Entre domestique et sauvage : le cas du chien errant
Une liminalité bien dérangeante
Historique de la prédation du chien
errant
Qui sont ces chiens qui deviennent divagants
?
Un travailleur très indépendant
Des arrangements peu ordinaires
Statut légal et représentations sociales,
le grand écart
[R] Historique de la prédation du chien errant
Difficile de dénombrer ces quadrupèdes faméliques -
la Société de protection des animaux parle de 100 000 à
l50 000 chiens abandonnés chaque année sur le territoire
français (métropole et outre-mer). Tout aussi difficile est
l'évaluation des pertes qui varie considérablement en fonction
des sources : de " plusieurs dizaines de milliers de victimes chaque
année " (8), à 250 000 (soit
2,5% du troupeau national estimé à dix millions)
(9), voire 700 000 bêtes (soit 7
à 8 %, sans toutefois préciser les espèces
concernées) (10). Si les estimations
varient, en revanche, tous les auteurs s'accordent à attribuer aux
chiens errants une prédation bien plus importante que celle des loups
: en six mois, on compte au Mercantour 60 attaques de chiens contre 33 de
loups (11).
On pourrait penser la dangerosité des chiens errants comme un
phénomène récent. Bien que le contexte rural du XIXe
siècle soit tout autre, des mesures administratives étaient
requises car ces vagabonds représentaient une menace réelle
pour la population : " Un impôt fut établi sur les chiens en
1855 moins par une raison de fiscalité que par des considérations
d'hygiène publique : on pensait faire ainsi diminuer le nombre de
chiens, et surtout le nombre de chiens errants. Il était naturel de
croire que l'impôt paraîtrait onéreux à ceux-là
même qui jouissent de peu d'aisance et qui sont dans l'habitude de
laisser errer leurs chiens en dehors de leurs habitations. Les prévisions
de l'administration ne se sont qu'en partie réalisées. À
Paris, le nombre des chiens a diminué d'un dixième environ
; les chiens errants sont moins nombreux, mais ce dernier résultat
paraît dû plutôt à la surveillance assidue qui est
exercée par l'administration qu'à l'impôt. Le nombre
de cas de rage n'a point diminué avec le chiffre de la population
canine " (12).
Autre lieu, autres dispositions. Les éleveurs italiens n'échappent
pas à la prédation des chiens errants qui est telle que les
propriétaires ordonnent l'abattage des agresseurs, comme en
témoignent les propos de Marezio Bazzolle parus dans la presse le
31 août 1896 : " Une fois arrivé sur le lieu, le berger, tout
haletant, se mit à tirer contre les chiens pillards. Il en tua un,
en obligeant les deux autres à abandonner leur proie en toute hâte,
déjà à moitié dévorée. Or, pour
éviter d'éventuels ennuis, je tiens à prévenir
messieurs les chasseurs de la région de Belluno que les bergers qui
gardent mon troupeau de Pian de Staol ont reçu l'ordre d'assurer sa
sécurité par tous les moyens, y compris celui de tuer sans
hésitation n'importe quel chien, même de chasse, se permettant
une nouvelle fois de poursuivre, sur mes terres, mes chèvres et mes
brebis " (13).
Loin d'être le produit de notre contemporanéité, le chien
errant sévissait déjà au siècle passé,
tapi dans l'ombre de l'autre Canis, le lupus, le loup, comme l'illustrent
les deux récits rapportés. Dans les pays européens,
cette prédation a longtemps coexisté avec celle des ours, des
loups et des lynx. Mais la lutte sans merci menée par la France contre
ces grands prédateurs (reconnus) a abouti à leur éradication
(presque totale) au point de justifier pour certains leur retour, voire leur
réintroduction. Le " recul du sauvage " s'est accompagné d'une
modification radicale des pratiques pastorales (que le passage de loups italiens
sur le versant français alpin ne cesse de souligner). La garde permanente
au troupeau par le berger, relayée par celle du chien de protection,
ne semblait plus nécessaire. Mais c'est sans compter avec la
présence des chiens errants, lesquels ont survécu au déclin
des autres prédateurs. Ils n'en sont aujourd'hui que plus facilement
repérables. Comparée à celle des loups, nous l'avons
vu, l'importance de cette prédation est remarquable. On peut se demander
si, paradoxalement, la présence d'autres prédateurs (tels que
les ours pyrénéens et les loups alpins) ne sert pas à
taire les prélèvements des chiens errants français.
Il en allait tout autrement en Roumanie, haut lieu de la commercialisation
cynégétique des grands mammifères (notamment de l'ours)
où ordre a été donné d'éliminer 800 000
chiens errants entre 1963 et 1968
(14).
Tant est grande la pression exercée par ce vagabond que les raisons
du silence qui l'entoure méritent d'être questionnées.
Avant d'interroger les motifs de ce déni qui n'est pas
spécifiquement français, tentons de cerner l'identité
de cet anonyme qui se comporte comme un sauvage. Qui est-il au juste ? S'agit-il
de chien fugueur ou de chien abandonné ? Existe-t-il un profil-type
de chien errant ?
[R] Qui sont ces chiens qui deviennent divagants ?
Qui a côtoyé le monde pastoral connaît ces récits
dramatiques de cadavres de brebis déchiquetés ou l'agonie de
ces bêtes à laquelle le berger doit mettre fin. Loin d'ignorer
l'identité des coupables, les éleveurs incriminent souvent,
à juste titre, le chien de résidence secondaire. Rompant avec
sa vie citadine, ce chien, libre de ses déplacements, bat la campagne
- ses prédations sont une réalité connue et reconnue,
les témoignages ne manquent pas - : c'est le cas de ce setter qui,
au cours du week-end, " prenait le bocage " en compagnie du chien du voisin,
et revenait le soir épuisé par les kilomètres parcourus.
Une fois décidé à faire la vie, son chien bravait
l'interdit, affichant ouvertement son refus d'obéir aux ordres qui
le sommaient de revenir. Les corrections qui l'attendaient à son retour
n'étaient pas dissuasives: " On a eu des problèmes, mon chien
disparaissait ; il allait emmerder les poules du voisin, et se baigner dans
les abreuvoirs destinés aux vaches, et en souillait l'eau. Résultat
: les vaches refusaient d'y boire " (15).
Dans ce cas, le propriétaire n'imagine pas toujours les
conséquences. Les discours sont parfois plus nuancés : " Certains
propriétaires savent que leur chien, s'ils le lâchent, il ira
aux poules du voisin " (Larrieu, éleveur béarnais).
Il peut également s'agir du chien d'un voisin employé à
la ville, qui après avoir été maintenu enfermé
ou attaché la journée entière, se voit gratifié
pour son travail de garde ou sa patience et recouvre la liberté. Selon
les éleveurs, ces deux propriétaires, ne vivant pas de la terre,
ignorent tout de la façon dont on mène les bêtes - les
agissements de leurs chiens sont là pour le rappeler. Face aux conduites
" inopportunes " de leurs animaux, les deux maîtres (qu'ils soient
d'ici ou d'ailleurs) partagent donc les mêmes difficultés. Et
pour l'éleveur, la nécessité de leur faire entendre
raison. Très souvent la tendance à nier la paternité
du forfait l'emporte sur l'évidence : " Le propriétaire, il
veut jamais reconnaître que c'est son chien. Une fois, j'ai appelé
le vétérinaire et les gendarmes, on a été chez
le propriétaire, c'était le boucher du village, et on a fait
vomir son chien pour qu'il voit les morceaux de laine, ça faisait
peu de temps qu'il était passé, je l'avais vu, il les avait
encore dans l'estomac... Une autre fois, j'ai réussi à attraper
le chien et je l'ai amené à la sortie de l'école pour
demander aux gosses à qui il était. C'est comme ça que
j'ai su, sinon jamais son propriétaire n'aurait accepté de
dire que c'était son chien " (Carrière, éleveur
ardéchois).
Les éleveurs pyrénéens connaissent les mêmes
problèmes que leurs collègues de Rhône-Alpes : " Moi,
j'ai eu un cas, on a eu une trentaine de brebis sur le carreau. On a
retrouvé les deux chiens et leur patron, il ne voulait pas
reconnaître que c'était ses deux chiens. Il y avait un chien
loup et un croisé. Et pourtant, il y avait le patou, mais contre deux
chiens... Ils ont fait sauter la falaise aux brebis. Ces deux chiens, ils
ont suivi une brebis qui était revenue à la bergerie avec le
patou. Le patou, il est resté avec la brebis contre laquelle les deux
chiens en avaient. Comme les deux chiens, ils n'ont pas pu toucher la brebis,
ils se sont retournés contre les poules. Il y avait plein de poules
mortes " (Larrieu).
Dans ces deux cas, le chien est décrit avec précision : " C'est
le chien aux oreilles droites qui nous tue nos bêtes. Moi, je retrouvais
régulièrement une ou deux bêtes mortes jusqu'au jour
où j'en ai eu 60 sur le carreau " (Carrière).
" Le huski, c'est terrible, il y en a un qui m'a attaqué les brebis.
Ce chien, il est à la mode. Ce ne sont pas des éleveurs qui
ont ces chiens, déjà le prix c'est dissuasif "
(Larrieu) (16).
De toute évidence, le chien de compagnie n'a pas sa place dans le
milieu pastoral : " Nous, on a les chiens qui nous servent, on ne va pas
chercher à avoir des chiens pour rien. Ça coûte... "
(Pons, éleveur béarnais). Le chien doit avoir une fonction
bien définie. Précieux auxiliaire des activités
professionnelles (chiens de protection ou de conduite) ou ludiques (chien
de chasse), il est là pour prendre un coup de pied, mais aussi pour
aider.
Sauf s'il est lui-même un chasseur, l'éleveur (de Rhône-Alpes
comme des Pyrénées) considère le chien de chasse comme
un errant potentiel. S'il s'égare au cours d'une battue, il peut alors
rôder plusieurs jours avant d'être récupéré
: " Nous, on a des problèmes avec les chiens errants. En octobre,
on laisse nos brebis toutes seules avec le patou. On en a déjà
retrouvé mortes, éparpillées. Ce sont des chiens de
chasseurs qui nous ont fait ça " (Prix, éleveur béarnais).
" Ici on a toujours eu des problèmes avec les chiens errants, en automne
ce sont les chiens de chasse, en été, ce sont les chiens des
vacanciers qui coursent les troupeaux, on n'en a jamais fini avec les chiens
" (Larrieu).
Pour l'éleveur, le chien errant est toujours celui de l'autre. Un
autre qu'il a soin de placer au plus loin de lui par un jeu sur la distance
sociale (un propriétaire de résidence secondaire), professionnelle
(il n'est jamais un des leurs) ou géographique (un résident
périphérique) : " Les nôtres, s'ils sont libres, ils
ne sont pas errants. On se les garde. Mais il y a des endroits, quand ils
ont des chiens qui font des petits, ils les gardent tous, alors ces chiens...
ils partent. Les chiens errants, ils viennent des hameaux... " (Pons).
Toutefois, lorsque les dégâts canins risquent de compromettre
les équilibres communautaires, l'éleveur devient plus
réaliste : " Entre nous on se comprend. Quand une fois, le voisin
m'a dit : "ton chien il a fait le con", j'ai pas été long à
comprendre. J'a pris le fusil " (Carrière).
On est dans le petit cercle de 1'" entre soi ", l'affaire est entendue. On
ne s'en plaint pas, surtout lorsque entraide et réciprocité
nous lient : " Une fois, nos chiens (c'étaient nos chiens de conduite
cette fois) ont été tuer les poules du voisin. Deux fois de
suite même... Ça ne les a pas empêchés de revenir
au troupeau comme si de rien n'était. Mais dans ce cas, y a pas à
chercher, faut les supprimer... " (Carrière).
Chien de conduite, nous l'avons vu, mais aussi chien de protection, bien
connu pour son insoumission, son indépendance... et ses
désertions (17). La contention
et le dépaysement peuvent en partie expliquer les égarements
du chien de conduite, du chien de chasse ou encore du chien de compagnie.
Mais pour comprendre les écarts du chien de protection, ces raisons
se révèlent caduques tant son mode de vie diverge de celui
de ses congénères. Face au danger que représentent les
chiens errants pour les exploitations agropastorales, il est le seul outil
légal de défense.
[R] Un travailleur très indépendant
Le chien de protection ne bénéficie d'aucun dressage mais d'un
apprentissage comportemental que la séparation précoce d'avec
sa mère et des humains (y compris son maître dont il ne reçoit
aucun enseignement) lui permettront d'acquérir. La socialisation
interspécifique avec les brebis, véritable processus
d'adoption-acceptation mutuelle, aboutira à une appropriation du troupeau
par le chien, qu'il ne quittera plus et protégera alors envers et
contre tout, au péril de sa vie. L'intervention de l'éleveur
se limite au nourrissage de cet auxiliaire. Il s'agit en quelque sorte d'une
forme de maïeutique [au sens d'apprentissage par soi-même], d'un
apprentissage qui s'oppose en tout point au dressage du chien de
conduite (18).
Le caractère entier et indépendant du chien de protection,
s'il limite l'échange et l'emprise du maître, est toléré
car il atteste de son efficacité : " Il faut quand même qu'il
ait du tempérament. Celui qui obéit trop, finalement il sera
moins actif [entendons contre l'agresseur] " (Carrière).
L'un reconnaît que sa chienne est " presque sauvage et méfiante
", l'autre, qu'il " a du mal à l'arrêter [entendons quand elle
est lancée sur un intrus] ", le troisième, " qu'il ne peut
pas trop l'approcher ". Rien d'étonnant, en dernière instance,
à ce que ce chien, dont on encourage l'esprit d'initiative, finisse
par prendre des libertés. D'autant que, nous l'avons dit, ce qu'on
lui demande est de remplacer son maître : " Pratiquement inobéissant,
ce chien est capable de vivre au milieu des brebis, sans aucun contact avec
l'homme " (19).
Précisons que le chien de conduite (dont l'instinct de prédation
est toujours aiguisé) peut tout aussi bien l'accompagner dans ses
escapades "ensauvageantes " et être, lui aussi, l'auteur de délits.
Mais, quand on est aux ordres et sous l'il de son maître, il
est toujours plus difficile de lui fausser compagnie.
Les années d'expérience d'apprentissage du chien de protection
n'ont pas toujours raison de son goût pour la fugue. Est-ce à
dire qu'en l'absence de prédateurs, l'ennui le gagne, il cède
à la tentation. Il visite parfois une femelle en chaleur ou s'accorde
du bon temps, seul ou en bonne compagnie. Seul maître de ses actes,
unique garant du maintien de l'agresseur à distance, il est donc le
dernier rempart contre la " sauvagerie ". Sa duplicité (comportementale)
est remarquable : d'une nonchalance apparente au repos, il peut se montrer
un combattant redoutable. Par conséquent, l'éducation de ce
chien, conjuguée à sa fonction, le maintiennent dans une position
liminale tant par rapport à l'exploitation que par rapport à
son propriétaire. Son caractère indépendant et son autonomie
de travail ne sont-ils pas autant d'éléments qui font de lui
un errant potentiel ?
Bien que les éthologues insistent sur la nécessaire suppression
de l'instinct de prédation chez le chien de protection (ce qui lui
permettrait de se faire adopter des brebis), on peut se demander, compte
tenu de ses nombreuses escapades, si cet instinct ne se réveillerait
pas à l'occasion, expliquant ainsi son penchant pour la désertion.
Et ce n'est pas de bon cur que les éleveurs le " confessent
". Mais face aux prédateurs (dont les chiens errants), le chien de
protection est leur dernière chance. Aussi sont-ils prêts à
supporter ses travers tant qu'il reste leur auxiliaire.
Cette typologie serait incomplète si on ne faisait pas mention du
dernier représentant de cette grande famille d'errants, que l'on rencontre
en Espagne (20), en Italie et dans les
pays d'Europe centrale (21). Il se distingue
des précédents en ce qu'il est totalement ensauvagé.
Sans maître, il a depuis longtemps déserté sa niche.
Abandonné ou ayant fui l'exploitation, il ne doit sa survie qu'à
son ingéniosité et ses talents de prédation
(22). Les éleveurs le connaissent et le redoutent.
Il vit comme un sauvage en parfait commensal, prélevant sa dîme
sur les troupeaux et les décharges. Ce chien n'a pas d'autre solution
que de se regrouper avec ses congénères. Ainsi, parcourent-ils,
en meute, de vastes territoires à découvert en quête
de nourriture. ils s'attaquent au cheptel domestique
(23), n'hésitent pas à s'approcher des
habitations et à se montrer agressifs à l'égard des
hommes (24). Ils sont tout à
la fois prédateur et proie, notamment pour les loups dont ils ont
tout à craindre. De ce chien errant-là non plus, on ne parle
pas.
Parmi les chiens errants présentés précédemment,
le critère de propriété permet de distinguer deux types
:
- qu'il soit de travail (chien de chasse, de conduite, de protection) ou
de compagnie, le chien du premier type se caractérise par sa
duplicité qui n'est pas sans rappeler la figure folklorique du garou
: tueur délinquant la nuit, il reprend sa place d'auxiliaire le jour
aux côtés de son maître. Plutôt que de chien errant,
il serait plus juste de parler de chien divagant
(25) car il s'éloigne de son maître pour
une durée limitée. Il n'en demeure pas moins l'auteur de dommages
importants ;
- le second est sans foi ni loi (et sans maître pour la leur dicter).
À l'instar des animaux sauvages, seule sa survie régit ses
actes. Il vit en commensalisme (26) avec
l'homme. Ce chien du deuxième type, encore considéré
par le Code rural comme en état de divagation
(27) et par les biologistes comme un véritable
chien errant, s'inscrit parfaitement dans la définition de l'animal
marron étudié par Jean-Pierre Digard
(28).

Patou
[R] Des arrangements peu ordinaires
Si les chiens marrons sont un réel danger pour le milieu pastoral,
les chiens divagants peuvent se révéler tout aussi redoutables,
même pour l'homme (29).
Habituellement, lorsque le chien est l'auteur de dégâts, le
règlement du préjudice incombe à son propriétaire.
Encore faut-il que le chien soit identifié (l'éleveur est rarement
témoin de la scène) et que son maître reconnaisse ses
torts.
Dans le cas contraire, l'éleveur pourra être remboursé
à hauteur de la valeur déclarée du cheptel (estimée
par ses soins) lorsqu'il a pris soin d'assurer son troupeau, bien sûr.
Mais tous ne contractent pas une assurance ; en cas d'attaque mortelle,
l'éleveur en est alors pour ses frais
(30).
Dans les régions occupées par les grands prédateurs,
il en va autrement, du moins officieusement. Les éleveurs supportent
déjà les nombreuses prédations d'animaux sauvages
classés protégés (ours, loup, lynx), l'administration
(notamment française, espagnole, italienne, liste non exhaustive !)
tente de trouver un compromis : elle ne se montre pas trop regardante sur
l'identité du responsable (31).
Si l'éleveur et le garde savent parfaitement distinguer un
dégât d'ours d'un dégât de loup, il leur est en
revanche beaucoup plus difficile, à l'examen du cadavre et des alentours,
de savoir à coup sûr qui, du loup ou du chien errant, en est
l'auteur (comme le remarquait déjà Andrée Couturier,
citée supra). Pour éviter les actes de braconnage (pose de
collets, de pièges à mâchoire ou de cadavres
empoisonnés...) et les représailles sur les espèces
protégées, le sinistre est discrètement attribué
à l'ours ou au loup, ce qui assure à l'éleveur
l'indemnisation de ses pertes (même lorsque l'on sait que le
prédateur sauvage ne s'est pas manifesté dans le secteur depuis
quelque temps).
Mais une telle gestion des dégâts de chiens errants n'a-t-elle
pas des effets pervers, notamment celui de sacrifier le loup en lui faisant
endosser plus que son dû ? On peut s'interroger sur les motivations
de l'administration dont les choix sont en parfaite contradiction avec la
nécessité d'assurer la sauvegarde des espèces
protégées. Cette politique ne participe-t-elle pas au maintien
du loup dans la position de l'animal nuisible à abattre ? N'est-ce
pas également un moyen de reléguer le chien errant à
la marge, dans l'ombre du loup et, par la même, d'ignorer sa simple
existence en le rejetant dans le non-dit ?
Pour quelles raisons occulte-t-on cette réalité qui pèse
pourtant bien lourd ? La réponse que je propose est à la fois
d'ordre symbolique et psychologique, même si elle intègre
également des raisons plus concrètes, comme le statut administratif
de ce transfuge.
[R] Statut légal et représentations sociales, le grand écart
Ce compagnon aux pratiques malhonnêtes fait partie des espèces
" domestiques ", c'est-à-dire celles qui " ont un
maître " (32). Cette définition,
instituée par le droit français, met au jour un premier
problème : qu'advient-il, dans ce cas, des chiens abandonnés
? Quel statut doit-on leur octroyer ? Nous avons vu que ce chien abandonné
n'appartient plus qu'à lui-même, il vit en commensalisme avec
l'homme et son utilisation est réduite à néant. Force
est de reconnaître qu'il a échappé à la pression
domesticatoire (pour reprendre l'expression de Jean-Pierre Digard). S'il
a un jour été approprié, famialisé et utilisé
(soulignés par l'auteur) par l'homme - nous reprenons ici les
critères dégagés par François Sigaut
(33) pour définir la notion de domestication
- dont il a été l'auxiliaire, il n'a plus aujourd'hui aucune
valeur d'échange ou d'usage étant devenu l'ennemi à
abattre. Ces paramètres définissent plutôt ce qu'il n'est
pas (ou n'est plus). Demeurent-ils opératoires pour déterminer
le statut social de ce chien marron ? En échappant à l'emprise
humaine, en reprenant ses droits, ce " prédateur domestique " ne sort-il
pas de nos classifications pour devenir un monstre bon à penser ?
Ne serait-il pas devenu une " aberration taxinomique " pour reprendre
l'expression de Dan Sperber ?
Des discours de nos interlocuteurs ressortent leurs difficultés à
associer les termes " domestique " et " prédateur " - ce dernier terme
rimant davantage avec celui de " sauvage ". Le décalage quelque peu
" inavouable " entre le statut légal et les comportements réels
est remarquable - n'oublions pas que le chien est censé être
dans les représentations officielles un compagnon irréprochable
et un aide corvéable à merci. Dès lors, comment peut-on
admettre qu'il puisse être à la fois auxiliaire domestique et
capable d'agir en prédateur, notamment lorsqu'il a encore un
propriétaire, comme c'est généralement le cas en France
? Que l'animal sauvage chasse pour subvenir à ses besoins est
compréhensible, mais que le chien divaguant, bien traité et
grassement nourri, agisse de la sorte est tout simplement aberrant. D'autant
que les éleveurs constatent que les bêtes tuées restent
entières ; si le chien tue, c'est donc par jeu, contrairement au
loup (34).
En se comportant " pire qu'un sauvage ", il franchit la frontière.
Et, de " l'Autre Monde ", on ne revient pas indemne. Le plaisir pour le
goût du sang, l'éleveur le sait bien, devient un penchant
irréversible : " Une fois qu'ils ont pris le goût du sang, on
ne peut pas leur faire passer. Ils recommencent "
(Carrière) (35).
Les auteurs du XIXe siècle évoquaient déjà ce
risque : " Il ne faut jamais leur donner à manger de la chair des
bêtes à laine ; si on les accoutumait à cette nourriture,
ils prendraient aussi l'habitude de mordre les bêtes du troupeau par
avidité pour le sang " (36).
Si toute l'entreprise humaine de la domestication a consisté à
s'adjoindre l'aide des bêtes, à façonner 1'" ennemi "
ou le " rival " pour en faire un auxiliaire, le retour au sauvage est une
régression intolérable. Finalement, le point commun de ces
chiens errants et divagants est d'avoir un jour sombré dans la
sauvagerie.
Les statuts social et légal, nous l'avons dit, ne semblent pas
prévoir une place ad hoc pour le chien errant (considéré
comme simple divaguant par les textes de loi). Serait-ce une des raisons
du silence qui l'entoure ? Le chien divaguant a certes une place dans la
classification légale, mais nous avons vu que les éleveurs
ne l'entendent pas ainsi : le retour (à la maison) lui est refusé,
surtout s'il a pris le goût du sang. Pour cette trahison, pas de
pardon.
Si le transfuge se voit refuser son ancien statut social, les matériaux
folkloriques, en revanche, témoignent d'une possible rédemption.
L'ensauvagement, tant qu'il n'est pas définitif, s'accompagne d'un
retour possible à la vie domestique. Il a donc existé, du moins
dans le registre de l'imaginaire, une continuité possible pour penser
conjointement le domaine du domestique et le comportement de prédateur.
Cette figure du monstrueux, déjà prévue par le folklore
en la personne du garou, existe également dans sa version animale
:
" Étant devant une maison un soir d'été, peu de temps
avant la nuit, "il vist Charles, fils dudit Benoict Contoz et de la Clauda
Guigoz, qui estoit suivy par un gros chien blanc [autrement dit un profil
du patou pyrénéen ?] qui le mordist à la cuisse, ce
qui obligeast ledit Charles de crier et de se jeter dans la maison du
déposant, où estant il dict que c'estoit sa mère qui
le vouloit manger. Ce qu'ayant le déposant entendu, il prist une esterpe
[sorte de hache] et sortit de sa maison où il vit ledit chien qui
prist la fuitte. Et peu de temps après qu'il eust perdu de vue ledit
chien, il vist ladite Clauda Guigoz qui vient par le mesme endroict où
le chien avait fuy et crioit de dehors audit Charles son fils : Je te montreray
bien si je te veux manger !" "
(37).
Ce premier récit n'est pas le produit délirant d'un illuminé
alpin ; il en existe de nombreuses versions pyrénéennes : "
Le gars, il revenait d'Oloron... À cette époque, après
la côte de Verdets, il y avait une grande lande. C'était la
nuit. Il rencontre un grand chien blanc... Après, le chien, il le
suivait. Lui, il essayait de le chasser. Mais le chien, toujours il revenait,
toujours... - " Oh, je vais le taper ! Un coup de bâton... Il lui casse
la patte droite. C'était la lande de Pouey. Y avait une vieille femme
dans une maison isolée au milieu de la lande, on disait qu'elle
était sorcière. Le lendemain, des femmes, elles vont la voir
: elle avait une jambe cassée... la jambe droite
" (38).
Belle traduction symbolique de l'ambivalence animale, on pourrait même
dire d'une dérive zoomorphe, que l'un de nos amis anthropologues exprimait
à merveille par ce superbe lapsus : " Tes chiens, ils risquent toujours
de sombrer dans l'animalité " ! C'est tout dire de l'anthropomorphisation
qui le happe. Ces récits de chien-garou témoignent de la
nécessité de penser un possible jeu sur la frontière
qui sépare la sauvagerie de la domesticité. Tant que cette
représentation d'une continuité
(39) possible entre ces deux mondes est uniquement
présente dans les productions culturelles, l'équilibre est
sauf, nos taxinomies aussi. Mais lorsqu'on tente d'éprouver cette
continuité dans la réalité, il en va tout autrement.
Par ses actes, le chien errant brouille les catégories, car ses statuts
légal et social ne prévoient aucunement cette
métamorphose (40). Il la paie
d'ailleurs au prix fort - on le flingue -, entraînant dans sa chute
cet autre canidé, Canis lupus, dont les chances de réhabilitation
sont du même coup inéluctablement balayées - les
prédations du transfuge domestique lui étant attribuées.
Tous les prédateurs ne sont pas logés à la même
enseigne. N'est-ce pas précisément le passage à l'acte
qui rend indicible la déviance du chien errant ?
Rêver une transgression n'autorise pas nécessairement à
la vivre... À prendre ses désirs pour des réalités,
on devient monstrueux, hors taxinomie. Notre ami avait raison : ces chiens
se prennent vraiment pour des bêtes.
Sophie Bobbé est docteur en anthropologie de l'École
des hautes études en sciences sociales, Paris.
[R]
(1) Dan Sperber, " Pourquoi les animaux
parfaits, les hybrides et les monstres sont-ils bons à penser
symboliquement ? ", L'Homme, avril-juin, XV, n° 2, 1975, p.
16.[VU]
(2) " Le danger des chiens errants ", dans
Télé-Loisirs, mars 1995, p. 8. Cet article anonyme reflète
le tout-venant de l'information.[VU]
(3) Christophe Haushoffer, " Entre chiens et loups ", dans
le Courrier du Hérisson, n° 177, 1996, p.
3.[VU]
(4) Andrée Couturier, " "Ami", "grand ami", "frère"
? Le loup ?... ", dans Chasse gestion, n° 77, 1998, pp. 57-60 (p.
59).[VU]
(5) Claude Dendaletche, " Haro sur un faux loup ou de la
nécessité des loups, lynx et ours fantomatiques ", dans Acta
Biologica Montana, n° 1, 1982, pp. 95-100. Le même constat est
présent sous la plume acerbe d'Andrée Couturier : " Nous aurions
souhaité une hésitation dans la détermination de l'animal,
évoquant un chien errant, vu de loin aux jumelles par un garde qui
n'avait pas encore rencontré de loup ". Andrée Couturier, op.
cit., p. 60.[VU]
(6) " Il demande au parc du Gran Sasso l'indemnisation
prétendant qu'une brebis y avait été tuée par
un loup. Puis, on découvrit qu'en réalité la brebis
était morte de mort naturelle. De plus, le garde forestier qui travaillait
dans la zone du parc découvrit que les traces de dents du loup
étaient en réalité le fait d'un berger avec un couteau.
Le juge de première instance de Aquilla - après avoir accepté
la constitution du parc comme partie civile - a condamné un éleveur
de Aragno à verser au parc du Gran Sasso un million de lires pour
"préjudice moral". Une lourde peine, selon la direction de l'espace
protégé qui, l'année en cours, a dépensé
environ 400 millions de lires pour le remboursement des dégâts
causés par le loup aux éleveurs, sur un bilan annuel de six
milliards et demi de lires. Les autres parc nationaux, comme par exemple
celui du Cilneto, consacrent plus d'un milliard aux dédommagements
[...] ". " Le méchant loup était un berger ", dans La Republica,
6 février 1999 (notre traduction).[VU]
(7) Les propos de Benoît Goossens, responsable de la
section Isère du groupe Loup, sont repris par Andrée Couturier,
op. cit., p. 59.[VU]
(8) Guy Charoy, Chiens de berger, dressage et utilisation,
Paris, ltovic, cité par : Jean-Pierre Digard, L'homme et les animaux
domestiques, Paris, Librairie Arthéme Fayard, 1990, pp,
167-168.[VU]
(9) L'auteur analyse, à partir de l'ensemble des sources
existantes, l'évolution des dégâts de chiens errants
en France qu'il estime à 2,5% du troupeau national (soit dix millions
de têtes environ en France) chaque année. Cette estimation
française (semblable à celle avancée par les
éthologues pour la situation nord-américaine) s'appuie
essentiellement sur les prédations exceptionnelles ; la prédation
courante, soit une brebis par mois par troupeau, est rarement prise en compte
car rarement déclarée auprès des assurances. Joël
Pitt, dans Des chiens " Montagne des Pyrénées " pour la protection
des troupeaux ovins en région Rhône-Alpes, avril 1988,
dactylographié, 68 p.[VU]
(10) Cette estimation de l'Association pour la protection
des animaux sauvages, dans Dauphiné libéré, 28
décembre 1996, correspond également à celle de Jean-Pierre
Raffin, Science et nature, juin 1997, cité par : Andrée Couturier,
loc. cit., p. 60.[VU]
(11) L'auteur de cet encart attribue aux chiens errants
le double des attaques causées par les loups sans préciser
le nombre de victimes qu'ils ont respectivement tuées : " [...] En
six mois, on compte au Mercantour 60 attaques de chiens contre 33 de loups
", dans Télé-Loisirs, mars 1995, p.
8.[VU]
(12) " Chronique agricole du 15 mai 1862 ", dans Annales
d'agriculture françaises, 1862, p. 397.[VU]
(13) Marezio Bazolle, dans L'Alpigiano, 31 août 1896,
cité par : Sergio Dalla Bernardina, "L'innocente piacer". La caccia
e le sue rappresentazioni nelle prealpi del Veneto orientale, Feltre,
Comunità Montana Feltrina, Centro per la documentazione della Cultura
popolare, n° 6, 1989, 174 p. (p. 53).[VU]
(14) Andrée Couturier, op. cit., p.
60.[VU]
(15) Vincent Vignon, comm. pers.,
1999.[VU]
(16) Lors des entretiens menés dans les
Pyrénées, nos interlocuteurs remarquaient la nette augmentation
de chiens de compagnie dans les villages : " Ça s'est multiplié
par quatre ou cinq ; il y a 30 ou 40 ans, tout le monde n'en avait pas "
(Larrieu).[VU]
(17) Sophie Bobbé, "Le chien de protection. Entre
tradition et fabrication, savoir-faire et tâtonnement ", dans Ethnologie
française, n° 2, 2000 (à paraître) ; Sophie Bobbé,
" Du chien de protection au patou pyrénéen. Analyse comparative
de ces deux systèmes domesticatoires", dans Rolande Bonnain, Bernadette
Lizet, Jean-Luc Mayaud et Jacques Rémy (dir.), Éleveurs et
animaux domestiques fin XVIIIe-XXe siècles. Actes du colloque de
Rambouillet (28-30 octobre 1998), Paris, ARF Édition, 2000 (à
paraître).[VU]
(18) Sophie Bobbé, op.
cit.[VU]
(19) Jean-Marc Landry, " L'utilisation du chien de protection
dans les Alpes suisses : une première analyse ", dans Kora Bericht,
n° 2, janvier, 1998, 34 p. (p. 16).[VU]
(20) De vastes territoires sauvages abritent des populations
d'ours et de loups qui n'ont rien de relictuelles ; les éleveurs de
la chaîne cantabrique supportent difficilement leurs nombreux
dégâts. Au nord du fleuve espagnol Duerro, la protection de
l'espèce protégée Canis lupus intègre une clause
qui en permet une gestion quantitative, une régulation par des tirs
sélectifs. Lorsque les dégâts deviennent trop importants,
et que les loups sont repérés sur les décharges publiques
à proximité des villages, des battues administratives sont
autorisées pour les repousser au plus loin. Par cette mesure,
l'administration souhaite éviter que des représailles prennent
l'ours pour cible. Sur cette question : Sophie Bobbé, " Hors statut,
point de salut. Ours et loup en Espagne ", dans Valentin Pélosse et
André Micoud (dir.), Sauvage et domestique - Études rurales,
n° 129-130, 1995, pp. 59-72.[VU]
(21) De telles bandes de chiens existent dans certaines
régions d'Afrique du Nord, d'Arabie Saoudite ou encore de
Guyane.[VU]
(22) Une observation de trois chiens de taille et race
différentes en train de chasser ensemble dans un secteur des Balkans
nous a été rapportée récemment par un écologue
: Vincent Vignon, comm. pers.[VU]
(23) Sophie Bobbé, op.
cit.[VU]
(24) Une ethnologue italienne nous a fait part de sa rencontre
avec une bande de chiens errants auxquels elle est parvenue à
échapper en se précipitant dans la mer, non sans avoir eu
auparavant une partie de ses vêtements déchiquetés :
Patricia Pellegrini, 1998, comm. pers.[VU]
(25) Selon la législation en vigueur : " Est
considéré comme en état de divagation tout chien qui,
en dehors d'une action de chasse ou de la garde d'un troupeau, n'est plus
sous la surveillance effective de son maître, se trouve hors de
portée de voix de celui-ci ou de tout instrument sonore permettant
son rappel, ou qui est éloigné de son propriétaire ou
de la personne qui en est responsable d'une distance dépassant cent
mètres. Tout chien abandonné, livré à son seul
instinct est en état de divagation [...] ". Code rural, article 213-1
de la loi n° 89-412 du 22 juin 1989.[VU]
(26) La notion de commensalisme mériterait d'être
examinée et repensée, notamment par rapport à celle
de prédation - il est convenu de considérer comme commensal
l'animal qui vit au crochet de l'homme sans le mettre en danger (dans son
économie et son intégrité
physique).[VU]
(27) Bien qu'il n'ait plus de propriétaire, le Code
rural ne le distingue pas du chien du premier type : " [...] Tout chien
abandonné, livré à son seul instinct est en état
de divagation ". Code rural, article 213-1 de la loi n° 89-412 du 22
juin 1989.[VU]
(28) Bien que le terme "marronnage" ait jusqu'à
présent été essentiellement réservé, pour
reprendre les remarques de Jean-Pierre Digard, aux espèces exogènes
dans un contexte spécifique de décolonisation ou
d'insécurité. Dans le tableau de synthèse construit
par l'anthropologue, il s'insère dans les colonnes " fuite des animaux
" ou " lâchers ou abandons par l'homme " : Jean-Pierre Digard, " Un
phénomène méconnu : le marronnage", dans Bernadette
Lizet et Georges Ravis-Giordani (dir.), Des bêtes et des hommes. Le
rapport à l'animal : un jeu sur la distance, Paris, Comité
des travaux historiques et scientifiques, 1995, pp. 133-148 (p.
141).[VU]
(29) " Même ici mes brebis ont été
attaquées dans la bergerie par les chiens d'un gars du village, mais
je suis arrivé à temps, là on n'a pas eu de pertes.
Les chiens, ils voulaient me sauter dessus "
(Larrieu).[VU]
(30) En 1987, un couple installé sur la commune
d'Entrenas, près de Marvejols, avait subi une perte directe de 15
000 francs non indemnisée, suite à une attaque de sept chiens
errants - comm. pers. de ce couple.[VU]
(31) Les gardes des parcs nationaux français
(Pyrénées et Mercantour) le reconnaissent parfois, leurs
collègues espagnols également. Il en est de même au Portugal
et en Espagne où l'effectif de loups est en constante augmentation
et le niveau de vie des paysans très faible. Les chiens errants sont
très nombreux en Italie et en Espagne.[VU]
(32) M. Planiel, Droit civil, 1928, p.713 cité par
Jean-Pierre Digard, op. cit., 2e partie, chapitre
4.[VU]
(33) François Sigaut, " Critique de la notion de
domestication", L'Homme, octobre-décembre, n° 108, 1988, pp.
59-71.[VU]
(34) " Les chiens tuent par jeu, les loups pour se nourrir
" : Christophe Haushoffer, op. cit.[VU]
(35) Sophie Bobbé, " Le chien de protection. Entre
tradition et fabrication... ", op. cit.[VU]
(36) Alexandre Bixio, La maison rustique du XIXe siècle,
Encyclopédie d'agriculture pratique, Paris, Bureau de la maison rustique,
n° 2, 1867, p. 547.[VU]
(37) Récit de 1676, information ouverte par le procureur
général du Sénat contre les Guigoz : Charles Joisten,
" Les loups-garous en Savoie et Dauphiné ", dans Christian Abry et
Alice Joisten (dir.), Êtres fantastiques des Alpes- - Le Monde Alpin
et Rhodanien, n° 1-4, 1992, pp. 17-183, p. 31. Charles Joisten a recueilli
plus d'une centaine de récits de loups-garous dont une quinzaine avec
des chiens-garous.[VU]
(38) " Le chanoine Laborde, déjà, en 1930,
n'avait recueilli que des histoires de loups-garous... domestiques. Pas question
de loup mais de chat, de chèvre, d'âne
et surtout de chien
[...]. Le chien, plus exactement le pastou, vient en tête de ces
étranges loups-garous. Curieuse ambiguïté que celle du
plus fidèle compagnon et protection de l'homme et de son troupeau...
Il y a là pour moi une inversion, un mystère ethnologique pour
lequel je n'ai absolument aucune explication ". Louis Espinassous, Le loup,
l'ours et le pastou, Toulouse, Milan/Parc national des Pyrénées,
1994, 150 p. (p. 146). Sur la dizaine de versions pyrénéennes
de récits de chien-garou rapportés, on trouve aussi quelques
patous-garous.[VU]
(39) Nous empruntons ici à Antoine Nastasi les notions
de continuité/discontinuité qu'il a utilisées pour penser
d'autres phénomènes monstrueux contemporains lors de son
intervention au séminaire Anthropologie et psychanalyse, dirigé
par Nicole Belmont et Jean-Paul Valabrega, Paris, École des hautes
études en sciences sociales, 1999.[VU]
(40) Nous avons déjà abordé cette question
: Sophie Bobbé, Du folklore à la science. Analyse anthropologique
des représentations de l'ours et du loup dans l'imaginaire occidental,
Paris, Thèse pour le doctorat en anthropologie, 1998, 486 f°
(à paraître : Paris, éditions INRA/EHESS) ; Sophie
Bobbé, " Ours, loup, chien errant en Espagne. Des couples dans le
bestiaire ", dans Bernadette Lizet et Georges Ravis-Giordani (dir.), op.
cit., pp. 211-226.[VU]
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