Au
Maroc
Parallèlement à ce renforcement institutionnel et en vue de
renforcer les actions de ce sous-secrétariat d'Etat, on a vu naître,
entre autres, une cellule chargée de questions relatives à
l'Environnement en mars 1993, au sein du ministère de l'Agriculture
et de la mise en valeur agricole (MAMVA) et au sein d'autres départements
ministériels.
Cette cellule a pour mission, tout en gardant une liaison étroite
avec les différentes directions et établissements sous tutelle
du MAMVA :
- d'aider à formuler des programmes sectoriels propres au
département chargé de l'agriculture, en matière de gestion
de l'environnement ; ce département étant particulièrement
et principalement impliqué aux niveaux sectoriels dans la gestion
et la préservation des ressources naturelles : sols, eau, faune et
flore, patrimoine forestier, diversité biologique ;
- de mettre en place un système d'information approprié et
relatif à la gestion écologiquement rationnelle des ressources
naturelles ;
- d'apporter des propositions en matière de gestion des questions
écologiques ;
- d'être à l'écoute de toutes les évolutions et
innovations au sein de milieux spécialisés nationaux et
internationaux (toujours en matière de gestion écologiquement
rationnelle des ressources) et d'en assurer la diffusion ;
- d'attirer l'attention, chaque fois qu'il faut, sur tout risque potentiel
encouru par les milieux naturels.
Une des toutes premières actions de cette cellule fut la tenue d'une
journée d'information, en juin 1993, sur le thème "
Agriculture-Environnement ", qui a regroupé les représentants
de toutes les directions et établissements sous tutelle du MAMVA,
mais également ceux du sous-secrétariat d'Etat pour
l'Environnement.
L'exposé fait au nom de ce dernier a notamment présenté les objectifs et les attentes de la Stratégie nationale pour la protection de l'environnement actuellement en cours d'élaboration, et qui concevra et mettra en oeuvre un plan national d'action pour l'environnement ainsi qu'un observatoire national de l'état de l'environnement ; ces exercices ne peuvent se faire sans la participation de tous les départements ministériels, dont, bien sûr, ceux de l'Agriculture ainsi que toutes les institutions de formation de recherche et de développement concernées, qui doivent prendre toutes les dispositions pour une participation active et une contribution à ce processus national.
Les débats ont alors porté sur les actions sectorielles du
MAMVA pour le développement agricole durable et plus
particulièrement sur les divers impacts positifs et négatifs
et constats concernant :
- l'intensification agricole et la gestion de l'environnement ;
- la surveillance du milieu naturel ;
- la maîtrise de l'eau d'irrigation et la protection de l'Environnement
;
- la protection des ressources naturelles et la lutte contre la
désertification ;
- les aspects liés à la formation, la recherche et la diffusion
de l'information.
A partir de ces idées forces, des recommandations ont été
formulées et l'on a particulièrement insisté sur la
nécessaire multiplication d'occasions d'information - sensibilisation
- échanges : par l'organisation de journées régionales
et thématiques sur les problèmes environnementaux, auxquelles
seront invités les représentants de toutes les directions,
directions provinciales de l'agriculture (DPA) et établissements sous
tutelle du MAMVA.
Chamaeleo chamaeleon, encore présent dans les forêts de Chêne-liège. Claire Villemant del.
Dans ce cadre, la cellule chargée de l'environnement a organisé
les premières journées d'étude, portant sur " L'impact
de l'aménagement pastoral sur l'environnement ", les 11 et 12 novembre
1993, en collaboration avec la direction de l'Elevage et les DPA d'Oujda
et de Figuig.
L'ensemble des intervenants a vivement mis l'accent sur la dégradation
que connaissent les terrains de parcours dans l'Oriental, soumis notamment
au défrichement en vue de la pratique d'une céréaliculture
aléatoire, à une gestion irrationnelle de l'espace pastoral
et à l'arrachage des ligneux pour les besoins domestiques -
dégradation aggravée par la sécheresse qui a sévit
sur la région pendant plusieurs années.
A l'issue des débats, six recommandations principales ont été
formulées :
1. Etudier l'impact des interventions d'aménagement sur l'environnement
pastoral en mettant en place, notamment, un dispositif de suivi régulier
et rigoureux de l'état de l'environnement pastoral et en particulier
de l'impact des différentes interventions sur les composantes physiques
et biologiques des écosystèmes (ressources hydriques, points
d'eau, ressources végétales et notamment les espèces
particulièrement fragiles, ressources édaphiques
particulièrement les bassins versants à gérer et à
aménager en évitant l'érosion, la faune sauvage et les
ressources cynégétiques).
2. Prévoir et planifier tout un dispositif et une organisation permettant
de réduire la vulnérabilité des éleveurs et celle
de l'environnement durant les sécheresses sévères ("
gestion de la sécheresse ").
3. Faire adhérer les autres institutions d'encadrement des éleveurs
ou de faire concorder leurs objectifs de développement global et durable
de la région ; on pense notamment à certaines banques dont
la politique d'octroi des crédits est bien souvent contraire aux objectifs
de protection de l'environnement pastoral.
4. Organiser les éleveurs dans leur déplacement sur les territoires
mais aussi en renforçant entre autres les programmes de vulgarisation
relatifs à la protection de l'environnement (déjà mis
en place mais qui demeurent relativement insuffisants) et assurer une bonne
répartition spatiale des troupeaux...
5. Améliorer les parcours dégradés, les réhabiliter
et gérer rationnellement ces espaces en leur assurant la
pérennité par le choix de techniques culturales aux effets
les moins néfastes, d'espèces végétales et
variétés sur la base de plusieurs critères liés
à la productivité : l'appétabilité, la fixation
du sol, la résistance au surpâturage, l'intérêt
pour la faune sauvage.
6. Enfin sensibiliser les populations aux problèmes de protection
de l'environnement en véhiculant les messages visant cette protection,
à travers la formation des vulgarisateurs, techniciens sur toute la
problématique environnementale, l'intégration de manière
explicite des programmes liés à l'environnement dans les
composantes de chaque projet.
S'est dégagée, en conclusion, la nécessité de
concentrer les efforts d'écoute et de sensibilisation sur trois
groupes-cibles, dont l'activité est intimement liée à
la dégradation : les éleveurs (gestion de parcours), les femmes
rurales (ramassage du bois et arrachage des buissons) et les agriculteurs
(labours dans les zones soumises à l'érosion).
Les deuxièmes journées d'étude organisées par
la Cellule environnement se sont déroulées les 11 et 22
décembre 1993 à l'Ecole nationale d'agriculture (ENA) de
Meknès et ont porté sur les " aménagements fonciers
et la conservation des sols " avec pour mission de présenter, d'analyser
les différentes actions d'aménagement foncier et d'étudier
leurs répercussions sur la conservation des sols et la qualité
des terres agricoles.
A l'issue des exposés, débats et visite de terrain, l'assistance
a insisté sur la nécessité de mener un large programme
de vulgarisation des techniques et opérations d'aménagement
fonciers (techniques du MAMVA et agriculteurs) surtout que les opérations
d'aménagement foncier connaissent aujourd'hui un visage nouveau et
qu'elles commencent à prendre une grande importance dans les
activités du MAMVA.
Les différents aspects liés à ces aménagements
étant mal couverts, il semble absolument nécessaire de renforcer
les programmes de recherche en matière d'aménagement mais surtout
d'orienter la formation en Sciences du sol ; enfin, les efforts des
différentes structures qui opèrent dans le domaine des
aménagements fonciers étant dispersés, il convient de
mieux les coordonner pour une utilisation plus efficiente des expériences
et des moyens techniques et financiers disponibles.
D'autres recommandations mais à caractère spécifique
et dont nous ne signalerons que les plus pertinentes, ont été
formulées et ont porté sur :
- la nécessité d'activer la réalisation des études
pédologiques sur la totalité de la surface agricole utile (SAU)
nationale ;
- l'importance d'appuyer les dossiers techniques par des études d'impact
et socio-économiques avant toute intervention pour tenir compte des
exigences locales et surtout garantir un meilleur aboutissement des
opérations d'aménagement ;
- le recensement des études et expériences acquises, dans ce
domaine dans le but d'une utilisation efficiente des compétences et
les possibilités nationales ;
- l'engagement de toutes les actions visant à sensibiliser les pouvoirs
publics et les instances impliqués dans l'aménagement du territoire
sur la gravité des pratiques d'utilisation des terres agricoles à
haut potentiel de production à des fins non agricoles et leur affectation
à l'urbanisation notamment. Des mesures juridiques, techniques et
administratives, pour ce faire, sont nécessaires pour la production
de ces terres.
Les troisièmes journées de la Cellule environnement se sont
tenues les 23-24 et 25 juin 1994 avec pour thème " La lutte contre
la désertification ". Le Maroc, en effet, subit depuis déjà
un certain nombre d'années des phénomènes de
désertification sous l'effet conjugué des conditions climatiques
et de l'action anthropique ; ces journées ont été
consacrées à l'évaluation des phénomènes
de désertification et des actions menées pour y faire face.
Par la même occasion, des informations ont également été
données, concernant la négociation en cours d'achèvement
au niveau de l'ONU pour l'élaboration d'une convention internationale
sur la lutte contre la désertification (à laquelle le Maroc
participe activement depuis le début du processus par des
représentants de notre cellule et de la
DEFCS)(1)
A ce propos, il faut signaler qu'un Comité national de lutte contre
la désertification a été créé au sein
du Conseil national de l'environnement (CNE) afin de jouer un rôle
décisif dans l'actualisation du Plan national et le suivi de sa mise
en oeuvre.
Un projet de décret a été récemment adopté
et tend à réviser le texte portant création du CNE en
vue de dynamiser cette instance de concertation et d'en renforcer le rôle.
Outre son rôle d'organe consultatif d'animation et de contribution à la définition de la politique environnementale, le CNE sera amené à coordonner et à assurer le suivi de la recherche en matière d'environnement et la promotion de son développement. De même qu'il a le rôle d'émettre un avis sur les projets de textes législatifs et réglementaires touchant à l'environnement ainsi que sur les projets et les programmes de développement d'envergure qui lui sont soumis susceptibles d'avoir des impacts sur l'environnement.
La composition du conseil s'élargit à l'ensemble des
départements ministériels, en ayant un niveau de
représentation au moins au rang de directeur des administrations
centrales. En plus des conseils régionaux (correspondant aux régions
économiques), il y aurait avec le nouveau décret, la création
également de conseils de Wilaya ou provinciaux.
Parmi les autres composantes du grand programme approuvé très
récemment par le gouvernement marocain et qui vise en priorité
la durabilité des ressources naturelles et la préservation
de la qualité de l'environnement et des conditions de vie du monde
rural, il faut citer :
- le programme de développement et d'extension des parcs nationaux
et réserves naturelles (le Projet d'étude et plans de gestion
des aires protégées du Maroc qui a débuté en
1993 est en cours d'achèvement) ;
- l'élaboration d'une monographie nationale sur la biodiversité
qui est en cours de négociation avec le PNUE ;
- le lancement bientôt d'un programme national de conservation et de
restauration des terres agricoles (qui constitue une des recommandations
fondamentales de la journée nationale " Agriculture-Environnement
" organisée par notre cellule) ;
- et enfin les programmes qui visent la gestion rationnelle et optimale des
ressources en eau au Maroc qui se caractérisent ces dernières
années par des contraintes liées à
l'irrégularité des apports et de leur rareté croissante
face à des besoins en croissance continue. Il s'agit du programme
national d'irrigation (PNI) qui vise avant tout la rentabilisation des
investissements par l'équipement de nouveaux périmètres,
l'amélioration de la productivité des périmètres
existants et une meilleure maîtrise de la gestion des
périmètres irrigués, laquelle action est déjà
entamée dans le programme d'amélioration de la grande irrigation
(PAGI). Elle sera renforcée et étendue progressivement à
la petite et moyenne hydraulique (PMH) qui vise l'amélioration du
rendement hydraulique du barrage à la parcelle ou à l'utilisation
finale, la valorisation optimale de l'eau par les techniques culturales
appropriées, la valorisation des ressources hydrauliques non
conventionnelles.
Il faut citer également qu'une révision des textes
législatifs et réglementaires est largement entamée
pour tout ce qui se rapporte à la gestion des ressources naturelles.
Nous pouvons conclure en disant qu'une récente prise de conscience apparaît dans toutes les équipes gouvernementales marocaines ; de même, on assiste à un renforcement du mouvement des ONG, même si ce mouvement reste encore assez timide et embryonnaire pour jouer un rôle dynamique et opérationnel d'envergure dans le domaine de l'environnement.

Cellule environnement du MAMVA
Habib Benessahraoui
Institut agronomique et vétérinaire Hassan II
BP 6202, Rabat-Instituts, Maroc.
Note
(1) Cette convention a été signée fin juin 1994, à Paris. [VU]