la nature dans la ville : la place de l'animal
Les blattes en milieu urbain
Le chat dans l'habiter urbain
Les blattes, hôtes de nos maisons (encadré)
Références bibliographiques
Les représentations de la ville et la recherche urbaine accordent
de manière générale une faible place à la dimension
naturelle. Toutefois, l'émergence d'une demande de nature de la part
des citadins, dans un contexte où sont formulées de nombreuses
interrogations concernant la qualité de vie en ville ou encore le
développement de la ville comme mode d'habiter, donne l'occasion à
la recherche de poser, de manière directe, une question jusqu'à
présent insuffisamment travaillée : quelle est la place
idéelle et matérielle de la nature dans la ville ? La question
a deux versants qui doivent être instruits parallèlement et
en leur accordant le même poids : d'une part, un versant physique et
matériel objectivé par les disciplines qui l'analysent qu'est
ce que la nature en ville, quelles spécificités, quelles natures
? - et, d'autre part, un versant culturel allant jusqu'au subjectif quelle
est la relation des citadins à la nature, au naturel urbain tant sur
le plan des représentations que des pratiques ?
Malgré l'ampleur et la difficulté de la question, des chercheurs
de l'axe "interaction systèmes naturels/systèmes sociaux"du
laboratoire Strates, ont entrepris d'interroger les relations des citadins
à la nature. Il s'agissait alors de vérifier l'hypothèse
du bien-fondé théorique de la réintroduction de l'analyse
des rapports sociétés/nature dans la géographie urbaine
et de mettre en oeuvre la démarche interdisciplinaire postulée
nécessaire pour appréhender la complexité de ces rapports
impliquant le niveau des représentations et celui des faits.
Pour ce faire, nous nous sommes consacrés à l'étude
de la relation à l'animal en milieu urbain. En effet, d'une part,
les recherches en géographie urbaine aujourd'hui comme hier sont rares
en ce domaine et, d'autre part, l'animal n'est jamais abordé comme
faisant partie de la nature en ville. Or, nous pensons que l'essor des
problèmes d'environnement doit conduire le géographe à
élargir son champ d'investigation à cette dimension naturelle
peu abordée par les disciplines de la ville mais contribuant au
caractère de l'espace urbain. Il nous a donc paru nécessaire
de sortir des sentiers battus du végétal, du site et de la
situation.
Nous examinons ici les principaux résultats des recherches que nous
avons menées jusqu'ici et qui s'inscrivent dans le cadre d'un programme
intitulé La nature dans la cité :
- les résultats et les limites d'une recherche menée avec des
écologues sur Les blattes en milieu urbain dans trois tours
de la ZUP Sud de Rennes (Rivault et al., 1995) ;
- les premiers résultats d'une recherche en cours Les chats dans
l'habiter urbain où la collaboration avec des écologues
a permis de confronter des hypothèses émises lors de la recherche
sur la blatte à un autre type de rapport homme-animal, dans un quartier
de Lyon, la Croix-Rousse (Blanc, 1996).
En réponse à l'appel d'offres "la ville au risque de
l'écologie", une équipe pluridisciplinaire associant les
écologues de Rennes, spécialistes d'une espèce d'insecte
qui vit uniquement en milieu urbain, Blattella germanica, à
des géographes du laboratoire Strates soucieux de la réintroduction
de la question de la nature dans la géographie urbaine, engagea en
1993 une recherche interdisciplinaire intitulée "les blattes en milieu
urbain. Les écologues travaillaient sur la maîtrise des populations
de blattes dans des immeubles collectifs de la ZUP Sud de Rennes. Ayant
très vite formulé l'hypothèse que le rapport homme-blatte
avait une importance décisive dans l'inégale réussite
des désinsectisations, ils firent appel à des chercheurs en
sciences sociales pour traiter des aspects humains de ce problème.
Pour les géographes, l'analyse des représentations et des pratiques
à l'égard d'une espèce dont le"milieu naturel" est urbain
est apparue comme une occasion de mettre à l'épreuve leur ambition
de réintroduire la dimension naturelle dans la géographie
urbaine.
Un des résultats les plus intéressants de cette recherche a
été de montrer que la blatte est un indicateur objectif et
subjectif de l'habiter en ville. Cet animal suscite unanimement la
répulsion et le dégoût. Mais les représentations
les plus extrêmes dans leur négativité (les blattes viennent
des étrangers, des immigrés, des voisins) ou de l'ordre du
fantasme (la relation à la saleté, la présence d'un
nid...) se rencontrent chez les personnes qui rejettent l'habiter en HLM
et l'habitat collectif auxquels ils associent la blatte. D'autre part, si
les représentations sont uniformes, les pratiques de lutte sont très
diverses et font partie d'une relation plus globale au mode d'habiter. En
effet, les habitants les plus soucieux de désinsectisation et les
plus efficaces dans l'éradication des blattes ne sont pas
systématiquement ceux qui en ont le plus grand dégoût
ou qui en sont le plus infestés.
L'analyse des pratiques et des représentations vis-à-vis de
cet insecte met en évidence la combinaison de différents facteurs
dans l'explication du mal-être qu'il provoque : la relation à
la blatte intègre une relation au milieu de vie, des relations sociales,
des relations à l'animal... La blatte cristallise un mal-être
social mais également un mal-être urbain et renvoie donc aussi
bien au statut social qu'à l'urbanité. Il constitue un indicateur
d'une crise de l'habiter urbain dans la mesure où le sentiment de
vivre difficilement se reporte sur lui. Mais le rapport à cet insecte
intègre aussi une catégorisation extérieure : il est
intériorisation d'une identité négative.
Pour ce qui est de la mise en évidence des représentations
de la nature via le rapport à cet animal et, par extension, via des
questions sur ce que les habitants des tours entendaient par la nature dans
la ville et hors de la ville, les résultats de l'enquête sont
souvent surprenants. En ce qui concerne les représentations qu'on
se fait des cafards et les pratiques de lutte qu'on met en oeuvre contre
eux, leur animalité et leur "naturalité"ne paraissent
jouer que de manière indirecte. Leur animalité, par exemple,
contribue essentiellement à renforcer leurs caractères d'."infamie
sociale".
La blatte est nature essentiellement pour les biologistes et les écologues.
Elle ne l'est pas ou peu, ou pas encore, dans les représentations
du milieu urbain. La blatte peut être qualifiée de nature non
désirée ou même parfois n'est pas associée à
la nature. La nature désirée a une place, un lieu, qu'elle
enrichit de manière positive, qu'elle définit par l'ensemble
de pratiques qu'elle autorise (le parc, la rivière, etc.). La blatte
est sans place et sans lieu, elle ne définit pas un endroit, sinon
de manière négative. Elle permet de voir qu'un animal
involontairement introduit dans la ville n'appartient pas toujours au naturel.
L'analyse des représentations de la nature à travers la relation
des habitants à cet animal confirme donc une coupure entre ville et
nature et la persistance d'une idée de la ville comme lieu de l'artifice,
comme milieu technique. C'est l'espace de la maîtrise et de la technique
au point que certaines espèces vivantes transportées en ville
deviennent des intrus et des "mutants"et perdent leur naturalité.
Mais la ville est aussi le lieu de la dégradation au point qu'une
nature associée à une propreté naturelle, un ordre,
un calme"ne puisse y exister. L'ensemble de ces représentations et
de ces pratiques s'accorde avec la description d'un lieu de vie où
la nature présente signifie ordre, calme et volupté. Les
enquêtes confirment donc que le fait d'habiter en milieu urbain intervient
dans la manière dont on y désigne la nature. Celle-ci reste
avant tout associée à la campagne, aux animaux sauvages des
parcs, à la possibilité de sentir les phénomènes
naturels, si bien que les espaces verts qui entourent les tours ne sont pas
considérés comme renvoyant à la nature. Il y a bien
des natures rêvées et des natures "objectives"de par leur
construction scientifique, ce qui complique l'analyse de la nature en ville.
D'ailleurs, l'intérêt des écologues pour cette espèce
urbaine, la blatte, en tant que nature marque peut-être alors le
déplacement de la question des rapports homme-nature.
Pourtant, malgré ces résultats intéressants (1), l'approche des rapports sociétés/nature en ville par la relation habitants-de-HLM/blattes se heurte à des limites. En effet, le travail a eu pour cadre un type d'habitat très marqué et ne permet pas de savoir comment les relations sociétés/nature sont vécues dans différents quartiers d'une ville. En outre, les cafards provoquent des réactions fortes et singulières. Le chercheur est de ce fait conduit à privilégier l'analyse du mental et du social sans parvenir à l'articuler aux autres dimensions naturelles (le végétal, les phénomènes physiques par exemple), ni sur le plan des représentations, ni sur celui des faits. Les représentations qui sont associées à la blatte, mêlant de manière étroite rapports sociaux et rapports à l'habiter, ne renvoient pas clairement aux rapports des urbains à la nature et aux pratiques urbaines de nature sinon de manière négative ou très complexe. L'analyse de la relation à la blatte ne permet qu'une lecture en creux de la nature dans la cité. Le "modèle" blatte, dans la relation homme/animal, constitue-t-il alors un bon choix pour étudier la nature dans la cité ?
Nous avons alors voulu faire varier certaines des données du terrain
d'étude pour tenter de répondre à cette question. Mais
comme pour les blattes, nous désirions maintenir le cadre
interdisciplinaire (géographe/écologue) dans lequel nous
conduisions notre recherche car il ne peut y avoir de bonne compréhension
des interactions entre pratiques et représentations de la nature en
ville sans une bonne connaissance de la dynamique du système
écologique.
Tout d'abord, nous étions parvenus à la conclusion que l'animal
indésiré ne participait pas de la nature en ville dans les
représentations. Nous pensions donc qu'il était important
d'étudier la relation à un animal plus proche de l'homme, en
tant que mammifère, que ne l'était la blatte et un animal support
éventuel de relations affectives dans certains contextes. Nous formulions
alors l'hypothèse que l'animal désiré pouvait faire
partie de cette nature. L'étude de la relation homme/chat nous a paru
pertinente dans la mesure où ce mammifère qui peut être
approché, caressé, et devenir un compagnon familier de l'être
humain dans le logement, peut aider à préciser la relation
homme/nature.
Ensuite, l'étude de la relation homme/blatte nous avait amené
à relier l'espace domestique, espace de l'intrusion de l'animal, à
l'espace collectif, celui du voisinage, influencé par le quartier.
Nous pensions que l'étude du chat, tantôt animal de compagnie
à la maison, tantôt chat errant en dehors, nous contraindrait
à examiner d'autres représentations et pratiques de l'espace
domestique mais surtout qu'elle nous ferait observer les pratiques
vis-à-vis de l'animal dans l'espace public.
Enfin, nous voulions évaluer le degré de maîtrise des
populations animales en ville, dont notre travail sur les cafards nous avait
montré un aspect. Mais si les blattes sont des animaux indésirables
partout et a fortiori dans l'espace domestique, le chat est bien admis
et même désiré dans l'espace privé et
indésirable pour certaines personnes dans l'espace public : ce sont
des gens particuliers qui agissent vis-à-vis de lui, selon des logiques
spécifiques à cet animal et à sa présence en
milieu urbain. Les pratiques individuelles ou collectives pour interdire
sa présence, limiter ses déplacements et réduire ses
effectifs seront soumises à de multiples controverses alors que
l'éradication des blattes bénéficie d'un consensus complet.
De toute manière, cette opposition entre animal désiré
et animal non-désiré renvoie aux politiques de surveillance
et de maîtrise des animaux en ville, aux questions d'hygiène
et de santé publique.
Nos premiers résultats montrent l'extrême complexité
de la relation entre l'homme et le chat, qui tient à
l'ambiguïté de la présence et du rôle de ce dernier
en ville, compagnon domestique et félin errant. Les représentations
que les gens ont de cet animal ne sont pas les mêmes selon les lieux
dans lesquels il se trouve, mais tous s'accordent sur l'importance du sujet
et répondent volontiers à l'enquête.
Le chat joue de multiples manières un rôle social. Qu'il soit
domestique ou errant, au delà de la tendance qu'on a à s'en
occuper, le chat est un moyen vivant de structurer sa vie dans l'espace.
Il permet l'occupation ou la fréquentation de certains lieux. Il donne
à penser ces endroits. De plus, la présence de chats errants
informe de la qualité du lieu : " un immeuble à chats,
c'est un immeuble où il y a des gens spéciaux,
généralement d'un milieu modeste, car les chats dans la rue,
c'est selon le standing du quartier"ou "Les chats dans le quartier, c'est
sympa, ça donne de la vie. En effet, il ressort que le chat, ou l'animal
dans la rue, témoigne qu'il y a de la vie dans un milieu qui n'est
pas toujours accueillant : "les animaux dans le quartier, c'est important,
c'est vivant, cela enlève l'angoisse, cela calme et cela repose" ou
"les animaux, cela met la joie dans la ville". Mais le chat apporte aussi
aux lieux une image positive par le rôle utile, de chasseur de souris,
qu'il joue à la campagne, à l'intérieur comme à
l'extérieur. Si à l'intérieur, il a comme rôle
d'accompagner l'être humain, de fournir une présence, de permettre
une relation, à l'extérieur, au-delà du fait qu'il marque
le lieu, il est réputé éliminer rats et souris, qui
sont plus nuisibles que les chats ; ainsi il s'inscrit dans une chaîne
alimentaire naturelle, bénéfique pour la qualité de
la vie en milieu urbain

Blatella germanica
adulte et oothèque
Les résultats de l'enquête sur la relation homme/chat à
Lyon comme ceux de notre étude des blattes à Rennes montrent
que la relation à l'animal en ville fait partie d'un rapport plus
global au mode d'habiter et participe au bien-être des habitants.
D'autre part, l'animal, qu'il soit non-désiré ou
désiré, ne renvoie que partiellement à l'idée
de nature en ville. A l'issue de notre enquête sur les cafards, nous
pensions savoir que l'animal volontairement introduit dans l'espace urbain,
et a fortiori dans l'espace du logement, renvoie à l'idée
de nature. Notre étude de la relation homme/chat infirme cette
hypothèse. Aujourd'hui, l'animal en ville est nature essentiellement
pour les écologues et les spécialistes des sciences de la vie.
Sinon, il ne peut l'être que dans la mesure où il est associé
à d'autres éléments de nature qui ont une étendue
dans l'espace urbain, comme les parcs. L'idée de ville renvoie à
l'artifice au point que les espèces vivantes animales introduites
en ville ne conservent pas dans les représentations leur qualité
de nature ; l'animal en ville redevenu un peu sauvage, échappant au
contrôle de l'homme, devient plus "nature", selon une gradation
qui reste à déterminer. Mais ceci n'est que partiellement vrai
pour la blatte, puisqu'il est admis que son milieu de vie est urbain et qu'elle
échappe aux pratiques de lutte. Différent des mammifères,
l'insecte dans la ville renvoie au fait qu'il n'est pas introduit volontairement
et que sa présence, de toutes manières, ne peut être
maîtrisée. Le fait qu'il soit ou non l'objet de pratiques de
lutte n'entre pas en ligne de compte dans sa . L'appartenance de l'insecte
à l'idée de nature dépend de la répulsion qu'on
éprouve à son égard, mais également des lieux
dans lesquels on le trouve. Ce rapport de répulsion fait de la blatte
une saleté, quelque chose qui n'a pas sa place en ville, soit qu'elle
renvoie à la ville comme un univers sale, où elle marque les
lacunes de l'hygiène et de la maîtrise imparfaite des
indésirables, soit qu'elle constitue un élément
déplacé dans un univers humain propre, s'éloignant de
la nature, extérieure à la ville. De toute manière,
la blatte, qui renvoie à l'idée de saleté ne peut être
associée à l'idée de nature. Comme nous l'avons dit,
son "animalité"contribue essentiellement à renforcer son
caractère d'"infamie sociale, et ne lui permet pas de devenir nature,
à la différence du chat. Il ressort alors de nos enquêtes
que l'idée de la plus ou moins grande indépendance de l'animal
vis-à-vis du contrôle que l'homme exerce sur lui et le rapport
de répulsion envers l'animal contribuent à l'élaboration
du classement de ce qui est nature en ville. Mais cette affirmation doit
être nuancée : le type de pratique de contrôle contribue
peut-être à l'idée qu'on se fait de l'animal comme nature.
Dans le cas de certains parcs, les pratiques de contrôle ne paraissent
pas affecter la qualité de nature qui leur est attribuée. La
ville "dénature"peut être beaucoup plus l'animal que le
végétal bien que celui-ci puisse être affecté,
comme nous l'avons vu.
Du point de vue de la méthode, l'interdisciplinarité mise en
oeuvre plus particulièrement dans l'étude de la relation
homme/blatte et appliquée notamment à l'étude des pratiques
de contrôle a confirmé que la relation homme/espèce animale
urbaine ne peut être vue du seul point de vue biologique et a permis
de comprendre que l'histoire d'une espèce dans un lieu donné
n'est pas séparable de l'histoire de l'appartement et de ses occupants,
de leurs relations avec les voisins mais aussi de leur place dans la
société globale et locale de l'immeuble, de l'espace public,
de ses gestionnaires. L'étude des pratiques de contrôle, en
faisant intervenir l'histoire et la géographie du lieu, permet donc
bien de comprendre la manière dont les acteurs contribuent à
la production du milieu urbain .
Il n'y a plus de sortie
Plus de jour entre les maisons
A chaque fenêtre une blatte dort
Le bonheur a pris la mort pour enseigne
Paul Eluard - La barre d'appui, au présent.
Connues aussi sous les noms de cafard, ravet, cancrelat ou barbarote, dont
on connaît environ 4 000 espèces, les blattes sont des insectes
vivant en majorité dans les régions tropicales.
Indépendamment de l'humus, des blattes vivent dans la litière
végétale et sous les écorces, milieux sombres, relativement
humides et chauds, et tranquilles.
Les blattes domestiques de nos contrées, originaires des pays chauds,
ont été introduites au cours des derniers siècles. Chez
nous elles sont entièrement inféodées aux bâtiments
chauffés. Les espèces fréquemment rencontrées
sont au nombre de quatre. Deux ne dépassent pas 15 mm à
l'état adulte et sont de couleur jaune paille : la blatte germanique
et la blatte des meubles ; deux autres de plus de 20 mm sont de couleur brun
sombre : la blatte orientale et la blatte américaine.
Toutes ces blattes sont nocturnes et omnivores s'attaquant aussi bien aux
denrées alimentaires qu'aux produits manufacturés comme papier
ou textiles.
La plus courante, la Blatte germanique (Blatella germanica) se cache
le jour dans les fissures près des endroits où la température
est élevée (tuyauterie de chauffage, radiateurs...). La femelle
confectionne une capsule brune, l'oothèque, dans laquelle les oeufs
sont disposés et qu'elle transporte à l'extrémité
de son abdomen jusqu'à la sortie des jeunes. A la température
des maisons le développement de l'oeuf à l'adulte dure près
de six mois. Cette blatte est grégaire et le regroupement est
favorisé par une phéromone d'agrégation rejetée
avec les excréments.
Cette espèce fréquente principalement les boulangeries, les
restaurants, les hôpitaux et...nos cuisines. Elle peut endommager les
aliments en les rongeant mais surtout en les souillant de ses déjections
et en les imprégnant d'une odeur désagréable. Ces blattes
se déplacent facilement et sont souvent transportées avec les
marchandises.
La Blatte rayée ou des meubles (Supella longipalpa), la plus
récemment importée en Europe, est vraisemblablement d'origine
africaine. Elle recherche sécheresse et hautes températures
qu'elle trouve, par exemple, derrière radios, télévision
et autres appareils émettant de la chaleur. Ses oothèques sont
déposés dans des abris cachés.
La Blatte orientale (Blatta orientalis) fréquente aussi des
lieux chauds. La femelle abandonne son oothèque dans des endroits
obscurs après l'avoir porté quelques jours.
La Blatte américaine (Periplaneta americana), qui peut atteindre
plus de 30 mm, abonde surtout dans les bateaux d'où elle se répand
dans les ports et s'établit dans les entrepots. Elle prospère
dans les emplacements chauds et humides comme les serres. Elle semble
difficilement s'acclimater dans les villes de l'intérieur.
La lutte contre les blattes est difficile vu la facilité avec laquelle
elles se propagent. On répand des insecticides dans les endroits qu'elles
fréquentent (poubelles, vide-ordures, gaine de chauffage...). Dans
les immeubles seule une lutte collective est efficace, qu'il est
préférable de confier à des entreprises
spécialisées.
Pour en savoir plus : H. Mourier, J. d'Aguilar, 250 animaux et insectes hôtes cachés de nos maisons, Delachaux et Niestlé.
Jacques d'Aguilar
[R] Note
(1) Lire à ce propos: A propos
des blattes urbaines: le dialogue interdisciplinaire mis à
l'épreuve, par Nicole Mathieu, Nathalie Blanc, Colette Rivault
et Ann Cloarec, à paraître dans Natures, sciences et
sociétés. [VU]
[R] Références bibliographiques
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(dir. N. Mathieu), univ. Paris-I. SL chez l'auteur, 400 pp.
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naturel ou rapport interdit ? In M. Jollivet : Les passeurs de
frontières. Sciences de la nature, sciences de la
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Mathieu N., Blanc N, Rivault C., Cloarec A., 1996. A propos des blattes urbaines
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paraître dans Natures, Sciences et sociétés).
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