Depuis le début des années 80, un nouveau champ de recherche
se développe en écologie : l'écologie du paysage (traduction
de la formule anglaise Landscape Ecology). Dans cette approche, le paysage
est considéré comme un niveau d'organisation. On peut y
étudier des phénomènes non perceptibles à d'autres
niveaux, en particulier les flux de matière et les déplacements
d'espèces animales et des végétales entre
éléments (bois, haies, champs ...).
Le fait de considérer le paysage comme un niveau d'organisation et
non seulement comme un produit de la société humaine ou le
support de contraintes physiques, conduit à lui reconnaître
une certaine autonomie, à le percevoir comme un système
auto-organisé ayant ses dynamiques propres.
D'un point de vue écologique le paysage peut être défini
comme une mosaïque organisée (avec des réseaux associés)
d'unités écologiques en interaction.
Trois grands types de problèmes se posent en écologie de paysage
:
- l'étude des facteurs écologiques (en interactions avec les
facteurs anthropiques) expliquant la structure spatiale des paysages, leur
organisation ;
- la description des structures spatiales et de leur évolution ;
- la mise en relation de processus et de dynamiques écologiques avec
ces structures spatiales en évolution.
L'écologie du paysage s'intéresse à des systèmes
posés d'emblée comme spatiaux et hétérogènes,
ce qui constitue une rupture avec les travaux antérieurs et
nécessite le développement de nouveaux concepts et d'outils
de quantification des phénomènes (mesures
d'hétérogénéité, d'organisation...). Enfin
des méthodes d'échantillonnage particulières permettant
de rendre compte des interactions entre éléments de la
mosaïque et des réseaux du paysage doivent être mises au
point.
Les concepts les plus développés sont ceux relatifs aux structures
spatiales et plus particulièrement aux structures en réseau
; corridor/barrière sont des éléments linéaires
qui facilitent ou inhibent des flux d'espèces, de matière ou
d'énergie.
Ce qui importe au niveau du paysage est la façon dont ils sont
connectés, on parlera de connectivité pour décrire leurs
relations, en distinguant une connectivité structurale qui s'applique
aux relations spatiales et une connectivité fonctionnelle pour tout
ce qui a trait aux échanges entre éléments du paysage.
Les structures en réseaux sont relativement faciles à
échantillonner, aussi leurs fonctionnements sont-ils mieux connus
que ceux des mosaïques formées d'éléments
bidimensionnels.
Les recherches sur la mosaïque ont porté essentiellement sur
les effets de taille et la forme des étéments (plus ils sont
grands et compacts, moins ils sont soumis aux influences des éléments
voisins). Un autre aspect concerne la mise en place des mosaïques
paysagères, des facteurs qui régulent leurs évolutions
; il existe actuellement des méthodes permettant de mesurer la part
de différents groupes de variables dans cette organisation. Parmi
ces variables il y a celles qui ont trait aux milieux physiques, aux pratiques
agricoles, qui sont elles-mêmes contraintes par les structures spatiales
(distance à l'exploitation, taille des parcelles ...).
La prise en compte de lactivité humaine devient inévitable
dès que l'on se pose le problème de l'organisation, il n'est
plus possible de se réfugier dans des espaces "naturels" (du moins
dans nos régions). Cette activité n'est plus vue comme une
source de perturbation mais comme un ensemble de processus faisant partie
du système paysager. Cette perspective est fondamentale car elle permet
d'appréhender la façon dont on peut agir sur l'évolution
du système, ce qui est essentiel pour les opérations
d'aménagement et pour la compréhension de l'évolution
de l'espace rural, préoccupation de l'INRA
L'écologie du paysage n'a pas pour prétention de couvrir l'ensemble
du champ de l'écologie ; elle intègre, par exemple les
résultats obtenus à d'autres niveaux d'organisation, comme
les éléments de la mosaïque paysagère (bois, champs,
prairies...) ; elle amène généralement à voir
que plusieurs niveaux d'organisation agissent simultanément sur un
processus (l'érosion dépend des caractéristiques des
parcelles mais également des flux d'eau venant d'autres parcelles,
qui, eux, sont régulés par des fossés, talus, bandes
herbeuses hors de l'espace cultivé). Cette démarche disciplinaire
apparaît comme étant le moyen d'aborder les processus
écologiques aux niveaux micro et méso-régionaux (ceux
des systèmes agraires) et donc de pouvoir discuter avec d'autres
disciplines (économie, sociologie) qui sont presque seules à
travailler à ces niveaux (cf. les actes du colloque Diversification
des Modèles de Développement Rural-DMDR).
Pour en savoir plus, il existe une association : International Association
for Landscape Ecology (IALE), créée en 1983 ; il existe un
groupe francophone européen, créé en janvier dernier,
au sein de la Société d'Ecologie, (renseignements auprès
de Françoise Burel, université de Rennes, Laboratoire d'Evolution
des Systèmes Naturels et Modifiés, campus de Beaulieu 35000
Rennes).
IALE organise un séminaire tous les trois ou quatre ans, le premier
a eu lieu à Rodskilde au Dannemark en 1984, le second à
Münster en RFA en 1987, et fonctionne aussi trace à des groupes
de travail organisés en réseaux internationaux et nationaux.
En France il y a deux réseaux en cours de constitution : l'un sur
les paysages agricoles (contacter J. Baudry) l'autre sur les aspects culturels
de l'écologie du paysage (contacter P. Donadieu, Ecole Nationale
Supérieure du paysage, rue Hardy 78000 Versailles).