croyances comestibles et populaires
Les effets magiques de la
représentation
Les effets juridiques de la répression
Un droit contre le mal
Au cours de l'Histoire, de nombreuses croyances populaires accompagnent
notre alimentation ;
le droit y met parfois son nez pour réguler les pratiques.
Découverte à ce croisement de la magie, de la plante, de l'aliment
et du droit...
Depuis le succès d'Astérix le Gaulois, nul n'ignore plus
l'importance de la potion magique.
Des comestibles sont doués de pouvoirs extraordinaires et employés
comme tels dans des circonstances exceptionnelles. Pline reconnaît
à l'uf le pouvoir d'arrêter les incendies. Marc de café
et blanc d'uf délivrent des messages aux sibylles de tout ordre
qui savent les interpréter. Parce qu'elles écartent les sorciers,
des plantes comme l'ail se cultivent près de l'habitation ; y semer
du persil entraînerait bien entendu la mort du maître. Il y a
aussi ce que l'on peut appeler des noms prédestinés, avec des
coïncidences stupéfiantes : le " bolet rose " (fausse oronge),
un champignon, provoque l'excitation sexuelle !
La préparation culinaire requiert également prudence et rituel.
Paroles et tours de main font partie intégrante de la recette magique,
tantôt pour écarter le mal, tantôt pour se concilier le
bien. Faire l'andouille exige patience, propreté, minutie... tâche
traditionnellement réservée aux femmes dont on s'assure qu'elles
ne sont pas en période d'indisposition - ce qui pourrait gâter
le produit. Tenir une pièce d'argent pendant que l'on fait sauter
sa crêpe ou tremper son alliance dans la pâte, comme le font
les épouses dans les régions du Nord, assure argent et bonheur
l'année durant.
Le repas lui-même obéit à des rites magiques, notamment
à partir de gestes obligatoires ou interdits. Au début du repas,
on doit tracer une croix sur le pain avant de l'entamer et l'on se garde
d'offrir aux invités le quignon dans lequel le diable aurait pu se
réfugier et on ne pose pas le pain à l'envers. Au cours du
repas, dans toutes les régions, apparaît la crainte de la mise
en Cène du " treize à table ". En fin de repas, on ne croise
pas ses couverts et on écrase les coquille des oeufs que l'on vient
de manger. Chaque menace déclenche une parade, un rite conjuratoire
: en jetant une pincée de sel par-dessus son épaule, on
empêche le malheur qui résulterait de la salière
renversée (cette superstition remonterait au temps des Égyptiens,
puis des Romains : quand ils avaient pris une ville, ils la rasaient et
répandaient du sel sur le site pour empêcher toute
végétation de repousser).
Ces pratiques font partie du bagage mental. Elles voyagent toujours dans
nos consciences. Elles donnent à l'homme l'illusion de contrôler
les événements de sa vie.
Le droit n'y prête aucune attention : il ignore les effets magiques
de la représentation des aliments et ce n'est qu'avec la mise en danger
du mangeur que se font sentir les effets juridiques de la répression.
[R] Les effets magiques de la représentation
Selon les premiers anthropologues, " les lois de la magie sympathique "
constituent les principes de base de la pensée dans les cultures "
primitives ". Des lambeaux surnagent et influent sur notre alimentation.
En consommant l'aliment, nous le faisons devenir partie de nous. Du même
coup, nous absorbons ses caractéristiques imaginaires,
réputées alors devenir les nôtres. Par " une sympathie
secrète ", elles nous transforment de l'intérieur avec des
conséquences concrètes mais différentes selon la
magie de contagion ou la magie par similarité.
La loi de contagion. Dans la pensée magique, si deux entités
entrent en contact, ne serait-ce qu'une seule fois, il y a transfert de
propriétés de l'une à l'autre. Cet échange
s'opère dans un temps très bref et devient définitif.
Les choses continuent à agir l'une sur l'autre alors même qu'elles
cessent de se toucher. La forme la plus répandue est dite "
interpersonnelle " : par le contact avec un aliment, soit en le cuisinant
ou simplement en le touchant, une personne peut y faire pénétrer
son essence (propriétés, intentions...). Ainsi, durant des
siècles, un peu partout en Europe, pour attirer les hommes, les
jouvencelles ont utilisé le pain de nielle, " une relique de la magie
naturelle, un philtre interdit ". Il s'agit d'une petite galette : la fille
presse la pâte contre son sexe pour la mouler avant de la cuire au
four et de l'offrir au galant qui tombe amoureux de la belle - c'est simple,
pas cher et fait maison. Le plus souvent, les effets du principe de
contiguïté sont négatifs. Dans l'hindouisme indien, une
nourriture préparée - donc touchée - par quelqu'un d'une
caste inférieure est interdite, car considérée comme
polluée.
La loi de similitude. On devient ce que l'on mange. Dans la pensée
magique, la personne acquiert les propriétés des aliments qu'elle
ingère. Les végétaux, plus particulièrement ceux
consommés crus, en phase de germination, sont tenus pour " vivants
" par les végétariens : leur ingestion améliore la
santé et prolonge la vie. Précisément, faute de pouvoir
fécondant, le pollen - poussière des étamines que la
butineuse triture avec sa salive - ne peut s'étiqueter aliment " vivant
" et le Service des fraudes ajoute : il ne peut se vanter d'effets "
spectaculaires ", ce qui appelle trop l'imagination du consommateur en lui
laissant supposer toutes sortes de vertus. Selon le même principe,
les abeilles qui ont butiné des fleurs pouvant exciter le désir
sexuel, tel le jasmin, fabriquent un miel aux vertus semblables. Cela peut
expliquer la réputation d'aphrodisiaque du miel grec du mont Hymette
qu'embaument la marjolaine et le myrte, plantes préférées
d'Aphrodite.
Dans cette ligne, la Cour de Paris condamne pour publicité trompeuse
la vente " de plantes vivantes stabilisées " ayant subi un traitement
de congélation et de dessiccation.
Dévorer un roman se dit au figuré pour le lire très
rapidement, avec avidité, tant il est passionnant. Mais il y a une
autre manière, plus singulière, de se nourrir. D'après
Augier de Busbecq, les Tatares avaient coutume de manger les livres dans
l'espoir de s'assimiler ainsi toute la science qui s'y trouvait contenue.
Mais il ne dit pas si cette méthode toute particulière
d'étudier donne de bons résultats. À vrai dire, elle
n'est pas absolument originale ; ne disait-on pas, jadis, aux écoliers,
par manière de plaisanterie, que le meilleur moyen de se " mettre
dans la tête " une belle sentence, une sage maxime, était de
la transcrire sur un morceau de " pain à chanter " - pain azyme -
et d'avaler le tout, le soir, avant de se coucher. En Espagne, les " neules
", sortes d'oublies, appelées suplicaciones en castillan, avaient
à l'origine la forme d'une grosse hostie et comportaient des textes
: les manger permettait de réaliser le vu qu'elles comportaient,
de le rendre plausible. On inscrit au même registre le rituel de
délivrance des possédés (Jïns) en Tunisie profonde
: l'endiablé avale un papier sur lequel est écrite l'incantation
; on peut aussi coucher la formule sur une galette d'orge qu'il ingère.
[R] Les effets juridiques de la répression
Dans le gigantesque libre-service de la planète, les hommes se sont
servis sans doute par hasard, peut-être par instinct, parfois par erreur,
toujours par observation. C'est dans le domaine des aliments que l'imaginaire,
le magique, est demeuré le plus présent, le plus inquiétant
aussi. Le droit ne pouvait faire l'impasse sur cette réalité
: tantôt, pour le bien des mangeurs, il régente la consommation
même de l'aliment, tantôt, pour lutter contre le mal, il
réprime l'utilisation qui en est faite.
Un droit pour le bien. En régimentant le contenu des assiettes, la
norme marque l'ambition du législateur à vouloir exercer un
contrôle bienfaisant pour les âmes et les corps.
L'aliment condamné pour sauvegarder les âmes. Le corps est
traversé de " correspondances ", il reproduit la nature à
l'identique. La magie de similitude établit une relation entre l'apparence
de l'aliment et les effets qu'il transfère sur celui qui le consomme.
Dès l'époque romaine s'échafaude la théorie des
signatures : toute plante représente extérieurement un organe
humain et correspond au traitement de la maladie de cet organe. Ce qui a
la forme de la tête est bon pour la tête. Si l'on frotte des
hémorroïdes avec un oignon, le mal se dessèche, lit-on
dans La Magie Rurale ! Louis XV fait manger des animelles (testicules
de béliers) à Madame de Pompadour à qui il reproche
sa trop grande froideur : l'opothérapie1 était née.
Il était une fève... En forme d'embryon, la fève passait
autrefois pour germer sous l'influence de la lune croissante, traditionnellement
favorable aux naissances masculines. Une fois pelée -
débarrassée de sa robe -, la graine ressemble à un petit
rognon. Aussi, en vertu d'une analogie magique, l'utilise-t-on encore au
XVIIIe siècle pour soigner de multiples affections des testicules
et, par extension, toutes les maladies vénériennes. Il est
piquant d'observer que la graine nourricière fut considéré
à la fois comme remède et incitation à l'amour. On lui
prête de remarquables propriétés " échauffantes
". Guy Citerne rapporte, dans Miracles et religion populaire, que,
si les garçons de la région dijonnaise voulaient dénoncer
la trop grande froideur d'une fille, ils accrochaient à sa fenêtre
un bouquet de fèves. Par ce message, ils lui signifiaient qu'elle
aurait bien besoin d'en user. Dans maintes régions, on dit malicieusement
d'une femme enceinte " qu'elle a mangé de la soupe de fèves
". Mais la flatulente légumineuse ne ballonne pas seulement, elle
a également la réputation de provoquer des songes. C'est depuis
l'Antiquité que la fève passe pour émousser les sens
et aussi pour donner des songes ; c'est pourquoi la doctrine de Pythagore
en condamnait déjà l'usage (Pline l'Ancien, Histoire
naturelle). Chez les Arabes, au IIe siècle de l'hégire2,
un Ibn Qutayba affirme, en citant d'ailleurs un médecin de
l'Antiquité, que la consommation des fèves provoque des rêves
tellement embrouillés que personne n'est en mesure de les
interpréter.
Comme de tels rêves risquent d'être érotiques et de troubler
le recueillement, nombre de couvents médiévaux interdisent
qu'on s'en nourrisse. Pour sauvegarder les âmes, une législation
interne à l'Église retire de la ration le " grain du diable
". Déjà, dans les temps anciens, les " vents "
- mystiques avant de devenir triviaux - produits par ce fruit aérogastrique
amènent à en réglementer la consommation : les antiques
flamines (prêtres romains au souffle sacré) prohibent
ces graines de leur nourriture, s'interdisant même de les nommer. La
règle monastique participe à l'entreprise normative visant
à réformer radicalement les choix et les conduites alimentaires.
Saint Jérôme, par exemple, défend expressément
l'usage des fèves aux moniales. L'interdiction vise surtout les femmes
; voyez la leçon des proverbes : " Quand les fèves sont en
vigueur, les femmes sont folles " (en chaleur !). Beaucoup plus tard, la
Cour de cassation condamnera sans état d'âme " un parfum magique
" au prétendu pouvoir " d'éveiller, susciter, augmenter et
entretenir l'amour ". Le charlatan n'avait sans doute pas " songé
" aux fèves : en voir ou en manger en rêve, présage affaire
désastreuse et procès que vous perdrez.
L'aliment en liberté surveillée pour sauvegarder les vies.
Dans l'ignorance des causes logiques du mal, l'homme a longtemps
considéré ce dernier comme une entreprise du malin et de ses
acolytes. C'est donc avant tout comme " contre-sort " qu'il recourt aux aliments
protecteurs et non comme traitement du mal lui-même. Dans les nuits
d'autrefois, les mères apeurées prennent des précautions,
placent des dispositifs de sécurité, des " chasse-démons
" : une gousse d'ail pendue au cou du nouveau-né éloigne les
sorcières qui pourraient le vider en provoquant le rejet de son lait.
I1 y eut un temps où, sans même les connaître par leur
nom, l'homme était proche des plantes. Les pressentant magiques, le
peuple des simples en parait les autels de ses dieux. L'alliance, alors,
se faisait d'elle-même : pour l'enfant malade, pour le père
blessé, pour la femme épuisée... Le mal était
partout et il s'agissait de s'en protéger à chaque instant.
Ce lien s'affaiblit peu à peu sans jamais disparaître.
La sauge est peut-être la plante salvatrice à qui la
réputation de " merveille de la nature " est la mieux appropriée.
Du latin salvius qui signifie " sauver ", c'est l'herbe qui sauve.
Ses effets sont magiques puisqu'elle a le pouvoir de rompre les enchantements.
Un adage de Salerne du XIIe siècle affirme que la consommation de
sauge permet de communiquer avec l'au-delà et de prédire l'avenir.
Les Gaulois lui attribuent même la faculté de ressusciter les
morts ! Le chef étoilé, Marc Veyrat, dit que le sommet des
tiges de la sauge des prés aromatise ses plats que ses fleurs
décorent superbement. La sauge est inscrite à la pharmacopée
et rentre donc dans le champ de l'article L 512 du Code de la santé
publique qui prévoit " qu'est réservée aux pharmaciens,
la vente de préparations, objets, pansements et tout article
présentés comme conformes à la pharmacopée ".
Absente de la liste des plantes dont le commerce a été
libéralisé par le décret du 15 juin 1979, entre-t-elle
dans le monopole des pharmaciens et herboristes ? Sur cette question, l'Ordre
des pharmaciens a durement bataillé, mais perdu le procès.
On a jugé que la simple inscription à la pharmacopée
est sans incidence sur l'appartenance au monopole et que la sauge n'est pas
une " plante médicinale ", mais essentiellement à usage
alimentaire, condimentaire et hygiénique. Sa vente - en l'état
ou transformée - est donc libre. Le droit permet ainsi à chacun
de prendre son pied... de sauge qui, utilisée de tout temps,
prévient de tous les maux. Selon le dicton : " Qui a de la sauge dans
son jardin, n'a pas besoin de médecin ". Pour l'École de Salerne
du XIVe siècle, héritière des sagesses du monde oriental
apportées par les Arabes : " Pourquoi mourait l'homme dans le jardin
de qui pousse la sauge si ce n'est qu'il n'existe aucun remède contre
le pouvoir de la mort ". C'est dire les vertus que la pharmacopée
attribuait à ce remède végétal, véritable
panacée. Ainsi comprise, notre législation libérale
contribue à sauvegarder les vies. Mais le principe est ailleurs
: de nombreuses plantes sont sur la liste rouge.
Le commerce des espèces médicinales reste placé sous
la houlette des pharmaciens maîtres des poudres et des racines. Si
trente deux de ces plantes inscrites à la pharmacopée sont
en vente libre, c'est à la condition d'être commercialisées
sans indication thérapeutique et en l'état - les extraits
sélectifs ne sont pas, eux, libérés - et seules quelques
espèces peuvent se délivrer en mélange (tilleul, verveine,
camomille, menthe, oranger, cynorhodon et hibiscus). Les autres, qui pourraient
être " mauvaises herbes ", sont soumises à une AMM (autorisation
de mise sur le marché) - allégée - du ministère
de la Santé (si elles sont conditionnées à grande
échelle ou si elles entrent dans une préparation fabriquée
par un laboratoire) et relèvent du monopole des officines. Les plantes
libérées requièrent la même autorisation quand
elles sont vendues par les pharmaciens : leur étiquetage, qui porte
le numéro de l'AMM, peut alors faire état d'indications
thérapeutiques.
Ainsi, par exemple, si le gastronome apprécie les feuilles de pissenlit
en salade avec des croûtons et des lardons, les racines de ce
diurétique relèvent de l'exercice de la médecine et
de la pharmacie. Protectionnisme corporatif ou sage précaution ? La
nature n'est pas aussi inoffensive qu'elle peut paraître. II faut
prudemment l'utiliser, la consommer. Toutes les magies ne sont pas blanches.
Utilisée de la main droite dans une bonne intention - la magie est
l'art de produire des effets merveilleux. Employée de la main gauche
- dans un mauvais but -, elle devient négative, destructrice.
Magiciens-empoisonneurs. Des femmes, toujours quelque peu sorcières,
s'affairent dans de louches chaudrons à de troubles préparations.
N'ont-elles pas plus que les hommes la réputation d'empoisonneuses
? Le 9 octobre 1996, devant la Cour de cassation, un mari se plaint de son
épouse : " de son entêtement puéril de magie, d'occultisme
et d'autres pratiques irrationnelles " ; il souligne également " sa
malveillance universelle et sa cruauté jamais inassouvie ". La
communauté de pot avec une cuisinière chargée de magie
est à haut risque. En prononçant la séparation de corps
des époux, la Haute juridiction n'a-t-elle pas sauvé une vie
? Pour preuve, l'histoire de Florence Bründ : pendant quatre ans, elle
administre à son époux, soupçonné
d'infidélité, herbes et désherbant par petites doses,
afin, dira-t-elle de le garder malade à la maison où il finit
par mourir de ces " petits plats jaloux ". Les recueils de jurisprudence
montrent aussi des mâles menaçants : ici, un chauffeur routier
entend " faire payer à sa femme son comportement... par la magie noire
" ; là, une épouse s'inquiète " des préparations
de repas avec des mets spéciaux " faites par son mari, membre d'une
secte.
L'empoisonnement est sans doute l'infraction qui fait le plus peur car, le
plus souvent, sournoisement commis par des familiers. On lie ce crime à
un certain type d'organisation sociale : il s'agirait d'une infraction volontiers
rurale... là où les fées bossues (les méchantes
fées le sont toutes) font leur marché à la pharmacie
du Bon Dieu. Qualitativement, la substance mortifère peut être
végétale comme la ciguë, l'aconit ou la digitale. Jusqu'au
XVIIIe siècle, où commence la carrière de l'arsenic,
macérations et concoctions d'herbes " choisies " servent principalement
de " bouillon de onze heures ".
Le Code justinien plaçait ce crime atroce dans la partie De maleficis
(et ceteris similibis). Cet intitulé montre l'intention
du droit romain de confondre l'empoisonnement avec les sortilèges
et les magies. Cet amalgame juridique survivra bien au-delà de notre
Moyen Âge. Pour la croyance commune, celui qui connaît les vertus
des " herbes " peut faire périr autant par ses drogues que par ses
maléfices. Le 26 février 1587, le Parlement de Paris condamne
à mort, à une mort par le feu, Dominique Miraille, accusé
d'avoir fait mourir autant par poison que par sortilèges sa première
femme, " une bonne grosse vieille ", pour en épouser une plus jeune.
À la même époque, le célèbre astrologue
Ruggieri est à deux reprises accusé de pratiques magiques et
d'empoisonnement. C'est à la suite de la célèbre " Affaire
des poisons " (442 accusés, 36 condamnations à mort), qui s'ouvre
devant la Chambre de l'Arsenal en novembre 1678, qu'est pris l'édit
de juillet 1682. Ce texte fondamental fait de l'empoisonnement un crime distinct
en dissipant l'amalgame séculaire entre " poison " et " magie ". En
effet, plusieurs accusés, sachant que depuis près de 25 ans
le Parlement de Paris ne condamne plus pour ce dernier fait, avouent habilement
certaines pratiques anodines : les drogues fournies à leur trop
crédule clientèle n'auraient été que " de
prétendues poudres magiques ", totalement inopérantes. Aujourd'hui,
la psychologie criminelle nous explique que la nature même du
procédé employé conduit celui qui a administré
le boire et le manger à ne pas se sentir personnellement la cause
de la mort. Dans son esprit, la responsabilité en incombe essentiellement
à cette puissance maléfique qu'il n'a fait que déclencher.
Jean-Paul Branlard est professeur à l'université de Paris-X.
La Garance voyageuse
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