Les haies
1. Les haies et les arbres des champs (1)
2. Caractéristiques locales et système arbres
- haies - talus - fossés
3. Maille bocagère et données
normatives
4. Cadre législatif et
réglementaire
5. Typologie et rôles des haies bocagères
et des alignements
La bourse aux arbres
1. Inventaire des ressources
2. Termes de l'échange
3. Mise en uvre pratique et financement
4. Résultats, interrogations,
perspectives
Encadré 1 extraits du Code civil
Encadré 2 Références juridiques concernant
les haies
Encadré 3 Dispositif financier
Dans la Manche (comme ailleurs), les anciens remembrements ont
détérioré les paysages, détruit des ouvrages
anti-érosifs et donné lieu à des protestations intenses,
jusqu'à l'érection, le 27 juillet 1994 à Geffosses d'un
imposant Monument national à la nature et aux hommes victimes des
remembrements (fig. 1, ci-dessous).
Il fallait cependant poursuivre l'aménagement foncier, d'abord et
encore pour d'évidentes raisons économiques, ensuite en liaison
avec l'ouverture de grands ouvrages linéaires (voie rapide Caen-Cherbourg,
Autoroute des Estuaires, contournements de villes), mais avec de nouvelles
méthodes acceptables par les propriétaires fonciers et par
les associations de protection de la nature.
Des techniciens des secteurs privé et public se sont mis au travail.
Il en est résulté un ensemble de mesures et d'outils adaptés,
officialisé par le conseil général sous la forme d'une
charte départementale qui renforce les mesures du Code rural et instaure
officiellement une bourse aux arbres. Le nouveau dispositif s'est
imposé pour chaque remembrement rural à partir de 1996. Il
est acté dans les délibérations communales et dans les
décisions initiales des commissions d'aménagement foncier (CAF).
En conséquence, il sous-tend les opérations topographiques,
les études d'impact, l'appréciation des
propositions-réclamations des propriétaires fonciers lors des
enquêtes publiques, les attributions finales de parcelles et, en mesures
compensatoires, le volet correspondant des travaux d'accompagnement.
La protection de la nature forme maintenant un sous-programme cohérent
dans les remembrements, tout l'arsenal législatif et réglementaire
étant respecté et dynamiquement utilisé ; ainsi, le
remembrement rural de Braffais qui a fait l'objet d'une enquête en
août 1998, notre dernière référence, comporte
des mesures complé-mentaires de classement de haies et de vigilance
pour la sauvegarde durable de ce patrimoine, bouclant le dis-positif de la
loi Paysages.
Cet article reprend le rapport d'une étude demandée conjointement
par l'Union locale des experts agricoles et fonciers et par l'Association
française de droit rural. Après une présentation
écologique, paysagère puis juridique des haies (première
partie), on lira la description de la bourse aux arbres, y compris une discussion
sur les résultats (seconde partie)

Figure 1. Monument national à la nature et aux hommes
victimes du remembrement.
Oeuvre du sculpteur François Davin; hauteur: 9m;
matériau: granite gris de la manche, tube d'aluminium, résine
et pigments.
Dessin CB d'après photo
Les Haies et les arbres des champs (1)
Haies vives et arbres des champs sont des éléments
végétaux pérennes ; cette végétation a
été installée, puis entretenue par intermittence, par
l'homme. Ces haies, dites naturelles, se régénèrent
presque spontanément en l'absence d'agressions fortes (feu, herbicides,
épidémies telles la Graphiose de l'orme, abattage).
Propriété d'individus ou de collectivités, indissociés
des parcelles cadastrales, ces plantations linéaires et arbres
isolés sont (ou devraient être) désignés dans
les livres fonciers et sont sommairement figurés sur les plans. Inclus
dans la propriété non bâtie, ces éléments
supportent généralement les taxes communes aux terres agricoles
et, pour en être exonérés, ils doivent être
classés et entrer dans la catégorie des bois.
Le bocage résulte d'une volonté d'enclore un ensemble de champs
par des haies vives, de bonne hauteur et continues ; l'organisation de ce
réseau est moins empirique qu'il n'y paraît, dans la forme et
la grandeur des parcelles, l'orientation des grandes limites, les espèces
propagées, la hauteur et la densité de la végétation.
La haie bocagère est en principe pluristratifiée : arbres de
haut jet (6 à 10 m) et arbustes de bourrage (1 à 4 m). Elle
est presque toujours portée par un talus. Pour les animaux maintenus
au pré, sa discontinuité et/ou l'absence d'épineux en
fait parfois une mauvaise clôture et elle est fréquemment
doublée par des dispositifs artificiels, positionnés en retrait
(rangs de barbelés, clôture électrique).
En France (comme dans l'arc atlantique européen), le bocage se trouve
en façade océanique Ouest, avec quelques taches en Ardennes,
Nivernais et piémont des Pyrénées. En revanche, la
problématique des arbres champêtres, des haies et des talus
concerne l'ensemble du pays.
Par rapport à la production agricole, la haie est une externalité
dont la justification a plusieurs origines : clôture, brise-vent, ombrage,
rôle anti-érosif et climatique ; du point de vue comptable,
son installation est une immobilisation et sa maintenance entre dans les
charges d'exploitation. C'est souvent une production secondaire : bois
d'uvre ou de chauffage, fruits, autrefois fourrages (émondes
d'orme et de frêne) ; ces produits ne sont jamais
comptabilisés.
Si les programmes de " végétalisation urbaine " sont hors de
notre propos, il faut tenir compte des allées, mails et bosquets,
souvent en propriété privée, qui interfèrent
avec la campagne. Les alignements d'arbres le long des routes, autoroutes
et canaux jouent un rôle très important, agricole (brise-vent)
et paysager. Ces peuplements d'arbres publics peuvent être exploités
par les ruraux (comme l'affouage dans les bois communaux).
Pour le naturaliste et le chasseur, la haie arborée est une réserve
biologique (botanique et zoologique) de grande valeur et, parfois, le dernier
refuge de certaines espèces. Mise en réseau, elle est un lieu
d'échanges permanents dont la richesse apparaît notamment à
chaque intersection du réseau et en bordure des chemins.
Le citoyen non-agriculteur envisage haies arborées et arbres isolés
comme partie intrinsèque et immuable du paysage, de manière
souvent romantique. Pour lui, ces éléments végétaux
entrent à bon droit et globalement dans le patrimoine visuel collectif,
en application du proverbe chinois : la vue de ta maison m'appartient.
Le promeneur est sensible au confort et à la gratuité de l'ombrage,
parfois aux bonheurs de la cueillette.
A signaler enfin que les tenants de la seule contemplation ne sont pas toujours
avertis des cycles de la végétation, de l'arrivée à
maturité d'un chêne, de l'opportunité des tailles de
régénération, des éclaircies sévères,
etc. Aussi, convient-il de rappeler que, comme tout complexe forestier, la
haie non entretenue et non régulièrement exploitée finira
par dépérir d'une manière ou d'une autre.
[R] 2. Caractéristiques locales et système arbres - haies - talus - fossés
La Manche est un département de 5 938 km² ; la moitié
des 480 000 habitants vit dans les communes rurales. Entre deux zones de
coteaux, celle du parc naturel régional des marais du Cotentin et
du Bessin (25 000 ha) est plate, tourbeuse, marécageuse : elle est
réservée au pâturage saisonnier, à la diligence
des communes qui en disposent. Cette grande zone protégée qui
doit sa survie à une exploitation rationnelle et continue (fauche
et pâturage) comporte peu d'arbres.
Dans le système agraire manchois traditionnel, l'élevage est
prépondérant (800 000 unités de gros bétail)
et les animaux vivent dehors ; les laitières en production sont
rentrées deux fois par jour pour être traites et
complémentées, le reste du troupeau (y compris moutons, ânes
et chevaux) demeurant au pré. A ce jour, les surfaces toujours en
herbe comptent encore pour 62% de la surface agricole utilisée. Viennent
ensuite les cultures céréalières et un important pôle
maraîcher. Les sièges d'exploitation (" hôtels ") sont
souvent dispersés. Un tel système s'accommode de plus en plus
mal du parcellaire ancestral, divisé et dispersé - d'où
l'impérieuse nécessité de réorganiser l'espace
foncier au plus près des salles de traite.
Le climat est océanique, tempéré, avec des vents soutenus.
Sur granite et schistes (" Normandie armoricaine "), les sols sont
généralement de bonne tenue mais s'éroderaient dans
les pentes en l'absence de dispositifs anti-érosifs, surtout si les
labours s'y développaient. Les phénomènes d'hydromorphie
sont fréquents et marquent la plupart des prairies naturelles.
Dans ce contexte général, hors parc naturel, le bocage s'est
installé selon un système complexe d'ouvrages dont
l'association-type est schématisée ci-dessous
(2).
Figure 2.
Ce schéma de principe connaît une infinité
d'applications, en fonction des us et coutumes dans chaque canton.
Les situations particulières, si elles ne sont pas précisées
dans les actes, sont à l'origine de différends délicats
à régler !
Affaires pour géomètres et experts agricoles et fonciers très
exercés...
En banquettes décrochées, tout le dispositif est rattaché
à l'amont.
[R] 3. Maille bocagère et données normatives
La maille bocagère correspond, pour un territoire donné, à
la surface moyenne des parcelles encloses de haies bocagères continues
ou quasi continues, totalement ou partiellement fermées. Pour juger
de la surface de la maille d'un territoire, il existe plusieurs méthodes
- chacune donnant des résultats approximatifs. Chaque étude
de cas devrait mentionner la méthode choisie.
Par simplification, il est souvent fait référence, d'abord
à des formes carrées ou rectangulaires de parcelles, ensuite
à une relation entre surface et périmètre dans le
carré, exprimée par une constante (44 000 pour 1 ha).
La donnée de base est la densité moyenne de haies à
l'hectare D = linéaire total / surface du territoire en ha et la formule
utilisée est 44 000/D².
Exemple : 9 825 m de haies sont mesurées sur un territoire de 81 ha,
soit D = 9 825/81 = 121,3 m/ha ;
la surface moyenne de la maille bocagère est de :
44 000/121,3² = 3 ha environ.
La maille bocagère ne doit pas dépasser 4 à 6 ha pour
conserver ses caractéristiques ; au-delà, la faune et la flore
attachées au milieu disparaissent ; ce seuil s'applique également
à la production (optimisation démontrée des rendements
et des temps de travaux). Aussi faut-il maintenir un linéaire minimum
de haies arborées de 105 m par ha en moyenne générale
- sauf à affiner la méthode de calcul énoncée
ci-dessus. En pratique dans la Manche, par choix consensuel et intuitif des
acteurs de terrain, la maille bocagère est maintenue aux environs
de 2,5 ha après remembrement, en préservant ou en replantant
un linéaire de haies correspondant.
Pour être classés, les boisements linéaires, haies et
plantations alignées doivent avoir une surface d'au moins 500 m²,
soit le produit de leur longueur mesurée par une largeur forfaitaire
de 5 m pour les haies buissonnantes et 10 m pour les haies d'arbres haute
tige ; ces peuplements n'entrent pas actuellement dans le domaine
forestier (3).
Les haies des bocages fermés représentent habituellement 2%
de la superficie globale. En appliquant les normes de 5 et 10 m citées
ci-dessus, selon demi-largeur, une emprise de 5 à 11% affecterait
une maille de 3 ha dans cette définition théorique.
[R] 4. Cadre législatif et réglementaire
Codes
Dans ses articles n°668, 669, 670, 671, 672 et 673, le Code civil pose
les principes et règles d'implantation, d'exploitation et de destruction
des fossés et des haies. Deux types de cas sont notamment abordés
: l'un concerne la mitoyenneté ou copropriété et les
obligations réciproques ; l'autre s'étend aux questions de
voisinage. Ces textes sont reproduits dans l'encadré 1.
Le Code rural et le Code de l'environnement renferment également des
références importantes et directement orientées vers
les haies (encadré 2).
Après les lois sur l'eau et sur l'air, on peut s'attendre à
une loi sur le sol, cet " épiderme de la Terre " qui est très
menacé et qui préoccupe les scientifiques
(4).
Charte départementale du remembrement et autres textes ou
dispositions
La Charte du remembrement du 25 janvier 1994 a été co-signée
par : le préfet, le président du conseil général,
le président de la Chambre d'agriculture, le président de
l'Association des maires, le président de la chambre départementale
des Géomètres. Étant donné que les remembrements
sont financés par le conseil général, avec engagements
conjoints du département et des communes, la prise en compte de la
Charte par la Commission d'aménagement foncier donne une valeur
contractuelle à ce document officiel - ce qui n'est jamais
discuté.
La Charte est articulée autour de trois objectifs :
- le remembrement doit servir l'économie ;
- l'environnement sera pris en compte ;
- toutes les opérations seront soumises à concertation.
Le résumé du volet environnement est ainsi énoncé
:
" Dès lors que l'idée d'un remembrement est avancée
par un conseil municipal, et jusqu'à l'aboutissement de celui-ci,
en accompagnement de l'aménagement des structures agricoles,
l'aménagement du cadre de vie, la préservation de l'environ-nement
et plus particulièrement les éléments constitutifs du
paysage bocager et l'avenir de l'économie agricole doivent guider
les choix effectués par les partenaires de l'aménagement foncier.
A cette fin, des garanties sont apportées par les signataires et les
communes concernées. "
Au titre des garanties prévues, le conseil général et
les communes s'engagent à compenser les échanges d'arbres,
sachant que l'exploitation des arbres est gelée dès décision
de remembrement, sauf dérogations instruites en considération
de l'étude d'environnement.
La bourse aux arbres ainsi instituée n'est pas exclusive d'autres
initiatives. Par exemple, la Direction départementale de l'agriculture
et de la forêt (DDAF-50) a conduit simultanément une opération
" Ancien bocage d'ormes " pour en tenter la réhabilitation.
La sauvegarde de la nature, notamment des espaces et sites classés,
impose des dispositifs de veille et, éventuellement, de coercition.
Au rang des organes de surveillance, nous retiendrons les communes et les
gardes champêtres assermentés : à ce titre, il convient
de se reporter au Code des communes, dont le chapitre Police rurale est en
partie reproduit au Code rural et au Code de procédure pénale.
Signalons la nouvelle tendance à positionner ce type d'agent dans
des structures intercommunales, ce qui dégage en partie les maires
des fonctions répressives directes qu'ils répugnent parfois
à assumer.
[R] 5. Typologie et rôles des haies bocagères et des alignements
L'inventaire botanique et la classification des haies sont hors du présent
sujet. Les haies champêtres dont il s'agit seront examinées
ici en termes de critères de choix, au moment crucial de leur classement
avant remembrement des parcelles. Cet examen distinguera sommairement leur
fonction et leur valeur intrinsèque, sur la base du site de
Héauville, commune côtière qui présente un gradient
exemplaire de haies bocagères
(5).
Critères basés sur la fonction immédiate des haies
- Limite séparative, clôture des animaux : essentielle autrefois,
ces fonctions sont souvent devenues secondaires.
- Brise-vent et/ou fermeture de la maille : ce rôle de premier ordre
est assez général en France, mais il est particulièrement
ressenti en zones ventées de tous azimuts et/ou pour des
spéculations agricoles fragiles.
- Rôle hydraulique : ripisylve et végétation de fond
de talwegs, freins utiles à l'écoulement des eaux, fixation
des berges, avec le risque de favoriser les embâcles.
- Rôle anti-érosif : la loi sur l'Eau a placé cette fonction
au premier plan. Talus et banquettes, si possible arborés, constituent
l'application de base de la défense et de la restauration des sols
dans le monde entier, ainsi que de la mise en valeur des champs pentus de
manière pérenne et à toutes fins d'exploitation.
- Rôle paysager : la loi Paysage et la loi Littoral ont renforcé
ce rôle ; le découpage de la France en zones climatiques et
la liste des espèces végétales à propager dans
chaque zone ont donné des repères précis. La prise en
compte de l'environnement dans les programmes et procédures urbanistiques
est un révélateur des nouveaux soucis collectifs en la
matière.
Critères basés sur la valeur intrinsèque des
haies
- Haie à bon potentiel : ne devrait être jugée bonne
de ce point de vue qu'une haie arborée neuve ou
régénérée, ayant encore une durée de vie
importante (> 10 ans), peuplée d'essences d'une valeur d'exploitation
reconnue et ne nécessitant pas trop de travaux d'entretien.
- Haie exploitable : une haie dont les éléments principaux
sont en état de maturité avancée (apparition de bois
mort) doit être exploitée sans retard. La seule solution d'avenir
est la replantation.
- Arbres vénérables et reliques végétales : à
conserver un maximum de temps, au besoin isolément.
Appréciation stratégique globale
Idéalement, la bonne haie est celle qui, au bon endroit, remplira
correctement et durablement la fonction qui doit y être exercée.
Par exemple, en matière anti-érosive, la bonne haie sera celle
qui suit une courbe de niveau et qui est établie dans un système
complet et bien entretenu " talus - haie arborée - fossé
d'écoulement - raccordement au collecteur ", tandis qu'en matière
paysagère, ce sera celle qui, durablement, s'harmonisera au reste
du paysage, meublera le décor sans surcharge et avec des essences
du pays, laissera des champs visuels au promeneur.
Dans tous les cas, les bons choix stratégiques restent empreints d'un
souci économique, faute de quoi ils seraient sans lendemain ; finalement,
les obligations réglementaires ne sont pas autres.
Le processus intellectuel qui a conduit à l'idée de " bourse
aux arbres " est intéressant à rappeler succinctement.
Le corps de règles sur le remembrement rural constitue pratiquement
un outil unique, fait pour s'appliquer en champs ouverts (dont la Beauce
est le prototype) ; les situations particulières ne sont pas
traitées spécialement (par exemple, le bocage, les zones de
montagne) et des adaptations sont à rechercher localement dans ces
cas.
Dans le bocage, la première adaptation a consisté à
faire coïncider les limites de lots avec les limites naturelles
constituées par des talus arborés, ceci par dérogation
aux règles d'équilibre et par système de soultes. Mais
la satisfaction était de pure forme car, avant de quitter sa parcelle,
chaque échangiste se hâtait d'exploiter son bois - même
les plus jeunes baliveaux.
En définitive, l'échange amené par le remembrement portait
sur des lots de prés ou de terres adossés à des talus
dénudés, une surcharge de travail intervenait pour l'abattage
juste avant la prise de possession des nouveaux lots, des valeurs
économiques d'avenir étaient stérilisées, les
cours de fermes s'encombraient de bois de chauffage de qualité
médiocre. Tous ces efforts se traduisaient par une résultante
quasi nulle pour les échangistes, la sévère
dégradation de l'environnement ayant des effets particulièrement
négatifs pour le milieu naturel et entraînant souvent des charges
récurrentes pour la collectivité.
L'étape suivante a porté, tout naturellement, sur la
préservation collective des haies : c'est l'idée de bourse
aux arbres, telle qu'elle a été pratiquée dans la Manche
dès 1992 de manière très pragmatique sur une première
commune, Saint-Georges-Montcoq ; par la suite, le géomètre
Jean-Claude Cauchy a théorisé sa pratique et rédigé
un mode d'emploi.
Proposé à l'Association pour la promotion de l'aménagement
foncier et rural dans la Manche, ce modèle a connu une diffusion
ciblée, avec une incitation forte à privilégier les
choix locaux, l'amiable, le négocié, le consensuel et,
corrélativement, à bannir tout encadrement professionnel ou
administratif rigide pour la bourse aux arbres.
C'est du moins ce type d'orientation qui a prévalu jusqu'à
présent ; la bourse aux arbres s'intègre néanmoins dans
le projet d'aménagement foncier qui, lui, est très
réglementé par le Code rural (cf. ci-dessus).
Le scénario 1992 de la bourse aux arbres en Manche a évolué
dans le sens de la simplification ; les pratiques locales développées
à partir de 1996 diffèrent selon les intervenants et les
circonstances. C'est ce que nous allons étudier.
[R] 1. Inventaire des ressources
Reconnaissance par le bureau d'études, choix de la CAF, applications
par le géomètre
L'aménagement foncier rural s'opère traditionnellement de
façon feutrée, par le jeu des transactions et des échanges
de terres devant notaire, par la lente transformation des facteurs de production,
par les programmes publics d'amélioration progressive des infrastructures.
Cette évolution tranquille a été brusquée par
plusieurs types de bouleversements depuis 1950, par exemple : la
mécanisation des travaux des champs, le changement des structures
d'exploitation, les ouvrages linéaires, etc.
D'importants programmes de restructuration foncière sont donc devenus
nécessaires ; ils sont régis par le Code rural, Article R.
121-1 et suivants. Le conseil général fait procéder
par un bureau d'étude indépendant à une " étude
préalable d'aménagement " incluant une " étude de
l'état initial " du site. Lorsqu'une procédure d'aménagement
foncier est ordonnée, le bureau d'étude complète
l'état initial et établit l'" étude d'impact et des
mesures compensatoires ".
L'ensemble des études et des travaux est tributaire des dispositions
législatives et réglementaires en vigueur. Par exemple, le
respect de la loi sur l'eau impose l'étude des bassins versants, de
l'hydraulique locale, des mesures anti-érosives et, résultant
de la Charte départementale, une haie sur deux sera conservée
lors d'élargissements de chemins, avec obligation de replantation
chaque fois qu'il faut fermer la maille.
Le linéaire et la qualité des haies sont appréciés
lors de l'établissement de l'état initial du périmètre.
C'est à ce stade que sont indiqués et surlignés les
haies et talus à conserver, en bordure d'îlots ou à
l'intérieur d'îlots de propriété ;
simultanément, d'autres mentions portent sur les arasements de haies
et talus (obligatoires ou optionnels). Les choix sont opérés
sur des critères fonctionnels, de valeur intrinsèque et de
cycle d'exploitation des haies. Ces critères sont essentiellement
hiérarchisés par la loi, mais la sensibilité de
l'ingénieur d'étude permet d'exercer des options empreintes
de bon sens, dont la faisabilité globale inclut (doit impérativement
inclure) les aspirations des propriétaires, des voisins, de la commune
et, bien sûr, de la commission d'aménagement foncier.
Parallèlement, des programmes de voies de communication et de replantation
sont esquissés par les opérateurs, en liaison avec la
restructuration du parcellaire. La force décisionnelle de la CAF et
le savoir-faire du géomètre permettent d'aboutir à des
compromis acceptables, entre les buts économiques directs et la
préservation de la nature ; du travail conjugué des acteurs,
animés par le géomètre qui est le pivot technique,
dépend la valorisation locale et la conservation des ressources en
arbres - comme ce fut le cas à Saint-Georges-Montcoq.
Au final dans le bocage, la qualité d'un remembrement se juge maintenant,
non seulement en termes d'augmentation de la surface de l'îlot de
propriété, mais aussi en proportion de haies conservées
et de voirie communale (desserte des champs, des centres d'exploitation et
des habitations éparses, y compris chemins et sentiers de
randonnée). C'est d'ailleurs ce que doit attester l'étude d'impact
au stade final (dit de seconde phase).
Inventaire et valorisation des arbres par la sous-commission de la
CAF
En matière de remembrement rural, les échanges ont lieu sur
la base de la valeur de productivité agricole réelle des terres
classées par nature (prés, labourable, etc.). Des
parcelles-témoin sont choisies par la commission d'aménagement
foncier, assistée du géomètre, puis toutes les parcelles
du périmètre sont raccordées à ces
témoins.
La propriété des talus et des haies est relevée sur
les plans cadastraux lorsqu'elle y figure ; dans le cas contraire, le
géomètre interroge les voisins à l'occasion des travaux
topographiques sur le terrain ; enfin, les enquêtes sur le classement,
sur l'avant-projet et sur le projet permettent de parfaire l'indication de
la propriété des haies.
Selon la méthode du cabinet J.-C. Cauchy, c'est après la
réunion de la commission départementale qu'est
déclenchée la bourse aux arbres proprement dite, sur la base
des parcelles échangées - c'est-à-dire des haies qui
changent de propriétaire, qu'elles soient à conserver ou à
abattre. Par analogie avec le traitement des parcelles, les arbres sont
inventoriés, classés par nature en " C = bois de chauffage
" et " D = bois d'uvre ou de débit " puis valorisés en
points-arbre selon un barème indicatif et d'après des arbres
témoins ; cette tâche est accomplie sur le terrain par la
sous-commission du remembrement. Le géomètre dresse un état
des apports et des attributions ; contrairement au remembrement, un
déséquilibre est toujours constaté.
Barème de valorisation en " points-arbre "
Le mode d'évaluation des arbres dans la Manche s'appuie sur le
barème du tableau I (ci-dessous). Établi de manière
empirique en 1992 sur la base de la valeur marchande du moment, ce barème
brut et peu scientifique est cohérent avec le caractère amiable
et négocié de l'opération.
Tableau I. Barème d'évaluation des points-arbres
Catégorie |
Critères | Exploitation | Classement et points-arbre |
| C Bois de chauffage D Bois de débit |
volume essence aspect volume |
immédiate future immédiate future |
de 1 à 10 de 1 à 4 de 6 à 40 de 6 à 25 |
L'amplitude des fourchettes entre l'immédiat et le futur ne traduit
pas un choix cohérent de taux d'actualisation mais, ici encore, c'est
affaire de conventions locales. Le critère plus-value paysagère
n'est pas pris en compte.
A ce jour, aucun expert forestier indépendant n'a été
mobilisé comme l'a suggéré l'Institut pour le
développement forestier. Pourtant, l'étalonnage initial et
l'appréciation (quantitative et qualitative) de certains beaux
chênes justifieraient cet appui technique ; ce serait par ailleurs
un puissant facteur de mise en confiance des échangistes et une base
indiscutable pour la surveillance ultérieure du couvert arboré,
au moins chaque fois que l'on se trouve en présence de peuplements
d'arbres de grande valeur.
De plus, l'analyse rétrospective des bourses aux arbres qui ont eu
lieu permettrait au professionnel de mieux asseoir l'étalonnage et
de mettre au point une note méthodologique simple pour les
géomètres, sans déboucher pour autant sur des
procédures figées ou contraignantes. Par exemple, il serait
intéressant d'analyser la méthode expéditive
d'évaluation globale proposée par la DDAF-50 : points à
l'hectomètre en fonction de divers standards prédéfinis
des haies de valeur courante.
Schéma de principe des cessions-attributions d'arbres liées
aux échanges de parcelles
Le schéma de principe de la Manche repose sur la création d'un
fonds commun qui est alimenté par tous les arbres (à conserver
ou à abattre) inventoriés dans les haies qui changent de
propriétaire dans le périmètre.
Tableau II. Schéma de
principe
L'issue monétaire impose de tarifer le point, la base proposée
est généralement de 100 F (15,2 ) par point pour les
comptes déficitaires ; toutefois, les comptes excédentaires
sont soldés à 80 F (12,2 ) le point par l'attributaire,
la commune et le département finançant chacun pour moitié
l'écart de 20 F (3,0 ).
Schémas dérivés
La méthode manchoise d'origine permet en principe de boucler
l'échange par des produits d'abattage, en fait elle minimise la
différence prise en charge finalement par la commune et le
département. Le modèle très élaboré de
Saint-Georges-Montcoq a été répété à
Saint-André-de-l'Épine par le même géomètre
et l'on peut attester qu'il fonctionne.
L'opération est depuis quelques années mise en uvre par
d'autres géomètres et, dans cette opération peu
formalisée, chacun fait à sa main. Aussi, le schéma
de principe a-t-il connu des dérives, dans le sens de la simplification
mais sans altération du but recherché pour la préservation
des arbres.
La tendance de la plupart des géomètres est d'adopter le
schéma suivant, pour deux raisons faciles à comprendre :
- la facilité à compenser les déséquilibres par
soultes monétaires, les montants en jeu étant somme toute faibles
et supportables par tous. Le bois de chauffage à exploiter fait donc
le profit non comptabilisé des échangistes partants ou entrants,
à la diligence de chacun et dans la hâte de la prise de possession.
Comme il s'agit d'un produit très marginal, il n'en résulte
ni brouille ni rancur - l'essentiel étant protégé
par ailleurs.
- la répugnance des agriculteurs à exploiter chez autrui,
même s'ils sont fondés et autorisés à le faire,
pour équilibrer leurs comptes de points arbres par exploitation de
haies à abattre dans le périmètre.
D'où l'orientation vers un système simplifié, variante
acceptable dès lors que l'objectif principal est atteint :
| Arbres cédés | Arbres retrouvés | Soultes monétaires |
| APPORTS | ATTRIBUTIONS | COMPENSATIONS |
| N points arbres = | N points arbres | + N points arbres |
Généralement, les attributaires excédentaires
rachètent les points à 80 F (12,2 ), la commune et le
département finançant le reste ; il existe d'autres solutions,
avec une moindre participation des propriétaires modestes.
Il existe une formule médiane qui, tout en aboutissant à ce
schéma simplifié, prend parfaitement en compte les comportements
des échangistes. Ceux-ci considèrent leurs lots avec tous les
attributs - sol, configuration, talus, haies, arbres, points d'eau, exposition,
etc. ; dès le premier jour, ils soupèsent mentalement tous
les termes du troc et pas seulement la terre. Le géomètre qui
parvient à parfaitement " coller " à cette réalité,
peut en faire un réel parti d'échange et obtenir à la
fin un 100% de réussite à la bourse aux arbres.
De ce fait, il semble bien que la bourse aux arbres ne doit pas être
totalement disjointe du remembrement.
Négociations avec les échangistes et choix finaux
La bonne base d'échange est celle qui a été définie
par les intéressés eux-mêmes et, en fin de processus,
il n'est pas question de la remettre en discussion ou de refaire les inventaires
de terrain. L'alternative finale est donc simple pour les échangistes
: accepter ou refuser la bourse aux arbres (le choix s'opère par
écrit).
Des problèmes peuvent surgir avec des propriétaires
négligents, peu informés ou peu présents sur le terrain
; des récalcitrants prennent même prétexte du moindre
pied d'aubépine pour refuser en bloc un échange de parcelles
ou pour jeter leur dévolu sur un lot voisin ; d'autres discutent le
classement des parcelles en raison de leurs attributs secondaires - le classement
ayant pourtant été officialisé depuis longtemps, après
enquête publique.
Bref, le classement des arbres n'ayant pas fait lui-même l'objet d'une
enquête publique, les discussions sont inévitables et des solutions
souples doivent intervenir. Aussi, un déséquilibre résiduel
peut-il apparaître même dans le schéma le plus
élaboré, en raison d'exigences additionnées des
échangistes et de l'arbitrage bienveillant qui est finalement rendu
pour finaliser l'échange sans abattage intempestif.
Très intéressant est le choix des compensations proposées,
dans ce sens qu'il est possible dans le système de base d'obtenir
des jeunes plants pour planter de nouvelles haies, refournir les anciennes,
etc. Il s'agit là d'une incitation vertueuse pour reconstruire le
bocage, éventuellement un " nouveau bocage " - à la faveur
de nouvelles techniques et de la diversité des espèces
officiellement " propageables ". Dans l'évolution du bocage manchois,
le talus conservera sa place, même s'il n'a pas toujours de justification
économique (rôle hydraulique) ; quoi qu'il en coûte, sa
dimension culturelle est généralement reconnue comme une
priorité.
[R] 3. Mise en uvre pratique et financement
La commune est l'un des propriétaires fonciers du périmètre.
Elle peut obtenir des attributions prioritaires dans la limite de 5% du
périmètre à certaines conditions et pour des projets
d'intérêt collectif. Par ses programmes de voirie communale
et d'alignements d'arbres, elle est partie prenante dans les programmes de
plantation. Enfin, en tant que maître de l'ouvrage des travaux connexes,
elle a la responsabilité des arasements de talus et des arrachages
de haies (il est exceptionnel d'en charger l'association foncière
de remembrement). Le fait que la DDAF soit généralement
maître d'uvre ôte à la commune tout souci
opérationnel. Elle prend néanmoins la responsabilité
budgétaire des à-côtés du remembrement et elle
en est le moteur. C'est spécialement vrai pour la bourse aux arbres,
formule consensuelle dont elle assure finalement le bouclage dans le cadre
de la gestion du fonds commun.
La DDAF-50 s'est donnée les moyens d'exercer directement sa fonction
de maître d'uvre des travaux connexes et de superviseur de la
bourse aux arbres conduite par le géomètre. Sa " cellule travaux
" intervient après l'enquête projet : elle s'emploie d'abord
à faire préciser à nouveau chaque situation (il peut
se passer 2 à 5 ans entre l'inventaire des besoins et le lancement
des appels d'offres) ; elle impose pour ceux-ci un cahier des clauses techniques
ainsi qu'une liste des espèces à propager.
Des négociations interviennent encore ici pour les plantations en
bordure de voies communales chaque fois qu'une réservation de 3 m
n'est pas bornée au nom de la commune. À noter accessoirement
que les arrangements entre voisins (tolérances sur les distances,
appartenance de la haie, pratique de la mitoyenneté, etc.) donnent
lieu à conventions mais que celles-ci ne sont pas publiées.

Paysage remembré en 1988 dans le département
de la Manche : commune de Troisgots vue des Roches du
Ham
dessin CB d'après photo APAFRM
[R] 4. Résultats, interrogations, perspectives
Les résultats enregistrés sont fragmentaires ; en l'état,
ils sont déjà éloquents. Toutefois, il serait imprudent
de procéder à des analyses trop fines, en raison de la grande
disparité des conditions locales et des différences de traitement
de la bourse aux arbres selon les géomètres.
Analyse et conclusions
La surface moyenne par compte de propriété est de 3,61 ha (ce
qui occulte de grands écarts ; à comparer avec l'exploitation
moyenne en Manche : 24 ha de SAU), celle de la maille bocagère est
d'environ 1,8 ha en moyenne. La densité des haies est initialement
de 157 m/ha (toutes qualités confondues) et le taux d'échange
des haies à conserver est de 22% par rapport au total correspondant.
Les propriétaires concernés par la bourse aux arbres
représentent 31% du total et la proportion participants volontaires
sur propriétaires concernés s'élève à
69% - donc une nette majorité.
Les arbres conservés représentent 55% de ceux classés
pour la bourse aux arbres -soit une proportion moindre que celle des
adhésions ; l'absence de corrélation étroite
nécessiterait une analyse plus fine.
Enfin, le coût en termes de soultes financières finales à
la charge du département et des Communes est généralement
faible, 20 F (3 )/arbre (maximum de 97 F - 14,8 - et minimum
de 6 F - 0,9 ) ; il tend à diminuer au fur et à mesure
que l'expérience se développe. Même en prenant en compte
la charge additionnelle pour le maire, le géomètre et les
bénévoles, le bilan apparaît favorable en lui-même
et de surcroît par ses effets induits de propagande sur la protection
de la nature et de communication objective sur la nouvelle manière
de conduire les remembrements.
L'octroi de plants et les plantations nouvelles (à raison de 5 m pour
1 point) restent une mesure timide alors que ce pourrait être l'amorce
d'une " modernisation " du bocage. En effet, il faudrait s'en préoccuper
pour combler les trous dus à l'épidémie de Graphiose
de l'orme, pour s'adapter à la nouvelle forme des haies (taillées
à l'épareuse, non recépées), pour remplacer les
émondes non valorisables (il n'y a plus de marché du fagot),
pour favoriser les produits les plus marchands (bons sciages ou bûches
refendables pour le chauffage domestique), etc.
L'intérêt de la bourse aux arbres ressort bien de cette analyse,
certes un peu sommaire. Il est probable que la DDAF-50, qui est très
attachée à cette opération, mettra prochainement en
place des indicateurs parlants et obtiendra une restitution rapide des
résultats de terrain, car la diffusion de tels éléments
dans le public aura un impact très positif. Le sujet méritera
par la suite une analyse plus fouillée, par exemple pour comparer
la " cascade " : haies échangées et arbres conservés
par rapport au linéaire total des haies à conserver et aux
arbres classés ; il sera aisé dès lors de dégager
des ratios à usage plus technique.
Plus globalement et sur six ans, la Manche se positionne au premier rang
des départements bas-normands, avec 21 remembrements assortis d'une
bourse aux arbres contre 10 au Calvados et 2 à l'Orne.
Des mises en commun des expériences de chaque DDAF ont
périodiquement lieu à la DRAF de Caen et la Manche est en relation
suivie avec l'Ille-et-Vilaine (problématiques très semblables).
De plus, par le jeu des soumissions de cabinets de géomètres
et des bureaux d'étude, les remembrements sont le lieu d'un brassage
de fait des spécialistes de l'aménagement foncier dans la
région ; d'autres spécialistes, comme par exemple les
commissaires-enquêteurs, contribuent également à la bonne
communication qui a cours dans ce milieu.
Difficultés rencontrées
Au rang des difficultés, nous soulignons d'abord le retard de versement
des soultes. Nous signalerons une seule anecdote pour montrer que des solutions
intelligentes se font souvent jour : telle commune qui voulait minimiser
la contribution publique aux soultes a organisé l'exploitation du
bois de chauffage laissé par les exploitants en andains dans les champs,
pour être brûlé ; 12 personnes (étrangères
à la bourse aux arbres) ont fait promptement leurs provisions de bois,
chacune payant son écot à la commune...
Dans le déroulement du remembrement, il se passe 2 à 5 ans
entre l'inventaire initial des haies et la bourse aux arbres : cette latence
(déjà notée) est importante et, fatalement, des coupes
dérobées interviennent - certaines judicieusement
(recépages), d'autres abusivement (beaux arbres dispersés dans
des champs à échanger et à peine formés). Bref,
il s'ensuit une lourdeur supplémentaire, car divers éléments
sont à préciser avant d'engager les travaux connexes et la
bourse aux arbres elle-même.
Le remembrement est une opération complexe qui met souvent en ligne
plusieurs échangistes pour un même compte de propriété
dont on veut regrouper les parcelles. Lorsque l'acceptation du nouveau
parcellaire a eu lieu, les choses s'arrangent ; les bisbilles et grandes
rancurs du passé se trouvent très atténuées
et, venant en phase finale, la bourse aux arbres s'opère dans une
ambiance apaisée ou résignée - ce qui en facilite
l'aboutissement.
Serge Augé est expert agricole et foncier...
[R] Encadré 1 extraits du Code civil
Art. 668 - Le voisin dont l'héritage joint un fossé ou une
haie non mitoyens ne peut contraindre le propriétaire de ce fossé
ou de cette haie à lui céder la mitoyenneté.
Le propriétaire d'une haie mitoyenne peut la détruire jusqu'à
la limite de sa propriété, à la charge de construire
un mur sur cette limite.
La même règle est applicable au copropriétaire d'un
fossé mitoyen qui ne sert qu'à la clôture.
Art. 669 - Tant que dure la mitoyenneté de la haie, les produits en
appartiennent aux propriétaires par moitié.
Art. 670 - Les arbres qui se trouvent dans la haie mi-toyenne sont mitoyens
comme la haie. Les arbres plantés sur la ligne séparative de
deux héritages sont aussi répu-tés mitoyens. Lorsqu'ils
meurent ou lorsqu'ils sont coupés ou arrachés, ces arbres sont
partagés par moitié. Les fruits sont recueillis à frais
communs et partagés aussi par moi-tié, soit qu'ils tombent
naturellement, soit que la chute en ait été provoquée,
soit qu'ils aient été cueillis.
Chaque propriétaire a le droit d'exiger que les arbres mi-toyens soient
arrachés.
Art. 671 - Il n'est permis d'avoir des arbres, arbrisseaux et arbustes près
de la limite de la propriété voisine qu'à la distance
prescrite par les règlements particuliers actuelle-ment existants,
ou par des usages constants et reconnus, et, à défaut de
règlements et usages, qu'à la distance de deux mètres
de la ligne séparative des deux héritages pour les plantations
dont la hauteur dépasse deux mètres, et à la distance
d'un demi-mètre pour les autres planta-tions.
Les arbres, arbustes et arbrisseaux de toute espèce peu-vent être
plantés en espaliers, de chaque côté du mur séparatif,
sans que l'on soit tenu d'observer aucune dis-tance, mais ils ne pourront
dépasser la crête du mur.
Si le mur n'est pas mitoyen, le propriétaire seul a le droit d'y appuyer
ses espaliers.
Art. 672 - Le voisin peut exiger que les arbres, arbrisseaux et arbustes,
plantés à une distance moindre que la dis-tance légale,
soient arrachés ou réduits à la hauteur
dé-terminée dans l'article précédent, à
moins qu'il n'y ait titre, destination du père de famille ou prescription
trentenaire.
Si les arbres meurent, ou s'ils sont coupés ou arrachés, le
voisin ne peut les remplacer qu'en observant les distances légales.
Art. 673 - Celui sur la propriété duquel avancent les bran-ches
des arbres, arbustes et arbrisseaux du voisin peut contraindre celui-ci à
les couper. Les fruits tombés de ces branches lui appartiennent.
Si ce sont les racines, ronces ou brindilles qui avancent sur son héritage,
il a le droit de les couper lui-même à la limite de la ligne
séparative.
Le droit de couper les racines, ronces et brindilles ou de faire couper les
branches des arbres, arbustes et arbris-seaux est imprescriptible.
[R] Encadré 2 Références juridiques concernant les haies
- Article L. 126-6 du CR (L. du 08/01/1993) : possibilité pour le
préfet de protéger les boisements linéaires, haies et
plantations d'alignement, ainsi que des vergers de hautes tiges, à
la demande de la Commis-sion d'aménagement foncier ou du
proprié-taire qui en fait la demande ; le classement en bois permet
de bénéficier des aides publiques et des exonérations
fiscales atta-chées aux bois.
- Articles R. 126-33 à 126-38 du CR (in Aménagement rural)
: modalités de protec-tion, en application de l'article ci-dessus.
- Arrêté du ministre de l'Agriculture du 28 avril 1995 :
détermination des zones clima-tiques en France et des espèces
végétales correspondantes qui sont retenues.
- Loi n° 93-24 du 8 janvier 1993 sur la pro-tection et la mise en valeur
des paysages, et modifiant certaines dispositions des en-quêtes publiques.
Ce texte fondateur, repris pour partie dans le Code rural (voir ci-des-sus)
touche aussi le Code de l'urbanisme, le Code des communes, le Conservatoire
de l'espace littoral et des espaces lacustres, le Code de l'expropriation
; il montre que les paysages sont à considérer dans leur
glo-balité. Il est institué des Commissions dé-partementales
des sites, perspectives et paysages.
- Décret n° 95-488 du 28 avril 1995 relatif aux boisements
linéaires : définition des normes pour le classement.
D'autres textes entrent dans le contexte législatif et réglementaire
:
- Article L. 123-24 du CR (Art. 10 de la Loi 62-933 du 8 août 1962)
: prise en charge par le maître de l'ouvrage (autoroute, etc.) des
dommages causés aux exploitations, par financement des aménagements
et travaux connexes. Cette disposition libère le budget communal,
disponible pour d'autres actions.
- Loi du 10 juillet 1976 et décrets d'ap-plication des 12 octobre
1977 et 25 février 1993 réglementant les études
d'impact.
- Loi du 3 janvier 1986 dite Loi Littoral : aménagement, protection
et mise en valeur du littoral.
- Loi du 3 janvier 1992 dite Loi sur l'eau : préservation des
écosystèmes aquatiques, des sites et des zones humides.
Décret n° 93-743 du 29 mars 1993 relatif aux procé-dures
d'autorisation et de déclaration de l'article 10 de la Loi sur
l'eau.
- Loi du 2 février 1995 dite Loi BARNIER : renforce la protection
de l'environnement.
Budgétairement, la bourse aux arbres est dis-tincte des travaux connexes
au remembrement cofinancés par le département et par la com-mune,
éventuellement par l'État dans les péri-mètres
perturbés par les grands ouvrages.
La Commune prend le plus souvent une délibé-ration commune
pour les travaux connexes et pour la bourse aux arbres ; à ce stade,
les coûts sont encore très approximatifs, ce qui oblige à
un réexamen ultérieur, en conseil municipal, sur la base de
devis d'entreprises pour les travaux connexes et de la situation finale du
fonds commun de la bourse aux arbres. Pour ce der-nier volet, il s'ensuit
un grand retard pour solder les soultes individuelles.
Dans le cadre général des remembrements ru-raux, le
département subventionne les planta-tions à hauteur de 65%
pour les particuliers et les communes. Les soultes finales de la bourse aux
arbres (déficit du pot commun) sont prises en charge à 50%
par le département et 50% par la commune.
Notons enfin les aides de l'Union européenne pour la reconstitution
de réseaux de haies bas-ses, notamment dans les zones de culture
in-tensive (incidence sur le gibier et plus généra-lement sur
la chasse) et la coordination des ai-des agri-environnementales et des aides
PAC (circulaire du 12 septembre 1997).
[R]