On
a lu, on a vu, On signale
(Livres,Rapports, thèses,
comptes rendus, Périodiques,
Documents)
Le Courrier de l'environnement de l'INRA
n°35 ; Les ressources bibliographiques
du Courrier
Monde du vivant, agriculture et société : La pépite et le grain de blé (par Jean-Claude Tirel) ; Au-delà de la nature, lenvironnement : Lobservation sociale de lenvironnement (par Danielle Barrès) ; Nodulations (par Alain Fraval) ; Sol, interface fragile (par Sandrine Gelin et Pierre Stengel).
Faire lanalyse de cet important ouvrage nest pas chose facile.
Les raisons en sont multiples. La première est quil est relativement
inclassable dans la typologie grossière couramment utilisée
pour ce genre dexercice. Le titre lui-même laisse bien penser
que les auteurs nentendent pas se lancer dans un développement
exhaustif sur trois domaines aussi vastes que le monde du vivant,
lagriculture et la société ! Cest bien
lintersection de ces trois ensembles qui retiendra lattention,
tout au moins pour ce qui concerne lobjectif spécifique poursuivi.
Le sous-titre, en forme de parabole, la pépite et le grain
de blé , traduit bien mieux la ligne directrice de lanalyse
proposée. Cest bien intentionnellement que les auteurs ont choisi
den expliciter le sens en guise dintroduction : la pépite
dor, dans sa permanence et sa capacité à résister
aux agressions du temps et de lenvironnement, toute auréolée
du symbole de la richesse matérielle, se révèle finalement
et paradoxalement moins précieuse que le grain de blé fragile,
vulnérable... mais capable de se reproduire, de sadapter à
dinnombrables circonstances, fort dun potentiel énorme
que sa disparition peut anéantir. Il représente ici le symbole
de lincomparable valeur du vivant par rapport à la matière
inerte.
Pour les auteurs, si les progrès des sciences physiques ou
mécaniques ont marqué lévolution des
sociétés et imprégné les modes
dappréhension mêmes de leur dynamique, lavènement
des sciences du vivant et leur essor rapide permettent non seulement de jeter
aujourdhui un autre regard sur la société, sur ses mutations
profondes, mais de forger des nouveaux outils de compréhension des
évolutions futures possibles et de rompre avec le cours apparemment
inéluctable des choses pour sengager sur des pistes vers de
nouveaux équilibres entre nature, technique et société.
La deuxième source de difficulté de présentation de
louvrage vient de sa structure même. Sagissant dune
analyse remettant profondément en cause lévolution de
la société dans bon nombre de ses aspects, soulignant les lacunes
des critères dévaluation très largement utilisés
par le système dominant pour en pérenniser le cours,
dénonçant leur incapacité à rétablir des
équilibres profondément dégradés... la disproportion
ne pouvait être quénorme entre les développements
consacrés au constat critique et le contenu positif en forme de
propositions. Pouvait-il en être autrement ? Ce nétait
sans doute ni possible, ni souhaitable !
Sil est aisé de critiquer des situations observées, des
orientations jugées dangereuses, des opinions exprimées et
les décisions quelles engendrent... il est beaucoup plus difficile
de détailler les mesures concrètes ou dexpliciter le
contenu de réformes fondamentales qui seraient susceptibles
dinfléchir notablement une dynamique aussi lourde. Une telle
entreprise, outre son ambition démesurée, ne serait
dailleurs pas cohérente avec lapproche des auteurs : il
nappartient pas au penseur de décider de ce quil serait
bon de faire pour préparer un autre avenir , ceci est
laffaire de tous et de chacun ; il peut proposer dautres pistes
danalyse, suggérer dautres comportements, inviter les
multiples acteurs à de nouvelles réflexions... Il ne lui appartient
pas de dicter un ensemble exhaustif et cohérent de propositions
précises susceptibles dêtre substituées aux
règles du jeu existantes.
Il nen demeure pas moins quun lecteur déjà bien
averti des dérives progressives du système économique
et social global, simpatiente quelque peu à voir sans cesse
rebondir les développements analytiques tandis que les propositions
se voient sans cesse repoussées vers les dernières pages de
louvrage. Alléché, tenu en haleine, il lui faudra quand
même attendre la page 330 pour que se dessinent des pistes daction,
timides, prudentes..., les auteurs ayant pris le parti de se limiter
volontairement à jeter les bases dune nouvelle réflexion
générant des réflexes et comportements différents,
susceptibles dentraîner des inflexions multiples dont la
résultante marquerait la rupture avec le cours funeste des
évolutions décrites.
Cette remarque ne retire rien à lintérêt de
louvrage qui vaut, dune part, par son originalité et,
dautre part, par la richesse du contenu.
Il est rare que ce type de réflexion sur la société
soit le fait dagronomes de formation : les deux auteurs ont été
élèves de Grignon, devenu lun des sites de lInstitut
national agronomique, à quelques années seulement de distance.
Certes, lun comme lautre ont été très proches
de la chose publique au cours de leur carrière : René Groussard
dans des cabinets ministériels, puis à la tête dun
établissement public national chargé notamment des structures
agricoles, lun des outils les plus directs de la politique agricole
au cours des mutations remarquables de lagriculture française
pendant quatre décennies ; Pierre Marsal en tant que chercheur à
lINRA, puis dans différentes fonctions dans des directions des
ministères de lAgriculture ou de la Recherche,
particulièrement concernées par un autre levier de cette politique,
à savoir la filière recherche - développement. Les deux
auteurs étaient donc bien placés pour présenter une
approche originale de lanalyse de lévolution du système
global, considérant lagriculture, non pas comme un secteur mineur,
en voie de marginalisation - comme le font beaucoup dauteurs en ce
domaine - mais au contraire comme une source denseignements et de
réflexions ouvrant des perspectives nouvelles sur dautres avenirs
possibles.
Quelles que soient la valeur et lexpérience des auteurs, ils
auraient eu sans doute quelque mal à tenter de convaincre le lecteur
moyen en se bornant à illustrer leur constat et leur vision personnelle
des évolutions probables ou souhaitables. Mais le texte est ici très
largement enrichi par les références faites systématiquement
aux concepts ou analyses de plus de 350 auteurs, choisis de façon
très éclectique : philosophes anciens ou modernes, hommes
politiques et savants, économistes et sociologues... Près de
130 ouvrages y sont cités, souvent présentés pour les
thèmes essentiels qui y sont développés. Ce livre
nest donc pas seulement une invitation à une analyse nouvelle,
il témoigne dune culture profonde, pluridisciplinaire et constitue
une source denrichissement. Quelquun a dit un jour la
culture, cest ce qui reste quand on a tout oublié ,
loccasion est belle, ici, de venir rafraîchir sa mémoire
!
Si le plan annoncé apparaît simple, avec ses deux grandes parties
respectivement intitulées Penser et Agir, le contenu
que recouvrent ces deux grands volets ne se prête pas aussi facilement
à cette dichotomie. Dans un premier temps, il sagit de tenter
de réinterpréter le monde contemporain sous léclairage
inspiré aux auteurs par les sciences du vivant et lexpérience
de lagriculture, dans le second temps, il sagit dexplorer
les possibilités den tirer des leçons pour laction.
Les deux développements restent donc du domaine de la réflexion,
et leur interaction évidente fait que le cheminement de la pensée
ne saurait être linéaire et péremptoire, mais progresse
selon de multiples boucles, à limage dun circuit touristique
qui permet de découvrir chacun des sites à partir de
différents points de vue. La structure de louvrage est en soi
une illustration de la préférence affichée pour une
approche systématique par rapport à une démarche
linéaire et réductionniste.
Dans la première partie, les auteurs empruntent à la biologie
son mode de penser pour tenter de décrypter les faits et les situations
de notre société, afin de rééquilibrer les analyses
et raisonnements courants trop marqués, et depuis trop longtemps,
par lapproche mécanique des sciences physiques. Cest tout
naturellement vers lun des biologistes les plus célèbres,
Claude Bernard, quils se tournent pour lui emprunter sa démarche
et structurer leurs propos en trois chapitres consacrés successivement
à lobservation ou première analyse sans idée
préconçue, puis à la formulation de leur hypothèse
centrale, enfin à sa vérification et son extension
éventuelle.
Le volet observation les conduit à un constat pessimiste,
illustré par le désenchantement et le mal dêtre
généralisé de la société. Chacun parle
de crise , pourtant ce terme lui-même semble inapproprié
dans la mesure où il suggère une situation passagère
dun système qui, écarté de sa trajectoire
déquilibre, tendrait inéluctablement à la rejoindre.
Pour les auteurs, il sagit plutôt dune situation
provoquée par des mutations profondes et irréversibles,
aggravée paradoxalement par le fait que les indicateurs classiques
la décrivent fort mal, et ce faisant, ne sont pas en mesure
déclairer la moindre action efficace pour y porter remède.
En quoi, par exemple, la progression constatée des indices globaux
de richesse de nos pays traduit-elle lexclusion grandissante,
lextension de la misère, la privation pour certains des droits
élémentaires davoir un logis et de manger à sa
faim ou tout simplement de participer, par la rémunération
de son travail, à la répartition des richesses créées
? Cette situation engendre les germes dun malaise social profond, avec
sa cohorte de phénomènes de marginalisations dangereuses aux
plans économique, sociologique, idéologique... Le système,
en privilégiant la maximisation dindicateurs globaux - qui
mathématiquement conduit toujours à accuser les disparités
internes - tend progressivement à oublier le second volet de
léquilibre, à savoir la répartition. Les responsables
politiques et économiques sacharnent à vouloir
maîtriser une machine de plus en plus sophistiquée en jouant
sur les seules manettes quils croient connaître ; leurs débats
ne dépassent pas le stade de la querelle sur les avantages et
inconvénients de la position respective de celles-ci.
Face à cette situation, la société touchée par
les multiples formes de crises doute de la capacité
du système à rétablir, sans rupture brutale, un cours
acceptable des choses. Une à une, les certitudes dhier se
lézardent, les sacro-saints concepts économiques auxquels
lon attribuait leuphorie apparente des décennies
passées, sont mis à mal... sans pour autant que ces analyses,
plus ou moins partielles, soient suffisantes pour jeter les bases dune
construction cohérente dun schéma global dexplication
et dune ligne générale daction.
Les auteurs insistent, avec juste raison, sur la prise de conscience,
accélérée par lexplosion des techniques de
communication et dinformation, du caractère fini du monde où
nous vivons : quantités limitées des ressources disponibles,
croissance démographique sopérant au détriment
des sociétés occidentales, incapacité de celles-ci
dimposer leurs valeurs ou de partager leur mode de vie ou de consommation
trop avides de ressources rares, trop générateurs de
déchets... Dans une telle société qui a perdu ses
repères, le réflexe tribal reprend le dessus, pour le meilleur,
mais aussi pour le pire.
Le fait que de ce noir constat, les auteurs tirent quelques pistes de
réflexion, jette ici la première touche doptimisme de
cet ouvrage. Il traduit en effet leur conviction de la possibilité
pour les hommes de reconstruire autrement leur environnement, de se doter
de structures nouvelles, détablir dautres règles
de fonctionnement. Ces pistes de réflexion concernent notamment le
décalage grandissant entre la surabondance dinformation et la
carence en matière de règles de décision, la
prééminence du court terme sur le durable, la déstructuration
de lespace (communiquer avec les antipodes en ignorant tout de son
voisin de palier), enfin les lacunes des systèmes de coordination
entre les sous-systèmes économiques et sociaux que lon
prétend optimiser dans une cohérence globale grandissante.
Cette phase de constat est complétée par un certain nombre
de remarques sur le coté insatisfaisant ou incomplet des réponses
avancées, ici où là, quelles soient
dinspiration religieuse (les intégrismes), philosophique ou
scientifique. Sur ce dernier point, les auteurs développent un thème
significatif de la situation décrite : la société doute
de la science, et la science doute delle-même, attitudes qui
peuvent être lourdes de conséquences dans un monde de plus en
plus dominé par lopinion publique.
Cest dans le deuxième chapitre de cette première partie
que les auteurs tentent de formuler leur hypothèse fondamentale à
savoir la capacité de lapproche biologique de constituer une
clé pertinente pour lanalyse des problèmes contemporains.
Pour eux, une chose est certaine : nous sommes entrés dans
lère du vivant et la biologie imprégnera sans doute,
plus fortement encore que ne lont fait les sciences physiques, les
concepts et la vision de notre société. Ses progrès
les plus récents ont déjà remis en cause certains
comportements, certaines conceptions déthique, voire certaines
institutions. Lhypothèse, au-delà même de
lobservation, trouve également ses racines dans la pensée
dun certain nombre dauteurs, pionniers ou contemporains, quil
est intéressant de voir synthétiser liminairement. Il sen
dégage un certain nombre didées communes, notamment la
nécessité dune approche globalisante sopposant
au réductionnisme propre à la démarche cartésienne.
Le tout est plus que la somme des parties : ce postulat fondamental inspire
dailleurs nombre des travaux des biologistes. Approche intégratrice
également dans la mesure où le vivant est envisagé dans
le cadre des relations quil entretient avec son environnement. Une
autre conclusion centrale est que face aux mutations brutales en cours, nous
nous retrouvons tous solidairement responsables : la prolifération
des connaissances, lexplosion des moyens de communication interdisent
aujourdhui à chacun de feindre lignorance. Le doute, qui
se généralise devant la faillite des idéologies et
lévanouissement de nos repères, nous offre paradoxalement
loccasion et une raison dagir.
Mais agir suppose de disposer de règles daction.
Léconomie en inspire beaucoup, toutefois les auteurs invitent
à sinterroger sur certains de ses concepts, notamment sur la
valeur et sur linterprétation très partielle qui en est
prônée par les théories dominantes. Pour eux, il est
devenu plus que jamais nécessaire de refonder la science économique,
notamment en lintégrant davantage aux réalités
concrètes et en la dégageant de ses prétentions
hégémoniques.
On peut, à ce propos, regretter que les auteurs se soient contentés
de dénoncer - certes, avec juste raison - certains outils
économétriques de plus en plus formels et réductionnistes.
Leur raisonnement ultérieur sur les rôles respectifs du
marché, de lÉtat, des instances de régulation
au niveau international... aurait sans doute été facilité
par les enseignements des analyses sur modèles à centres de
décisions multiples. Tout ensemble que lon prétend
optimiser , quelle quen soit la dimension (atelier, entreprise,
espace régional ou nation...) nest toujours quun
sous-système qui reçoit et émet des informations circulant
dans le système global et qui induisent des ajustements permanents
aux différents niveaux : informations quantitatives sur loffre,
la demande, les prix des produits et facteurs de production, certes... mais
aussi informations sur la valeur attachée, au-delà du marché,
à un certain nombre de biens et de ressources par des centres de
décision ayant leur propre structure dévaluation (projet),
flux de connaissances et besoin dinnovations, incitations ou limitations
réglementaires exprimant la politique de lÉtat ou
dinstances internationales. Lintérêt dun tel
schéma nest pas tant de quantifier les paramètres de
tel ou tel équilibre - la notion doptimum est
la plus relative qui soit -, mais de faire de la modélisation un outil
danalyse et dexploration des conditions dans lesquelles un projet
à un niveau donné (plan individuel, politique sectorielle...
et pourquoi pas projet de société) a, ou se donne les moyens
daboutir.
Soucieux de ne pas se laisser enfermer dans une structure formelle, fusse-t-elle
très souple, les auteurs se sont peut-être privés là
dun canevas danalyse un peu plus systématique permettant
de canaliser diagnostics et propositions.
Un consensus semble exister sur la nécessité de
réintégrer la nature dans le contrat social, mais des divergences
existent quant aux modalités de cette insertion et quant à
savoir qui serait à même de faire respecter ce nouveau contrat
et comment. Certes ceci suppose de mieux connaître ou reconnaître
le vivant, et illustre lintérêt de la clé
biologique qui constitue lhypothèse fondamentale du
raisonnement. La pertinence et la richesse de la proposition sont mises en
évidence par un tableau des divergences plus ou moins accusées
entre les approches inspirées, dune part, par les sciences physiques
et, dautre part, par la biologie. Il ne sagit pas pour les auteurs
de prôner lexclusion dune catégorie de sciences
par une autre, mais bien de montrer quelles inspirent des modes de
pensées spécifiques pouvant aboutir à une
interprétation différente des faits et déboucher sur
une remise en cause des façons de décider et dagir.
Lillustration en est tentée dans le troisième volet de
la démarche inspirée de la méthode expérimentale,
à partir de lexemple de lagriculture française.
Comme il a été dit, il ne sagit pas de refaire une histoire
de lévolution de ce secteur mais de montrer comment, à
lopposé de la vision darchaïsme et de régression
toujours latente dans lopinion, lagriculture constitue un
modèle de modernité porteur davenir. Ne cherchons pas
là une physiocratie nouvelle ou une manifestation dagrarianisme
passionné. Le poids économique de lactivité agricole
a incontestablement régressé si lon sen tient aux
indicateurs chiffrés (superficie cultivée, population active,
part dans le produit national ou dans le budget des ménages...).
Lagriculture nest plus ce réservoir de
main-duvre où puisaient les généraux en
campagne ou les grands capitaines dindustrie ; elle nest plus
non plus une force politique incontournable ; pas même sur les territoires
où elle reste la dernière force vive. Et pourtant, cette apparente
régression résulte paradoxalement dune formidable dynamique
de progrès, de gains inégalés de productivité
de la terre et du travail, dune étonnante capacité
dadaptation aux nouvelles conditions économiques et sociales
ou aux formes changeantes dincitation ou de contrainte des politiques
sectorielles. Malgré des potentialités élevées,
lagriculture naurait pas pu sadapter à
lévolution brutale des conditions économiques externes
et internes de laprès-guerre sans lintervention dune
politique volontariste nationale puis européenne, dont
lélaboration fut largement cogérée par la profession
agricole elle-même, basée sur des objectifs clairs et appuyée
par un investissement scientifique et technique remarquable (recherche,
enseignement, développement). Dans cette rapide montée en
puissance, lagriculture na pas échappé aux travers
du système global : accentuation des disparités, marginalisation
de territoires, agressions de lenvironnement naturel. Mais loin de
constituer un secteur assisté, un fardeau pour léconomie
nationale, elle a été un des éléments essentiels
de léquilibre et du développement global par le jeu des
transferts de population active vers les secteurs en expansion, du partage
des gains de productivité par la baisse des produits alimentaires,
de sa contribution à lautosuffisance puis aux excédents
du commerce extérieur... Même si les mécanismes en jeu
sépuisent aujourdhui (tarissement du réservoir
humain, menace sur les gains de productivité par limitation des droits
à produire ou alignement progressif sur les prix agricoles mondiaux),
lagriculture reste un secteur dynamique à laffût
de voies nouvelles : priorité accordée à la qualité
des produits, diversification des produits et des services, nouvelles adaptations
des systèmes dexploitation... Elle ne pourra cependant relever
ces nouveaux défis, une fois encore, que si la réflexion conduit
à orienter laction politique en faveur dune préservation
du potentiel naturel de production, de la qualité et de la diversité
des ressources, de la valeur des hommes (soutien de la filière du
progrès)... et à faire converger les différents efforts
sur un projet mobilisateur à moyen terme.
Les leçons tirées de lexpérience agricole apparaissent
aux auteurs comme transposables au système global. Au cours des
dernières décennies lagriculture a souvent fait figure
de sentinelle avancée (la construction européenne,
les transferts pour corriger les disparités structurelles ou
régionales en témoignent). Aujourdhui encore, le discours
des représentants professionnels en faveur dune agriculture,
efficace et productive certes, mais aussi soucieuse de lhomme et de
son environnement, tranche avec les litanies sur la déréglementation,
le moins dÉtat , la non-rentabilité du service
public, etc. Même si lagriculture perd encore de son poids
économique, le monde aura paradoxalement besoin de plus dagronomes
dont le savoir biologique, la polyvalence technique, le sens de la gestion
de lespace savèrent indispensables à une
évolution souhaitable de la société.
Toutefois, si la biologie se révèle un outil de
compréhension, elle ne peut, en tant que science, fournir les
éléments indispensables à laction, à savoir
des règles de conduite et un système de valeurs. La seconde
partie de louvrage sefforce donc de montrer, à partir
de quelques problèmes, en quoi cette approche est susceptible de conduire
à laction. Le fil directeur en est que la société
libérale telle quon nous la propose aujourdhui est loin
dêtre satisfaisante. Lidée nest pas originale
en soi, partagée quelle est par de très nombreux analystes,
mais elle est abordée ici dans la perspective privilégiée
par les auteurs. Sans en rejeter tous les éléments, ceux-ci
sefforcent den souligner les limites et surtout les incapacités
à déboucher sur une solution durable des grands problèmes
de la société contemporaine. Cette partie se structure
également en trois chapitres consacrés respectivement aux concepts
de solidarité et de compétition, à léconomie
de marché et à une réflexion sur la liberté et
ses limites.
La solidarité entre les hommes est un trait dominant de
lévolution de lhumanité, elle doit aujourdhui
sexercer entre les générations en matière de
transmission de lhéritage biologique menacé par
lindividualisme et la préférence pour le court-terme
(pollutions, désertification, manipulations hasardeuses du patrimoine
génétique...). Au-delà des querelles théoriques
sur le solidarisme , les auteurs sintéressent aux
pratiques, prêchant en la matière pour une éthique de
responsabilité et un devoir dingérence. Une fois encore,
lagriculture leur sert de référence. Des solidarités
aux multiples facettes lui ont toujours permis de résister tant aux
caprices de la nature quaux perturbations économiques. Pourtant
le progrès rapide des techniques lamine progressivement certaines
formes de liens sociaux (éclatement de la coopération, oubli
du mutualisme...). Loin de diffuser son expérience, voire son ambition,
en matière, par exemple, de solidarité en faveur des pays en
développement, lagriculture sest laissée imposer,
par le reste du système, un alignement sur des préoccupations
matérielles liées au capital et au marché. Pourtant
les réflexes subsistent devant les menaces que fait planer
lévolution rapide de la situation, peut-être y a-t-il
là les germes dune nouvelle chaîne biologique
du savoir et de laction capable dinfléchir le cours des
choses. De plus en plus, les progrès techniques qui règlent
nos petits problèmes quotidiens nous incitent bien sûr à
une certaine paresse intellectuelle en la matière. Apprendre le vivant,
en acquérir et diffuser les connaissances, apparaît ainsi comme
une forme de solidarité indispensable à lévolution
des comportements. Plus globalement encore, la solidarité vis-à-vis
des exclus, à léchelle de nos micro-sociétés
comme à celle de la planète, ne consiste pas à faire
laumône mais bien à remettre en question le système
qui les a rejetés.
Le concept de compétitivité, par contre, soppose radicalement
au précédent. Comme bien dautres termes économiques
comme productivité ou efficacité ,
il est passé dans le langage courant, on en a oublié la
définition (le plus grand nombre la-t-il jamais connue ?) ;
bien des idéologies, voire certaines religions, exploitent largement
ce type de lacunes ! Il y a quelques années encore, la connotation
positive de la notion de productivité était telle que
lidée même que la productivité partielle dune
catégorie de facteurs de la production agricole pouvait baisser (par
exemple, celles des capitaux massivement introduits dans lexploitation
sous forme dengrais, de produits phytosanitaires, daliments du
bétail...) était intolérable à nombre de
responsables, alors quelle nétait en théorie que
le prix à payer pour accroître la productivité dautres
facteurs plus rares : la terre et le travail.
De même, la recherche de lefficacité, souvent mise en
avant dans les discours, reste un objectif dont on surestime largement la
portée. Mathématiquement, elle consiste à éliminer
toute solution qui, pour un niveau donné de produit, réclamerait
plus de ressources ou qui, pour un niveau donné de ressources, apporterait
moins de produit. La démarche est positive certes, mais ne va pas
très loin : pour un problème donné, elle laisse subsister
une infinité de solutions efficaces qui, selon la conjoncture et surtout
les projets des décideurs, pourraient se révéler
préférables.
Mais cest surtout la compétitivité qui, dans lanalyse
présente, fait problème. Sa connotation positive repose souvent
sur un amalgame sémantique : elle suppose essentiellement la
compétition, la sélection et non la compétence et
lémulation. Par ailleurs, on lemploie fréquemment
dans labsolu, or elle ne se juge que relativement à la concurrence
quimplique le choix dun objectif : un entrepreneur peut être
compétitif sur un marché local limité, mais pas sur
le marché mondial que visent, trop souvent à la légère,
certains investisseurs. Enfin, focaliser une politique sur le concept de
compétitivité sur les marchés internationaux, cest
confier indûment un rôle privilégié à ces
échanges dans le développement dune économie ;
cest oublier aussi que cette compétitivité peut revêtir
des aspects parfaitement artificiels (comment expliquer sans cela que les
prix agricoles sur le marché mondial restent très inférieurs
aux coûts de production dans les différents pays qui sy
affrontent ?).
La compétitivité, en tant quobjectif central, apparaît
donc dangereuse, dune part, par lidée de sélection
qui la sous-tend et lexclusion quelle génère,
dautre part, par lincitation quelle entraîne à
profiter des lacunes des systèmes juridiques au niveau dun pays,
ou de plus en plus au niveau international (externalités négatives,
disparités des règles en matière denvironnement,
de fiscalité, de droit du travail...). Comme bien dautres
aujourdhui, nos auteurs pensent que la compétitivité
nest pas une panacée pour gouverner la planète, encore
moins pour y régler les grands problèmes, environnementaux,
démographiques, économiques ou sociaux. Elle est antinomique
dautres voies comme la solidarité, lémulation,
le partage des connaissances et de lexpérience. Il convient
donc dexpliquer cela, de provoquer une prise de conscience qui seule
permettra progressivement une modification généralisée
des règles du jeu.
Le deuxième volet de la seconde partie est centré sur le
système de léconomie de marché. Certes ce
système semble avoir définitivement triomphé après
léchec des économies centralisées des pays de
lEst ; il comporte néanmoins des lacunes et génère
bien des effets pervers que les thèses des libéraux en faveur
du moins dÉtat, moins de régulation ne
semblent pas en mesure de corriger.
Ce système, très largement véhiculé par la culture
anglo-saxonne (poids de la langue, droit, conception de lentreprise...)
a généré un modèle de développement qui
ne correspond plus aux réalités de notre époque. Si
le marché est un lieu déchange - et nul ne conteste la
nécessité de cette forme de complémentarité entre
les hommes -, il nest quun moyen, pas une fin en soi. Il demeure
incapable de résoudre bon nombre de transactions humaines et la tentation
de vouloir tout monétariser, y compris le vivant, ne fera
quaggraver les problèmes que lEntreprise nest pas
en mesure de résoudre à la place de lÉtat. Les
auteurs sont conscients quil nexiste pas dalternative
crédible à léconomie de marché ; leffort
doit donc se centrer sur une lutte contre ses dérives les plus
dangereuses, sur la mise en place de contre-pouvoirs. Par construction, ceux-ci
ne seront pas institués par le système lui-même ; il
sagit de les conquérir pas à pas, par mobilisation de
lopinion, linformation, la formation ; nous nous retrouvons une
fois encore au cur de la thèse développée :
apprendre la vie , susciter lémergence dorientations
et de perspectives claires pour les responsables, guidées par une
éthique de société fondée sur des valeurs nouvelles.
Dans cette véritable croisade, les scientifiques ont un rôle
à jouer pour témoigner et agir, mais cest aussi
laffaire de tous et de chacun de retrouver des réflexes
écologiques au sens large, un respect de lhomme dans son
environnement naturel, historique et culturel, un sentiment de
responsabilité individuelle vis à vis de lavenir
réservé à lhumanité et aux
générations futures.
Quelques exemples, proches de lagriculture, suffisent à illustrer
cette démarche de retour aux sources de la vie : les problèmes
prochains liés à la rareté et à la qualité
de leau, à la satisfaction des besoins nutritionnels
planétaires, à lexploitation raisonnable et à
la nécessaire maintenance du patrimoine de la vie...
Pour clore cette seconde partie, les auteurs abordent le problème
de la liberté et de ses limites. Ce nest pas bien sûr
lidéal de liberté qui fait débat, mais
lexploitation qui est faite de cette valeur universelle pour justifier
les formes sélectives et non désintéressées du
libéralisme économique contemporain. La devise
liberté, égalité rappelle à bon escient
que la première nimplique pas forcément la seconde :
il ny a pas redondance ; comme le disait Coluche certains sont
plus égaux que dautres ! . Entre le libéralisme
absolu et le totalitarisme, lindividualisme et létatisme,
la balancier oscille dans lhistoire, au gré des échecs
patents de lun comme de lautre. Cest en cela que la situation
actuelle présente de véritables dangers.
Largument selon lequel pour le libéralisme économique,
la liberté ne se divise pas, est parfaitement fallacieux. Il
nexiste pas non plus de hiérarchie entre les différentes
formes de liberté ; tout abus doit pouvoir être corrigé
par une intervention : la mission dun État est de savoir interdire
si nécessaire et de sen donner les moyens. Plus que jamais une
action volontariste est nécessaire dans le domaine de la
réglementation, de léducation et du contrôle. Par
contre, si le citoyen a lobligation dobéir, il nest
pas tenu de respecter et doit garder la liberté de formuler des critiques
et le devoir de les exprimer.
Reste à formuler des règles daction, exercice autrement
difficile pour les auteurs comme nous lavons souligné liminairement.
Ceci suppose un accord sur un objectif global et une claire conscience des
multiples limites à respecter. Quelques aspects illustrent la rudesse
du chemin à parcourir : les querelles sur lopportunité
de maintenir la croissance, recherchée aujourdhui comme une
condition indispensable par les responsables politiques ; les divergences
sur les prélèvements obligatoires, freins au développement
pour les uns, nécessaire voie dune redistribution que
linitiative privée nest pas en mesure dassurer,
pour les autres... Les auteurs se prononcent nettement en faveur dun
développement à haute valeur ajoutée biologique
, visant prioritairement à préserver ou promouvoir le
vivant, développement que le système dominant nest pas
en mesure de faire émerger. Prenant le contre-pied de lidée
de déréglementation, ils prônent la réhabilitation
du Plan, sous des formes modernes de programmation stratégique, et
la défense de la notion de service public à la française
qui, malgré lérosion dont elle est victime, reste un
acquis culturel indispensable à lédification du système
dont ils ont balisé les voies.
Nous avons conscience que présenter ainsi, en quelques pages, un ouvrage
aussi dense, ne peut quen appauvrir le contenu ; la meilleure façon
daider les auteurs dans leur démarche ambitieuse
dévangélisation est bien sûr den recommander
une lecture attentive. En cela nous restons fidèles à la
démarche quils privilégient pour faire réagir
les détenteurs de pouvoirs économiques et politiques : susciter
par la formation, le développement culturel, lencouragement
aux initiatives spontanées, individuelles ou collectives... une prise
de conscience de plus en plus large. Certes, daucuns parleront
dutopie, persuadés quils sont que laveuglement,
légoïsme ou la cupidité ne sont pas près
de laisser place à un système de valeurs dans lequel on
dédaignerait la pépite pour choisir le grain de blé
! Mais les fictions les plus hardies finissent toujours par être
grignotées par la réalité ; cest ici le mérite
des auteurs de tenter modestement den suggérer quelques
modalités.
Jean-Claude Tirel
Lacadémisme a parfois du bon ! A partir dun texte
rédigé en 1995 en vue de lobtention de
lhabilitation à diriger des recherches, B. Kalaora publie
un livre qui devrait passionner tous ceux qui sintéressent à
lenvironnement, bien sûr, mais aussi ceux qui sinterrogent
sur le rôle des chercheurs en sciences sociales aujourdhui.
Deux question majeures traversent, en effet, cet exercice de retour de
lauteur sur son itinéraire professionnel et intellectuel : celle
de la redéfinition des rapports de lhomme et de la nature et
celle de la relation entre la science et laction.
De ses premiers travaux, dans les années 1970, sur la pratique des
loisirs en forêt de Fontainebleau, à ses interrogations actuelles
sur la construction sociale du littoral, le paysage et sa justification sociale
et les représentations sociales et culturelles de la nature, cest
lévolution du rapport de lhomme à la nature
quévoque lauteur, ou comment, à travers la prise
de conscience des dangers qui la menacent, dutilitaire la nature devient
un système vivant et fragile. La montée des préoccupations
environnementales dans la société (problèmes de pollutions,
de catastrophes écologiques, de gaspillage des ressources naturelles,
etc.) a, en effet et parallèlement, amené une prise de conscience
dune partie de lopinion publique et conduit les sociologues à
prendre en compte la notion denvironnement, en faisant évoluer
leur conception de la nature.
Cette évolution dune communauté scientifique est
dautant plus familière à lauteur quil a,
pendant six ans, travaillé au Service détudes et de
recherches du ministère de lEnvironnement où il était
chargé danimer la recherche en sciences sociales. Une telle
expérience lui permet de consacrer une partie importante de son livre
à établir un bilan critique des recherches sociologiques sur
lenvironnement qui lamène à penser que, même
si la tâche nest pas encore terminée, en 10 ans
un long chemin a été parcouru dans le domaine des relations
entre sciences sociales et environnement [qui] conduit de la connaissance
critique et de la négation à la reconnaissance et à
lidentification des problèmes denvironnement .
Deuxième thème non moins important de cet ouvrage, les relations
entre science et action. Cest à la faveur de la lecture de Le
Play, lun des fondateurs de la sociologie au siècle dernier,
et des le playsiens (à loccasion dune recherche sur le
Corps des forestiers) que B. Kalaora découvre une autre conception
du métier de sociologue, celle de lingénieur social,
non plus seulement théoricien mais un praticien directement impliqué
dans le devenir même de la société .
Il explique ainsi comment, entre lintellectuel professionnalisé
et lexpert stipendié, il y a place pour autre chose, pour un
autre rôle, celui de passeur dont une des fonctions est
de briser la séparation factice entre savoir et action pour
fonder une connaissance pratique, multidisciplinaire, dans le souci de
répondre à des problèmes concrets sans être pour
autant captif docile du pouvoir . A un moment où les relations
entre la science et la société sont en question, les pages
consacrées à Le Play et à la conception que lauteur
se fait de son métier sont à lire durgence et à
verser au débat.
Bien dautres thèmes encore, notamment celui de
linterdisciplinarité et des relations entre les sciences sociales
et les sciences écologiques, sont abordés dans cet ouvrage,
où lon peut, encore une fois, vérifier comment la question
de lenvironnement entraîne une remise en cause des configurations
binaires et des académismes. En cela, lenvironnement constitue
le défi majeur des sciences sociales contemporaines. Il remet en cause,
dune part, toute la tradition scientifique occidentale dominée
jusqualors par une disjonction pensée et vécue comme
allant de soi entre lhomme et le monde physique ou naturel et,
dautre part, toute la philosophie politique centrée autour de
la séparation entre le savant et le politique .
Danielle Barrès
Le premier est compositeur, le second chercheur en génétique
cellulaire à lINRA de Toulouse. Ensemble, et avec la
complicité de Jean-Claude Flamant (président du centre de Toulouse)
et de Denise Grail (INRA Mensuel), ils ont illustré, dune
uvre musicale et de textes complétés de partitions et
de schémas, la musique des gènes.
La séquence des triplets dadénine, de thymine,
duracyle, de guanine et de cytosine des Agrobacterium tumefaciens
des nodosités de la luzerne a été transformée,
par un jeu de règles, en une partition musicale, jouée par
lensemble Proxima centauri (saxophone, flûte, vibraphone et piano).
Lalphabet de la vie a servi de matériau,
dinspiration, de sollicitation au musicien qui cest son
art et son talent - a fait dune suite de sons de hauteur, timbre et
durée déterminés par léchantillon du patrimoine
génétique (une musique brute de gènes, qui ne figure
malheureusement pas sur le disque) un morceau très agréable
à entendre. Le livret accompagnant le disque détaille fort
bien, à quatre plumes, le pourquoi et le comment de lécriture
de cette uvre, une fructueuse rencontre entre chercheur et musicien.
Nombreux sont les artistes, dont des compositeurs ou improvisateurs, qui
ont besoin dune source dinspiration ou dun matériau
de départ concret, explicite, quils réinterprètent,
modifient, découpent, recollent, transposent
Les bruits de la
nature nont pas été longtemps les seuls à stimuler
la verve musicale dHomo sapiens : très vite lun(e)
dentre eux (elles) a dû casser des cailloux, ou des noix, ou
piler des graines en rythme. Un peu plus tard, le bruit des roues du wagon
de chemin de fer, en Amérique, sera très fertile (boogie-woogie
et autres rythmes incorporés dans le jazz). Les files de rails mal
entretenus ont des propriétés musicales, comme
les séquences dADN, lequel semble plus riche, mais demande la
médiation du technicien (ou du chercheur).
Ce disque et son livret nous font réfléchir à propos
du débat (non clos !) sur les relations entre la science et lart.
Ici lartiste a puisé dans des connaissances précisées
depuis peu dans une discipline nouvelle. Le chercheur, le scientifique, pourra
juger cette retombée intéressante, sympathique,
non-nocive, utile au plaisir esthétique de lauditeur ; il pourra,
à la fréquentation de telles expériences, au contact
de créateurs, se sentir lui-même plus et mieux inspiré
dans ses démarches dexpérimentation et
dinterprétation.
Une question plaisanterie : des scientifiques tenants de la brevetabilité
des séquences de gènes essayeront-ils den faire payer
lemprunt au musicien ?
Deux dérives possibles sont plus graves. Celui qui entendrait dans
une telle uvre musicale que les gènes sont liés par une
harmonie naturelle fragile, résonnent et vibrent en chur se
fera justement traiter de fou. Et méritera la même
épithète celui qui enverra tout artiste à la
paillasse.
A.F.
Un lapsus calaminae a modifié le sous-titre du livre de M.
Jollivet, Vers un rural post-industriel, en tête de la critique
parue dans cette rubrique du dernier Courrier, sous la plume de Pierre
Donadieu.
Il ne faut pas lire huit pays méditerranéens, mais huit
pays européens.
[R] Sol, interface fragile, par Sandrine Gelin et Pierre
Stengel
1998, INRA-Editions, 222 p.
Dans les mythes fondateurs des civilisations, la terre tient souvent le
rôle de matériau d'origine qui donne naissance à
l'ancêtre premier. Cette image sacrée a perduré dans
notre conscience jusqu'à l'apothéose encore récente
de l'ère technico-scientifique. Le sol sacré de la patrie
orne sans doute encore certains discours, reliques d'une éloquence
politique immortalisée par Monsieur le Maire de Champignac. Mais c'est
plutôt la glèbe, collant aux mocassins, harassant le laboureur
et accueillant nos dépouilles pour un repos, sans doute éternel
mais redouté, qui a fini par s'imposer comme représentation
dominante de nos relations à la terre. Il n'est resté pour
s'en émerveiller que les enfants, toujours fascinés par sa
capacité à se transformer en boudins, et des scientifiques,
chez qui peut-être la rémanence des joies enfantines trouve
à se valoriser. Les agriculteurs, désormais seuls
matériellement concernés, ont eux-mêmes largement
réussi à s'affranchir de la tyrannie du sol par la puissance
du tracteur et l'efficacité de la chimie.
Mais l'histoire ne s'est pas arrêtée là. La Science,
en retournant aux origines de l'Univers, de la Planète, de la Vie,
a recréé des mythes aussi grandioses que ceux des textes
sacrés. Avec eux sont advenues de nouvelles angoisses eschatologiques
dont la crise environnementale de la fin du millénaire est une
illustration prégnante. Alors... le sol revient. Et l'on redécouvre
la justesse très concrète de l'intuition des mythes anciens.
Le sol est bien une formation décisive pour l'apparition et
l'évolution de la vie continentale. Il est aussi le lieu du recyclage
des éléments de la vie. Enfin, le maltraiter
inconsidérément pourrait bien conduire à la catastrophe.
Pour les chercheurs, le moment est venu d'en parler au-delà de leur
savante sphère. Ils y ont découvert un monde d'une richesse
et d'une complexité inouïes qui défieront longtemps encore
leur imagination. On attend encore le réalisateur talentueux de son
Microcosmos. Ils apprennent tous les jours à quels points les
phénomènes infimes qui s'y produisent, répétés
sur d'immenses surfaces, peuvent affecter notre vie et retentir sur l'avenir
de la planète elle-même.
En leur demandant de contribuer à cet ouvrage, nous avons voulu propager
ce savoir bien trop confidentiel, mais surtout contribuer ainsi à
régénérer un lien entre nos concitoyens et le sol. Il
a désormais un sens nouveau pour tous, urbains et ruraux. Si le
sacré n'y reprend pas sa place, le respect, la curiosité et
l'esthétique pourront, nous l'espérons, s'y substituer.
Les auteurs
Dédicace RADIO France
[R]
On signale : LIVRES
Pascal Acot (dir.) : The European Origins of Scientific Ecology
1800-1901
1998, coéd. Archives contemporaines/ GIB, 931 p. en 2
vol.
Stéphane Vacher, Sylvie Jérémie, Jérôme
Briand (dir.) : Amérindiens du Sinnamary
1998, éd. MSH, 297 p.
Clément Mathieu, Françoise Pieltain : Analyse physique des
sols
1998, éd. TEC & DOC, 275 p.
Patrick Stocco : Génie génétique et
environnement
1994, Georg, 207 p.
Bruno Cinotti : Eaux et forêts : des fonctions de police judiciaire
au service de la nature
1998, éd. ENGREF, 115 p.
Yves Perrousseaux : Manuel de typographie française
élémentaire
1997, éd. Atelier Perrousseaux, 126 p.
Claude Auroi : La diversité biologique
1992, Georg, 126 p.
Anne-Marie Brisebarre : La fête du mouton
1998, CNRS Editions, 351 p.
Jean Boissin et Bernard Canguilhem : Les rythmes du vivant
1998, coéd. Nathan/CNRS Editions, 320 p.
Jill Billington : Les plus beaux mariages de plantes
1998, éd. Bordas, 160 p.
Mohamed Larbi Bouguerra : La pollution invisible
1997, éd. PUF, 326 p.
Jean-Claude Génot : Écologiquement correct ou protection
contre nature ?
1998, éd. Edisud, 155 p.
Natalie Angier : Éloge de la bête
1998, éd. Arléa, 222 p.
Jean-François Hellio, Nicolas van Ingen : La Brenne
1998, éd. La Brenne
Florence Weber : Lhonneur des jardiniers
1998, éd. Belin, 287 p.
[R]
On signale : RAPPORTS, THESES, COMPTES RENDUS
Ier Rapport sur létat des Alpes
1998, éd. Edisud, 472 p.
Pauline Pillard : Suivi et évaluation du PDD des balcons de
Belledonne
1998, éd. CAI, 30 p.+ann.
Guy Paillotin (dir.) : European Agricultural Research in the 21st
Century
1998, coéd. INRA-Springer, 333 p.
Jean-Yves Le Déaut : De la connaissance des gènes à
leur utilisation
1998, éd. AN-S, 137 et 312 p.
Des mesures agri-environnementales au contrat territorial
dexploitation
1998, éd. CIEAR, 32 p.
Agriculture, forêt et péri-urbanisation
1998, éd. BNR, 58 p.
Acteurs et consommateurs face aux nouvelles technologies
1998, éd. Agromip, 62 p.
Dynamique de la biodiversité et environnement
1998, éd. CNRS, 63 p.
Le CIRAD en 1997
1998, éd. CIRAD, 93 p. + cédérom
De la ville à la mégalopole : Essor ou déclin des
villes au XXIe siècle ?
1998, éd. METL, 234 p.
Lenvironnement en perspective, Les représentations de
lenvironnement, Comparaison internationale
1998, éd. Laios, 209 p.
Avis et rapports du Conseil économique et social
Croissance et Environnement
1998, 174 p.
Et 2 autres rapports :
Les nouvelles économies émergentes dAsie : un rôle
pour la France ? Rapport présenté par Eric Hintermann.
Développement local et politiques daménagement du
territoire. Rapport présenté par Jacqueline Mengin.
Mycotoxines dans la chaîne alimentaire
Revue de médecine
vétérinaire, 149 (6), juin 1998
Christian Le Coz, Bruno Tassin, Daniel Thévenot (dir.) : Pluie
et environnement
1998, éd. PPC, 183 p.
Activités humaines et préservation de la
biodiversité
Naturellement, n°62, 1998
[R] On signale :
PÉRIODIQUES
Anthropologie des choix alimentaires, Journal des Anthropologues, 74, 1998
Fruits oubliés, n°2/98, été
Futuribles, n°233, juillet-août 1998
Forêt entreprise, n°122, 199/4
Le vin, La Belle Lurette, n°13, septembre 1998
Au secours des rivières, Eaux libres n°25, 1998
Zones Humides Info, n°21, 3e trimestre 1998
Les amis du Muséum national dhistoire naturelle, n°195, septembre 1998
La lettre du hérisson, n°190, septembre-octobre 1998
Tintenna, n°7, mai-juin-juillet 98
Ecologia mediterranea
tome 24, fasc. 1, 1998
De lanimal sauvage à lanimal délevage, La Boucherie française n°607, octobre 1998
Olivier Godard : La France prise au piège de leffet de serre ? La Recherche, n°314, novembre 1998
Insectes, n°110, 3e trimestre 1998
Le Courrier de la nature, n°173, septembre-octobre 1998
[R]
On signale : DOCUMENTS
Les images de la recherche. Lexcellence technologique en
Auvergne
1998, Revue dAuvergne, 288 p.
Le scandale de la falsification du miel
Labeille : ma profession, n°
spécial, mai 1998.
Vauban : Ecrits divers sur léconomie
1996, éd. LAMV, 248 p.
Olivier Dehoorne : Tourisme et développement rural
1998, éd. CGHS, 549 p.
Un avenir pour le Marais poitevin ?
1998, éd. CDMP, 13 fiches
Jean-Pierre Galland : Les risques du ministère de
lÉquipement, des Transports et du Logement
1998, note n°10 du CPVS-METL, 44 p.
Les sentiers dun géoagronome : Jean-Pierre
Deffontaines
1998, éd. Arguments, 380 p.
Évaluation des mesures agri-environnementales
1998, éd. MAP-DERF/ISARA, 143 p. + ann.
F. Aggeri, D. Fixari, A. Hatchuel : Linnovation à
lINRA
Cahiers de recherche du CGS n°15, février
1998
La Société des amis de la région de Rambouillet et de sa forêt publie une série de brochures :
- Lagriculture raisonnée, respectueuse de lenvironnement
sera-t-elle lagriculture de demain ? (n°7, février
1998 par Claude Besnanault) ;
- Gestion cynégétique sur le massif de Rambouillet
(n°8, avril 1998, par Brigitte Brault) ;
- La colonie de Condé-sur-Versgre : Fourrier et le Phalanstère
(n°9, juin 1998).
[R] Le Courrier de l'environnement de l'INRA n°35 ; Les ressources bibliographiques du Courrier