Le Courrier de l'environnement n°43, mai 2001

Réchauffement climatique : premiers signes chez les oiseaux

Des hivers plus chauds
Hivernages d'hirondelles en France !
Vers un déclin en France des oiseaux venus du Nord ?
Un printemps... en hiver


Depuis plusieurs années, à la suite notamment des conférences de Kyoto et de La Haye, on parle de plus en plus de " réchauffement climatique " que ce soit dans les médias ou au niveau des gouvernements. La LPO, dans le cadre du réseau BirdLife International, commence à récolter des informations convergentes concernant l'impact de ce réchauffement sur les oiseaux.

Des hivers plus chauds
Les causes de ce réchauffement tangible sont en partie identifiées. L'un des facteurs principaux est l'augmentation de gaz dits " à effet de serre ". Leur concentration dans l'atmosphère " piège " une partie de la chaleur (rayonnement infrarouge) venue du soleil et dont la surface du sol renvoie une partie vers l'atmosphère. Ceci entraîne donc un accroissement global des températures.
Les implications pour la vie de notre planète, conjuguées à d'autres facteurs de destruction des milieux engendrés par l'homme, sont multiples et les effets ne sont pas encore totalement cernés. De même pour notre environnement et sa " biodiversité ". Des chiffres alarmants ont été avancés, notamment sur la disparition à moyen terme de milieux naturels comme les forêts tropicales, les toundras et les zones humides.
Chez les animaux, on estime aujourd'hui que près de 20% des mammifères et 11% des oiseaux, par exemple, sont menacés de disparition dans les cent années à venir.
Pour autant, le réchauffement climatique a peut-être également une origine naturelle, plus " cyclique ". Quoi qu'il en soit, d'autres phénomènes s'observent à présent et l'accumulation des faits scientifiques dans une même direction, permettent aujourd'hui de dégager des tendances.
Ainsi la douceur de l'hiver 2000/2001. Cet hiver, quasiment " vert " dans certains pays d'Europe et régions de France (absence totale de chute de neige), s'est aussi accompagné de chutes de pluie remarquables et de températures bien au-dessus de la normale. Ce n'est pas la première fois que le thermomètre s'envole. En effet, l'élévation de 0,6°C en moyenne pour notre planète au cours du XXe siècle se traduit par des hivers qui, en Europe de l'Ouest, sont de plus en plus doux.

Hivernages d'hirondelles en France !
Chez les oiseaux les réactions ne se sont pas faites attendre. Ainsi, au cours de ce dernier hiver, des observations sont venues appuyer des premières constatations faites les hivers précédents. Par exemple, on a d'abord noté des départs tardifs d'espèces, ou - plus exactement - des oiseaux qui se sont attardés sous nos latitudes.
Ainsi en décembre 2000, d'assez nombreuses Hirondelles rustiques - grandes migratrices qui passent la mauvaise saison principalement en Afrique tropicale - ont été notées un peu partout en France. Mieux encore, des cas d'hivernage complets ont été notés jusqu'en Normandie, dans le Finistère et à Saintes (Charente-Maritime), pour ne citer que ces exemples. Sa cousine, l'Hirondelle de rivage, a été signalée le 30 décembre à l'étang des Aulnes (Bouches-du-Rhône), fournissant alors l'observation la plus tardive en France.
Autrefois très occasionnels au nord de la Loire en hiver, Pouillots véloces et Fauvettes à tête noire, petits passereaux insectivores, semblent désormais rester de plus en plus fréquemment y compris jusqu'en Île-de-France et en Haute-Normandie. En hiver, la Fauvette n'hésite pas à se faire frugivore et à manger les baies qu'elle trouve notamment sur les arbustes des jardins, jusqu'au cœur même des grandes villes.
Toujours au cours de cet hiver 2000/2001, les ornithologues du réseau LPO ont signalé la présence d'espèces normalement migratrices. C'est le cas de la Sterne pierregarin (ou hirondelle de mer), censée hiverner en Afrique tropicale et dont quelques individus ont séjourné sur la côte atlantique. De même, une Sterne naine a hiverné sur l'île d'Oléron, fournissant seulement la seconde donnée hivernale pour notre pays. À l'intérieur des terres, la Guifette moustac, une cousine des sternes mais vivant en eau douce, a hiverné en Dombes, dans le département de l'Ain (3 à 5 oiseaux).
Chez les rapaces également, on commence à s'attarder en France... Le Milan noir donne lieu à une augmentation de données hivernales, surtout dans le Sud-Ouest et le Sud du pays. Idem pour l'Aigle botté, hivernant tropical comme le Milan noir, dont quelques oiseaux ont passé l'hiver dans le Midi. Enfin le Balbuzard pêcheur, puissant rapace qui se nourrit de poissons comme son nom l'indique, montre des velléités à rester chez nous (Bretagne, Centre-Ouest, Languedoc).
La liste des migrateurs au long cours qui commencent à hiverner en France s'allonge un peu plus chaque année. Les cigognes blanches, elles aussi, s'attardent de plus en plus, non seulement dans des régions au climat doux (Sud-Ouest, Midi), mais à présent jusque dans le Nord du pays. Et même une Cigogne noire a exceptionnellement hiverné près du lac du Der, dans la Marne.
Autre phénomène : la grue cendrée, dont une grande partie de la population scandinave hiverne en Espagne, semble avoir choisi la France (Champagne humide, Aquitaine) cette année, avec un hivernage record de plus de 60 000 oiseaux ! Sans doute la clémence de cet hiver n'a pas contraint les grues à poursuivre plus au sud.

Vers un déclin en France des oiseaux venus du Nord ?
Côté hivernants, le réseau LPO a noté en revanche des absences d'espèces " nordiques " qui peuvent donner des indications sur les tendances futures, si d'aventure les hivers persistaient à être doux.
Ainsi, la Harelde boréale, canard venu des froidures de Scandinavie et de Sibérie, ne s'est guère montrée cet hiver, à l'instar d'autres canards comme les harles qui ont préféré sans doute passer la mauvaise saison plus au nord.
Méconnues du grand public, la Linotte à bec jaune et l'Alouette haussecol sont deux espèces de passereaux nichant sous les latitudes arctiques. En hiver, le Nord de la France en accueille quelques dizaines et ce d'autant plus que le froid est vif. Ce sont donc de bons indicateurs hivernaux. Cet hiver quasiment aucun oiseau n'a été signalé...

Un printemps... en hiver
Cette année encore, le printemps a pointé le bout de son nez dès la fin du mois de... décembre. Au moins pour les oiseaux. Les observateurs de la LPO ont signalé un peu partout des chants dès la fin de l'année 2000 : Merle noir, Grive musicienne, Rouge-gorge, Mésanges bleue et charbonnière, Pinson des arbres, tous étaient au rendez-vous, surtout en milieu urbain où la température est en général un peu supérieure à celle de la campagne.
Remarquable également a été la " remontée printanière " de certaines espèces hivernant dans le Sud de l'Hexagone. Ainsi, dès fin janvier, on a signalé des vols d'Oies cendrées vers le nord, tandis que les grives, les vanneaux, et plusieurs espèces de canards remontant d'Afrique (pilet, souchet) stationnaient déjà sur de nombreuses zones humides du pays.
Dès la mi-mars, hirondelles, pouillots, petits échassiers remontaient en nombre, tandis que déjà des nichées de Merle noir ont été signalées.
Ceci, encore une fois, ne représente qu'une série de données concernant un hiver. Mais ces informations viennent s'ajouter à celles des années précédentes et tendent à prouver que les oiseaux ont réagi très rapidement aux modifications climatiques que nous connaissons actuellement.
Jusqu'à quand ?

Allain Bougrain-Dubourg est Président de la Ligue pour la protection des oiseaux.