L' Ail, une semence à part
Variabilité génétique
Structures génétiques
La situation variétale en France
La réglementatiuon de la commercialisation des semences
d'ail
Contexte économique de la sélection
encadré : Allium cepa et Allium et Allium ascalonicum
L'Ail, Allium sativum, est une espèce à multiplication végétative qui a vraisemblablement perdu son aptitude à la multiplication sexuée au cours de la diversification des Allium. Ainsi, au sein des principaux Allium cultivés, le Poireau, Allium porrum, a conservé son potentiel total d'aptitude à la multiplication sexuée (la multiplication végétative est possible mais à taux de multiplication très réduit) ; l'Ail est à l'autre extrémité. L'Oignon, Allium cepa, et l'Echalote, Allium ascalonicum (voir encadré ci-après) représentent un cas intermédiaire : ils présentent encore les deux formes de multiplication selon les variétés.
La variabilité génétique actuelle provient essentiellement
de mutations progressives, stables, parfois encore observables comme dans
les mutants de couleur de feuillage, ou instables (exemple de la variation
de couleur des tuniques chez le type Lautrec). Au niveau mondial cette
variabilité est encore très large :
- adaptation physiologique aux effets de la latitude ou de la photopériode,
besoins en froid pour la montaison des hampes florales, température
de conservation, précocité, etc. ;
- taille, couleur des bulbes, disposition des caïeux par rapport aux
tuniques ;
- taux de multiplication.
Messiaen a décrit et classé ces variabilités physiologiques,
phénotypiques et biochimiques selon une nomenclature en 6 groupes,
concernant les variétés occidentales, mais qui n'inclut pas
celle d'Asie (Proche-Orient, centre d'origine en Asie centrale et Extrême
Orient tempéré).
La culture de l'Ail s'est largement répandue sur tout le globe en
se localisant dans de grandes zones :
- l'Europe où prédominent les groupes 1, 2 et 3 (4 en Europe
de l'Est) avec une variabilité faible mais non négligeable
dans chaque groupe ;
- l'Extrême Orient tempéré (Chine, Japon) avec un
matériel non assimilable aux groupes occidentaux, homogène
pour les isozymes, mais où pourraient sans doute être
distingués des groupes morpho-physiologiques ;
- les zones subtropicales de part et d'autre de l'Equateur où
prédominent les groupes 5 et 6.
Sans doute à partir du XVIe siècle, la culture de l'Ail s'est
répandue dans le Nouveau Monde et les pays tempérés
ou subtropicaux de l'Hémisphère sud, en retrouvant pour les
différents groupes les même zones climatiques : groupes 1, 2
et 3 en Californie et au sud de l'Angleterre, 6 au Mexique et au Pérou,
5 dans la Zone caraïbe et au nord de l'Argentine.
Grâce à l'intensification des échanges scientifiques
et commerciaux en notre fin de XXe siècle, des variétés
" exotiques " commencent à être cultivées dans les zones
traditionelles. Un " asiatique précoce" originaire de Tachkent (Sprint)
a été introduit en France par la voie " scientifique ". Au
contraire, c'est de façon tout-à-fait " informelle " que la
culture de l'Ail de Chine du Nord s'est répandue en Espagne. Quant
aux variétés du centre d'origine, c'est sans doute sous forme
de clones issus de graines qu'elles apparaîtront dans notre catalogue.
Les variétés locales se sont créées et maintenues
sous forme de populations multipliées végétativement
sur lesquelles l'agriculteur a exercé lui-même des pressions
de sélection par sélection massale (*) jusqu'à ces
dernières années. Par contre, dans les pays où la
sélection sanitaire et agronomique a été mise en place
très tôt, les clones créés ont rapidement
remplacé les populations d'origine compte tenu des gains de rendement,
évalués à 30 % minimum (Europe occidentale, Israël,
Etats-Unis, etc.). Dans ces pays, l'érosion de la variabilité
génétique a été très rapide ces vingt
dernières années et les populations locales ont disparu ou
sont en danger.
L'aptitude à la multiplication sexuée est cependant toujours
présente. Elle a été observée sur quelques
caïeux originaires d'Asie Centrale introduits au Japon par Etoh, puis
en France à l'INRA. Mais les descendances de ces plantes sont d'une
variabilité génétique très réduite, au
moins au niveau morphologique. Leur exploitation actuelle dans des programmes
de sélection reste limitée. Il est vraisemblable que les
prospections ultérieures permettront d'augmenter le nombre de plantes
fertiles et la variabilité exploitable.
[R] La situation variétale en France
En France, les populations se sont maintenues jusqu'au début des
années 1960 et ont fait l'objet d'un long processus de sélection
régionale dont la richesse correspond autant à des pratiques
agronomiques que sociales (rôle de l'Ail et de sa présentation
pour l'alimentation des communautés rurales).
Le matériel recensé par. Messiaen entre 1960 et 1970 regroupe
les populations suivantes, classées par ordre de précocité
décroissante.
a) Type Hiver (à planter avant le 15
décembre)
- Le Rougeatre de Vendée, groupe 3 : gros bulbe à tuniques
anthocyanées, de présentation assez asymétrique,
utilisé pour la récolte en vert, conservation faible dans laquelle
Messiaen avait sélectionné le clone Vendéen 14 (VD 14),
qui semble ne plus être maintenu. La population sera difficile à
retrouver.
- Le Violet de Cadours, groupe 3 : gros bulbe à tuniques
anthocyanées, utilisé pour la récolte en vert et en
sec, conservation moyenne, dans laquelle Messiaen a sélectionné
le clone VC6, dénommé Germidour pour sa version indemne du
virus de la Bigarrure de l'oignon (OYDV) (obtenteur INRA) indemne d'OYDV,
aujourd'hui largement cultivé. Sa physiologie est très proche
des populations Blanc de Beaumont et Blanc de la Drôme et leur
identification enzymatique et moléculaire sont identiques (s'agit-il
d'une mutation pour la couleur des tuniques ?). La culture se fait sur tout
le territoire mais majoritairement dans le Sud de la France.
La population, sauf nouvel élément, a disparu d'après
l'enquête Groupement national interprofessionnelle des semences (GNIS)
de 1988, les lots forains étant constitués de multiplications
de Germidour sous une forme virosée.
- Le Blanc de Beaumont (= Blanc de Lomagne), groupe 3 : gros
bulbe à tuniques blanches, utilisé pour la récolte en
vert et en sec, à conservation moyenne. Original par son bulbe
asymétrique avec caïeu externe supplémentaire. Le bulbe
est plus elliptique que le Blanc de la Drome, le port plus dressé
et la pseudotige plus longue (caractères sélectionnés
par les agriculteurs, une partie de la production s'écoulant sous
forme de tresse).
Le CEFEL, SICA LOMAIL et Duran S.A. ont sélectionné en son
sein 2 clones indemnes d'OYDV inscrits en 1992 :- Jolimont, à pseudo
tige plus longue, et Corail, à caïeux et tuniques plus blancs.
La culture est très localisée en Lomagne, autour de
Baumont-de-Lomagne.
La population est encore très diversifiée et maintenue par
les agriculteurs, Jolimont et Corail n'étant pas encore disponibles
en quantité suffisante et du fait, entre autres, des pratiques agricoles
de semences de ferme.
- Le Blanc de la Drôme, groupe 3 : gros bulbe à
tuniques blanches, utilisé pour la récolte en vert et en sec,
à conservation moyenne dans laquelle Messiaen a sélectionné
plusieurs clones :
- CT1, BL10 etc., qui furent rapidement abandonnés. Le CTIFL les a
conservés jusqu'au début de 1980.
- Messidrôme et Thermidrôme, les 2 clones leaders du marché
français en tonnage, largement répandus en Europe (indemnes
d'OYDV).
Un clone a été récemment inscrit dans ce type (indemne
d'OYDV) :
- Vigor supreme, plus tardif, plus vigoureux et de calibre plus important
(obtenteur BASIC Vegetable US)et d'autres sont en cours d'inscription.
Une partie des nouveaux clones provient de programmes de sélection
conduits en Californie à partir de la même population Blanc
de la Drôme transposée probablement aux USA. La culture se fait
sur tout le territoire mais majoritairement dans le Sud-Est.
La population, sauf nouvel élément, a disparu d'après
l'enquête GNIS de 1988, les lots forains étant constitués
de Thermidrôme et Messidrôme multipliés sous forme
virosée.
L'INRA a aussi récemment inscrit un clone de type Blanc, de physiologie
proche, mais originaire du Blanc d'Andalousie : Novatop (indemne d'OYDV).
b) Type Alternatif (à planter en hiver ou avant le 1er
février)
- Rose de Lautrec, groupe 1 : petit bulbe à tuniques roses, utilisé
pour la récolte en sec, à conservation longue, avec hampe florale
(d'où l'appellation " Ail à bâton "). Une grande partie
est commercialisée sous forme de tresse.
Des clones RLR et RLBT avaient été sélectionnés
par l'INRA vers 1970. D'autres ont été maintenus sur place
par les groupements de producteurs.
Deux clones ont été récemment inscrits (obtention INRA,
indemnes d'OYDV) : Goulurose et Iberose.
Plusieurs clones issus de populations espagnoles (Rose d'Espagne), ou italiennes,
à physiologie identique, ont été aussi inscrits (indemnes
d'OYDV) : - Sultop (co-obtention INRA / TOP Semence), - Moraluz (co-obtention
INRA / TOP Semence), - Morasol (co-obtention INRA / TOP Semence), -
Morasur(co-obtention INRA / TOP Semence), - Moratop (co-obtention INRA /
TOP Semence).
Certains sont suffisamment proches du Rose de Lautrec pour être admis
dans la liste des variétés autorisées à être
vendues sous le label " Rose de Lautrec " (comme Sultop). La culture est
très localisée sur la région de Lautrec (Tarn).
La population Rose de Lautrec, ainsi que les populations espagnoles et
italiennes, sont encore diversifiées et maintenues par les agriculteurs
pour les mêmes raisons que le Blanc de Beaumont.
c) Type Printemps (à planter jusqu'au 15 février, voire
le 1er mars dans le Nord de la France)
- Rose du Var, groupe 2 : bulbe moyen à tuniques externes blanches
et caïeux légèrement rosés, cultivé pour
la récolte en sec, à longue conservation. Cette population
est aussi connue sous la dénomination Rosé de Brignoles (parfois
Rose de Provence) et est proche des populations Rose d'Italie et Rose de
Corse.
Messiaen avait sélectionné à la fin des années
1960, le clone " Brignoles 14 - BR 14 " dans la population Rose de Brignoles
et le clone " Ro 24 " dans la population Rose d'Italie. Tandis que Pacquet
sélectionnait Fructidor dans une population d'origine corse, à
l'INRA de Clermont-Ferrand à la fin des années 1950.
Depuis, des clones indemnes d'OYDV ont été inscrits : Fructidor,
non indemne d'OYDV mais tolérant (- obtention INRA) ; - Printanor,
version indemne d'OYDV de Fructidor (- obtention INRA) ; Moulinor, indemne
d'OYDV (- obtention INRA) ; - Cristo, indemne d'OYDV (- obtention CTIFL)
;- Jardinor, indemne d'OYDV, de petit calibre (- obtention INRA).
La culture se fait sur tout le territoire, mais majoritairement dans le Sud-Est.
La population Rose du Var, sauf nouvel élément, a disparu en
France d'après l'enquête du GNIS de 1988, les lots forains
étant constitués de multiplication de Fructidor et Printanor,
virosées.
La population Rose d'Italie doit encore exister et nous n'avons pas
d'élément concernant le Rosé de Corse.
Rose d'Auvergne, groupe 2 : A la fin des années 1950, Pacquet
a sélectionné le clone Perle d'Auvergne à partir de
populations d'Auvergne. Ce clone a été cultivé pendant
une quinzaine d'années en Auvergne, puis remplacé progressivement
par Fructidor. La notion de population Rose d'Auvergne s'est
développée, à tort, autour de ces productions.
La population et ce clone Perle d'Auvergne, sauf nouvel élément,
ont disparu en France d'après l'enquête GNIS de 1988, les lots
actuels de Rose d'Auvergne étant constitués de multiplication
de Fructidor.
Rose du Nord, groupe 2 : petit bulbe à tuniques externes blanches
et caïeux légèrement rosés, cultivé pour
la récolte en sec, à très longue conservation. Cette
population est aussi connue sous les dénominations Rosé d'Arleux,
Rosé d'Arras et est cultivé dans le bassin de la région
lilloise. Elle se rapproche morphologiquement de Rose du Var et de Rose d'Italie
mais est plus tardive et de meilleure conservation.
Il est vraisemblable qu'il s'agit de la même population à longue
conservation, cultivée dans une région plus froide (les semis
se font en mars) d'où la nécessité de disposer de
matériel à forte dormance. Les agriculteurs locaux ont dû
progressivement exercer cette pression de sélection pour une meilleure
conservation. Deux clones ont été sélectionnés
et inscrits :
- Gayant, synonyme Artop, co-obtenteurs Artois Bulbes et Top Semences
(tolérant à l'OYDV) ;
- Atenor, une version régénérée de Gayant, indemne
d'OYDV, obtenteur INRA.
La population est encore maintenue par de nombreux agriculteurs dans la
région lilloise.
Plus récemment, l'INRA a introduit et inscrit au Catalogue Français
d'autres matériels en particuler du matériel très
précoce indemne d'OYDV : Ramsès, groupe 5, clone très
précoce, proche du Blanc d'Egypte, à cultiver dans des pays
du Sud de la Méditerranée (Afrique du Nord, Egypte,
Sénégal, etc.) et Sprint, groupe asiatique précoce,
clone très précoce, à caïeux blancs, proche des
populations d'Emeraude.
[R] La réglementatiuon de la commercialisation des semences d'ail
La commercialisation des semences d'Ail en France a fonctionné de
1966 à 1990 selon une liste de variétés certifiées
par le Service officel de contrôle (SOC). La certification garantit
la qualité sanitaire (virus, Nématodes,...), la qualité
du caïeu (germination) et la conformité variétale.
Le SOC, le GNIS, les groupements de produteurs réunis au sein de Prosemail
et l'INRA, ont oeuvré pendant 35 ans pour le développement
des variétés d'Ail certifiées. Elles représentent
environ 30 à 40% du total des semences implantées chaque
année.
La création du Catalogue officiel des variétés
d'Ail en 1991, devait conduire progressivement à la
généralisation des semences certifiées. L'Ail étant,
depuis 1994, une espèce visée par les directives européennes
Semences et plants d'espèces légumières, la certification
ne peut plus revêtir un caractère obligatoire dans l'état
actuel de la règlementation.
Il existe donc à présent des dangers de voir se répandre
en France des semences de basse qualité, à coût faible
(sans moyen d'intervention règlementaire). Entre autres, plusieurs
tonnes d'Ail de Chine, groupe asiatique précoce, sont importées
chaque année en Espagne et en France sans que ces variétés
soient inscrites. C'est à présent aux agriculteurs et producteurs
de semences d'exiger une qualité agronomique et sanitaire des
bulbes.
Le Catalogue officiel français comprend 27 variétés
en 1996 dont :
- 3 populations (Ail du Nord, Blanc de Beaumont, Rose de Lautrec) ;
- 2 clones tolérants à l'OYDV (Gayant ou Artop et Fructidor)
;
- 22 clones indemnes de virus ;
- 9 variétés indemnes de virus sont en cours d'étude.
Le Catalogue de l'Union européenne comprend :
- 15 clones supplémentaires maintenus en Espagne, Italie, Pays-Bas
et Autriche.
[R] Contexte économique de la sélection
L'Ail, en raison de son taux de multiplication en semences très bas
(8 à 15 caïeux par plante), des difficultés de stockage
de la semence (volume, aération, etc.) et de la viabilité de
celle-ci réduite à quelques mois, n'a jamais fait l'objet d'efforts
importants de sélection par les établissements privés.
La marge nette est considérablement réduite par rapport aux
espèces dont les semences sont multipliées sexuellement. Ce
sont principalement les instituts de recherche - l'INRA en France, en Italie,
l'université de Rehovot en Israël, notamment - qui ont conduit
des recherches et des programmes de sélection, avec l'aide de groupements
de producteurs.
Plus récemment, quelques coopératives et sociétés
privées se sont intéressées au marché des semences
d'Ail : Basic Vegetable US aux Etats-Unis, Top Semence, Unisem, SICA Lomail,
Duran S.A., Basmaison en France, De Groot en Slot aux Pays-Bas par exemple.
Certains conduisent des programmes de sélection importants.
En plus des voies nouvelles de sélection qui s'ouvrent, citées
par Messiaen (prospection, variabilité liée à la
multiplication sexuée, éradication des virus autres que OYDV,
le marché s'intéresse de plus en plus aux variétés
implantées à partir de caïeux de faible calibre (soit
à partir de variétés à nombreux petits caïeux
génétiquement, soit à partir de variétés
dont le faible calibre et le taux de multiplication élevé sont
maîtrisés par les techniques culturales). Ce matériel,
à semences de faible calibre et fort taux de multiplication, devrait
permettre de maintenir des marges suffisantes pour le producteur de semences
certifiées tout en mettant en commerce une semence de qualité
à prix raisonnable.
Il faut reconnaître le rôle et les travaux importants conduits
par l'INRA depuis la fin des années 1950, avec l'aide du SOC, du GNIS
et des groupements de producteurs pour une espèce qui n'intéressait
pas le secteur privé, compte tenu des marges faibles et des
facilités de démarquage (comme l'Artichaut et l'Asperge). Ces
travaux, conduits dans les domaines de la pathologie végétale,
de l'amélioration des plantes, de l'agronomie - SEI d'Avignon - et
de la certification, ont placé la France dans une position de leader
européen et mondial tant au niveau de la capacité de recherches
que de la qualité du matériel végétal.
Il faut à présent encourager les efforts des coopératives
et des sociétés privées pour valoriser ces acquis à
l'exportation.
[R] Encadré
Allium cepa et Allium et Allium ascalonicum
De nombreux sélectionneurs et spécialistes penchent actuellement
vers une intégration de Allium cepa et Allium ascalonicum
dans une même espèce qui pourrait ainsi être définie
:
Allium cepa : var cepa Oignon et " Echalion " (type Echalote du
Poitou)
. var aggregatum Echalote à multiplication sexuée et
végétative
(à l'exclusion de l'échalote grise qui appartient à
une autre espèce).
En fait, Allium cepa et Allium ascalonicum se croisent
parfaitement. Il s'agit vraisemblablement de la même espèce.
[R]