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In extremis), Textes.
Le Courrier de l'environnement de l'INRA
n°42 ; Les ressources bibliographiques du
Courrier
Recréer la nature : Écologie, paysage et société au marais d'Orx (par Jacques Lecomte) ; Agriculteurs et paysages : Dix exemples de projets de paysage en agriculture (par Jean-Pierre Deffontaines) ; RAMSES 2001 (par Pierre Marsal) ; Accès de tous à la connaissance, Présentation du cadre de vie, Amélioration de la santé, Trois enjeux (par Henry-Hervé Bichat) ; OGM, le vrai et le faux (par Pierre Guy) ; Insectes, araignées et autres arthropodes terrestres (par Jacques d'Aguilar)
[R] Recréer la nature
: Écologie, paysage et société au marais d'Orx,
par Nacima Baron-Yellés
2000, Éditions Rue d'Ulm/Presses de l'École normale
supérieure, Paris.
L'auteur, maître de conférences à l'université
de Marne-la-Vallée, a choisi comme sujet d'étude et de
réflexion une zone humide située dans les Landes, dans une
cuvette entourée par des dunes et des coteaux.
L'intérêt de ce marais, d'une superficie d'environ 1 000 ha,
tient au fait que son histoire est bien connue. Elle peut se résumer
en trois grandes étapes : l'état antérieur sous forme
de zone humide, l'assèchement et la mise en culture, enfin, la remise
en eau et l'attribution d'un statut de réserve naturelle.
Ces trois étapes permettent un certain nombre de réflexions.
Pour commencer, l'auteur cite les travaux des analystes récents qui
démontrent que l'assèchement des marais a été
essentiellement la conséquence d'une terreur quasi religieuse
inspirée par ce type de milieu et les citations ne manquent pas pour
appuyer cette thèse.
Pour ma part, je considère que la mise en avant de cette thèse
a eu l'utilité de mettre en position délicate nos modernes
"assécheurs" mais qu'elle doit être accompagnée d'un
examen objectif des avantages et des inconvénients des marais.
Ainsi l'existence du paludisme autour de nos zones humides est un fait bien
documenté bien que sa disparition soit sans doute plus liée
aux progrès de l'hygiène et de l'alimentation qu'au drainage.
En fait, les documents réunis par l'auteur donnent à penser
que l'assèchement issu progressivement de la volonté royale
avait pour conséquence de retirer aux habitants le droit d'usage au
profit d'autres usagers, "les villageois s'opposent vigoureusement à
cet assèchement, qu'ils perçoivent comme une spoliation".
En 1697, un ingénieur accepte d'assécher le marais d'Orx, à
condition de garder la moitié de la superficie en propriété.
Je veux bien admettre la dominance de l'approche hygiéniste opposée
à l'obscurantisme des habitants, mais reconnaissons que cette approche
était loin d'être désintéressée. Dans le
même temps, les habitants voisins semblent très attachés
à un marais aquatique qui, pour eux, est source de revenus.
Malheureusement pour eux, les savants éclairés du
XVIIIe siècle se liguent contre eux.
Les hygiénistes persistent et sont renforcés par les "physiocrates"
qui prônent le développement agricole, la culture du maïs
et autres progrès. Finalement, l'Assemblée constituante engage,
par décret, en 1790, l'assèchement de tous les marais du territoire
national. L'Empire édicte ensuite une loi sur l'assèchement
des marais et le marais d'Orx est inscrit au code des dessèchements
en 1817.
Le marais, d'ailleurs, se défend bien et coûte de plus en plus
cher aux spéculateurs. Il coûte cher aussi aux riverains qui
sont régulièrement déboutés par les tribunaux
quand ils viennent faire valoir leurs droits. Enfin, en 1858, Napoléon
III achète le domaine d'Orx, au prix dérisoire de 310 000 F,
aux enchères il est vrai. Le domaine est confié au comte Walewski
et, à sa mort en 1868, racheté par l'État pour un million
de francs ! L'auteur accorde à Walewski et à ses successeurs
des motivations sociales qui, à mon avis, sont accompagnées
de spéculations personnelles.
Le discours public continue à être très moralisateur
: "La civilisation a fait son entrée dans ce district reculé
des Landes", écrit en 1883 le géographe Elisée Reclus.
Ensuite, c'est la course à la modernisation et à l'intensification
agricole et la faillite survient dans les années 1970, se
concrétisant par un arrêt définitif de l'exploitation
en 1984. Mais, de toute manière, en 1984, les ambitions agronomiques
s'éteignent et on a oublié aussi les avantages que les riverains
tiraient de l'exploitation des ressources naturelles.
Le marais, abandonné par l'agriculture, fait alors l'objet d'autres
intérêts. Dès 1983, on y définit une zone naturelle
d'intérêt écologique, faunistique et floristique. En
particulier, la richesse ornithologique ne cesse de se développer.
Dans un contexte que l'auteur tente de nous décrire et sur lequel
nous reviendrons, le Conservatoire du littoral, avec l'aide d'une ONG, fait
l'acquisition en 1989 de près de 800 ha. Cette acquisition, grâce
au programme alors défini, aboutit, au classement en réserve
naturelle, en 1995.
Sur un plan technique, la réhabilitation des étangs d'Orx posait
bien des problèmes, qui sont loin d'être résolus. Les
essais d'agriculture intensive laissaient une charge importante en fertilisants,
facteur d'eutrophisation. Les effluents d'une usine polluante devaient être
éliminés. Un remodelage de la surface nécessitait de
déplacer 200 000 m3 pour diversifier le milieu. Enfin,
un choix devait être effectué pour déterminer les zones
d'eau libre et celles ayant un caractère plus palustre.
La réussite, appréciée sans doute de manière
différente par divers observateurs, ne sera certainement pas
évidente avant de nombreuses années. Déjà, on
peut noter des incidents de parcours, par exemple l'invasion des eaux libres
par une plante exotique, la Jussie.
Mais cette observation ne se passe pas sans intervention de différents
débats d'idée. Le "contexte" auquel je faisais allusion. Il
y a ceux qui pensent que "recréer" la nature est faire uvre
de falsificateur. Il y a ceux qui proclament que tout espace laissé
à lui-même retourne tôt ou tard à l'état
naturel et qu'il n'y a pas lieu d'intervenir. Il y a aussi les controverses
concernant le tourisme et sa légitimité en milieu dit "naturel".
Nacima Baron-Yelles expose avec soin ces différentes controverses
mais ne prend pas partie.
Elle termine son ouvrage sur un phrase un peu sibylline : "L'alternative
est, au fond, entre les mains des citoyens : à eux de déjouer
les pièges du mouvement qui se joue sous leurs yeux et d'en saisir
toutes les chances". Je ne m'engagerai pas plus loin que l'auteur dans ce
lourd débat. Je pense en fait qu'une réflexion basée
sur des études historiques et géographiques de cette qualité
peut apporter de quoi alimenter nos réflexions, ce dont nous avons,
tous, souvent besoin.
Jacques Lecomte
[R] Agriculteurs
et paysages : Dix exemples de projets de paysage en agriculture, par
Régis Ambroise, François Bonneaud, Véronique
Brunet-Vinck
2000, Éducagri Éditions, Dijon, 207 p.
L'ouvrage est un plaidoyer clair, pédagogique et convaincant pour
associer aux projets agricoles, qui s'inscrivent dans un mouvement de
développement durable, des projets paysagers.
Cette initiative, d'un agronome et de deux paysagistes, est des plus opportunes
au moment où, suite à la loi d'orientation agricole et à
la loi d'orientation pour l'aménagement et le développement
durable du territoire de 1999, se mettent en place, avec les difficultés
inhérentes à toute innovation, les contrats territoriaux
d'exploitation (CTE). Elle apporte une base réflexive et propose un
mode de raisonnement et une démarche à la fois collective et
individuelle pour construire un projet paysager.
L'ouvrage s'inspire d'une étude sur l'expérience des plans
de développement durable (PDD) lancée à l'initiative
de la Direction de l'espace rural et de la forêt du ministère
de l'Agriculture et de la Pêche, avec la participation de l'Association
nationale pour le développement agricole (ANDA), de l'Union
européenne, du Centre national pour l'aménagement des structures
des exploitations agricoles (CNASEA) et d'associations.
Il est structuré en deux parties. La première décrit
et analyse l'émergence d'une dynamique récente qualifiée
dans la préface de Dominique Voynet et Jean Glavany de " culture
agronomique paysagère ". La seconde développe une méthode
d'analyse de dix situations choisies en divers lieux du pays où se
construisent un parti et un projet paysager en relation avec l'agriculture.
Un rappel historique montre l'importance, à certaines périodes,
d'une pensée paysagère dans les projets agricoles. Elle était
l'expression d'une société (on constate, par exemple, l'existence
de véritables contrats territoriaux d'exploitation au XIXe
siècle). Cette pensée était aussi présente dans
les travaux de chercheurs et de praticiens qui participaient à
l'émergence progressive d'une science agronomique. C'est le cas du
Théâtre et Mesnage des Champs d'Olivier de Serres. Depuis
la dernière guerre, les paysages agricoles ont essentiellement subi
les lois de la productivité, entraînant leur banalisation, leur
simplification, leur fermeture.
Ce qui fonde le renouveau d'un courant de pensée paysager, c'est la
prise de conscience que le paysage, empreinte de l'histoire et de
l'activité humaine, est chargé de valeurs culturelles,
écologiques, économiques et techniques, et qu'il crée
un lien entre le matériel et l'immatériel du réel qui
nous entoure.
En agriculture, les PDD ont été à l'origine d'une mise
en expérience de ce courant en préconisant des approches globales
de l'évolution des exploitations. Plutôt que d'une contrainte
pour le praticien, le paysage est vu comme un atout pour l'agriculture. On
retrouve dans ce propos la dualité fondamentale du paysage, à
la fois outil pour connaître et objet produit, perçu, vécu,
qu'il convient de mettre en valeur. Dans le premier sens de moyen de
connaissance, les auteurs développent l'intérêt de l'analyse
paysagère pour améliorer les diagnostics à l'échelle
de la petite région et de l'exploitation. Les diagnostics résultent
d'une mise en relation de points de vue divers sur le paysage auquel
correspondent des approches sensibles géomorphologiques,
écosystémiques, agro-historiques, économiques et
sociologiques.
Dans la seconde acception, le paysage est facteur et produit des systèmes
de production. Les composantes du paysage sont alors "intégrées"
aux systèmes de culture et d'élevage dans une perspective de
viabilité économique, environnementale et paysagère.
L'arbre, l'eau et la pierre sont introduits, avec la diversité de
leurs inscriptions dans l'espace, dans le raisonnement agronomique.
Mais le paysage est aussi l'expression visible par tous d'une profession,
une sorte de vitrine. Il est donc un atout pour donner et améliorer
une image de l'agriculture.
Ouvert au public, le paysage devient communication. Comment réaliser
cette ouverture sans compromettre le fonctionnement des processus biotechniques
en cause dans l'activité de production de biens alimentaires ? Il
y a là une invitation pressante à associer agriculteurs, agronomes
et paysagistes pour élaborer une théorie et une pratique des
liens entre qualité des produits, qualité des paysages et
qualité de l'accueil.
La seconde partie de l'ouvrage est une mise à l'épreuve des
observations, réflexions et propositions qui précèdent
dans l'analyse de dix expériences engagées dans un PDD de 1993
à 1998. Elle se présente sous forme de dossiers. Ceux-ci
décrivent une démarche qui combine diverses approches territoriales
: le niveau micro-régional et celui de l'exploitation, le diachronique
(dynamiques passées et projets) et le synchronique (paysages actuels).
Ils juxtaposent des formes très variées de représentations
territoriales (photographies, cartes, blocs diagrammes, dessins) et de
typographies.
Chaque dossier est composé d'un regard sur la petite région
où s'inscrit le PDD (les entités paysagères, les projets
et politiques paysagères, l'histoire du paysage) et d'un regard sur
une exploitation du PDD (son territoire, les enjeux et son projet
paysager).
Le dossier conclut sur le "parti paysager" proposé par les paysagistes
ou choisi par l'agriculteur. L'itinéraire méthodologique est
proposé comme une base de travail à adapter à chaque
situation.
Les petites régions concernées sont : la Petite Woëvre,
le Saonois, les Vosges du Nord, le pays de la Châtre, la vallée
de l'Authion, le Vallespir Conflent, le Pays de Caux, le Comtat Venaissin
et le Val d'Agout. Les exploitations présentent, en dominante ou en
combinaison, les activités de culture, d'élevage, d'horticulture,
de forêt et de tourisme.
Pour illustrer cette partie, je retiendrai le dossier des Vosges du Nord
dont le sous-titre est Redonner de la lumière aux vallées.
Un premier volet présente les caractères originaux des Vosges
du Nord associés à une carte (sans échelle !). Le second
volet, intitulé Un paysage refermé suite au déclin
industriel, localise sur un bloc diagramme l'extension de la forêt,
la disparition des chemins, l'isolement des hameaux. Quatre photos illustrent
cette fermeture. Suit une lecture du paysage de la vallée de la plaine
selon les quatre rubriques de la pierre, de l'arbre, de la terre et de l'eau.
Pour chacune, à un texte court, correspond une photo et une maquette
du paysage. Trois doubles pages complètent l'approche
micro-régionale avec localisation des initiatives diverses visant
à "redonner de la lumière à la vallée"
(défrichages, échanges de parcelles, plans de gestion
forestière, aménagements divers et actions de sensibilisation
et de formation) et à recenser les réglementations et outils
pour une politique du paysage (plans et chartes du paysage, cartes postales
et observatoires photographiques).
Ces volets, participant au diagnostic paysager de la vallée,
présentent un cadre d'analyse paysagère à une exploitation
: "une clairière dans les épicéas". L'exploitation,
de 13 ha, base son activité sur l'accueil à la ferme ; chevaux,
lapins et volailles sont pour la table d'hôte, les chèvres pour
une méthode originale de débroussaillage. La
complémentarité entre production agricole et accueil est
génératrice d'un paysage ouvert et soigné. Le parti
paysager qui est de créer un nouvel espace de lumière dans
la vallée se traduit par un projet agricole qui associe sylvo-pastoralisme
avec agro-tourisme. Chaque action dans les exploitations de déboisement
et de remise en état des prairies y participe.
Cela ne se fait pas sans difficultés et le dossier montre les ponts
à créer entre des projets de "forêt durable" et des projets
"d'agriculture durable".
Basé sur l'analyse de réalisations exemplaires d'agriculteurs
novateurs, pour qui le paysage doit correspondre à des options explicites
et non seulement à la simple résultante de choix techniques,
l'ouvrage de Régis Ambroise, François Bonneaud et Véronique
Brunet-Vinck est une base de réflexions et un remarquable outil de
travail.
Jean-Pierre Deffontaines
[R] RAMSES 2001,
par Thierry de Montbrial et Pierre Jacquet (dir.)
2000, publié par Dunod pour l'Institut français des relations
internationales (IFRI), Paris, 374 p.
RAMSES : Rapport annuel mondial sur le système économique et
les stratégies.
La nouvelle édition des rapports annuels de l'IFRI reprend l'organisation
du RAMSES 2000 en présentant l'actualité internationale suivant
deux approches complémentaires. La première est consacrée
à l'analyse des grandes tendances mondiales (perspectives à
la fin du millénaire, mondialisation, innovation, exclusion, gestion
des ressources mondiales, souveraineté et gouvernance), la seconde
fournit un certain nombre de repères thématiques sur l'année
écoulée, sous la forme de cartes, de panoramas, de
références chronologiques ou statistiques.
Parmi les nombreux chapitres de la première partie, au moins deux
d'entre eux attirent notre attention. Dans l'un d'entre eux intitulé
Environnement : les enjeux du prochain siècle (pp. 77-114),
Dominique Dron observe que certains enjeux environnementaux concernent l'avenir
de l'ensemble de la planète et la stabilité politique de plusieurs
zones du globe. La croissance économique moderne conduit à
des impasses en de nombreux domaines. En premier lieu, le changement climatique,
dû à l'accentuation de l'effet de serre, laisse présager
des conséquences, encore incertaines mais sans nul doute
inquiétantes. Malgré les engagements pris à Kyoto en
1997, en application de la Convention des Nations unies sur le changement
climatique de Rio (1992), les tendances actuelles de la consommation
d'énergie "déboucheront, d'ici 20 à 40 ans, sur plusieurs
sortes de crises entre lesquelles nous devrons choisir : le risque climatique,
la pénurie alimentaire, les tensions pétrolières, les
accidents nucléaires". Seconde nuisance de notre mode de
développement contemporain, les extinctions massives de nombreuses
espèces vivantes, essentiellement dues à la destruction de
leurs écosystèmes. Troisième problème relevé
par l'auteur, des atteintes renouvelées à la santé des
humains par la dégradation de leur environnement (eau polluée,
transferts de virus et de bactéries par les moyens de transports,
résistances aux antibiotiques et aux produits phytosanitaires, effets
éventuels des métabolites de dégradation des toxines
secrétées par certains OGM, polluants atmosphériques,
etc.) : "[
] pour la première fois en 1999, davantage de personnes
seront mortes à cause d'une eau insuffisante ou polluée que
par les armes".
Le problème ainsi posé est celui du développement durable,
prôné en particulier dans la déclaration de Rio. "Il
s'agit en fait d'une nouvelle façon d'approcher la gestion des affaires
humaines, d'une morale étayée par des observations scientifiques
et fournissant des principes d'action". Au nombre de ceux-ci, figurent le
principe de précaution et la responsabilité collective
vis-à-vis des biens communs, vitaux pour l'humanité, dans une
prise de conscience de ce que la planète Terre constitue un tout
marqué par l'interdépendance. Concrètement, le débat
porte sur la façon de gérer de façon optimale ces biens
communs : ou bien en faisant confiance au marché, selon la tradition
anglo-saxonne, individualiste et jurisprudentielle, ou bien en faisant
obéir les comportements à une règle commune sur la base
d'un statut patrimonial universel, plus dans la logique latine, communautariste
et réglementaire. Une chose semble sûre en tout cas : malgré
leur intérêt opérationnel, les outils économiques
proposés ne sont pas neutres et induisent de nombreux biais dans
l'orientation des choix politiques. Leur application au champ de l'environnement
ne recouvre pas tous les enjeux collectifs complexes de ce domaine. Domaine
qui, pour de multiples raisons évoquées par l'auteur (notamment
la lenteur de l'évolution des phénomènes environnementaux),
a pendant longtemps été délaissé.
La mondialisation renforce l'interdépendance environnementale, ce
qui apparaît aux yeux de l'opinion à l'occasion d'un certain
nombres de crises récentes (accidents pétroliers, vache folle,
etc.). Dans ce contexte s'explique le succès et l'expansion du principe
de précaution ; s'explique aussi la confrontation de la logique
territoriale des États-nations avec la logique de "chasseurs-cueilleurs"
des acteurs nomades (les détenteurs des capitaux et des pouvoirs
économiques).
En conclusion, pour Dominique Dron, le pire et le meilleur sont également
possibles, "le pire [
] finissant par entériner sous un alibi
scientiste la loi de la jungle et l'eugénisme ; le meilleur, avec
la reconnaissance de la pluralité du vivant et d'un nécessaire
partage équitable de l'usage de la planète".
L'avenir des politiques agricoles (pp. 115-131) est signé par
Bertrand Hervieu, Hervé Guyomard et Jean-Christophe Bureau. Il
réussit en un nombre de pages réduit à expliquer de
façon claire et précise le fonctionnement complexe et les enjeux
des politiques agricoles. "Est-ce la fin annoncée des politiques agricoles
?" se demandent dès l'abord les auteurs. Ils constatent que, dans
les pays développés, l'agriculture apparaît de plus en
plus comme un secteur économique comme les autres : même les
pays les plus protecteurs de leur agriculture ont été dans
l'impossibilité de la soustraire à la discipline
générale du GATT. Cette banalisation économique s'accompagne
d'une banalisation culturelle. En principe donc, dans tous les pays, le
désengagement de l'État se manifeste. Pourtant, à la
lecture de ce texte, certains pourront apprendre avec surprise qu'une des
raisons avancées en faveur de la réforme de la Politique agricole
commune européenne (PAC), le poids de son coût budgétaire,
était trompeuse : le soutien public à l'agriculture est resté
pratiquement le même, non seulement dans l'Union européenne,
mais aussi dans la quasi-totalité des pays de l'OCDE. Seulement les
modalités d'intervention ont changé : le soutien grâce
à des aides directes financées par le contribuable s'est
substitué à l'aide par le soutien des prix.
Ces dix dernières années ont donc été marquées
par la forte pression exercée dans les négociations internationales
sur le commerce, pour la remise en cause des instruments traditionnels des
politiques agricoles et pour la remise en cause de l'intervention de
l'État. Dans cette logique, la réforme de la PAC de 1992 a
conduit à la diminution du soutien par les prix et la compensation
des baisses induites de revenu par des aides directes assises sur les facteurs
de production terre ou cheptel. L'Agenda 2000 de 1999 a accentué cette
évolution de la baisse des prix garantis compensés par des
aides directes, afin de réduire les subventions de fait à
l'exportation des produits agricoles. Cette évolution devrait se
poursuivre et se durcir dans le cadre des négociations
multilatérales du cycle du Millénaire. Sous couvert de favoriser
le commerce mondial en limitant les mécanismes de protection à
l'entrée des frontières, en réduisant les barrières
tarifaires et non tarifaires, c'est le mécanisme européen des
prix garantis qui a été démantelé ; mais les
États-Unis, qui n'étaient pas moins interventionnistes que
l'Europe, ont eu l'habilité politique de ne pas faire mettre en cause
leur propre système d'aide sous forme de crédits à
l'exportation et de mesures d'aide alimentaire.
Dans le contexte, irréversible semble-t-il, de l'élimination
progressive des subventions à l'exportation, se pose la question de
la légitimité de l'intervention publique. "Plusieurs pays
défendent la position selon laquelle les politiques agricoles de soutien
contribuent à générer une agriculture multifonctionnelle
qui, en plus de la production des biens, contribue également au maintien
et au développement de l'emploi, à l'aménagement du
territoire, à la préservation des ressources et à la
protection de l'environnement". C'est d'ailleurs dans cette problématique
que se situe la Loi d'orientation agricole française (loi du 9 juillet
1999). Partant du constat que les dépenses agricoles de l'Union
européenne à 15 représentent encore aujourd'hui plus
de la moitié du budget communautaire, les auteurs examinent en
détail les principaux objectifs assignés aux politiques agricoles,
leur pertinence et leurs limites : le soutien des revenus agricoles, la
stabilisation des marchés, la sécurité alimentaire,
le développement rural, la fourniture de biens publics...
Ils tentent alors de répondre à leur question liminaire sur
l'avenir d'une politique agricole commune. Pour eux, son inévitable
inflexion ne signifie en rien la fin de la politique agricole. " Face aux
nouvelles attentes de la société, l'État est seul en
mesure de mettre en place les incitations nécessaires pour que soient
rémunérés efficacement les services environnementaux
et territoriaux produits par les agriculteurs ". Il doit aussi garantir la
sécurité des citoyens, relever les défis posés
par l'émergence de nouveaux problèmes ou l'apport de nouvelles
technologies... Quatre principes doivent dorénavant guider la politique
agricole européenne : stabiliser, protéger les consommateurs,
rémunérer la fourniture d'aménités et de biens
publics, réorienter le secteur vers un modèle agricole
européen multifonctionnel et accepté par nos partenaires
commerciaux.
En conclusion, "les objectifs, les méthodes et, peut-être demain
les sommes allouées, vont se modifier. Néanmoins, les politiques
agricoles vont rester une pièce maîtresse des politiques publiques".
Bien d'autres chapitres de cet ouvrage présentent un égal
intérêt. Citons, entre autres, L'eau au XXIe
siècle : enjeux, conflits, marché (Pierre-Alain Roche,
pp.79-93).
Pierre Marsal
[R] Accès de tous à la
connaissance - Présentation du cadre de vie - Amélioration
de la santé
Trois enjeux
2000. Rapport de l'Académie des sciences à M. Le Président
de la République, Tec & Doc, Paris.
Le développement durable et la recherche
En 1987, le Président de la République a demandé à
l'Académie des sciences un rapport pour éclairer l'opinion
publique sur trois des principales questions que pose l'évolution
de la société à l'orée du XXIe
siècle, à savoir : l'accès de tous à la connaissance,
la préservation du cadre de vie et l'amélioration de la
santé. En janvier 2000, l'Académie a présenté
ses réponses dans un ouvrage clair, agréable à lire
et plein de bon sens.
Mais, bien entendu, cet ouvrage de haute vulgarisation peut aussi susciter
des débats. Pour ma part, je souhaiterais intervenir sur la partie
qu'il consacre à la préservation du cadre de vie.
1) Le développement durable et le principe de
précaution
Si, incontestablement, le rapport Brundtland (1987) sur le développement
et l'environnement a popularisé le concept de développement
durable, ce n'est pas lui qui l'a inventé. Il a été
conçu dans la mouvance des travaux du Club de Rome. Personnellement,
je l'ai rencontré pour la première fois au cours des années
1970 à l'occasion des débats provoqués par la
"Révolution verte". Faut-il rappeler que, sous cette appellation,
a été popularisé, notamment par Borlaugh dont la
personnalité charismatique a été honorée par
l'attribution d'un prix Nobel de la Paix, l'impact des variétés
à haut potentiel de production créées après la
Seconde Guerre mondiale par des fondations américaines Ford et Rockefeller
dans des centres, dénommés centres internationaux de recherche
agronomique (IRRI pour le riz, CIMMYT pour le maïs...). Ces créations
variétales ont permis de faire reculer le spectre de la faim dans
de nombreuses régions asiatiques. Mais on s'est vite aperçu
qu'elles ne pouvaient être pleinement productives qu'à condition
de leur donner de l'eau et des engrais en abondance et de les protéger
avec beaucoup plus de soin que les variétés traditionnelles.
En conséquence, elles n'ont pu s'implanter en dehors des grandes
vallées alluviales et, même dans ces régions
privilégiées, elles ont été critiquées
car fortes consommatrices de ressources naturelles limitées. D'où
le concept de "sustainable development" créé par les
économistes chargés d'examiner les difficultés
rencontrées par la Révolution verte pour remettre en cause
une approche "tout génétique", concept qui, débouche
aujourd'hui, sur celui de "révolution doublement verte" prenant davantage
en compte les contraintes environnementales. Ainsi, le développement
durable est une expression qui date déjà d'une trentaine
d'années.
La définition du principe de précaution de la Loi Barnier,
que le rapport reprend à son compte ("L'absence de certitude, compte
tenu des connaissances scientifiques et techniques du moment, ne doit pas
retarder l'adoption de mesures effectives et proportionnées visant
à prévenir un risque de dommages graves et irréversibles
à l'environnement à un coût économiquement acceptable"
n'est pas la seule possible.
Il semble plus pertinent de partir de l'idée (d'ailleurs reprise dans
le rapport) qu'il n'y a pas de technologie sans risque (absence de risque
zéro). Celles qui sont utilisées dans la vie quotidienne se
caractérisent par un rapport favorable entre les biens et les services
qu'elles procurent et les risques qu'elles comportent (exemple : l'auto,
l'avion...).
Lorsque apparaît une nouvelle technologie, le principal problème
est donc d'apprécier ses atouts et ses risques et d'être capable
de conduire un débat collectif pour conclure à son adoption
ou a son rejet, à partir d'une analyse comparative en termes de
coût/bénéfice par rapport aux technologies existantes.
Or, on peut classer les risques liés à l'adoption d'une nouvelle
technologie en deux catégories : certains sont suffisamment connus
pour faire l'objet d'un calcul de probabilité, nécessaire à
la clarté du débat sur son éventuelle adoption ; d'autres
ne sont pas connus, parce que les données les concernant n'existent
pas (exemple : l'impact à long terme sur l'environnement des plantes
transgéniques) ; on peut parler alors d'incertitude. Le principe de
précaution ne concerne que ce deuxième type de risque. Il
débouche sur :
- des mesures de précaution ;
- pendant un certain temps, temps strictement nécessaire pour que
la science comble son retard en produisant les connaissances nécessaires
pour sortir de l'incertitude où l'on se trouve ou, autrement dit,
pour que les risques potentiels puissent être suffisamment cernés
pour faire l'objet d'un calcul de probabilité.
Le principe de précaution est donc par nature une mesure limitée
dans le temps pour permettre de rassembler les données nécessaires
aux consensus collectifs concluant dans la transparence à l'adoption
ou au rejet d'une nouvelle technologie.
2) La recherche fondamentale et le long terme
La recherche fondamentale a des effets de longue durée lorsqu'elle
débouche sur une grande découverte (exemple : les travaux de
Pasteur). Mais elle ne porte pas nécessairement sur des objets de
longue durée. Inversement, les programmes qui s'intéressent
à des phénomènes sur de longues périodes ne
relèvent pas tous de la recherche fondamentale.
Cette distinction est d'autant plus importante selon que l'on travaille ou
non sur des données dont le recueil est conditionné par le
facteur temps.
Il faut avoir conscience que les règles de la compétition
scientifique ont des effets pervers à cet égard. En effet,
du fait de la célèbre maxime "publish or perish", les
disciplines qui, dans un même organisme, offrent à leurs
spécialistes la possibilité de publier davantage que les autres
(biologie moléculaire vs systèmes écologiques)
leur donnent davantage de possibilités pour progresser : en un mot,
elles sont plus "rentables". C'est une des explications de la situation actuelle
où, dans certains domaines, il y a un véritable hiatus entre
les attentes de la société et les connaissances
scientifiques.
Reprenons le cas des plantes transgéniques qui est un bon exemple
de cette situation.
Leur développement - 12 ans pour passer des premiers plants
transgéniques aux premières variétés commerciales
- a surpris :
- les biologistes moléculaires qui pensaient que cela irait beaucoup
plus vite ;
- les agronomes qui estimaient que la résolution des problèmes
que posait cette nouvelle technologie prendraient plus de temps.
De fait, la recherche a avancé vite dans certains domaines (méthodes
de transformation, processus de régénération, fabrication
de variétés). En revanche, peu de travaux ont été
réalisés sur d'autres thématiques (transport et
dissémination des pollens et des graines, effets des systèmes
de cultures sur les flux génétiques, stabilité des
résistances transgéniques) qui impliquent des pas de temps
beaucoup plus longs. Il en résulte que l'on manque des résultats
fiables pour répondre aux questions des écologistes.
Le même constat peut être fait en ce qui concerne la mise au
point du schéma des services collectifs des espaces naturels et ruraux
de la loi Voynet : par exemple, il y a très peu de connaissances
scientifiques sur les réseaux écologiques.
3) Le développement durable et les territoires
Le rapport de l'Académie des sciences confirme l'observation
précédente puisqu'il a réussi l'exploit de traiter de
la préservation du cadre de vie sans parler de territoire (sinon en
incidente, p. 107, à propos de la biodiversité). Certes le
rapport traite de telle ou telle partie des territoires, mais de manière
éclatée : l'eau, la biodiversité, la biologie du
développement...
Or, comme le tout n'est jamais la somme des parties, il en résulte
un discours sage (par exemple, sur les nitrates) mais incohérent (par
exemple, la biodiversité est traitée à deux endroits
différents de l'ouvrage sans lien apparent entre eux), car le territoire
est une réalité incontournable qui existe en dehors de la ville,
de la santé, de l'énergie. Ce n'est d'ailleurs pas étonnant
puisque parmi les auteurs du rapport, il n'y a aucun spécialiste de
la gestion des territoires : ce sont tous des maîtres dans telle ou
telle discipline qui ont élargi leurs réflexions à
l'occasion de cet ouvrage.
Or, les territoires rencontrent de nombreux problèmes liés
entre eux qui résultent, en particulier, de l'impact durant plus de
cent années des révolutions industrielle et pastorienne : il
y a bien sûr la qualité des eaux, l'effet de serre et la
biodiversité, mais aussi l'augmentation du volume des boues et
déchets, la montée des maladies des plantes (en moyenne une
maladie nouvelle par an et par grand type de production) et des organismes
résistants... Ce qui nécessite des apports scientifiques beaucoup
plus large que ceux - fondamentaux - de la biologie moléculaire et
cellulaire et de la modélisation.
En ce qui me concerne plus particulièrement, je regrette vraiment
que la production agricole et forestière, qui concerne 85% du territoire
national avec ses effets positifs (ils ne sont jamais évoqués)
et négatifs, n'ait été abordée qu'en creux.
En conclusion, si on sait le lire, ce rapport fait en vérité
l'état de la science aujourd'hui face aux problèmes que rencontre
la société. Je souhaiterais qu'il provoque une réelle
prise de conscience de la part de la communauté scientifique pour
éviter que le divorce que certains regrettent entre la société
et la science ne s'approfondisse encore. Si l'Académie des sciences
veut continuer à apporter sa contribution aux débats de
société - il faut l'espérer en raison de son autorité
-, il paraît nécessaire qu'elle s'ouvre de plus en plus aux
disciplines dont l'objet est moins analytique et davantage
systémique.
Henry-Hervé Bichat
[R] OGM, le vrai et le
faux, par Louis-Marie Houdebine
2000, Éditions du Pommier, 200 p.
Louis-Marie Houdebine est un biotechnologiste connu du monde scientifique
pour ses travaux et des médias comme pourfendeur des anti-OGM. Son
livre traduit bien sa pensée. L'avant-propos et de nombreux chapitres
rassemblent ou commencent par une idée reçue, parmi celles
que les biotechnologistes et les organismes attribuent aux citoyens, en
caricaturent leur opinion, leurs questions : "Les OGM sont pas bons à
manger", "Les manipulations génétiques ne respectent pas la
nature". "Les chercheurs se prennent pour Dieu", "Les OGM ne vont rien apporter
aux pays pauvres" "Le maïs transgénique contenant un gène
de résistance aux antibiotiques va nous rendre nous-mêmes
résistants !" Claire Marris, dans son étude sociologique, a
clairement mis en évidence ce syndrome atteignant les biotechnologistes,
perdant leur prudence et leur objectivité dès que l'on parle
OGM.
Heureusement, cette attitude évolue rapidement et Louis-Marie Houdebine
modulerait pro-bablement ses propos (datés de septembre 2000)
aujourd'hui.
Il est bon pédagogue dans les domaines qu'il connaît bien, la
technique de transgenèse, les mécanismes du vivant, la vache
folle et l'approche éthique des manipulations du vivant. Il est
médiocre dans les domaines scientifiques qu'il connaît
superficiellement. Non, la sélection des plantes et des animaux ne
repose pas sur le tri de mutations spontanées ; non, la sélection
s'intéresse en réalité plus aux fonctions complexes
- rendement, adaptation - qu'aux gènes, elle repose sur l'usage de
la recombinaison entre caractères. Non, il n'est pas possible de
réobtenir une race, une variété disparue ; tout individu,
comme toute race est unique, nous pouvons seulement accentuer des
phénotypes approchants. Le problème de la création de
variétés de colza (plante allogame, adventice, apparentée
à des espèces sauvages et cultivées) est un vrai
problème agronomique étudié, établi, souligné
par des malherbologistes, des généticiens des populations,
qui ne sera pas résolu par l'utilisation d'un autre désherbant.
Nous avons toujours peu d'espoir d'améliorer le rendement potentiel
des plantes, car le système photosynthétique a peu de
variabilité.
En agriculture, ce n'est pas la plante résistante à la
sécheresse qui est intéressante (la nature sait faire, il suffit
de regarder nos murs, les déserts
), l'enjeu est de trouver des
plantes qui consomment moins d'eau pour produire le même pourcentage
de matière sèche et, là encore, il y a peu d'espoirs
d'obtenir des résultats rapidement.
L'ouvrage apporte des informations techniques intéressantes, quelles
que soient ses positions ; il serait plus convaincant si ses jugements
étaient plus nuancés, plus équilibrés.
Pierre Guy
[R] Insectes, araignées
et autres arthropodes terrestres par George Mc Gavin
2000, éd. Bordas, Paris, 256 p.
C'est le dernier sorti d'une collection de qualité dont nous avons
signalé, à plusieurs reprises, les titres. Après les
champignons (1998), les étoiles et les planètes (1999), voici
dans le même esprit et dans la même présentation les insectes
et autres arthropodes terrestres (Crustacés, Arachnides,
Myriapodes).
C'est un survol de cet ensemble animal qui représente à lui
seul plus d'un million d'espèces décrites (les trois quarts
des espèces vivantes sur le globe). Les insectes proprement dit,
l'écrasante majorité dont on connaît près de 1
000 familles différentes, sont les plus diversifiés quant aux
formes et aux comportements.
Cet ouvrage, grâce à des clefs d'identification simplifiées,
permet de reconnaître les grands groupes qui sont ensuite passés
en revue. Ainsi bon nombre de familles sont présentées avec
des exemples empruntés tant à la faune européenne
qu'exotique. À ce propos, rappelons que pour un ordre, les
Lépidoptères, un tome de la collection lui est entièrement
consacré et compte plus de 300 pages. C'est ainsi que la famille des
Sphingidae est ici caractérisée par deux espèces
tandis que 21 sont représentées dans Les Papillons.
Cela souligne le but de ce livre qui veut permettre à un grand public
de mieux situer la place d'un spécimen dans ce vaste embranchement
et de donner un aperçu de leur diversité.
Jacques d'Aguilar
On
signale : LIVRES
Oiseaux et mammifères auxiliaires des cultures
2000, éd. CTIFL, 203 p.
Écoute le bois parler
2000, éd. AMCB, 266 p.
Éliane Fustec, Jean-Claude Lefeuvre (dir.) : Fonctions et valeurs
des zones humides
2000, éd. Dunod, 426 p.
Chantal Richardeau : Les aides à l'environnement pour
entreprendre
2000, éd. SAP, 279 p.
Isabelle Bourdial (dir.) : La flore et la faune
2000, éd. Larousse 144 p.
Suzanne de Cheveigné : L'environnement dans les journaux
télévisés
2000, CNRS Éditions, 161 p.
Henri Tachet (dir.) : Invertébrés d'eau douce
2000, CNRS Éditions, 588 p.
Le Limousin côté nature
2000, éd. Espaces naturels du Limousin
Michel Baridon : Les jardins
1999, éd. Robert Laffont, 1 233 p.
Nicole Garnier-Pelle : André Le Nôtre (1613-1700) et les
jardins de Chantilly
2000, éd. Somogy, 119 p.
Robert et Antoinette Sauvezon, Christian Sunt : Châtaignes et
châtaigniers
2000, Edisud, 167 p.
Frédéric Blanchard : Guide des milieux naturels : La
Réunion - Maurice - Rodrigues
2000, éd. Eugen Ulmer, 384 p.
Roland de Miller : Robert Hainard
2000, éd. Sang de la terre, 416 p.
Code de l'environnement
2000, EJO, 445 p.
Pierre Cassier, Jacques Bohatier, Charles Descoins, Patricia Nagnan-Le
Meillour : Communication chimique et environnement
2000, éd. Belin, 256 p.
Bernard Loyer : 100 traces et empreintes faciles à voir
2000, éd. Nathan, 158 p.
Gilles-Eric Séralini : OGM : le vrai débat
2000, éd. Flammarion (coll. Dominos), 128 p.
Sylvie Fayet-Scribe : Histoire de la documentation en France
2000, CNRS Éditions, 313 p.
Paul Benkimoun : La peur aux ventres
2000, éd. Textuel, 151 p.
François de Beaulieu : Les Bretons et leurs animaux
domestiques
2000, éd. Coop Breizh, 128 p.
Livre blanc sur la prévention des déchets
2001, éd. FNE, 144 p.
Isabelle Bourdial (dir.) : La vie et l'écologie
2001, éd. Larousse, 144 p.
Jean-Pierre Dupuy : Les savants croient-ils en leurs théories
?
2000, INRA Éditions (Sciences en questions), 133
p.
Petites bêtes du jardin
2000, éd. Usborne, n.p.
Guide des jardins botaniques
2000, éd. Le Carrousel, 208 p.
Philippe T. Dubois, Pierre le Maréchal, Georges Olioso, Pierre
Yésou : Inventaire des oiseaux de France
2000, éd. Nathan, 397 p.
Hubert Delobette : Ce pays des étangs
2000, éd. Presses du Languedoc, 118 p.
On signale : RAPPORTS, COMPTES RENDUS, THESES
Roland Douce (dir.) : Le monde végétal
2000, AS-RST n°10, 220 p.
L'eau, l'agriculture et l'environnement
2000, éd. CFE, 99 p.
Christian Amatore (dir.) : La chimie analytique
2000, AS-RST n°6, 186 p.
Avis et rapports du Conseil économique et social
La formation : une nécessité pour accompagner les changements
dans les exploitations agricoles
2000, EJO, 3 p. Rapport présenté par Christophe de
Rycke.
Les causes et les conséquences du naufrage du pétrolier
Erika : un an après
2000, EJO, 35 p. Avis présenté par Charles Fiterman,
Catherine Battut, Daniel Tardy, Jean Moulin, Michel Muller et Gilbert
Capp.
Le suivi de l'effet de serre
2000, EJO, 93 p. Avis présenté par Jean Gonnard et
Frédérique Rastoll.
La réforme de la politique de l'eau
2000, EJO, 172 p. Avis présenté par René Boué,
rapporteur, Francis Vandeweeghe et Claude Miqueu, rapporteurs pour
avis.
Éducation relative à l'environnement
2000, vol. 2, éd. FUL/UQM, 232 p.
Conséquences scientifiques, juridiques et économiques du
protocole de Kyoto
2000, éd. Tec et Doc., 76 p.
Éric Rigolot et Michel Costa (dir.) : Conception des coupures de
combustible
RCC n°4, décembre 2000, 154 p.
Agriculture et environnement
Ingénieries, n°spécial 2000,
110 p.
Philippe Jouve, Marie-Claude Cassé (dir.) : Dynamiques agraires
et construction sociale du territoire
2000, éd. CNEARC, 171 p.
Où sont les déchets radioactifs en France ?
2000, éd. ANDRA, 646 p.
Martine Bergues, Corinne Boujot, François-Xavier Trivière
(dir.) : Marais et zones humides
Æstuaria, n°1, 2000
Le problème du ruissellement agricole et viticole
2000, éd. AVP, 24 p. + annexes
Le Café des sciences et de la société
2000, éd. SICOVAL, n.p.
Histoires naturelles
2000, éd. MNHN, 152 p.
L'eau dans le monde arabe
2000, éd. Académie de l'eau, 53 p.
Eau, aménagement du territoire et développement
durable
2000, éd. Académie de l'eau, 231 p.
Protection et gestion pérenne de nos rivières
Les Annales de la recherche urbaine, n°88, décembre 2000
Faire l'économie du nucléaire ? Les Cahiers de Global Chance, n°13, novembre 2000
Jardins de France, n°10, décembre 2000
C3ED Lettre d'information n°12, juin-mi-octobre 2000
La Tortue, n°52, novembre 2000
Actes de l'Institut agronomique et vétérinaire Hassan II, vol. 20, n°1, 2000
Cités, n°4, 2000
Écologie : tous responsables, Revue politique et parlementaire, n°1005, mars-avril 2000
Le St-Hubert, n°32, novembre-décembre 2000
Paysage et aménagement, Les Cahiers du Conseil, n°1, octobre 2000
CIC Newsletter, octobre 2000
Revue forestière française, n°3, 2000
Droit de l'environnement, n°83, novembre 2000
Les cahiers du CCNE, n°25, septembre 2000
Forêt entreprise, n°135, octobre 2000
La lettre du pôle, octobre 2000
La biosécurité, Courrier de la Planète, n°59, 2000
Cahiers d'économie et sociologie rurales, n°53, 4e trimestre 1999
Science et vie, n°1000, janvier 2001
La Lettre de la biosphère, n°55, septembre 2000
Adalia, n°44, 2e semestre 2000
Penn ar Bed, n° 175, décembre 1999
La lettre du DSF, n°22, décembre 2000
Le journal de FERME, n°30, juillet 2000
L'Infoloups, n°7, septembre 2000
Ingénieries, n°23, septembre 2000
La Lettre de l'Académie de l'eau, n°2, décembre 2000
Les enjeux écologiques des biopesticides, Biofutur, n°207, janvier 2001
FaçSADe, n°7, juillet-septembre 2000
Le Courbageot, n°16, décembre 2000
Les Cahiers de l'APPI, n°5, hiver 2000-2001
L'Atout trèfle, n°12, novembre 2000
On signale : DOCUMENTS, PLAQUETTES, DOSSIERS, ALBUMS
Définition et évaluation de modes de gestion en forêt
privée sur projets de sites Natura 2000
2000, éd. CRPF M-P, 217
IFEN : Etudes et travaux 2000
Composts de boues de stations d'épuration municipales
2000, éd. ADEME, 423 p.
Directive Habitats
2000, éd. MATE, 20 p.
Alpages et prairies de montagne
2000, coéd. PNV/SUACI Alpes du Nord, 60 p.
Pétillon : L'enquête corse
2000, éd. Albin Michel
INRA Audiovisuel
2000, éd. INRA, 73 p.
La réalité de la pauvreté
2000, éd. CRID, 24 p.
Formation continue
2000, éd. EMP, 98 p.
Annemarie Bucher, Martine Jacquet (dir.) : Des floralies aux jardins
d'art
2000, éd. PPUR, 125 p.
Faune sauvage, n°251, août-septembre 2000
Claire Terrier : L'accessibilité des sites naturels au public
handicapé
2000, éd. ATEN, 64 p.
Alexia Augelmann : Evolution hydrographique et hydrologique en plaine
de la Hardt et en plaine de l'Ill
2000, éd. ONF, 146 p.
Impact des productions, de l'intensification et des pratiques agricoles
sur l'environnement
2000, éd. GRAPEA, 50 p.
Code de l'environnement
2001, éd. Lamy, 297 p.
Les métiers de l'environnement
2000, éd. APEC, 119 p.
Les Cahiers du conservatoire
On
signale : AUTRES MEDIAS
Rencontres nationales du paysage
2000, CAUE 77, cédérom
Le Polen, n°1, décembre 2000
Natura 2000
On
signale : In extremis
Insectes, n°120, mars 2001
Textes
Barrages et développement
Nelson Mandela rejoint la Commission pour le lancement d'une "Nouvelle direction
pour la prise de décision concernant les politiques de l'avenir pour
l'Eau et l'Énergie".
Londres, 16 novembre 2000. La Commission mondiale des barrages1
a lancé aujourd'hui son rapport final, intitulé Barrages
et Développement : un nouveau cadre pour la prise de décision,
en cherchant à changer des controverses coûteuses en un consensus
clair et productif.
Un objectif ambitieux ? Il peut bien fonctionner. La Commission a
déjà réussi à réunir, pour la première
fois, tous les acteurs d'un débat qui menait de plus en plus à
la confrontation, concernant le rôle que 45 000 grands barrages ont
joué dans le développement.
Pendant deux ans, un forum diversifié, composé d'ingénieurs,
d'écologistes, de représentants de gouvernements, de peuples
indigènes, de financiers, de personnes affectées par les barrages
et de chercheurs académiques, engagés dans un processus sans
précédent de formulation de politiques publiques globales.
Après avoir vaincu leurs divergences, ils ont signé, à
l'unanimité, un rapport qui aura un impact profond non seulement sur
le rôle futur de l'industrie des barrages, évaluée à
42 milliards de $ US (à peu près autant d'euros), mais aussi
sur la façon de développer les ressources en eau et en
énergie.
Au lancement du Rapport, devant 300 représentants de gouvernements,
du secteur privé et de la société civile au niveau mondial,
l'ancien président d'Afrique du Sud, Nelson Mandela, a loué
la nature constructive de cette commission indépendante. Il a aussi
comparé son travail à ses expériences personnelles :
"C'est une chose de trouver des fautes dans un système. C'est une
toute une autre chose, une tâche plus difficile, de leur substituer
une meilleure approche."
Les points-clés du rapport
Une évaluation, estimant que les barrages ont contribué
considérablement au développement humain, mais dans un trop
grand nombre de cas, avec des coûts sociaux et environnementaux
inacceptables et souvent inutiles.
Un nouveau cadre pour la prise de décisions qui dépasse le
compromis simple coûts-bénéfice, pour aborder ample les
"droits et risques", en reconnaissant tous les acteurs légitimes lors
des négociations des choix de développement.
Un ensemble de valeurs fondamentales, priorités stratégiques,
critères et directives pratiques qui devront guider la gestion des
ressources en eau et en énergie pour le développement dans
le futur.
Un défi aux gouvernements nationaux, à la société
civile, aux agences d'aide bilatérales et aux banques multilatérales
de développement, aussi bien qu'au secteur privé, pour changer
la façon d'envisager les ressources en eau et en énergie pour
le développement.
Le rapport fournit la révision la plus complète, globale et
indépendante sur les barrages jusqu'à aujourd'hui. La
révision globale de la WCD examine la performance technique,
financière et économique des barrages, ainsi que leur performance
concernant l'environnement et les aspects sociaux. Avec son évaluation
des alternatives potentielles aux barrages et l'étude du processus
de la prise de décision, il offre des points de vue uniques sur l'un
des débats les plus controversés sur le développement
de notre temps.
Le président de la WCD et ministre de l'Éducation d'Afrique
du Sud, Kader Asmal, et les membres de la Commission ont présenté
le rapport à Londres, avec la participation de M. Mandela, du
président du Forum mondial de l'Eau 2000, du Prince d'Orange, du directeur
du Haut Commissariat de l'ONU pour les Droits humains, Mary Robinson, du
président de la Banque mondiale, James D. Wolfensohn, et du directeur
général de l'Union internationale pour la conservation de la
nature (UICN), Maritta von Bieberstein Koch-Weser. Ces deux dernières
institutions ont, conjointement, initié le processus qui a mené
à la création de la WCD en 1998.
"Il ne sert à rien de construire des barrages d'un milliard de dollars,
si vos monuments aliènent les plus faibles", a déclaré
Asmal. "Il ne sert à rien de décréter l'arrêt
de tous les barrages si vos protestations enchaînent seulement la
pauvreté. Mais montrez-moi une façon claire et soutenable de
fournir de la nourriture, de l'énergie, de la stabilité et
de l'eau courante pour ceux qui en ont le plus besoin - cela sert à
quelque chose. Et c'est cela que nous avons fait."
Conclusions clés de la Révision sur les grands barrages
La Commission mondiale des barrages a mené des rapports
détaillés sur huit grands barrages en Turquie, en Norvège,
aux États-Unis, en Zambie et au Zimbabwe, en Thaïlande, au Pakistan,
au Brésil et en Afrique du Sud. Elle a également
préparé des rapports par pays : l'Inde, la Chine, aussi bien
qu'un rapport sur la Russie et les États récemment
indépendants. Une étude sur 125 grands barrages a aussi
été entreprise, avec 17 rapports thématiques sur les
questions sociales, environnementales et économiques, sur les alternatives
aux barrages et sur les processus de gestion et institutionnels. La WCD a
reçu 947 soumissions et a organisé quatre consultations
régionales dans les villes de Colombo, Sao Paulo, Le Caire et Hanoi,
où les commissaires ont écouté les expériences
individuelles des responsables. Toutes ces informations ont formé
le cur de la "Connaissance de base de la WCD", qui a servi de base
à la Commission sur les questions principales concernant les barrages
et leurs alternatives.
La Commission a découvert que :
Les barrages offrent des services considérables au développement
dans plus de 140 pays. Sur une échelle globale, les barrages
hydro-électriques fournissent 19% de l'électricité produite
et sont engagés dans la production de 12% à 16% de la nourriture
globale. 12% des grands barrages fournissent de l'eau domestique et industrielle,
et les grands barrages fournissent des services de contrôle de l'inondation
dans plus de 70 pays.
Les grands barrages présentent un haut degré de variabilité
dans l'offre des services d'eau et d'électricité prévus
- aussi bien que dans les bénéfices sociaux en rapport avec
eux - avec une portion considérable d'échecs par rapport aux
objectifs physiques et économiques, pendant que d'autres continuent
à produire des bénéfices après 30 à 40
années.
Les grands barrages ont démontré une tendance nette à
dépasser les délais du programme et à des surcharges
de coût.
Les grands barrages ont mené à la dégradation de
forêts et d'habitats de la faune, de la biodiversité aquatique
pour la pêche, en amont et en aval. La Commission a trouvé que
les efforts pour contrecarrer l'impact des grands barrages sur
l'écosystème avaient eu un succès limité.
Les impacts sociaux négatifs reflètent un échec
systématique dans l'évaluation et la comptabilisation des impacts
négatifs potentiels pour les populations déplacées et
réinstallées, aussi bien que des communautés habitant
en aval. Les évaluations suggèrent que entre 40 et 80 millions
de personnes ont été déplacés par les barrages,
dans le monde entier, pendant que le mode de vie de beaucoup d'habitants
en aval avait été affecté, mais cela n'a pas été
reconnu. L'adoucissement, la compensation ou les programmes de
réinstallation des populations ont souvent été
inadéquats.
Alternatives aux barrages pour le développement des ressources
en eau et en énergie
La Commission a examiné les alternatives pour répondre aux
besoins en énergie, eau et nourriture, et a trouvé que,
malgré l'existence de grands objectifs pour utiliser ces ressources,
il n'existe aucune formule universelle, dans la mesure où les conditions
locales et nationales sont centrales pour la détermination des options
viables :
- il y a plusieurs options écologiquement et économiquement
viables qui émergent, y compris les énergies éolienne
et solaire, le recyclage et la gestion locale de l'eau. Cependant, des obstacles
tels que le marché, les barrières institutionnelles,
intellectuelles et financières limitent le taux d'adoption des
alternatives ;
- un système de gestion amélioré, en particulier dans
le secteur de l'irrigation, mais aussi à travers la réduction
du gaspillage de l'eau, un système de gestion plus efficace et un
perfectionnement de la technologie de la distribution, peuvent alléger
la demande pour des nouvelles sources d'approvisionnement ;
- la gestion de la demande a un potentiel considérable et fournit
une occasion importante pour réduire les demandes en eau et en
énergie.
Directives pour la prise de décision dans le futur
Le Rapport estime qu'il n'est pas nécessaire d'échanger le
gain d'une personne contre la perte d'une autre personne. En négociant
des résultats suivant une analyse selon des critères multiples
- techniques, environnementaux, économiques, sociaux et financiers
- l'efficacité du développement des projets d'eau et
d'énergie sera améliorée. Les projets défavorables
seront éliminés à une étape préliminaire,
et les options choisies seront celles choisies par les principaux acteurs
sociaux comme mieux satisfaisant les besoins en question.
Les recommandations comprennent :
- un ensemble de cinq valeurs centrales pour la prise de décision
dans l'avenir - Équité, soutenabilité, efficacité,
prise de décision participative et responsabilité ;
- une approche comprenant des droits et des risques pour identifier tous
les acteurs légitimes dans la négociation des choix de
développement et des accords ;
- sept priorités stratégiques pour le développement
des ressources en eau et en énergie : obtenir l'acceptation publique,
évaluer amplement les options, améliorer les barrages existants,
protéger les rivières et les formes de vie, reconnaître
les droits et partager les bénéfices, assurer l'acquiescement,
partager les rivières pour la paix, le développement et la
sécurité ;
- un ensemble de critères clairs pour évaluer l'acquiescement
et 26 directives pour la révision et l'approbation de projets au cours
des cinq étapes clés de la prise de décision.
Recommandations et responsabilités
Pour accomplir ce nouveau cadre pour la prise de décision, la Commission
fournit des recommandations spécifiques et des responsabilités
pour les acteurs clés dans le débat. Celles-ci reflètent
les leçons apprises et offrent des orientations sur la façon
d'atteindre un consensus sur l'usage optimal des ressources en eau et en
énergie.
Les exemples incluent :
- des exigences environnementales pour soutenir les écosystèmes
aquatiques ;
- des pactes d'intégrité pour les entrepreneurs et les promoteurs
des projets ;
- des procédures pour évaluer les plaintes des parties
endommagées et fournir des compensations ;
- des incitations financières et des sanctions pour assurer
l'acquiescement ;
- des critères pour le financement international de barrages qui
impliquent l'utilisation des eaux des rivières aux
frontières entre pays ;
- des directives et accords obligatoires pour les programmes de déplacement
de populations.
Le rapport WCD conclut avec une série de propositions sur la façon
dont les différents groupes et institutions peuvent utiliser le rapport
pour suivre les actions :
Gouvernements : révision des procédures et règlements
existants à propos des projets de grands barrages et licences avec
limitation de temps pour tous les barrages.
Société civile : assistance active pour identifier les
acteurs importants pour les projets de barrage, en utilisant l'approche des
droits et des risques, aussi bien que la capacité pour obtenir
l'acquiescement moyennant des accords et aider les parties endommagés
pour trouver le secours.
Secteur privé : implantation de codes de conduite volontaires,
systèmes de gestion et procédures de certification, et adoption
de pactes d'intégrité et de plans d'acquiescement pour tous
les contrats et acquisitions.
Organisations de personnes affectés par les barrages : aide
à la capacité technique et légale pour les besoins et
les options dans les processus d'évaluation, à travers des
réseaux de support ; identification des impacts sociaux et
environnementaux non résolus et mobilisation des autorités
pertinentes pour qu'elles prennent des mesures efficaces afin de les redresser.
Agences d'aide bilatérales, Agences de crédit à
l'exportation et Banques multilatérales de développement :
établissement de procédures pour assurer que le financement
approuvé pour les projets de barrages émerge d'un processus
de classement d'alternatives, tout en respectant les directives de la Commission
Mondiale des Barrages.
Le mandat de la Commission expire avec ce lancement, le 16 novembre. Le Forum
de la WCD se rencontrera en février 2001 pour déterminer des
mécanismes supplémentaires pour la mise en uvre.
"La WCD s'adresse aux gouvernements, aux ONG, aux entreprises, aux associations
professionnelles, aux agences d'aide, aux industriels et aux peuples
affectés pour mettre en pratique ce que nous prêchons, parce
que nous prêchons seulement ce que nous-mêmes avons pratiqué",
conclut Asmal. "Nous avons écouté toutes les parties. Nous
avons examiné des alternatives. Nous avons équilibré
l'idéal et le possible, et avons pris la décision de signer
ce rapport avec confiance. Nous n'excluons qu'une option de développement
: l'inaction. Le coût du conflit est trop élevé."
Contact : Maisa de Lacerda Nazario,
webwriter@webwriter.jor.br
En 1998, dix renseignements clés sur la Commission mondiale des
barrages
1. Commission autonome
La Commission est un organisme autonome. Elle a été
créée à la suite d'une concertation menée à
l'échelle internationale et coordonnée par la Banque mondiale
et l'IUCN-union mondiale de conservation regroupant des représentants
de gouvernements, de la société civile, du secteur privé
et d'organisations multinationales.
2. Composition équilibrée
Il a été décidé que la Commission assurerait
la représentation équilibrée de l'ensemble des points
de vue concernés par le débat sur les barrages. Elle comprend
douze membre nommés qui agissent sans parti pris pour ou contre des
barrages.
3. Représentation de la multiplicité des partenaires
La Commission est présidée par le Prof. Kader Asmal, professeur
en Droit renommé et actuel Ministre responsable des Ressources en
eau et de la Faune en Afrique du Sud. LC Jain, ancien ambassadeur d'Inde
en Afrique du Sud est le Vice-président. Les autres membres de la
Commission sont des personnalités éminentes représentant
les secteurs public et privé ainsi que la société civile
et le monde universitaire.
4. Fonction consultative
La Commission ne peut ni trancher ni intervenir en cas de conflit ou de
problème lié aux barrages. Ainsi, elle ne saurait répondre
aux pétitions ou aux appels d'intervention qui lui seraient
adressés. Son mandat ne lui permet d'agir qu'à titre consultatif.
5. Un mandat précis
Le mandat de la Commission lui assigne les deux objectifs suivants qui doivent
être atteints d'ici novembre 2000 : entreprendre une étude
internationale sur l'efficacité des barrages en matière de
développement et élaborer pour l'avenir des lignes de conduite
et des critères concernant les modalités de prise de décision
relatives aux barrages qui soient universellement acceptables.
6. Un programme d'action consultatif
Le programme d'action de la Commission a été conçu de
manière à permettre aux membres de la Commission de créer
une base d'informations commune. La WCD sera amenée à
élaborer des études de cas sur les principaux bassins fluviaux
et les barrages associés, des dossiers thématiques sur les
questions clés étudiées par les comités et les
experts, et fera la synthèse des propositions et de la documentation
recueillies. Elle organisera également des séances de concertation
et d'entretiens avec les groupes intéressés.
7. Forum pour le dialogue
La Commission a créé le Forum WCD. Il est composé de
68 membres relevant de divers établissements publics, des
sociétés privées, des ONG et d'organismes universitaires
ou de recherche. Ce sera le forum du dialogue dans le cadre du processus
WCD.
8. Financement inconditionnel
Les sources de financement de la Commission indiquent encore une fois la
multiplicité des partenaires impliqués dans le processus de
la WCD. Son mandat l'autorise à solliciter des contributions de la
part des ONG, du secteur privé et des gouvernements. Les participations
financières ne peuvent être acceptées qu'à la
seule condition qu'elles soient sans conditions. Plus de 50 institutions
ont déjà contribué de débloquer des fonds pour
la WCD.
9. Secrétariat international
Le Secrétariat de la Commission se trouve au Cap, en Afrique du sud.
Son personnel a été recruté dans le monde entier pour
garantir la plus haute qualité professionnelle, une grande diversité
de provenance et d'expérience. Le Secrétariat apportera son
soutien aux membres de la Commission pour qu'ils puissent mener à
bien le programme d'action d'ici novembre 2000.
10. Initiative innovatrice et transparente
La Commission est une organisation internationale novatrice et singulière.
Elle fait uvre de pionnier en matière de processus de concertation
et elle transcende les barrières institutionnelles traditionnelles
relatives à la participation de la société civile ou
des secteurs public et privé. La Commission démontre ainsi
comment on peut, grâce à un processus ouvert et transparent,
harmoniser des points de vue complexes et divergents sur les problèmes
du monde.
1 The world Commission on Dams (WCD), sur Internet à www.dams.org
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Haies en Vexin : les frontières du rural ?
par Christian Weiss
45bis, allée des Coteaux, 93340 Le Raincy
x.weiss@wanadoo.fr
Pendant une année, dans le cadre d'une maîtrise de
biogéographie réalisée à l'université
Paris-8, j'ai entrepris un travail d'approche, de recherche d'origines et
de prospective sur la dynamique des haies dans le Vexin français.
Après une étude de terrain et grâce à l'aide de
personnes ressources, j'ai inventorié un échantillon de 85
haies représentatives du terrain de recherche dans les limites
"historiques" du Vexin français.
Le choix de l'échantillon des haies inventoriées est, pour
une part, arbitraire : toutefois, je me suis efforcé, au regard de
mon étude de terrain et des informations transmises par des
géographes, des historiens et des naturalistes, de réaliser
un échantillon représentatif des différents types de
haies présentes dans le Vexin français : haies d'enclosure,
haie bordières, haies brise-vent.
J'ai également réalisé un questionnaire correspondant
à la fois à la problématique évoquée dans
l'objet de ma recherche et à une meilleure connaissance de la perception
des haies par leurs différents gestionnaires et par ceux qui les
côtoient. La variété des personnes interrogées,
en liaison avec la diversité des haies du Vexin français, l'une
des régions les plus anciennement défrichées du Nord
du Bassin parisien, correspond à un échantillon1
signifiant des personnes - agriculteurs, élus, aménageurs,
associatifs - qui les côtoient mais ne prétend pas être
exhaustif et proportionnellement représentatif. Cet échantillon
m'a néanmoins permis de recueillir certaines données utiles,
tant d'opinions, d'appréciations que de perceptions, aujourd'hui absentes
des autres études sur les haies.
Des haies ou des friches ?
Tout est haie, rien n'est haie : il est bien complexe, dans le Vexin
français, si l'on se réfère aux régions
emblématiques du bocage de l'Ouest de la France, d'appeler "haie"
un linéaire d'arbustes ou d'arbres. Ce linéaire se confond
souvent avec une colonisation végétale boisée suite
à une déprise ou s'apparente à une friche
Les traiter en "haie" révèle déjà des points
de vues subjectifs, selon qu'on leur accorde une valeur ou non. Parmi mes
interlocuteurs, agriculteurs et élus locaux, les haies que je leur
désignais ne représentaient que des ronces, des épines
et autres "saletés": "Elles dégradent le paysage, le salissent
et sont une entrave à l'agriculture". L'entretien d'une haie, quand
il est abordé, évoque une intervention visant à contenir
son extension2 et rarement une action sanitaire entreprise pour
la recéper ou pour la libérer des végétaux
colonisateurs comme les lianes. Parfois, seules la clématite et la
ronce restent vives sur des arbres morts transformés en échalas.
Grâce à la dissémination des graines, elles se
développent, étouffant par leur emprise au sol (et par le captage
des nutriments) les arbustes déjà périssants qui finissent
par se briser sous le poids des lianes et seul un amas de
"broussailles3" subsiste. La voie est libre pour raser ou brûler
un bosquet d'épineux déprécié.
Quels paysages pour quels projets ?
Au Moyen Âge, la majorité de la population française
est paysanne, chacun préserve son champ, sa parcelle et l'enclôt
de talus, de haies, de barrières qu'il est périlleux de franchir
si l'on n'y est pas invité4. " L'une des premières
grandes révolutions paysagères correspond au XVIIIe
siècle, dit siècle des Lumières. Au moment où
la France est décrite comme un "vaste bourbier5", le "projet
de paysage" devient un besoin politique et social : c'est la progression
d'un paysage de misère à un paysage d'abondance et de
prospérité. Le corollaire est l'élimination du naturel
"pur", désorganisé, primitif [
] souvent perçu
comme barbare aux yeux des sociétés des Lumières". Le
traité de Rome de 1957 assigne à l'agriculture le projet
d'indépendance alimentaire de l'Europe. Du paysage et de l'environnement,
il n'est fait nulle mention6.
Cette course vers le productivisme élimine tout lien avec l'espace
naturel résiduel subsistant au sein de l'espace agricole : faune sauvage
et flore messicole, bosquets, petits bois, arbres isolés et haies.
Les terres agricoles de demain sont-elles vouées à être
traitées industriellement par une poignée d'entrepreneurs
dépendant des sociétés agroalimentaires régies
elles-mêmes par la mondialisation ?
Le rapport à la ministre de l'Aménagement du territoire et
de l'Environnement, Agriculture, Monde rural et Environnement, établit
un diagnostic et suggère une réconciliation de l'écologie
et de l'agriculture qui, au regard de l'hostilité dont est l'objet
la ministre, ne semble pas une mince affaire.
Des frontières à la recherche de sens
Les nouvelles frontières, mal définies et uniquement lisibles
par des "experts" favorisent un néoféodalisme. L'espace agricole
aux agriculteurs, l'espace des migrations aviaires aux chasseurs, l'espace
forestier aux sylviculteurs, l'espace expérimental aux scientifiques,
l'espace protégé aux naturalistes
Une balkanisation de
la nature en quelque sorte !
La diversité de la nature ne perdure que par la complexité
des échanges qui s'y font. Sans nature "ordinaire", sans
connectivité, sans écotones, l'homme réduit son
environnement à une conception insulaire de la préservation,
vouée à l'échec. Si on oblitère les frontières
sans étudier leur sens, on prend le risque que leur transgression
s'exerce arbitrairement aux dépens de l'espace le plus fragile, le
moins défini, celui qui est perçu aujourd'hui comme "inutile"
: le chemin de campagne, le petit-bois, la mare, la friche, la haie
champêtre
Des questions sans réponses
Quelle lecture du paysage peut bien avoir un agriculteur sur son tracteur
? J'ai souvent dû préciser aux agriculteurs que je rencontrais,
une carte au 25 000e à la main, l'emplacement de parcelles
ou de haies qu'ils exploitaient ou côtoyaient
Lorsque
j'évoquais les lieux-dits, les bois, j'avais l'impression de ne pas
parler de la même région tant restait anonyme pour mes
interlocuteurs leur champ
Ces lieux de travail perdent-ils pour eux
de l'identité et de la valeur paysagère ? L'écoute,
les rencontres et quelques réflexions notées sur les questionnaires
m'ont aidé à percevoir des bribes du non-dit, quand un agriculteur,
pourtant connu pour éliminer les haies côtoyant ses champs,
consacre une partie de ses loisirs à "s'enfoncer", comme il me le
confie, dans les bois, à la recherche de l'indicible. Le paradoxe,
moins perceptible chez les agriculteurs les "mieux" adaptés à
l'agriculture industrielle, ne transparaît que si un dialogue s'instaure
en dehors de l'"environnementalement correct". "Être assisté
est déjà humiliant, m'a avoué l'un d'entre eux,
mais alors l'être par les écolos
. "
Les maires, comme les agriculteurs, mettent en avant le coût d'entretien,
le mauvais état
En réalité, les effets de l'érosion n'échappent
pas à l'observation des ruraux que j'ai rencontrés. Le fait
qu'une petite partie des agriculteurs interrogés évoque
l'hypothèse de couper et de replanter des haies m'a paru la partie
visible d'un non-dit : le non-dit d'une catégorie sociale sur la
défensive persuadée que ce ne serait pas négociable
face aux environnementalistes (l'épouvantail écologiste).
Aujourd'hui, chasseurs et écologistes sont souvent très proches,
frères "jumeaux ennemis, en quête de cette relation perdue avec
la "Nature", tandis que les agriculteurs, qui ne représentent plus
que 7% des chasseurs, ne comprennent pas qu'on puisse leur reprocher de nourrir
leurs semblables, reliant l'écologie à une régression
faisant passer la nature avant l'homme. Et, ici encore, un dogme régit
deux points de vue opposés : la dissociation de l'homme et de la nature
tant chez une partie des agriculteurs, qui survalorisent le scientisme et
la quête de productivisme, que chez quelques naturalistes, qui
survalorisent la nature en la donnant comme "modèle". Homme et nature
sont de fait indissociables et évoluent, en dépit des uns et
des autres.
Haies en Vexin : impasse ou école buissonnière ?
Aucun programme de conservation, voire de réimplantation des haies
ne pourra réussir sans l'adhésion des acteurs ruraux et locaux
: un travail préalable d'étude, de réflexion et de
concertation sur le paysage et les haies doit figurer comme projet-pilote
de toute volonté de réhabilitation.
L'état sanitaire des haies, telles que je les ai inventoriées,
laisse présager un recul conséquent du linéaire boisé
dans les prochaines années si aucun projet de réhabilitation
n'intervient.
Elles disparaissent rapidement suite à leur défrichement, aux
traitements phytosanitaires en toutes saisons, au passage des engins (au
moment des labours, des récoltes
).
Les nouvelles haies implantées en milieu champêtre ne compensent
pas ces disparitions et sont le produit, pour le moment, de la médiation
des chasseurs, des associations naturalistes et, nouvellement, du parc naturel
régional du Vexin.
Bien que les haies soient évoquées dans la loi Paysage, aucune
mesure de protection ne les concerne spécifiquement7.
Avec la volonté politique de les conserver comme "éléments
essentiels de la biodiversité et de l'écologie rurale", elles
gagneraient un statut, prélude à toute reconnaissance. Les
haies pourraient alors figurer à nouveau les frontières de
l'écologie rurale, reliant l'homme et la nature.
La version complète du mémoire de maîtrise de l'auteur est consultable à la Maison du parc naturel régional du Vexin français (95459 Théméricourt) ou au département Géographie de l'université Paris-8-Saint-Denis : Haies en Vexin : les frontières du rural ? 132 p. + annexes typologiques.
1 65 personnes ont
répondu.
2 Propos recueillis au cours d'entretiens complémentaires
avec des agriculteurs (14) ayant répondu à mon questionnaire.
3 Je n'ai rien personnellement contre les broussailles ! (note
à François Terrasson).
4 A l'exception des seigneurs qui imposent une hauteur maximum
(environ 1,20 m) afin de pouvoir les franchir à cheval.
5 A. Young, Voyages en France pendant les années 1787 à
1792.
6 Agriculture, Monde rural et Environnement, 1998. Extraits, p.
247 à 248.
7 En Allemagne, aucune haie ne peut être coupée sans
autorisation.
[R]
Le Courrier de l'environnement
de l'INRA n°42 ; Les ressources
bibliographiques du Courrier