalisé de m'être préoccupé un peu trop
tôt de la maîtrise de mes effluents d'élevage. "
Dans le même temps, la stabulation des vaches laitières est
agrandie pour améliorer les conditions d'élevage, avec un
coût de 230 000 F fortement limité par une grande part
d'autoconstruction, comme cela avait déjà été
le cas pour la stabulation et la fosse (devis initial de l'ordre de 500 000
F), car la maîtrise des investissements est aussi maintenant l'un des
objectifs essentiels d'Hubert Angot.
Pour finir, l'entretien des haies a fait l'objet d'une attention toute
particulière. " Avec 13 km linéaires, les haies sont devenues
des éléments très importants de mon système :
sans elles, pas d'abris pour les animaux, des risques de forts ruis-sellements
avec la disparition des talus... " et en définitive un patrimoine
de la zone qui risque de se perdre au détriment de tous, éleveurs,
ruraux et touristes.
Mais pour Hubert, entretenir ses haies ne signifie pas broyer tout ce qui
dépasse. L'étêtage à 1 ou 2 m, comme il se prati-que
souvent, n'est pas une solution : les arbres de haut-jet font partie
intégrante du paysage et du système. Dans cet objectif, un
lamier à scie a été acheté pour un montant de
45 000 F avec une aide de 10 000 F de l'OGAF d'accompa-gnement, le bras-porteur
lui étant prêté. Si la régénération
des haies n'est pas apparue indispensable au vu de leur qua-lité,
par contre 400 m de plantations et la reconstitution de talus ont été
réalisées le long de la voie d'accès à
l'exploita-tion.
Avec le doublement de surface et la forte augmentation de la proportion en
marais, l'entretien des parcelles et surtout le nettoyage des fossés
(7 km actuellement au lieu de 3 km en 1992) ont apporté une charge
de travail non négligeable. Le nettoyage des petits fossés
doit se faire tous les ans avec une pelle derrière le tracteur et
celui des plus gros tous les 3 ans avec un robot de curage. L'achat d'un
bras porteur et d'un matériel de curage plus important est prévu
à moyen terme, si M. Angot peut mettre en place, comme il l'escompte,
un service d'entreprise pour répondre à une demande locale
croissante.
1997 : un bilan d'étape positif et un équilibre en voie
d'être atteint à court terme
La désintensification animale a porté ses fruits : la production
de lait autonome atteint 92% du rendement total, les frais de concentrés
ont diminué de plus de 50% pour atteindre 15 centimes/l et les
problèmes de fécondité auraient nettement diminué.
Avec 11 mois sur 12 de lait classé en super A, le prix moyen de vente
du litre de lait à 70 g de MSU (matière sèche utile)
s'établit à 2,06 F.
" Avec cette conduite moins intensive, mes vaches s'en portent d'autant mieux.
Je pourrais facilement allonger leur carrière de 2 ou 3 lactations.
Mais, je conserve toujours un taux de renouvellement élevé
pour améliorer la génétique de mon cheptel, qui me passionne
toujours autant. " Quatre taureaux issus de l'exploitation sont d'ailleurs
actuellement en station de testage.
Pour ceux qui ne le considéraient plus comme une référence
locale en génétique suite à sa décision de diminuer
le rende-ment moyen, " il ne faut pas leur jeter la pierre, car c'est vrai
que sur le coup cela peut paraître choquant ". De plus, sa participation
aux concours locaux de vaches normandes est aussi parfois moins éloquente
que par le passé. " Mes vaches à 7 000 l étaient toujours
en super état et prêtes à concourir avec le coûteux
régime alimentaire que je leur assurais. Maintenant c'est vrai qu'elles
sont moins belles à voir, car elles n'ont plus de maïs de mars
à novembre ", précise-t-il avec un brin de nostalgie...
" Maintenant, mes résultats technico-économiques commen-cent
à montrer qu'un bon potentiel génétique peut être
mieux valorisé si l'on est prêt à faire quelques concessions
pour l'adapter à son contexte de production " tient-il à
ajouter.
La désintensification fourragère associée à la
réduction maîtrisée des doses d'engrais a permis une
forte réduction des charges opérationnelles, diminuées
de près de la moitié. De 1991 à 1996, le poste " charge
d'engrais/ha " a en parti-culier diminué de 65%, passant de 1 500
F en 1991 à 920 F en 1992 pour finir actuellement à 670 F.
Hubert Angot précise cependant qu'" avec ces dernières années
particuliè-rement humides par ici, j'ai quand même dû
acheter des fourrages à l'extérieur avec un chargement pourtant
abaissé à 1,8 UGB/ha. Encore heureux que j'ai
désintensifié, car avec 2,8 UGB/ha, je n'aurais jamais pu passer
le cap financiè-rement ".
Malgré leur forte diminution, les charges de structure, et notamment
celles de mécanisation (3 000 F/ha), limitent encore les résultats
économiques même si l'efficacité du système est
très bonne (49%). Le montant important de ces postes s'explique cependant
par la nécessité d'un certain suréquipement permettant
d'assurer à un seul UTH la réali-sation adéquate des
travaux culturaux et par une stratégie fiscale cherchant à
limiter les prélèvements obligatoires.
L'EBE atteint maintenant 539 000 F. Avec un endettement en diminution mais
qui reste élevé (48%) du fait d'une ins-tallation somme toute
récente, le revenu disponible a forte-ment augmenté. " Quand
le système se recale peu à peu et que les résultats
technico-économiques commencent à être concrets, cela
motive et on retrouve pleinement sa confiance. "
La période de transition entre les 2 systèmes a cependant
représenté une période de trésorerie
particulièrement diffi-cile, notamment avec une diminution de la
production des taurillons plus rapide que prévue et avec le prolongement
du cycle pour une vente de bufs de 36 mois.
Mais, au cours de 1994, la mise en place locale des aides à
l'extensification par agrandissement, en application de la mesure
agri-environnementale nationale, allait lui permettre de bénéficier
des subventions correspondantes. "Ces 40 000 F par an pendant 5 ans sont
alors tombés à point nommé pour conforter cette difficile
transition de mon système. "
| Carte de visite 1996 Système laitier avec atelier bufs Quota de 216 000 l avec 1 UTH 45 vaches 100% Normande Rendement de 5 000 I/VL Vente de 7 bufs 69 ha de SAU dont 7 ha de céréales autoconsommées 8 ha d'ensilage de maïs 40 ha de prairies naturelles 14 ha de RGA/TB Chargement de 1,55 UGB/ha |
Un appui technique et un travail de groupe sans doute décisifs
pour un avenir plus serein
" Au-delà des résultats technico-économiques, la
démarche entreprise avec mon PDD m'a beaucoup apporté par les
réflexions techniques que nous avons pu avoir avec Rémy Villiers,
l'animateur de notre groupe, les formations suivies et surtout par l'appui
que peut représenter un groupe d'éle-veurs motivés et
solidaires comme le nôtre. "
Le manque de repères et surtout de soutien local semblent être
l'une des premières difficultés à assumer quand on opte
pour une voie d'évolution " un peu différente de la norme ".
" Même s'il n'y pas d'hostilité avec les autres collègues,
on se sent forcément un peu marginalisé. Avec les difficultés
que l'on peut rencontrer et le discours ambiant qui soutient sou-vent le
contraire, c'est dur moralement et on en vient à dou-ter ".
Mais " visiter les autres exploitations du groupe, discuter et échanger
nos résultats permet de soutenir cette pression de l'entourage, même
si je me trouve un peu excentré par rap-port à presque la
totalité des autres éleveurs du groupe (qui se situent sur
la zone de Saint-Lô) ", tient à préciser Hubert Angot.
Après cette phase de transition, le proche avenir semble devoir être
consacré à asseoir le système et à en peaufiner
l'équilibre agri-environnemental et économique. " Avec la mise
aux normes des bâtiments, j'ai réalisé mes derniers
investissements. Avec l'échange prévu en 1998, de 10 ha, j'aurai
terminé de restructurer mon exploitation, avec 70 ha autour du site.
Même si j'ai de nouveaux projets en ligne de mire, notamment une possible
conversion bio et l'embauche d'un salarié à mi-temps, je compte
faire une pause après ces 10 années bien mouvementées
! "
Comme il le souligne, cette pause pourrait permettre à Hubert Angot
d'accroître sa participation à la dynamique locale, déjà
engagée notamment avec son action actuelle dans la commission "
Agriculture-Environnement " du parc naturel des Marais.
" Après mes études, l'évolution de mon exploitation
a bien été en cohérence avec mes objectifs personnels
de cette époque... mais le problème était que ceux-ci
ne l'étaient pas avec mon milieu de production, résume Hubert
Angot. Maintenant, je pense que je suis dans une voie plus en ac-cord avec
son potentiel. Je me suis adapté, mon système est plus souple
et plus viable. "
Même s'il reconnaît facilement qu'il a fait des erreurs depuis
son installation, qu'il en fera sûrement encore et que l'on ne peut
pas généraliser son expérience - " les recettes rempla-cent
trop souvent la réflexion " -, Hubert Angot tient à souligner
que " pour beaucoup, avoir toujours été extensif c'est possible,
mais que désintensifier cela ne l'est pas à cause des charges
de structure ; eh bien, je l'ai fait, ça mar-che et j'en suis content.
"
| 1992 | 1993 | |
| Produit brut | 997 000 F | 1 095 000 F |
| dont lait dont viande dont subvention d'exploitation |
569 000 F 128 000 F |
550 000 F 97 000 F 301 000 F |
| Charges opérationnelles | 454 000 F | 289 000 F |
| dont engrais/ha | 917 F | 674 F |
| Charges de structure (hors amortissements et frais financiers) |
283 000 F |
267 000 F |
| Charges de structure/ha | 7 300 F | 3 865 F/ha |
| Excédent brut d'exploitation | 260 000 F | 539 000 F |
| Efficacité (EBE/PB) Part des subventions (subv./EBE) |
26% 49% |
49% 56% |
| Trésorerie | ||
| Annuités Revenu disponible (pour prélèvements et autofinancement) |
78 000 F 182 000 F |
130 000 F 509 000 F |
| Revenu | ||
| Amortissements Frais financiers Résultat courant |
107 000 F 25 000 F 128 000 F |
175 000 F 27 000 F 337 000 F |
[R] Encadré (2)
A l'issue des réunions et visites d'exploitations, d'un diagnostic
de territoire et d'un diagnostic agri-environnemental de l'exploitation,
M. Huet présente en 1995, un projet de développement durable
à terme de l'an 2000, axé essentiellement sur la valorisation
conjointe du potentiel agrono-mique, floristique et touristique de son
exploita-tion :
- la recherche d'une conduite alternative des cultures, dans une approche
globale du système de production et une perspective d'évolution
vers l'agriculture intégrée ;
- l'application d'un contrat de réduction d'intrants de 5 ans avec
application d'un cahier des char-ges sur 118 ha dans le cadre des mesures
agri-environnementales ;
- la remise en valeur de 3,5 ha de pelouses calcicoles (présences
de nombreuses orchidées), actuellement en friche, avec broyage et
net-toyage sélectif en coopération avec le Conser-vatoire naturel
de Haute Normandie ;
- la remise en herbe de 8 ha de terres arables pour le développement
d'un petit troupeau d'ânes Grand Noir du Berry ;
- la mise en place progressive d'une activité agrotouristique, avec
l'accueil de classes d'éveil et de randonneurs avec l'expérience
acquise dans le milieu éducatif par son épouse en tant
qu'institutrice.
[R] Encadré (3)
Les objectifs fixés à échéance de l'an 2000 visent
à améliorer à la fois les conditions de travail, l'autonomie
et la cohérence agro-environnementale de l'exploitation tout en maintenant
de bons résultats économiques :
- une désintensification animale vers une production de 5 000-5 500
l/VL, avec poursuite de l'amélioration génétique du
cheptel, non plus axée sur le rendement laitier et l'augmentation
des taux, mais sur sa capacité à valoriser au mieux la ration
de base ;
- une désintensification fourragère, avec diminution progressive
de la sole en maïs (de 15 à 7 ha), augmentation de la surface
en herbe (de 35 à 80% de la SAU) avec implantation d'association RGA+TB
( au moins 15 ha) avec ensilage, pâture et foin, ainsi qu'un
développement de la production de concentré fermier (association
triticale+pois) ;
- une meilleure valorisation des surfaces de marais avec l'abandon de la
production de taurillons et l'élevage d'une dizaine de boeufs à
l'herbe (vente à 3 ans) ;
- une plus grande cohérence entre pratiques agronomiques et milieu
d'exploitation, avec une forte diminution du chargement (de 2,68 à
1,25 UGB/ha) et des doses d'engrais, la diminution des sols nus hivernaux,
la mise aux normes des bâtiments, la gestion de l'ensemble des prairies
de marais en contrat OGAF et l'entretien des haies.
Diagnostic de territoire et PDD : quelques éléments de
méthode.
Le diagnostic agri-environmental d'exploitation (DAE) : quelques
éléments de méthode.
Les différentes étapes pour la construction du projet :
quelques éléments de méthode.
Accompagnement et évaluation des plans de développement
durable, novembre 1996.
Plaquette PDD : Plans de développement durable, une expérience
innovante pour une agriculture dynamique, partenaire de la nature et ouverte
sur la société, février 1996.
Paysage et plans de développement durable : premier bilan des travaux
réalisés en 1993.
Biodiversité et plans de développement durable, par
Stéphanie Garnier, avec le concours de la Fédération
des parcs naturels régionaux de France.
Contribution à l'étude des aspects phytosanitaires et
PDD,par J.N. Reboulet, ACTA, novembre 1995.
Suivi et évaluation des pratiques phytosanitaires, par
J.N.Reboulet, ACTA, avril 1997.
Patrimoine et PDD, par M. Verdier.
L'observatoire photographique et les PDD, par Anne Velche,
paysagiste.
L'expérience française des plans de développement
durable. Dossier du séminaire de Bruxelles, 1er octobre 1997.
Des agriculteurs choisissent le développement durable.
vidéogramme avec 7 reportages dans différentes régions
françaises, agro-vidéo communication et témoignages
écrits par Arnault Villaret, Institut de l'élevage.
Éléments pour un bilan des 255 premiers plans de
développement durable : analyse des dossiers de contractualisation,
par Arnault Villaret, Institut de l'élevage, mai 1998.
Les documents recensés ci-dessus sont disponibles à l'ANDA
: 25, avenue de Villiers, 75017 Paris. Tél. : 01 56 79 21 21.
Agriculture et Société, vers un développement
durable. Vidéogramme. CIFAR (19, av. du Maine, 75015 Paris).
Agriculture et Société, des projets de développement
durable. Vidéogramme. CIFAR.
Les plans de développement durable. Supplément au n°832
d'avril 1995 de Chambres d'Agriculture
(APCA, 9, av. George-V, 75008 Paris)
L'agriculture durable. Aménagement et Nature n°117