Le Courrier de l'environnement n°4, juin 1988

Approches écologiques des paysages

Depuis le début des années 80, un nouveau champ de recherche se développe en écologie : l'écologie du paysage (traduction de la formule anglaise Landscape Ecology). Dans cette approche, le paysage est considéré comme un niveau d'organisation. On peut y étudier des phénomènes non perceptibles à d'autres niveaux, en particulier les flux de matière et les déplacements d'espèces animales et des végétales entre éléments (bois, haies, champs ...).
Le fait de considérer le paysage comme un niveau d'organisation et non seulement comme un produit de la société humaine ou le support de contraintes physiques, conduit à lui reconnaître une certaine autonomie, à le percevoir comme un système auto-organisé ayant ses dynamiques propres.
D'un point de vue écologique le paysage peut être défini comme une mosaïque organisée (avec des réseaux associés) d'unités écologiques en interaction.

Trois grands types de problèmes se posent en écologie de paysage :
- l'étude des facteurs écologiques (en interactions avec les facteurs anthropiques) expliquant la structure spatiale des paysages, leur organisation ;
- la description des structures spatiales et de leur évolution ;
- la mise en relation de processus et de dynamiques écologiques avec ces structures spatiales en évolution.

L'écologie du paysage s'intéresse à des systèmes posés d'emblée comme spatiaux et hétérogènes, ce qui constitue une rupture avec les travaux antérieurs et nécessite le développement de nouveaux concepts et d'outils de quantification des phénomènes (mesures d'hétérogénéité, d'organisation...). Enfin des méthodes d'échantillonnage particulières permettant de rendre compte des interactions entre éléments de la mosaïque et des réseaux du paysage doivent être mises au point.
Les concepts les plus développés sont ceux relatifs aux structures spatiales et plus particulièrement aux structures en réseau ; corridor/barrière sont des éléments linéaires qui facilitent ou inhibent des flux d'espèces, de matière ou d'énergie.
Ce qui importe au niveau du paysage est la façon dont ils sont connectés, on parlera de connectivité pour décrire leurs relations, en distinguant une connectivité structurale qui s'applique aux relations spatiales et une connectivité fonctionnelle pour tout ce qui a trait aux échanges entre éléments du paysage. Les structures en réseaux sont relativement faciles à échantillonner, aussi leurs fonctionnements sont-ils mieux connus que ceux des mosaïques formées d'éléments bidimensionnels.
Les recherches sur la mosaïque ont porté essentiellement sur les effets de taille et la forme des étéments (plus ils sont grands et compacts, moins ils sont soumis aux influences des éléments voisins). Un autre aspect concerne la mise en place des mosaïques paysagères, des facteurs qui régulent leurs évolutions ; il existe actuellement des méthodes permettant de mesurer la part de différents groupes de variables dans cette organisation. Parmi ces variables il y a celles qui ont trait aux milieux physiques, aux pratiques agricoles, qui sont elles-mêmes contraintes par les structures spatiales (distance à l'exploitation, taille des parcelles ...).
La prise en compte de l’activité humaine devient inévitable dès que l'on se pose le problème de l'organisation, il n'est plus possible de se réfugier dans des espaces "naturels" (du moins dans nos régions). Cette activité n'est plus vue comme une source de perturbation mais comme un ensemble de processus faisant partie du système paysager. Cette perspective est fondamentale car elle permet d'appréhender la façon dont on peut agir sur l'évolution du système, ce qui est essentiel pour les opérations d'aménagement et pour la compréhension de l'évolution de l'espace rural, préoccupation de l'INRA
L'écologie du paysage n'a pas pour prétention de couvrir l'ensemble du champ de l'écologie ; elle intègre, par exemple les résultats obtenus à d'autres niveaux d'organisation, comme les éléments de la mosaïque paysagère (bois, champs, prairies...) ; elle amène généralement à voir que plusieurs niveaux d'organisation agissent simultanément sur un processus (l'érosion dépend des caractéristiques des parcelles mais également des flux d'eau venant d'autres parcelles, qui, eux, sont régulés par des fossés, talus, bandes herbeuses hors de l'espace cultivé). Cette démarche disciplinaire apparaît comme étant le moyen d'aborder les processus écologiques aux niveaux micro et méso-régionaux (ceux des systèmes agraires) et donc de pouvoir discuter avec d'autres disciplines (économie, sociologie) qui sont presque seules à travailler à ces niveaux (cf. les actes du colloque Diversification des Modèles de Développement Rural-DMDR).

Pour en savoir plus, il existe une association : International Association for Landscape Ecology (IALE), créée en 1983 ; il existe un groupe francophone européen, créé en janvier dernier, au sein de la Société d'Ecologie, (renseignements auprès de Françoise Burel, université de Rennes, Laboratoire d'Evolution des Systèmes Naturels et Modifiés, campus de Beaulieu 35000 Rennes).
IALE organise un séminaire tous les trois ou quatre ans, le premier a eu lieu à Rodskilde au Dannemark en 1984, le second à Münster en RFA en 1987, et fonctionne aussi trace à des groupes de travail organisés en réseaux internationaux et nationaux. En France il y a deux réseaux en cours de constitution : l'un sur les paysages agricoles (contacter J. Baudry) l'autre sur les aspects culturels de l'écologie du paysage (contacter P. Donadieu, Ecole Nationale Supérieure du paysage, rue Hardy 78000 Versailles).

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