Introduction
1. Un parc dans une montagne densément peuplée
et fortement exploitée
2. La gestion du Parc et les problèmes actuels
En guise de conclusion
Glossaire
Gardiennage collectif à Ait Ali ou Ikkou : le
tiwili
Ramée, feuillée...
« Lutte par effarouchement »
Le Tazigzaout
Références bibliographiques
Le texte est accompagné de dessins originaux de Claire
Villemant
villemant@mnhn.fr
Lire une page de berbère tamazight
Il existe actuellement au Maroc quatre parcs nationaux, dont deux (Toubkal
et Tazekha) furent créés du temps du Protectorat. Il fallut
attendre ensuite près de trente ans pour que lAdministration
prenne à nouveau conscience de la nécessité de
protéger dune dégradation irréversible certains
écosystèmes jugés particulièrement intéressants
et se donne les moyens dinstaller deux autres parcs, lun au
Sous-Massa (près dAgadir), lautre à Al Hoceima
(sur la Méditerranée). Enfin, plus récemment, un vaste
programme dévaluation des écosystèmes et des richesses
naturelles à léchelle nationale sest accompagné
de la rédaction dun « plan directeur des aires
protégées » (sur financement de la Banque africaine de
développement). Il est ainsi prévu que, outre les parcs actuels,
trois ou quatre parcs nationaux ou parcs naturels soient installés,
dont lun dans le Haut Atlas Oriental. Cest de celui-là
dont nous traiterons pour illustrer le débat en cours.
Comme dans beaucoup dautres pays, les compétences en matière
denvironnement et de protection de la nature sont éclatées
au Maroc entre plusieurs ministères, dont le tout nouveau ministère
de lEnvironnement. Mais jusquà présent cest
ladministration des Eaux et Forêts et de la Conservation des
sols (AEFCS), dans le cadre de la protection des forêts, de la flore
et de la faune sauvage, qui joue un rôle déterminant dans la
mise en uvre de cette politique des parcs.
Force est de constater cependant que, jusquà ces dernières
années, la plupart des parcs, qui sont situés dans des
régions forestières livrées à une forte pression
de la part des populations riveraines, nont pas reçu un traitement
bien différent de celui des autres espaces soumis à la
législation forestière. Les frontières nen sont
pas matérialisées sur le terrain et les rares agents forestiers
affectés à leur surveillance se contentent dappliquer
un peu plus rigoureusement les réglements, et ce à la mesure
de leurs faibles moyens. Triages trop grands, délits innombrables,
difficulté de connaître le vrai nom des délinquants,
inefficience fréquente des tribunaux jugeant les délits...
sont les problèmes quotidiens auxquels ils sont confrontés.
Avec pour toile de fond ce dialogue difficile, linstallation du parc
national du Haut Atlas Oriental qui vise à préserver les
écosystèmes et à protéger les espèces,
notamment le mouflon, dans des régions peuplées et actives
semble donc relever de la gageure. Ne faut-il pas assigner un objectif plus
ambitieux, mais aussi plus réaliste, que la simple préservation
des ressources, en visant une véritable gestion environnementale capable
dassurer un développement durable des systèmes de production
? Est-il possible de préserver et de développer, en faisant
la démonstration que ces deux objectifs ne sont pas incompatibles
? Peut-on décider de lavenir dun tel écosystème
sans associer les populations aux discussions ? Questions usuelles qui prennent
ici un tour très particulier compte tenu du haut degré
dexploitation du milieu et de limportance des populations riveraines.

Figure 1. Carte du Nord du Maroc montrant lemplacement du Parc
(rectangle vert)
Figure 2. Les différents découpages de la zone du Parc
En haut : découpage administratif avec les noms des provinces
(encadrés) et des communes rurales
En bas : les différentes fractions de tribus
Le contexte socio-économique
37 villages autour dun parc
Le parc du Haut Atlas Oriental, dont le cadre nest pas encore
officiellement arrêté, occuperait un espace denviron 50
000 hectares (voir cartes) qui reprend en fait approximativement les limites
du « Parc à mouflons » dont limplantation fut
décidée il y a une dizaine d'années puis organisée
à partir de 1989. Région particulièrement enclavée,
très mal desservie par des pistes non stabilisées en très
mauvais état, elle est restée à l'écart du
développement agricole et na reçu que peu d'aides de
lÉtat, malgré l'importance de la population concernée
(plus de 3 000 foyers, près de 20 000 habitants). Elle n'est pas
totalement autarcique pour autant et se connecte à l'économie
nationale par un maigre réseau de souks (Imilchil, Tounfit, El Ksiba,
Rich). Elle n'est pas non plus complètement figée dans un
système de production traditionnel, mais évolue lentement au
rythme de quelques rares innovations.
Si l'on considère l'ensemble de la zone du Parc, on constate que 37
villages ont des terroirs qui empiètent plus ou moins largement sur
l'espace considéré, découpant ainsi un vaste ensemble
bien au delà des limites proprement dites du Parc. Celui-ci occupe
donc la partie haute d'une région beaucoup plus vaste qui s'organise
à partir des villages installés entre 1 700 et 2 400 m
daltitude à sa périphérie.
Sur le plan des structures socio-politiques, deux découpages coexistent,
lun administratif (la zone est écartelée entre trois
provinces : Beni Mellal, Khenifra, Er Rachidia, et touche quatre communes
rurales), lautre sociologique, auquel officiellement on ne doit plus
faire référence, mais qui nous intéresse dautant
plus quil décide de lorganisation et de laccès
aux ressources pastorales et forestières.
Lunité sociale est évidente car la région du Parc
concerne deux communautés ethniques, les Ait Hadidou et les Ait Yahya,
qui font partie de la grande confédération des Ait Yafelman.
Ces deux tribus berbères, de dialecte tamazight, répondent
au modèle segmentaire bien connu que décrivent les anthropologues
: un ancêtre commun, un système emboîté de segments
à différents niveaux (fractions, lignages), un territoire pour
chaque segment, etc. Pour un paysan de ces vallées, laccès
aux ressources est donc organisé et commandé à
différents niveaux, la tribu pour les parcours daltitude, la
fraction pour les parcours forestiers et certains pâturages
réservés, le village ou le lignage pour leau des canaux
dirrigation. Les gens se réfèrent cependant plus volontiers
à deux de ces niveaux et donc à deux territoires, celui du
village et celui de la fraction, tant chez les Ait Yahya (fractions Ait Ameur
ou Hami, Ait Fdoli et Ait Moussa) que chez les Ait Haddidou (fractions Ait
Ouderhour, Ait Brahim et Ait Yazza).
Le système agraire des montagnes sèches et froides
L'organisation des systèmes agraires répond à un
modèle caractéristique que l'on pourrait définir comme
celui de « vallées irriguées de montagnes sèches
sous influence méditerranéenne ». On repère
classiquement trois sous-ensembles. Le premier est intensif et occupe les
fonds de vallée à travers un lacis dense de terrasses qui portent
des cultures irriguées sur de modestes superficies de statut privé.
Le second est le vaste domaine de statut collectif, domanial ou «
présumé domanial », très extensif, qui s'étend
sur les pentes des bassins versants et qui supporte pelouses, parcours et
forêts que pâturent des troupeaux de petits ruminants. Le
troisième enfin est intermédiaire et comporte des cultures
en sec (le bour) d'importance très variable, dont le statut foncier
est fort ambigu (disons un melk contesté), et des zones floues entre
irrigué et bour au statut tout aussi vague.
Femme berbère (tamazight), dessin CV
Les exploitations agricoles combinent ainsi ces trois espaces au sein
d'unités de production de petite taille (de 0,5 à 2 ha en
irrigué, à peine plus en sec ) qui se ressemblent beaucoup.
On repère trois grands types de ressources dans ces exploitations
:
- d'abord l'élevage ; c'est en général la production
principale. Presque tous les foyers exploitent une ou deux vaches laitières
accompagnées de leur descendance, entretiennent un mulet ou un âne,
voire plusieurs dans les grandes familles, pour les besoins du transport
et des travaux agricoles et, enfin, élèvent pour les deux tiers
d'entre eux un troupeau de moutons et de chèvres en mélange
d'importance très variable selon les types d'éleveurs (20 à
50 têtes en général, rarement plus de 200). Sont
autoconsommés au sein des familles le lait des vaches et des
chèvres, quelques chevreaux ; laine, poils et peaux sont utilisés
sur place au moins en partie. Par contre on vend au souk les agneaux, les
chevreaux restants, les veaux et les animaux de réforme ;
- parallèlement à cette activité d'élevage,
l'agriculture en irrigué est menée de façon
particulièrement attentive sur les terrasses aménagées
dans les fonds de vallée. Trois facteurs expliquent son fort niveau
d'intensification : 1) le système d'irrigation très performant
des seguia qui prennent l'eau sur la rivière et la distribuent selon
des règles coutumières parfaitement respectées, 2)
l'épandage du fumier produit par tous les animaux et notamment celui
des petits ruminants récupéré systématiquement
dans les bergeries, même les plus lointaines, et transporté
à dos de mulet, 3) le travail agricole qui s'apparente à du
jardinage tant il est soigné et qui réclame une main uvre
abondante. Les cultures sont nombreuses et diversifiées. Il faut
distinguer parmi les productions celles qui sont destinées à
l'autoconsommation (les céréales comme le blé dur, l'orge
et le maïs, les légumes comme les navets, les oignons, une partie
des pommes de terre, les fourrages comme la luzerne et l'orge en vert) et
celles qui sont destinées à la vente (les pommes de terres
qui ne sont pas auto-consommées, les produits de l'arboriculture et
notamment les pommes), et quelques autres surplus occasionnels (noix, perches
de peuplier, navets, carottes..).
- l'agriculture en bour est plus incertaine et se pratique selon un assolement
biennal, céréales-jachères, les céréales
venant s'ajouter à la production en irrigué.
Le produit brut dune exploitation agricole moyenne ne saurait
dépasser 15 000 à 20 000 Dh (20% pour les cultures et 80% pour
les troupeaux) dont il faut soustraire 1 000 à 2 000 Dh de charges
(orge pour les animaux, engrais, outils) pour estimer le surplus consacré
essentiellement à lachat de farine de blé tendre,
dépicerie (thé, sucre...) et autres dépenses
familiales. Les revenus de lémigration saisonnière qui
viennent éventuellement sajouter, restent modestes, 2 000 à
3 000 Dh par an.
Une telle description occulte bien sûr les multiples particularismes
propres à ces vallées. Quelques facteurs de variation introduisent
des différences sensibles entre terroirs, comme la place de la forêt
et des ressources forestières, l'intensification plus ou moins
poussée liée à l'altitude et aux disponibilités
en eau, la place des cultures en bour éminemment variable dun
terroir à lautre, la place des différentes
céréales en considérant les terroirs « à
maïs », chauds et irrigués, et les terroirs d'altitude où
le maïs cède la première place à l'orge ou au blé
dur. Enfin, quelques villages mieux desservis par la piste (vallée
dOuterbat) vivent des changements spectaculaires liés au
développement des pommes et des pommes de terre destinées à
la vente, en sacrifiant délibérément la sole
céréalière destinée à l'autoconsommation.
Autre révolution, larrivée en 1990 de la batteuse, qui,
louée à lentreprise, sest rapidement propagée
dans les villages accessibles. Ces batteuses, de marque turque, expédient
en moins dune heure un travail qui réclamait
précédemment 15 jours, car il fallait rendre le travail fait
en équipe avec laide des mulets des voisins.
Utilisation de lespace pastoral par les troupeaux
Cette région est à plus d'un titre exceptionnelle, puisqu'on
y rencontre tous les types de déplacements, du nomadisme au
déplacement quotidien. C'est avant tout le troupeau des petits ruminants
qui est impliqué dans les déplacements à distance, bovins
et équidés séjournant le plus souvent autour des villages
et revenant chaque soir à la maison.
Le type le plus extrême est le semi nomadisme qu'on rencontre surtout
dans certains villages Ait Haddidou. Les familles nomades (Rahali) ne disposent
en général au village que d'un habitat fixe sommaire,
inhabité les trois quart de l'année et ne servant qu'à
remiser du matériel et des stocks alimentaires. Vivant la plupart
du temps sous la grande tente, elles circulent entre le « Sahara »
l'hiver et le plateau des lacs l'été, ne restant au village,
lors de leurs passages à la fin du printemps et en automne, que le
temps de faire les travaux agricoles indispensables sur les rares parcelles
cultivées et confiées à des ouvriers salariés
chargés de l'irrigation. L'été, quelques navettes entre
Islane, où ils séjournent, et le village, où ils
possèdent quelques parcelles, permettent aux hommes d'effectuer la
récolte et le battage. Pour certains, l'usage très récent
de la batteuse, comme on la signalé, règle le problème
de façon expéditive en moins d'une demi journée.
Un type proche du précédent est représenté par
ce qu'il est convenu d'appeler la transhumance double. Le troupeau
circule entre les pâturages d'altitude l'été et le Sahara
l'hiver. Si tous les membres de la famille sont présents au début
de l'été sous la grande tente lors de l'ouverture des agdal,
très vite beaucoup d'entre eux redescendent au village pour se plier
aux multiples tâches agricoles. Le berger, en général
un jeune adulte de la famille, passe le reste de la saison sous la tente
pour ne revenir au village qu'à l'automne, se grouper à plusieurs
bergers puis repartir vers le Sahara à pied ou en camion, et nen
revenir quen avril.
La transhumance estivale simple est le type le plus
représenté. Les troupeaux montent au printemps sur les estives
d'attente, utilisent les agdal dès leur ouverture puis sortent sur
les pâturages de fin de saison. L'hiver, deux formules sont possibles.
Si le chef d'exploitation dispose d'un azib (« kouri »), dans un
lieu d'hivernage, le troupeau s'y rend, accompagné d'une partie de
la famille qui passe là les jours les plus difficiles de l'année
à nourrir les animaux de feuillages et de compléments... et
à se réchauffer autour du « fourneau » qui brûle
nuit et jour. Ils ne reviendront au village qu'en cas de mauvais temps persistant
et si les stocks fourragers (orge et paille) sont épuisés.
En l'absence d'azib, les animaux pâturent à proximité
des villages où ils reviennent chaque soir.
« Faire ifrilil » : ce type de déplacement très
courant est propre à la région et conduit les bergers à
partir seuls quelques jours, voire plusieurs semaines, avec un matériel
minimum (une petite tente, une toile ou un simple burnous si une grotte fournit
labri), et de quoi se nourrir : un sac de farine, du thé et
du sucre... Se débrouillant comme ils peuvent pour faire la cuisine,
et ravitaillés de temps à autre, on dit qu'ils « font
ifrilil », c'est-à-dire que, sans l'aide de personne, ils font
leur pain eux mêmes. C'est une pratique courante pendant les beaux
jours, mais aussi l'hiver au Sahara. Les animaux sont parqués le soir
dans un enclos sommaire pour les protéger du froid et des chacals.
C'est un mode de vie particulièrement austère que seuls les
adolescents, auxquels on ne demande pas leur avis, peuvent supporter.
Les sédentaires : pour beaucoup de petits troupeaux, les
déplacements se limitent aux parcours proches avec retour chaque soir
à la bergerie, été comme hiver.
Différents facteurs agissent sur les modes d'occupation de l'espace
pastoral et en premier lieu ceux qui relèvent du climat et de la
végétation. Dans ces pays de montagne, le climat, l'altitude,
l'exposition, et les ressources alimentaires disponibles déterminent
les déplacements selon des schémas classiques : été
en altitude et hiver dans les parties basses des terroirs, en forêt,
ou vers les régions sahariennes pour les grands transhumants,
fréquentation des versants ensoleillés (assameur) en hiver
et au début du printemps, et des versants « à l'ombre
» (amalou) en fin d'été et en automne.
Mais les déplacements qui obéissent et sadaptent à
ces contraintes naturelles, se plient aussi à une organisation
pastorale de type coutumier. On sait que les éleveurs utilisent
un espace pastoral particulier qu'on peut désigner comme leur «
territoire », composé de parcours dont le statut est collectif
ou domanial, et qui sont pâturés et attribués à
des ayants-droits précis dans le respect des droits coutumiers
entérinés par l'usage. Chaque communauté villageoise
exploite ainsi un certain nombre de pâturages ou "parcs pastoraux"
dont certains sont à usage exclusif et d'autres exploités en
commun par plusieurs communautés. On distinguera de ce fait, 1) les
parcs pastoraux tribaux ou intertribaux (le plus fameux est celui d'Islane
dit du « Plateau des lacs », utilisé en commun par les Ait
Haddidou et les Ait Ameur ou Hami (Ait Yahya), 2) les parcs pastoraux de
fraction qui sont les plus courants, par exemple chez les Ait Ameur, les
Ait Fdouli et les Ait Brahim d'Outerbat, et 3) les parcs pastoraux de village
pour des secteurs trop excentrés pour être utilisés par
l'ensemble des villages de la fraction.
Tente berbère (thahvamt n imazign), dessin CV
Sur les territoires pastoraux qui englobent des parties de la forêt domaniale, coexistent par conséquent deux types de règles, celles de l'organisation coutumière qui précisent les limites et les ayants droits, et celles de la législation forestière qui imposent tant bien que mal les mises en défens après coupe, les secteurs en régénération, les interdictions pour les prélèvements illicites de feuillages et de bois duvre, ou pour la chasse au mouflon et au sanglier etc. Quant à la réglementation propre au Parc, qui reste à concevoir, elle devra sappliquer à tout cet espace pastoral et sylvopastoral. La coutume identifie différents droits sur les parcours et notamment celui de pâturer avec installation ou non de la tente, avec ou sans la possibilité de « faire ifrilil », celui de couper ou non l'herbe à l'ouverture des agdal, celui d'y mettre les vaches ou les moutons, celui d'installer un azib, celui de cultiver, celui d'abreuver les troupeaux. Cet ensemble de règles constitue l'ossature de l'organisation pastorale au cur duquel se place l'agdal. Cette zone est certainement la région du Maroc où cette pratique est la plus représentée ; elle y est remarquablement organisée. Le principe en est simple. Il s'agit de mettre en défens - en général au printemps ou en début d'été - une zone bien délimitée du parcours dans la partie la plus productive des pelouses d'altitude et à leur périphérie. Cette interdiction de pâturer dans la période la plus sensible pour les plantes qui puisent à cette époque dans leurs réserves puis entrent en floraison, est tout à fait judicieuse puisqu'elle permet de renforcer la vigueur de la végétation et d'assurer un report sur pied de la biomasse disponible en fin de saison.
La traite (tuzga), dessin CV
L'organisation se plie toujours au même schéma traditionnel
: fermeture et ouverture à des dates convenues pouvant souffrir quelques
modifications à la demande de l'une ou l'autre des jmaa selon l'état
des ressources, surveillance exercée par des gardiens (payés
en général par les éleveurs de la fraction la plus
éloignée qui craint le plus les délits), application
d'amendes en cas de délits. Au même titre que les parcs pastoraux,
les agdal sont utilisés en commun par plusieurs tribus, par plusieurs
fractions de la même tribu, par tous les villages d'une même
fraction ou par quelques villages seulement.
Les modalités de l'exploitation des agdal. Pendant la fermeture,
les troupeaux quittent le secteur concerné y compris les sédentaires
qui séjournent le restant de l'année dans les bergeries dont
la construction a été permise ou tolérée. A
l'ouverture, les agdal les plus riches sont fauchés par les familles
de transhumants (et même de non transhumants) qui font du foin. Certains
agdal ne sont ouverts dans un premier temps qu'aux vaches et aux mulets,
puis un mois après aux petits ruminants, d'autres ne sont ouverts
que dans la journée, le berger ne devant pas « faire ifrilil
» . Les dates douverture des agdal peuvent se combiner entre elles
comme chez les Ait Ameur où les troupeaux pâturent autour de
Ioualghizen jusqu'à la fermeture de l'agdal (14 mars), vont dans les
forêts de Tarhiouine ou de Tallount ou vers le Fazzaz jusqu'à
l'ouverture d'Islane (14 juin), puis reviennent le 14 juillet à
l'ouverture d'Ioualghizen, pour finir par pâturer Amalou n'Fazzaz
fermé du 10 juin au 10 août.
Certains agdal sont réservés à proximité des
villages pour le gros bétail gardé collectivement. Cest
le système du « tiwili » très répandu
dans les villages car il permet de s'affranchir du gardiennage des vaches
et des mulets dans les périodes de gros travaux agricoles.
A la lumière de ces exemples, il nous faut donc insister sur l'importance
de cette organisation pastorale qui, tout en se coulant dans le cadre
imposé par les contraintes du milieu naturel, règle néanmoins
dans leurs grandes lignes les déplacements des éleveurs au
travers de ces vastes espaces.
[R] 2. La gestion du Parc et les problèmes actuels
Jusquà présent les ambitions des Services forestiers, responsables du « Parc à mouflons », se sont limitées à la stricte protection de la faune sauvage, le mouflon et le sanglier, et à lapplication de la législation forestière au même titre que pour nimporte quelle autre forêt du Maroc.
Des parcours forestiers dégradés
Les parcours forestiers sont dans un état de dégradation alarmant.
On en connaît les causes : multiplication des azib à la
lisière des forêts pour mieux utiliser les ressources disponibles
l'hiver, défrichements et mises en culture pour étendre la
zone de culture en sec, écimage et élagage des arbres puis
pâturage sur place, coupe et transports incontrôlés de
feuillages.
Le problème fondamental réside donc dans la totale
incompréhension entre éleveurs et agents forestiers. Les premiers,
confrontés au rude problème de l'alimentation hivernale des
animaux, n'acceptent pas les interdits imposés par la réglementation
forestière sur un espace qu'ils vivent comme étant le leur
et dont ils contestent la domanialité. Les seconds, dans
l'incapacité de contrôler l'ensemble du périmètre
domanial dont ils ont la charge, se bornent à percevoir quelques taxes
de principe pour les menus produits et l'ébranchage, et à
pourchasser les délinquants. Mais qui n'est pas délinquant
?
On peut certes exciper dune situation écologique limite pour
comprendre le mauvais état de ces écosystèmes forestiers
très vulnérables à toute action humaine. Mais nest-ce
pas plutôt l'illustration d'une mauvaise gestion par une population
déresponsabilisée et privée de tout pouvoir de
décision sur son espace ?
Taserdunt durbdans, dessin CV
Des parcours collectifs en sursis
Il en va différemment des parcours asylvatiques gérés
par les collectivités qui manifestent à leur égard un
comportement qu'on pourrait qualifier de « patrimonial », donc
responsable. L'organisation coutumière est partout présente,
orchestrant dans le détail les déplacements des éleveurs
grâce au système des agdal. Ce système est-il durable
? Il présente en vérité quelques faiblesses. Selon la
règle coutumière, il n'y a pas de limitation des effectifs
animaux. Chacun met ce qu'il veut ou ce qu'il peut sur le parcours. Si autrefois
le problème ne se posait pas, il y a à présent excès
d'animaux. Beaucoup d'éleveurs quittent d'ailleurs les agdal trop
rapidement épuisés après moins dun mois de
pâturage. Deuxième risque, majeur celui là, la multiplication
des bergeries et les mises en culture. Certains agdal sont plus menacés
que d'autres, le risque étant aggravé par la présence
de plus en plus nombreuse de jeunes éleveurs qui hivernent sur place
et pâturent sans relâche en dehors des périodes de mises
en défens. Le diagnostic final doit donc être nuancé
sur ces espaces, certes gérés sur un mode traditionnel qui
a fait ses preuves, mais en équilibre fragile.
La pression de la faune sauvage
Au niveau des villages, le « Parc à mouflons » dans sa
définition actuelle n'a pas un impact très lourd sur les
systèmes de production à quelques exceptions notoires près.
Concrètement, la législation telle qu'elle est appliquée
depuis quelques années s'est traduite par l'interdiction totale de
chasser mouflons et sangliers dont les populations se sont rapidement
multipliées.
Dans létat actuel des effectifs, les mouflons (350 adultes)
et les troupeaux ovins-caprins (80 000 adultes) ne se font pas beaucoup
concurrence sur les parcours. Certes les bergers grimpent dans des endroits
difficiles où les mouflons séjournent (Jbel Issoual, Jbel Fazzaz,
Jbel Aberdouz) mais sur de courtes périodes. La coexistence semble
donc pacifique, d'autant que les menaces de sanctions terribles agitées
par les forestiers, et sans doute amplifiées par la rumeur, dissuadent
de tout braconnage. Quant aux mouflons eux mêmes, ils ne s'aventurent
pas trop sur les terroirs agricoles. Quelques dégâts au début
du printemps sur les céréales en bour, voire dans les maïs
en irrigué dans des terroirs très isolés en fin
d'été, sont vigoureusement dénoncés par les paysans
d'Anefgou, mais on peut espérer à terme une intégration
sans heurt du mouflon dans l'écosystème pour peu que la
législation du Parc futur soit compréhensive et que des
dédommagements raisonnables soient prévus.
Le problème est autrement sérieux avec le sanglier dont la
population s'est multipliée avec une telle rapidité dans les
territoires forestiers, qu'il est devenu un fléau dont on rend bien
sûr responsable l'administration forestière coupable de le
défendre. « Les forestiers sont-ils les ennemis de la population,
souhaitent-ils protéger le sanglier contre la vie de nos enfants ?
» Paralysés par la peur de commettre un délit de braconnage,
ne disposant pas par ailleurs de fusils de chasse, les paysans en sont
réduits à défendre leurs cultures en organisant des
gardes nocturnes qui mobilisent tous les adultes des villages riverains de
la forêt. Beaucoup d'agriculteurs hésitent maintenant à
faire du maïs ou des pommes de terre sur des terrasses éloignées
de leur village et difficiles à protéger.
Tous les paysans n'ont pas cette patience et dans les vallées isolées du versant saharien les rares sangliers, venus des forêts du Nord, provoquent un branle-bas de combat dans tous les villages qui conduit en général à leur rapide élimination (ils sont ensuite partagés équitablement et discrètement cuisinés !).
Cette mise en perspective des problèmes et des atouts propres à
cette région conduit donc à défendre lidée
que linstallation dun parc naturel qui ne viserait quà
préserver l'écosystème et à protéger la
faune sauvage dans une région dont la population est d'un niveau de
vie très bas et qui réclame qu'on s'occupe d'elle, serait
socialement inacceptable et rencontrerait une telle hostilité que
le remède à terme serait pire que le mal. Il faut
impérativement que la gestion de ce Parc intègre, accompagne
et vienne conforter le développement local. On doit ainsi assigner
à ce projet des objectifs plus ambitieux et plus réalistes.
Élaborer une gestion environnementale qui assure un développement
durable des systèmes de production est possible pour peu que lon
sattache à mieux gérer les ressources naturelles. Le
paradoxe tient à ce que ladministration, face à une
société qui a su sorganiser précisément
pour le faire, se garde bien de la consulter ou de sappuyer sur ce
cadre coutumier, tant dans le domaine collectif que dans les forêts
domaniales. Lorganisation pastorale, connue dans ses grandes lignes,
a pourtant besoin dêtre mieux comprise pour être
confortée et défendue. Le Parc viserait ainsi trois objectifs
étroitement reliés entre eux : 1) sauvegarder un patrimoine
culturel, 2) en sappuyant sur une organisation coutumière
consolidée, 3) pour mieux gérer les ressources.
Sans entrer dans le détail des actions à entreprendre, on peut
citer, à propos des agdal le contrôle strict des constructions
de bergeries et le paiement dun « droit à pâturer
», à propos des ressources forestières lorganisation
dapports de substitution (paille), la gestion de la cueillette des
feuillages (chêne vert et frêne) selon un plan
daménagement sylvopastoral des taillis organisé village
par village et non plus par triage (dont les limites actuelles
méconnaissent superbement lorganisation spatiale coutumière),
des plantations privées (peupliers, frêne), à propos
de la faune sauvage, la gestion raisonnée de la population des sangliers
par des plans de chasse, linstallation de clôtures sur le pourtour
des terroirs irrigués exposés, la mise en uvre
dindemnisations pour les déprédations commises par les
mouflons et les sangliers.

Meule à grain (taqrrutt n yizid), dessin CV
Améliorer le niveau de vie des villageois est un objectif important,
bien quon puisse penser qu'il ne relève pas exactement de la
compétence du Parc mais plutôt de plans de développement
financés par des structures ad hoc. Ce serait un mauvais calcul, car
la gestion durable des ressources naturelles dont nous traitons ici (forêts
et parcours) doit se mener sur deux fronts : la gestion directe de ces ressources
et la recherche d'activités nouvelles qui puisse permettre de
décharger la pression sur ces secteurs fragiles.
Le Parc dans ce domaine peut certes s'associer à un projet plus global.
Mais il peut l'initier et canaliser des financements avec un double objectif
: favoriser les investissements et l'intensification du terroir irrigué
(les conditions en sont connues à limitation dautres secteurs
du Haut Atlas mieux mis en valeur), trouver d'autres sources de revenus en
dehors de l'agriculture, et notamment le tourisme rural amené par
le Parc. Ainsi, indirectement, on peut déclencher un mouvement relatif
de désinvestissement dans le secteur extensif de l'exploitation
forestière et pastorale par les troupeaux, et des cultures en bour.
C'est du moins l'enseignement que l'on peut tirer de l'étude de situations
analogues dans des régions du Haut Atlas qui ont mené des
programmes actifs de désen
Faire connaître et respecter le particularisme régional et notamment
sociologique propre aux groupes Ait Haddidou et Ait Yahya est un dernier
enjeu. Le Parc devrait savoir générer un tourisme rural actif
en mettant en relief et en protégeant les exceptionnelles richesses
ethnologiques (les coutumes, les modes de
vie..)(1), sociologiques (les traits passionnants propres
à lorganisation de ces sociétés que nous avons
développés à propos de cette étude des systèmes
agraires), historiques (le Tazigzaout est un haut lieu de la résistance
marocaine à la pénétration coloniale et est visité
chaque année par plus d'un millier de pèlerins qui viennent
se recueillir sur les lieux des combats qui conservent de multiples
témoignages émouvants de ces hauts faits d'arme), écologiques
et paysagères (l'extraordinaire diversité géomorphologique,
la beauté des paysages...).
Différents courants traversent en vérité
ladministration marocaine sur les politiques à tenir dans ces
régions marginales. Il y a loption dominante, celle des
autorités locales, qui prêchent la prudence politique, la non
décision et le statu quo en fermant les yeux sur les abus tant
quils ne débordent pas léchelon local et quils
sont supposés faire parti du « jeu social ». En face, le
discours écologique nest porté que par les « forestiers
» sur un mode uniquement répressif et nest soutenu par
aucune catégorie dusagers (pas de touristes, pas de chasseurs).
Reste le parti des tenants de la croissance économique qui
sappuyant sur louverture de pistes, la création
décoles, lélectrification et le développement
agricole, peuvent espérer peser indirectement sur la gestion des
ressources naturelles et viser un développement durable... mais dans
le cadre de projets de développement que les bailleurs de fonds ont,
jusquà présent, jugés non rentables. De ce point
de vue, la reconnaissance des externalités liées aux processus
de production, qui oblige explicitement à « internaliser les
externalités » tant négatives que positives (donc à
prendre en compte le coût de restauration des ressources
dégradées) ne peut que justifier économiquement
limplantation dun tel Parc.
Ainsi, associant dans un même ensemble la faune sauvage et les hommes,
on pourrait symboliquement appeler ce projet « Parc national des agdal
et des mouflons du Haut Atlas Oriental » car tel est l'enjeu : promouvoir
le développement rural afin de mieux gérer les ressources
naturelles et non pas préserver les ressources naturelles tout en
assurant le développement rural. La nuance nest pas mince.

Lappel de la pluie (ttlg.nza), dessin CV
Agdal : plur. Igoudlan ; en langue tachelhit (berbère), ce
mot désigne une aire collective de pâturage dont louverture
et la fermeture sont opérées à dates fixes par la
communauté des usagers. Mot tiré de la racine GDL qui en
berbère a le sens de garder, refuser.
Azib : pour la région considérée, les azib sont
des abris ou de petites constructions en dur constituées dune
bergerie et dune pièce dhabitation, à
lécart du village.
Bour : cultures en bour ou cultures pluviales (en sec).
Harka : colonne armée.
Jmaa : assemblée villageoise des chefs de famille.
Melk : terres melk ou terres en propriété.
Moussem : fête votive.
Moqqadem : agent dautorité au niveau local, équivalent
approximatif de notre garde-champêtre.
Seguia : canal dirrigation.
Souk : marché hebdomadaire.
1 franc français vaut 1,6 dirham (printemps 1997)
Cest un exemple. A partir du mois de mai, le troupeau du village
composé de 100 vaches et de 50 mulets est mené chaque jour
sur des prairies collectives (ilmouten) spécialement mises en
défens. Un moqqadem spécialisé s'occupe de l'organisation
du tiwili. Six bergers sont désignés chaque jour selon un tour
de rôle (nouba) de 22 jours (132 foyers sont donc impliqués).
Chaque foyer dépèche une personne -fille ou garçon-
quel que soit le nombre d'animaux exploité. Chaque matin à
8 heures, les femmes amènent les animaux à la sortie du village
qui partent alors au pâturage et seront de retour vers 17 heures.
Au troupeau des vaches s'ajoutent deux taureaux collectifs qui le soir sont
gardés séparément dans deux étables du village
selon un double tour de rôle où sont impliqués les 132
foyers d'éleveurs. Ces taureaux sont en partie nourris sur le stock
de céréales géré par la Jmaa et
régulièrement approvisionné par les amendes des délits
de culture. Lorsque le « tiwili » prend fin après l'Agdoud
(moussem d'Imilchil en mi septembre), l'un des taureaux poursuit sa
carrière sur le même mode, l'autre est alors vendu aux
enchères au plus offrant des éleveurs du village. Le montant
de la vente n'est cependant réclamé par la Jmaa qu'au mois
de mai de l'année suivante pour l'achat d'un nouveau taureau. Entre
temps, l'acheteur aura revendu le premier taureau avec bénéfices
après l'avoir engraissé.
Toutes les essences forestières sont mises à contribution,
le Chêne vert, le Cèdre, le Genévrier oxycèdre
ou thurifère, le Frêne, etc. Les coupes de feuillage étant
interdites par le forestier, les éleveurs ont quelques réticences
à reconnaître le rôle clef de ces apports. Le feuillage
du cèdre notamment est très apprécié des animaux.
C'est surtout en mars, quand la neige disparaît des adrets (amalou)
où sont les plus belles forêts, que les bergers commettent les
plus graves délits. Mais les cédraies étant plus
étroitement surveillées, c'est le chêne vert qui est
l'objet des plus gros prélèvements. Certes, un certain
contrôle s'exerce également, mais beaucoup plus souple et empreint
d'une certaine tolérance. Comment en serait-il autrement ? Tout
éleveur est par nécessité un délinquant au regard
de la législation forestière, conçue pour d'autres
systèmes agroforestiers que ceux-là.
Beaucoup d'éleveurs préfèrent grimper dans les arbres
et couper sur place des feuillages en nourrissant directement le troupeau
massé au pied de l'arbre pour éviter le transport mais aussi
pour ne pas laisser traîner dans les bergeries des preuves compromettantes.
Les jours de neige, les transports de feuillage sont systématiques
(environ 3 ou 4 chênes sont « exploités » par jour
pour un troupeau de 50 têtes), sinon, en temps normal, plusieurs
chargements de mulets sont ramenés par semaine (3 à 5) le soir
dans les bergeries où les branchages sont suspendus sur une corde.
Ainsi, les besoins par hiver en feuillages transportés (feuilles et
bois) sont d'environ 4 à 5 tonnes pour un troupeau moyen de 50
têtes.
L'été 95, sur le seul terroir d'Anefgou, on comptait une centaine d'abris de branchages ou de tentes qui furent occupés chaque nuit pendant une période de deux mois. Par exemple, chez le moqqadem, la famille s'organise la nuit en deux équipes, lui et ses trois enfants en amont d'Anefgou près des maïs, son grand fils accompagné de sa mère et des quatre enfants plus petits abrités sous une couverture, en aval près d'un grand champ de pommes de terre. On entretient un feu continu, on boit du thé pour se tenir éveillé, on projette de temps à autre le faisceau de la lampe torche dans les rangs de patates en poussant des grands cris et en faisant ronfler des pierres avec la fronde. Toute la nuit, la vallée s'emplit de bruits et du hurlement des chiens qui repoussent les bandes de 10 ou 15 sangliers naviguant d'un champ à l'autre. Le matin, tous les visages sont marqués par la fatigue.
La résistance des Ait Yahya à la pénétration des troupes coloniales fut incroyable. Menés par le marabout Imhiouach, Sidi el Mekki (qui dune cartouche magique tirée de son fusil devait sonner lheure de la délivrance), les derniers dissidents rescapés de la prise de Tounfit constituèrent une puissante harka de près de 1000 combattants décidés à en découdre et organisèrent leur défense sur le flanc Ouest du Jbel Tazigzaout. Ils tinrent 3 semaines face à plusieurs dizaines de milliers de soldats et de partisans (leurs ennemis de toujours, les gens de la plaine) et malgré les tirs dartillerie, les mitrailleuses et les bombardements de laviation, ils opposèrent une résistance acharnée. Ce fut le plus dur des combats de lAtlas et cest à larme blanche et à coups de grenades quils furent délogés un à un des trous dhomme quils sétaient aménagés sous les racines des cèdres. Leur résistance fut héroïque mais vaine. Le 13 septembre 1932, Sidi El Mekki finit par se rendre avec les femmes et les enfants qui durant les combats sétaient réfugiés plus haut dans des grottes. Cest à présent un lieu sacré.
Note
(1) Pour les spécialistes, lextrême
originalité des institutions sociales des Ait Haddidou et des Ait
Yahya, notamment les mariages annuels de groupe, est sans équivalent
dans toute lAfrique du Nord.
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