1. Les bénéfices potentiels escomptés
de l'emploi du génie génétique en agriculture
2. Les risques économiques potentiels du génie
génétique en agriculture
Quelques remarques pour conclure
Importance des pertes de production en agriculture
(encadré)
Références bibliographiques
Une partie de cet article a été publiée sous forme
modifiée dans les
Organismes
génétiquement modifiés à l'INRA. Environnement,
agriculture et alimentation. INRA, Paris, mai 1998.
Le génie génétique fait l'objet d'une vive controverse
: ses applications en agriculture sont perçues par une partie des
consommateurs comme inutiles et risquées et il ne leur paraît
pas justifié de les mettre dès aujourd'hui sur le marché
; divers mouvements d'opinion s'y opposent même fortement. A
l'opposé, les promoteurs du génie génétique,
notamment les firmes qui ont investi dans ce domaine, les présentent
systématiquement comme source de nombreux bénéfices
pour les consommateurs, les agriculteurs et l'environnement et comme "
indispensables pour nourrir l'humanité au XXIe siècle
".
L'histoire montre que ce qui est appelé parfois la " résistance
" aux innovations technologiques (terme corollaire de l'idée qu'"
on n'arrête pas le progrès ") n'est en fait pas nouvelle même
si elle connaît un renouveau (Salomon, 1982). La diffusion des innovations
techniques ne suit pas toujours en effet le chemin facile et tout tracé
qu'illustre par exemple la devise de l'Exposition internationale de Chicago
en 1933 : " La science découvre, l'industrie applique, l'homme
suit (1) " ou qu'évoque aussi une
affiche publicitaire pour un nouveau matériel audiovisuel : " J'en
ai rêvé, Sony l'a fait ". Les travaux de sociologie de l'innovation
ont d'ailleurs substitué au schéma linéaire de
développement un modèle relationnel où l'innovation
est le fruit d'un ensemble de négociations et d'interactions entre
divers acteurs, et non plus un produit sortant tout achevé du laboratoire
de recherche et se diffusant alors tout naturellement en tache d'huile ou
selon le modèle épidémiologique de la contagion (Callon,
1989 ; CGP, 1993). Depuis plusieurs décennies, on se préoccupe
également d'évaluer les innovations si possible ex ante,
ce qui a conduit à divers travaux de technology assessment
(cf., par exemple : Derian et Staropoli, 1975 ; OCDE, 1978). On
considère néanmoins en général que les progrès
scientifiques et techniques accroissent le bien-être global : en effet,
on produit à moindre coût le même bien, on fournit un
produit de meilleure qualité ou encore un nouveau produit contribuant
à améliorer le niveau de vie. Mais cette vision omet la
répartition parfois fort inégale des bénéfices
du progrès technique ainsi que les externalités non prises
en compte. Or, désormais, on peut de moins en moins négliger
les coûts écologiques et sociaux, les difficultés de
restructuration de certains secteurs (Parienty et Combemale, 1997), les
externalités négatives (pollution, encombrement, dégradation
des ressources naturelles), etc. (2)
Aussi paraît-il nécessaire de tenter un bilan
bénéfices/risques de l'emploi du génie génétique
en agriculture, en axant ici notre recherche essentiellement sur les aspects
économiques, car d'autres publications traitent davantage des autres
impacts (cf., par exemple : INRA, 1998). On cherchera à
établir notamment les bénéfices escomptés de
l'introduction des OGM en agriculture et leurs risques potentiels. Les exemples
choisis concerneront surtout les plantes, car elles sont à un stade
de développement plus avancé que les animaux transgéniques.
Mais, même si des plantes transgéniques sont cultivées
en champ en vraie grandeur par des agriculteurs depuis 1995 dans quelques
pays, il existe encore trop peu de bilans rigoureux a posteriori de
leur emploi, par étude d'échantillons suffisamment importants
d'exploitations, pour confirmer ou infirmer les divers aspects potentiels
évoqués. Il sera donc utile de poursuivre l'analyse des impacts
esquissée ici.
Les apports de l'emploi du génie génétique en agriculture que l'on peut prédire sont notables avec, en particulier, un accroissement considérable des potentialités d'introduction de nouvelles caractéristiques dans les plantes et les animaux grâce à la meilleure connaissance des mécanismes en jeu et à la possibilité d'utiliser des gènes provenant de quasiment l'ensemble du monde vivant connu, ce qui marque une rupture technologique par rapport à l'amélioration génétique classique.
1.1. Une meilleure efficacité de la production agricole, avec
diminution des quantités d'intrants par tonne de produit
obtenu
Avec le développement de plantes résistantes aux herbicides,
aux insectes, aux virus et à divers agents de maladies, les traitements
chimiques pourraient diminuer là où on en emploie déjà,
ou bien les pertes de production être moindres dans les cas où
il n'existe pas de traitement (ou du moins pas de traitement rentable). Cette
réduction des dommages aux productions serait d'un grand
intérêt, car les pertes sont considérables (cf.
encadré ci-après) et les traitements actuellement utilisés
parfois polluants. En ce sens, pour évaluer l'apport éventuel
du génie génétique, il faut le comparer au cas par cas
aux méthodes actuellement employées face à tel ou tel
problème et aux autres solutions alternatives possibles. La
réduction des pertes pourrait également être obtenue
par une meilleure conservation des végétaux après la
récolte : on attend là aussi de nouvelles possibilités
avec la transgenèse. L'intérêt d'une réduction
des pertes de production serait particulièrement sensible pour ceux
des pays en développement qui disposent de peu de terres arables par
habitant et par actif agricole : cela permettrait d'accroître la production
sans mettre en culture de nouvelles terres, ce qui conduit souvent à
la déforestation ou à l'érosion et, par là, à
une dégradation des ressources naturelles (Bonny, 1997). Mais chaque
situation nécessite un examen approfondi. Il existe en effet d'autres
moyens que les pesticides ou les OGM pour lutter contre les divers agresseurs
des cultures : création de variétés résistantes
par les méthodes classiques de sélection, rotations culturales,
emploi de diverses techniques spécifiques (désherbage
mécanique, lutte intégrée ou biologique), etc.
Il serait donc important de comparer les diverses méthodes sur une
durée assez longue en termes, d'une part, d'investissements et de
temps nécessaires en recherches pour les mettre au point et, d'autre
part, de résultats obtenus dans les domaines agro-économique,
environnemental et de qualité, après une utilisation assez
longue. Cela permettrait des évaluations plus précises des
diverses méthodes sur différents critères, par exemple
pour apprécier si les plantes transgéniques résistantes
aux herbicides ou à certains ravageurs nécessitent effectivement
moins de pesticides, ou des pesticides moins nocifs. Ainsi, les premières
années de cultures montrent que les variétés
tolérantes au glyphosate (" Roundup ") reçoivent souvent moins
de traitements herbicides en général, mais bien sûr davantage
de glyphosate (désherbant jugé peu nocif pour l'environnement).
Toutefois, l'emploi de glyphosate sur de vastes surfaces ne va-t-il pas favoriser
l'apparition d'adventices résistantes à cette molécule,
qui perdrait alors son intérêt - pourtant jugé notable
pour certains usages ?
1.2. Une amélioration des capacités de production en conditions
difficiles
Les promoteurs du génie génétique mettent aussi en avant
son intérêt pour introduire dans les plantes des caractères
de résistance à la sécheresse, au sel ou aux métaux
lourds, qui actuellement handicapent la production agricole dans un nombre
croissant de régions. Des expériences sont aussi menées
pour améliorer la tolérance au gel, par exemple par transfert
de gènes d'organismes vivant en eau très froide ou par modification
des bactéries naturellement présentes sur les plantes qui jouent
un rôle déclencheur dans la transformation de l'eau en glace.
Les possibilités en ces domaines de parvenir à des résultats
applicables à grande échelle dépendent de la
complexité des mécanismes en jeu : si une caractéristique
de résistance est gouvernée par un seul gène, ou bien
repérable sur le génome grâce à des marqueurs,
la création de variétés tolérantes à ce
stress tout en restant suffisamment productives sera facilitée et
a plus de chances d'aboutir dans un délai court.
Cette amélioration des capacités productives est perçue
par certains consommateurs comme inutile, voire nuisible, en période
de surproduction dans les pays développés comme la France.
Mais elle peut aussi y être utilisée pour produire la même
quantité de production avec moins de produits chimiques ou de ressources
naturelles (terre, eau, etc.) et pour diminuer les coûts de production
tout en limitant les pollutions. En ce sens, tout dépend comment on
utilise les possibilités des nouvelles technologies. " La science
propose, la société dispose " pourrait-on dire : les
applications potentielles d'une invention peuvent être orientées
dans diverses directions. Une question importante sera alors de savoir
comment se fait cette orientation, qui intervient dans les
mécanismes de régulation, quels intérêts sont
pris en compte. Quant aux problèmes actuels de malnutrition dans le
monde, ils ne proviennent pas d'une insuffisance de la production agricole
globale mais, d'une part, de guerres ou de facteurs d'insécurité
et, d'autre part, de la faiblesse des revenus d'une partie de la population
qui ne peut acheter la nourriture disponible. Une amélioration de
leur situation nutritionnelle supposerait que ceux parmi eux qui font des
cultures vivrières produisent davantage et mieux et que la situation
économique des autres progresse, processus complexe ne dépendant
pas d'une seule innovation technique...
1.3. Une amélioration de la qualité des productions
L'apport potentiel de la transgenèse en ce domaine est souvent mis
en avant, mais les différents acteurs de la filière ne donnent
pas la même signification au concept de qualité, d'où
parfois des incompréhensions. Le transformateur, par exemple, se soucie
de la qualité technologique, de la composition en certains glucides,
protéines ou lipides, de l'aptitude à telle ou telle transformation
industrielle. Les pouvoirs publics s'intéressent à la qualité
sanitaire, à l'origine du produit et à l'absence de substances
toxiques. Le distributeur recherche une belle apparence, une bonne capacité
de conservation et un écoulement rapide. Quant au consommateur, il
se préoccupe plutôt de la qualité organoleptique et
sensorielle et de plus en plus des aspects santé ou du mode d'obtention
des produits : certains sont sensibles au caractère dit " naturel
", d'autres à une évocation d'une typicité locale (origine
montagne, etc.).
Différents aspects que recouvre la notion de qualité peuvent
être modifiés par les biotechnologies et la transgenèse.
En voici des exemples :
- amélioration de la capacité des productions à subir
certains processus de transformation après la récolte ;
- modification de la teneur en certains acides gras chez les oléagineux
en fonction de leur utilisation finale requérant la présence
de tel ou tel d'entre eux, ou pour fournir des aliments enrichis ou appauvris
en certains constituants ;
- augmentation de la teneur en certaines vitamines ;
- diminution des quantités de nitrates présents dans les organes
végétaux consommés ;
- qualité organoleptique permettant peut-être une meilleure
acceptabilité de certains aliments ;
- augmentation du taux de lactoferrine dans le lait, ce qui serait
bénéfique pour les très jeunes enfants.
Pour les uns, les biotechnologies permettent ainsi une amélioration
de la qualité, mais surtout sous l'aspect de la composition du produit,
tandis qu'au contraire les opposants au génie génétique
y voient une altération, voire une disparition de celle-ci vu le mode
d'obtention perçu comme une " manipulation " trop poussée ou
trop artificielle du vivant...
1.4. Une possibilité accrue de diversifier la production
agricole
Le génie génétique et les biotechnologies pourraient
donner à l'agriculture la possibilité de produire grâce
aux plantes transgéniques de nouveaux produits comme, par exemple
:
- des molécules pharmaceutiques ou des vaccins ;
- des alicaments ou nutraceutiques (aliments-médicaments enrichis
en certains éléments) ;
- diverses substances utilisées dans la production agricole et alimentaire
comme la vanille, le pyrèthre, des alcaloïdes, des édulcorants
très puissants, etc. ;
- des produits agricoles à composition modifiée adaptés
à certains usages chimiques ou énergétiques, par exemple
du colza enrichi en certains acides gras ;
- à plus longue échéance, des animaux transgéniques
comme le porc pourraient produire des organes pour des greffes à l'homme,
la transgenèse ayant pour but dans ce cas d'éviter le
phénomène de rejet du greffon.
Les agriculteurs français sont souvent intéressés par
cette perspective de nouveaux débouchés. Mais seront-ils
substantiels ? Certains comme les molécules pharmaceutiques seront
sans doute limités en quantité ; d'autres, comme les nouveaux
produits pour la chimie ou l'énergie, pourraient être importants
en volume. Cependant, pour que la végétalochimie puisse remplacer
partiellement la pétrochimie dans les prochaines années ou
décennies, diverses conditions sont requises, notamment une hausse
substantielle du prix du pétrole et/ou une réduction du coût
des matières premières agricoles grâce à une meilleure
efficience des processus productifs. Les matières premières
énergétiques ou chimiques agricoles risquant d'être
payées à bas prix, il n'est pas certain que cela puisse contribuer
à faire vivre un nombre très important d'exploitations. Les
agriculteurs gagneraient sans doute davantage en s'orientant vers des produits
ou services à haute valeur ajoutée à condition qu'une
part substantielle de la valeur ajoutée puisse leur revenir, ce qui
implique en général qu'ils assurent eux-mêmes la
transformation et/ou la vente, ou bien qu'ils puissent exercer un contrôle
sur la filière. Or cela risque d'être assez peu le cas, du moins
dans un premier temps, pour les produits issus d'OGM.
En définitive, les potentialités du génie
génétique en agriculture paraissent importantes. En particulier,
on peut y voir une nouvelle voie d'évolution technique reposant
davantage sur les processus du vivant et sur l'information (la connaissance)
contenue dans les semences modifiées et moins sur les intrants
chimiques, permettant ainsi d'ouvrir une voie pour échapper aux limites
de ces derniers. De ce fait c'est un moyen d'adapter la production agricole
à diverses contraintes, et aussi à divers usages.
Le génie génétique représente de gros enjeux économiques et financiers en agriculture, et cela d'autant plus qu'il se situe dans un climat de compétition économique très aiguë. Compétition entre les firmes qui ont investi dans ce secteur, compétition entre pays agro-exportateurs sur les marchés mondiaux, compétition dans chaque pays entre producteurs agricoles et, enfin, compétition sur les marchés des produits de consommation finale entre firmes agro-alimentaires d'aval ainsi qu'entre grands distributeurs pour accroître leurs parts de marché. Ce contexte de compétition exacerbée détermine très fortement l'orientation des biotechnologies et du génie génétique et, par là, ses impacts potentiels. Or il peut être un facteur de risque en induisant une course en avant sans réflexion suffisante, même si les firmes, particulièrement soucieuses de leur image de marque, prennent et annoncent diverses précautions pour rehausser cette dernière ou pour ne pas subir de dommage en ce domaine.
2.1. Une emprise croissante du secteur industriel sur
l'agriculture
Depuis plusieurs décennies, l'agriculture achète de plus en
plus d'intrants à l'industrie, y compris des semences pour une part
importante mais variable selon les cultures. Quels changements apporterait
l'introduction de plantes transgéniques ? Les semences d'OGM vont
être sensiblement plus chères pour pouvoir rémunérer
la longue phase de recherche-développement et tous les travaux et
investissements effectués par les firmes avant leur commercialisation.
En cas de plante rendue résistante à un insecte, à un
agent de maladie ou à un virus, l'agriculteur achètera moins
de produits de traitement contre cet agent (ou bien, s'il n'existait pas
de traitement, il aura un rendement meilleur) ; mais sa marge sera-t-elle
augmentée de beaucoup compte tenu du prix plus élevé
de la semence ? L'exemple des pays où les cultures transgéniques
sont déjà bien implantées comme les États-Unis
montre en général une amélioration de la marge (le prix
de la semence est établi de sorte que l'agriculteur soit incité
à utiliser la semence transgénique) et une progression des
surfaces d'une année à l'autre témoignant de
l'intérêt de celles-ci pour les producteurs, en raison, par
exemple, d'une plus grande facilité de lutte contre le ravageur ou
l'adventice visé. Il s'agit là cependant d'une vue à
court terme, au niveau de la parcelle, qui n'intègre pas d'éventuels
effets macro-économiques, sociaux, environnementaux ou de long terme
(cf. en 2.3., ci-après). La facilitation de la conduite technique
de la culture paraît pouvoir varier très fortement selon les
situations : type de plante, assolement, cultures et plantes présentes
dans le voisinage, rotation, durée, et est à voir de ce fait
au cas par cas et sur une période assez longue (Meynard, in INRA
1998).
Par ailleurs en utilisant une semence transgénique, l'agriculteur
sera davantage lié à l'agro-industrie. Ainsi avec une plante
rendue résistante à un herbicide, il devra nécessairement
utiliser ce type de désherbant et la marque vendue par la firme qui
a participé à la mise au point de la semence transgénique
résistante ; il devra alors souvent utiliser un " package technologique
" et suivre rigoureusement les prescriptions (plus rigoureusement qu'avec
des plantes non transgéniques) s'il veut éviter toute
difficulté, tant légale que technique.
Si l'agriculteur cultive une plante transgénique à composition
modifiée (par exemple, du colza enrichi en tel ou tel acide gras),
cela sera sans doute sous contrat avec une firme qui lui fournira la semence,
les produits de traitement, un cahier des charges à respecter pour
la culture et qui, enfin, lui achètera sa production. Si diverses
formes de contrat ont existé de longue date dans une grande partie
du secteur agricole (contrairement à l'image d'Épinal de
l'agriculteur seul maître chez lui), on peut noter qu'elles ont rarement
été à l'avantage des travailleurs de la terre
eux-mêmes. En sera-t-il différemment aujourd'hui, alors que
les agriculteurs ont obtenu davantage de pouvoir de représentation
et de défense de leurs intérêts de par leurs syndicats
? L'agriculture risque en tout cas d'être de moins en moins " paysanne
" et davantage industrielle, alors que pourtant le génie
génétique offre la possibilité d'une agriculture valorisant
mieux les processus du vivant et reposant moins sur les produits chimiques.
Un autre facteur d'emprise du secteur industriel sur l'agriculture pourrait
être le développement des brevets. Compte tenu des
coûts de recherche-développement du génie
génétique, les firmes ont réclamé que les produits
obtenus puissent être protégés par brevet comme pour
les autres inventions de l'industrie sans s'en tenir aux simples droits
d'obtention végétale. Les entreprises les plus importantes
risquent ainsi de s'approprier une part du matériel génétique,
ce qui pourrait freiner la création de nouvelles variétés
par d'autres firmes. Diverses associations dénoncent par ailleurs
les risques de " biopiratage " des ressources génétiques des
pays du Sud. En effet la biodiversité, notamment spécifique
et génétique, est nettement plus grande dans les pays du Sud.
A partir de plantes médicinales traditionnelles des pharmacopées
locales, des firmes peuvent extraire des principes actifs intéressants
qu'elles protègent par brevet, puis commercialisent sous forme de
médicaments. De même des plantes locales intéressantes,
comme le quinoa ou le riz basmati, ont été transformées
génétiquement dans des pays développés avec
protection par brevet. Cela peut empêcher d'autres travaux utilisant
le même matériel génétique au départ et
priver aussi de débouchés les agriculteurs du Sud qui en
produisaient pour l'exportation. Divers membres de pays en voie de
développement (PVD) et d'organisations non gouvernementales (ONG)
dénoncent par ailleurs le fait que rien ne revient aux pays du Sud
qui ont découvert les intérêts de la plante (et
évité ainsi aux firmes pharmaceutiques ou agrochimiques des
criblages de milliers de molécules) et qui l'ont améliorée
génétiquement avec des méthodes traditionnelles durant
des millénaires, dans le cas des plantes cultivées qui ont
bénéficié de sélection de la part des populations
locales. Certes l'article 19 de la Convention de Rio sur la diversité
biologique de 1992 stipule qu'une rémunération est due aux
PVD pour leur matériel génétique, mais son acceptation
et son application effectives rencontrent des obstacles (Ilbert, 1997 ; Sauvain,
1997). Toutefois, certains pensent que les pays du Sud ne doivent pas trop
se faire d'illusions sur la source de richesse que sont les ressources
génétiques (Macilwain, 1998) : dans le domaine pharmaceutique
les techniques modernes de chimie combinatoire rendent moins nécessaires
la bioprospection ; il en est de même du développement des banques
de gènes pour trouver des gènes intéressants à
transférer à des plantes en vue de leur conférer de
nouvelles caractéristiques.
2.2. Une orientation surtout vers les marchés des pays
riches
Les recherches en matière de biotechnologies et de génie
génétique sont effectuées principalement par de grandes
firmes privées qui visent les marchés solvables. Ainsi les
essais aux champs de plantes transgéniques sur la période 1986-1995
ont été réalisés pour 92% d'entre eux dans les
pays développés et pour 8 % seulement dans les PVD (notamment
en Argentine et Chine) (James et Krattiger, 1996). La part des essais
effectués en Afrique n'était que de 0,7% et en Asie en
développement (Chine incluse) de 1,7% pour la même période.
Certes des travaux sur les biotechnologies et le génie
génétique sont aussi menés dans les centres internationaux
de recherche agronomique, par des organismes de recherche de certains pays
du Sud et, enfin, par ceux des pays développés axés
vers la coopération comme, en France, l'Institut français de
recherche scientifique pour le développement en coopération
(ORSTOM) ou le Centre de coopération internationale en recherche
agronomique pour le développement (CIRAD) ; par ailleurs diverses
initiatives visent à développer des recherches tournées
vers les besoins des PVD. Mais les ressources financières affectées
paraissent actuellement bien insuffisantes face aux besoins. Les recherches
en matière de génie génétique sont à l'heure
actuelle tournées pour une large part vers les marchés des
pays riches. Compte tenu des potentialités prêtées au
génie génétique, l'un des risques majeurs serait
alors qu'il ne soit pas suffisamment orienté vers la demande de ceux
qui en auraient le plus besoin, mais qu'au contraire, il contribue à
accentuer le fossé entre pays développés et certains
pays du Sud ayant plus difficilement les moyens de le mettre en uvre
(rappelons que les pays du Sud sont dans des situations très
diverses).
D'autant plus qu'avec les OGM, les pays du Nord pourraient produire diverses
substances qu'actuellement ils extraient de produits achetés dans
les PVD. Ainsi la production de divers types d'acides gras dans du colza
transgénique pourrait presque anéantir les exportations d'huile
de palme ou de coprah de certains pays. La production par génie
génétique de thaumatine ou d'arômes de vanille naturelle
risque de ruiner leur culture ou leur cueillette dans certains pays du Sud
(Leisinger, 1995 ; Galhardi, 1996). L'impact des biotechnologies dépend
en ce domaine de divers facteurs, en particulier des possibilités
de diversification de la production dans les pays du Sud et de leur situation
: sont-ils importateurs ou exportateurs nets de produits agricoles ? Leur
potentiel technologique est-il bas ou élevé ? Pourront-ils
exporter d'autres types de produits ?
Le génie génétique est, par ailleurs, une technologie
sophistiquée que certains pays du Sud qui manquent d'infrastructures
de recherche-développement pourraient avoir du mal à
développer, ou alors qui risque d'absorber une part écrasante
des ressources, en en laissant peu de disponibles pour d'autres activités.
Aussi peut-on s'interroger sur ce que sera l'apport effectif du génie
génétique pour améliorer la production agricole dans
les pays où une part de la population souffre de malnutrition alors
que pourtant l'un des arguments les plus fréquemment avancés
pour légitimer le génie génétique est qu'il sera
indispensable pour nourrir l'humanité au XXIe
siècle (3) .
2.3. Une suspicion accrue des consommateurs occidentaux à l'égard
des aliments et des techniques de production agricole
Un mouvement de suspicion s'est développé chez certains
consommateurs envers les techniques agricoles modernes jugées trop
artificialisées et polluantes et envers les aliments dont on déplore
parfois qu'ils soient " sans saveur, gorgés d'eau, bourrés
d'hormones, d'antibiotiques et de pesticides ". En 1996, la crise de la vache
folle a réactivé ces interrogations et ces doutes envers la
qualité des produits et leurs méthodes d'obtention. Dans ce
contexte, la perspective d'aliments issus d'OGM a peu enthousiasmé
les consommateurs. Ainsi, un sondage commandité par l'Union des industries
de la protection des plantes (UIPP) à la SOFRES, réalisé
en février 1998 sur un échantillon de 1 003 personnes,
représentatif de la population française, montre que :
- 69% sont opposés à la culture de plantes transgéniques
(32% tout à fait opposés, 37% plutôt opposés),
- 26% y sont favorables (4% tout à fait favorables, 22 % plutôt
favorables),
- 5% ne savent pas.
Tableau IV. Degré de soutien des personnes interrogées
à divers types d'applications des biotechnologies
(% des répondants en France d'accord avec l'assertion " utile ", "
comporte des risques ", etc.)
(Eurobaromètre 1997).
| Applications (classées par degré de soutien décroissant |
utile pour la société |
comporte des risques |
moralement acceptable |
doit être encouragée |
||||
| Opinions (% des répondants) | Accord |
NSP | Accord |
NSP | Accord |
NSP | Accord |
NSP |
| · tests génétiques de détection des maladies chez l'homme · production de médicaments ou de vaccins par génie génétique · plantes transgéniques résistantes aux insectes · utilisation d'animaux transgéniques pour la recherche médicale · production de xénogreffes pour les transplantations · utilisation de biotechnologie pour la production alimentaire |
88 |
4 |
38 |
6 |
80 |
6 |
83 |
16 |
Les colonnes "accord" indiquent le pourcentage de répondants
se déclarant d'accord avec l'opinion mentionnée supra.
Les colonnes "NSP" indiquent le pourcentage de répondants déclarant
ne pas pouvoir se prononcer.
Dans la dernière enquête Eurobaromètre de la Commission
européenne portant sur les opinions à l'égard des
biotechnologies, seulement 30% des répondants français et 29%
des européens (Union européenne à 15) étaient
plutôt d'accord avec la phrase " J'achèterais des fruits
génétiquement modifiés s'ils avaient un meilleur goût
". Et seulement 18% des Français (28% des Européens de l'UE)
approuvaient plutôt l'idée suivante : " Nous devrions accepter
certains risques des biotechnologies si cela augmente la
compétitivité économique en Europe " (Eurobaromètre
1997, enquête effectuée fin 1996). Si certaines applications
médicales du génie génétique, en particulier
les tests de détection des maladies et la production de médicaments
ou de vaccins, sont jugées utiles et moralement acceptables, les
applications dans la production alimentaire sont moins bien accueillies (tab.
IV, ci-dessus). L'emploi du génie génétique dans cette
dernière risque donc d'accroître la suspicion d'une partie des
consommateurs. A contrario cela entraîne un regain
d'intérêt pour d'autres formes de production agricole, comme
l'agriculture biologique. L'un des effets indirects du développement
des OGM en agriculture pourrait ainsi être de contribuer au
développement du créneau biologique, du moins à court
terme ; mais ce dernier restera probablement assez limité, car une
proportion sensible des consommateurs recherche des aliments bon marché
et vite prêts (sauf fréquemment dans le cas des repas
festifs).
Mais le génie génétique ne risque-t-il pas de ternir
encore un peu plus l'image des techniques de production employées
dans le reste de l'agriculture ? Il est en effet souvent perçu par
certains consommateurs comme une artificialisation trop poussée de
la production agricole. Ainsi dans le dernier sondage Eurobaromètre
de 1996, plus de la moitié (54%) des répondants français
se déclarent plutôt d'accord avec la phrase " On devrait utiliser
exclusivement des méthodes traditionnelles de croisement " (16%
choisissant de ne pas se prononcer). Cette proportion en faveur des
méthodes traditionnelles s'élève à 70% en Autriche,
à 69% en Grèce ; elle est par contre relativement plus faible
aux Pays-Bas (41%), en Belgique et en Espagne (46%) (Eurobaromètre
1997). Toutefois les personnes interrogées jugent par ailleurs certains
développements du génie génétique comme manifestement
positifs à côté d'autres qualifiés de négatifs
ou ambivalents ; de plus, la probabilité de réalisation des
applications " positives " est estimée supérieure à
celle des applications plutôt mal jugées. L'opinion pourrait
donc être finalement nuancée selon les développements
et conséquences qu'aura effectivement le génie
génétique.
2.4. Des techniques puissantes, mais de ce fait même un risque de
réductionnisme
L'apport de la biologie moléculaire à la connaissance du
fonctionnement du vivant est considérable. De ce fait, ce type d'approche
pourrait devenir largement dominant dans la recherche agronomique, d'autant
plus que beaucoup d'attentes sont placées en elle. Elle risque alors
d'absorber la majeure partie des ressources et des investissements, ce qui
détournerait d'autres types d'approches pourtant nécessaires
aussi : d'une part, la recherche d'autres voies d'amélioration de
la production (par exemple, les méthodes de production
intégrée où, pour maîtriser les ravageurs sans
nuire à l'environnement, on intègre l'ensemble des
éléments en jeu : sélection variétale, rotations,
mode de conduite des cultures, lutte biologique ou intégrée,
etc.) et, d'autre part, la connaissance des organismes entiers, du fonctionnement
des écosystèmes et la prise en compte de la globalité.
Une démarche scientifique basée essentiellement sur la biologie
moléculaire pourrait conduire à des innovations peu adaptées
aux milieux socio-économiques où elles doivent s'insérer,
en particulier si une technologie présentée comme miraculeuse
amène à négliger d'autres facteurs essentiels de la
production agricole et alimentaire, notamment dans les pays en
développement (Bonny, 1998).
Last but not least, la puissance du génie génétique
risque aussi de conduire à l'employer à diverses fins. En premier
lieu dans la guerre économique en tant que facteur de
compétitivité. En second lieu, il pourrait exister aussi un
risque qu'il soit utilisé parfois dans d'autres formes de guerre,
comme la guerre bactériologique où certains groupes, voire
États, pourraient s'en servir comme outil de création de formes
virulentes de bactéries, par exemple (Biofutur, 1998) ; ce
danger ne doit pas non plus être ignoré (les accords internationaux
en la matière suffiront-ils à le prévenir ?).
Le génie génétique fait l'objet d'une vive controverse
: alors que certains acteurs, le plus souvent impliqués dans son
développement, mettent en avant les nombreux bénéfices
à en attendre, une partie des consommateurs paraît fort
réservée à son égard et divers mouvements d'opinion
s'y opposent fortement. Il semblerait souhaitable de pouvoir dépasser
l'anathème réciproque et de mieux comprendre les enjeux et
les tenants et aboutissants des différents points de vue
(4). C'est pourquoi nous avons esquissé ici un
bilan bénéfices/risques de l'emploi du génie
génétique en agriculture, en axant surtout sur les aspects
économiques. Outre cette évaluation de l'impact de sa diffusion
en agriculture, il serait également utile d'analyser les
inconvénients ou avantages éventuels qu'entraînerait
son refus comme on l'a ébauché par ailleurs (Bonny, 1996 ;
1997). En effet, on pourrait certainement tirer des enseignements d'un
scénario en ce domaine : quelles seraient les conséquences
d'un éventuel refus de commercialiser des OGM dans l'agriculture de
l'Union Européenne alors qu'ils le sont dans d'autres pays ?
L'établissement d'un bilan économique bénéfices/risques
du développement du génie génétique en agriculture
reste cependant pour l'instant fort difficile, car on ne dispose pas encore
de résultats définitifs, issus d'évaluations précises,
après les toutes premières campagnes de culture aux
États-Unis ou au Canada. Les conjectures que l'on peut faire aujourd'hui
montrent en tout cas que les conséquences de l'emploi du génie
génétique peuvent être notables pour l'économie
agricole et alimentaire, mais elles sont souvent ambivalentes. Autrement
dit, tout dépend comment seront utilisées et
régulées les applications du génie génétique
en agriculture et, plus généralement, quel sera le mode
de fonctionnement et de régulation de l'économie agricole et
alimentaire.
Cette ambivalence des biotechnologies (qui existe aussi pour les autres
techniques) a déjà été soulignée par ailleurs
(Bonny, 1996 ; 1997) : " Les biotechnologies peuvent se traduire par des
effets fort divers, par exemple :
- accroître la production et, par là, les surplus (et les guerres
commerciales) dans les pays riches, ou diminuer les intrants employés
à niveau de production égal et améliorer la
productivité de l'agriculture des pays en développement ;
- réduire les quantités de pesticides utilisées, mais
majorer le coût des semences et rendre leur achat nécessaire
à chaque campagne en raison du développement des hybrides ;
[...]
- contribuer à une agriculture plus propre (utilisant moins de pesticides
notamment), mais avec des transferts de gènes d'un organisme à
un autre pouvant paraître "contre nature", et peut-être dangereux
à long terme ; [...]
- améliorer les capacités de production dans les PVD leur
permettant une meilleure satisfaction de leurs besoins alimentaires, ou
accroître le fossé entre le Nord et le Sud en raison de la
sophistication de certaines techniques les rendant parfois inaccessibles
et de la perte par des pays agro-exportateurs de certains marchés
si le Nord produit par voie biotechnologique certaines substances qu'ils
exportent actuellement ; [...]
- naturaliser les techniques, ou bien au contraire artificialiser davantage
le vivant. "
Or les biotechnologies se développent dans un climat de compétition
exacerbée, ce qui fait courir un risque de fuite en avant. En ce sens,
le mouvement de suspicion de groupes écologistes ou consuméristes
pourrait s'avérer utile en conduisant à prendre des mesures
de prudence, à condition toutefois qu'on évite une crispation
dans une " guerre de tranchées ". Cependant, la suspicion des
consommateurs s'exerce surtout dans le domaine des risques éventuels
pour la santé (toxicité, allergénicité), alors
qu'on ne doit pas négliger non plus les risques socio-économiques.
En particulier, les activités de recherche-développement en
matière d'OGM sont effectuées principalement par le secteur
privé et visent les marchés solvables. De ce fait, ceux
qui auraient le plus besoin des apports potentiels du génie
génétique et des biotechnologies en bénéficieront-ils
réellement ou suffisamment ? Pourtant, les véritables enjeu
et intérêt du génie génétique en agriculture
ne seraient-il pas non seulement qu'il ne comporte pas de risques
environnementaux ou de santé publique particuliers, mais surtout qu'il
soit mieux orienté vers la satisfaction des besoins des plus pauvres
et des mal nourris et utilisé réellement en ce sens, en particulier
pour améliorer la production agricole et la couverture des besoins
alimentaires là où elles sont déficitaires ?
L'emploi du génie génétique pourrait contribuer à
réduire les pertes, mais sont-elles importantes actuellement ? Des
universitaires allemands ont tenté une estimation pour 1991-93 : en
l'absence de toute intervention de protection des cultures, de la moitié
aux cinq-sixièmes de la production mondiale actuellement possible
serait perdue pour les grandes productions (tab. I) (Oerke et al.,
1994 ; Oerke et Dehne, 1997). Le rendement possible est défini ici
comme le rendement maximum qu'on peut obtenir dans les conditions
agropédoclimatiques locales en utilisant les meilleures techniques
pour éviter les stress biotiques ; il s'agit dans ce cas du rendement
possible en l'absence de tout ravageur ou adventice, à niveau donné
des autres techniques (irrigation, fertilisation, variétés
utilisées) ; on notera que cette étude a
bénéficié d'un financement de l'European Crop Protection
Association.
L'efficacité des traitements effectivement pratiqués en 1991-93
varie beaucoup selon les productions et les régions : les pertes
réelles sont en moyenne de 42% pour les principales céréales,
mais de 51% pour le riz ; elles s'élèvent par ailleurs à
42% pour la pomme de terre et à 37% pour le coton en moyenne mondiale,
mais avec des variations notables selon les grandes régions (tab.
II). Ainsi en définitive, en 1991-93, 42% de la production agricole
potentielle était perdue à cause des maladies, des ravageurs,
des mauvaises herbes. Si ces dernières constituent le risque le plus
élevé en volume potentiel de perte, elles sont aussi actuellement
les mieux maîtrisées ; de ce fait, les diverses sources de pertes
ont un impact proche (tab. III). Mais l'utilisation de ces chiffres doit
être prudente. On ne vise guère en général l'absence
totale de pertes qui serait trop coûteuse, on recherche plutôt
un seuil de pertes acceptable.
Tableau I. Pertes de production dues aux maladies, ravageurs et
mauvaises herbes, potentielles et réelles, en 1991-93 pour quelques
grandes productions agricoles dans le monde
(d'après Oerke et Dehne, 1997)
Pertes potentielles* |
Taux d'efficacité des traitements effectués (% des pertes potentielles évitées) |
pertes réelles (en % production possible) |
|||
moyenne monde |
minimum | maximum | |||
| Riz Maïs Blé Coton |
82,0 |
38 |
18 |
72 |
51 |
(*) i.e. en l'absence de toute intervention et traitement pour limiter les pertes.
Tableau II. Pertes réelles de production en 1991-93 pour
les principales céréales (blé, riz, maïs) selon
les grandes régions du monde
(en % de la production potentielle) (d'après Oerke et Dehne,
1997)
| Monde | 42 |
| Europe de l'Ouest Amérique du Nord et Océanie Reste du monde |
18 32 46 |
Tableau III. Origine des pertes et efficacité des traitements
en moyenne mondiale 1991-93 pour les principales productions
végétales
(d'après Oerke et Dehne, 1997)
| Origine |
pertes potentielles de récolte (% production possible) |
taux d'efficacité** des traitements (%) |
Pertes réelles (% production possible) |
| Maladies Ravageurs Mauvaises herbes Ensemble |
17,5 |
23 |
13,5 |
** taux d'efficacité = % de pertes empêchées grâce aux traitements effectués.
(2) On peut désormais de moins en moins les négliger en raison, d'une part, de la puissance des techniques actuelles et, d'autre part, de l'impact pris par les activités humaines sur le milieu naturel, et aussi de la capacité d'expression d'une plus grande partie de la population. En ce sens il est illusoire, comme certains le font parfois, de regretter un passé chimérique où "on ne se posait pas tant de questions", et cela d'autant plus que le degré d'avancement actuel des sciences donne des moyens pour mieux étudier les risques potentiels et chercher à les pallier; cela constitue d'ailleurs souvent pour les sciences et techniques une opportunité de nouvelles découvertes. [VU]
(3) Certes on peut envisager une division internationale du travail accrue et un fort développement des échanges: les pays du Nord produiraient massivement les technologies et les denrées agricoles pour leur consommation intérieure et l'exportation; les pays du Sud ayant peu de terres arables mais beaucoup de main d'oeuvre se spécialiseraient dans les produits manufacturés pour eux-mêmes et pour les vendre aux autres pays. mais ce scénario d'internationalisation de la production et des échanges pourrait se heurter à diverses difficultés (chômage, etc.) [VU]
(4) Par exemple, face à la suspicion et au doute exprimés par les consommateurs de certains pays développés, il paraît souhaitable de dépasser la stigmatisation ("ce sont des réactions d'enfants gâtés dont l'assiette est bien remplie"), ou l'attitude purement doctrinaire ("il faut éduquer les consommateurs"), ou encore le point de vue sentencieux("on prend plus de risque en conduisant ou en fumant") que l'on rencontre souvent chez les promoteurs du génie génétique. De même, il paraît souhaitable que les opposants au génie génétique aillent au delà d'une vision manichéenne où tout ce qui est "naturel" est jugé bon tandis que tout ce qui est créé ou transformé par l'homme est perçu comme néfaste et dangereux. [VU]
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