Les Brèves du Courrier
Matière dernière (le chanvre dans tous ses
états), Les malades du 4x4 (un virus décime
les mordus), Baromètre (les Français et
la science), Le déclin (des papillons au Royaume-Uni),
Les surprises du développement (Blow up en
Thaïlande), Pièce de veau à l'anglaise
(Phénix monte sur les planches), Les progrès
du marsisme (Mars, Internet et les OGM...), La fourmi
et la mandarine (lutte bio en Chine), Le mal-être
animal (brebis irlandaises accablées),
Dérabication (à coups d'OGM !),
Ballon renifleur (de méthane bovin),
L'épuisement des ressources (en tequila),
Pour que les publications soient publiques (les chercheurs
menacent les éditeurs), Terreur à rayures (le
Doryphore), Les abeilles conceptualisent (avec si peu
de neurones ?), Un ver ça va, deux verres...
(où l'on saoule les hérissons).
ÉTATS-UNIS
Les malades du 4x4
Les " souris sylvestres " d'un parc de loisirs de l'Utah, à 115 miles
de Salt Lake City, où l'on pratique le hors piste en véhicule
tout terrain, moto comme auto, sont affectées par une maladie à
hantavirus 3 fois plus que leurs congénères.
D'après les rodentologues de l'université de
l'Utah, ceci est dû à la promiscuité. Les souris s'entassent
en effet dans les espaces réduits épargnés par les pneus
- où elles finissent par se battre et se mordre (sang et salive sont
les vecteurs de ce virus dans le monde des rongeurs).
Lu sur Infoscience le 16 février 2001 à
www.infoservice.fr
FRANCE
Baromètre
Les crises écologiques et alimentaires auraient-elles creusé
un fossé entre les gens et la science ? L'Usine nouvelle et
le ministère de l'Éducation nationale ont fait réaliser
un sondage par la SOFRES. Résultat : les Français font, pour
la plupart, confiance à la science et aux progrès scientifique
et technique (88%), à la police (75%), à l'Administration (63%),
aux grandes entreprises (58%), à la justice (52%) ; mais bien peu
aux médias (29%).
Depuis que ce genre de sondage est pratiqué (trente ans) le nombre
de personnes qui pense que la science apporte plus de mal que de bien a
été divisé par deux.
D'après l'Usine nouvelle n°2766, du 15
février 2001, en ligne à
www.usinenouvelle.com
ROYAUME-UNI
Pièce de veau à l'anglaise
Pour 160 000 euros, Phénix s'est vu offrir un rôle de 6 semaines
dans la pièce de théâtre Jack and the Beanstalk.
Phénix, comme son nom l'indique, a survécu aux bûchers
éradicateurs de la fièvre aphteuse. Mal tué, il a
été découvert 5 jours plus tard par les désinfecteurs
de carcasses venus s'occuper du troupeau abattu parce que voisin de bovins
malades.
D'après une dépêche AFP du 3 mai
2001.
NDLR : pendant ce temps là, un autre veau, albanais celui-là,
se laissait acheter 28 000 euros par une association vétérinaire
états-unienne. Il était né avec deux têtes (AFP,
2 mai 2001).
THAÏLANDE
Les surprises du développement
Les zoologues de la WCS (société de conservation de la vie
sauvage) avaient installé, pour surveiller une zone de 200 km2, 41
appareils photos à déclenchement automatique. Au terme de la
période d'observation, le bilan est de 2 appareils détruits
par des éléphants, 8 volés (par Homo sapiens), 348 photos
exploitables après développement et les portraits, attendus,
de tigres, léopards, panthères, éléphants, divers
oiseaux et lézards.
Et, dans un coin de la photo 37 d'une pellicule 36 poses, un Crocodile de
Siam, réputé disparu de la contrée et réduit
- en tant qu'espèce - à quelques individus survivants en Indochine.
Nos zoologues
- initialement partis à la chasse (photographique) au tigre - ont
eu la chance, en plus, de repérer les traces d'un congénère
du reptile miraculé, non loin de là.
D'après " Le crocodile de Siam joue la star " de
Françoise Dupuy-Maury, lu sur Info Science Actualités,
le 10 mai 2001 (www.infosciences.fr).
NDLR : en France, non loin de Paris, on a truffé un site de
caméras de surveillance, dans le cadre d'un programme de sociologie
expérimentale et opérative. Des millions de volontaires surveillent
chacun leur écran, à longueur de journée. C'est
évidemment l'espoir de découvrir une race de poisson rouge
qu'on croyait disparue qui soutient ce patient travail d'observation
collectif.
SYSTÈME SOLAIRE
Les progrès du marsisme
Des hommes pourraient aller sur Mars avant 2020, a proféré
Daniel Goldin (NASA). Même si tous les efforts sont faits en ce sens,
il faudra au moins 10 ans pour faire décoller la fusée, puis
6 bons mois pour la voir amarsir, puis 1 an au plus de séjour là-bas
(là-haut ?), encore quelques mois de voyage retour (s'il est
possible
) et on pourra se préparer à s'y installer.
Et à y réfléchir aux problèmes d'environnement
qu'on y aura apportés.
D'après une dépêche AFP du 9 mai 2001.
NDLR : on y lira, parce qu'on ne pourra pas s'en passer, via Internet,
le Courrier de l'environnement, dont, soit dit en passant la rubrique
" Autres repères, autres paysages " acceptera alors d'étudier
les propositions d'articles sur les milieux martiens.
En effet, mais ce sera peu confortable. À peine ces lignes écrites,
l'architecture du futur réseau extraterrestre - mise au point par
le Jet Propulsion Laboratory de la NASA°- était dévoilée
(cliquer sur www.ietf.org, section internet-drafts) : il faudra
de 8 à 40 minutes pour que le message chemine entre ici-bas et
là-bas (selon la distance, variable, entre les deux planètes),
le débit sera réduit et il y aura pas mal d'erreurs de
transmission.
D'après Libération
du 29 mai 2001.
NDLR : à notre martien@cour.envir.org.mars, on enverra
le Courrier par morceaux, ça prendra le temps qu'il faudra,
il ne sera pas dit qu'on aura délaissé un destinataire parce
qu'il est trop loin (et tout vert).
Ce qui est sûr et certain c'est qu'on cultivera des OGM sur Mars en
2007. Selon une équipe de l'université de Floride, à
Gainesville, une fusée y emportera des graines de cultivars d'Arabette
des dames, Arabidopsis thaliana, munis d'un gène ad hoc
pour réagir (en émettant une lumière bleue) qui à
la sécheresse, qui à la température, qui à un
excès de métaux lourds, qui à la présence de
peroxydes
Une façon de recueillir des données sur le
sol martien tout en travaillant à l'amélioration des plantes
pour sa mise en culture (éventuelle).
Pratiquement, le robot d'exploration martienne, choisira un site, marquera
un arrêt, grattera le sol, l'analysera, l'ameublira, l'amendera, ajustera
son pH, le fertilisera, ne fera aucun traitement insecticide, plantera les
graines et déploiera un abri plastique sur la parcelle. Les agronomes
enregistreront les luisances et publieront (voir à
www.inra.mars).
D'après " Genetically modified earth plants will glow from
Mars ", UF News, le 26 avril 2001 (www.napa.ufl.edu).
NDLR : nous ne dirons rien des préparatifs, car ils se font dans le
secret, de l'envoi d'une sonde contestataire débarquant un robot muni
d'une faux.
IRLANDE
Le mal-être animal
Touchée par la fièvre aphteuse le 22 mars 2001, l'Irlande a
pratiqué l'abattage préventif des ovins. Très exactement
30 540 brebis ont été sacrifiées. Tout aussi exactement,
37 165 demandes de primes (compensatoires, réparatrices et consolatoires)
ont été déposées.
D'après une dépêche AFP datée de
Dublin du 14 mai 2001.
NDLR : on est contents pour les 6 625 brebis qui ont traversé
l'incinération sans se roussir le moindre bout de laine et qui vivent
riches, désormais ; mais peut-on paître tranquille avec un tel
poids sur la conscience ?
ROYAUME-UNI
Terreur à rayures
Après la peste porcine et la fièvre aphteuse, voici que le
Royaume-Uni doit faire face à une nouvelle menace agricole
étrangère et qu'il met en alerte les services officiels et
la population contre un envahisseur petit mais coriace, capable - profitant
du réchauffement climatique - de prendre tarse avec succès
sur l'île et d'y dévorer les champs de pomme de terre en une
nuit.
D'après All ports alert for striped menace, The Times
15 mai 2001.
NDLR : on a lu - on lira - un article sur le Doryphore, Leptinotarsa
decemlineata (Coléoptère Chrysomélidé) dans
Insectes n°120.
FRANCE
Dérabication
La rage, virose mortelle véhiculée essentiellement par les
renards, avait fait une réapparition dans l'Est de la France en 1968
après un demi-siècle d'absence. Elle a de nouveau disparu et
la France est aujourd'hui indemne - le Journal officiel l'a publié
le 10 mai 2001 - suite à une campagne de vaccination des renards fort
bien menée.
Goupil recevait sa dose de vaccin dans une délicieuse tablette
congelée larguée d'hélicoptère, un appât
fait de graisses animales et de farines de poisson dégageant une puanteur
exquise en dégelant. La friandise cachait un virus vivant
génétiquement manipulé (autorisé depuis 1992
dans l'Union européenne).
Aucun cas de rage n'a été enregistré depuis fin 1988
mais la vigilance est de rigueur, des chauves-souris pourraient réimporter
la zoonose.
D'après, notamment, Jean-Yves Nau, dans le Monde
du 16 mai 2001.
PLANÈTE
Pour que les publications soient publiques
Fin mai 2001, quelque 23 000 chercheurs de 158 pays ont signé une
pétition pour réclamer l'accès libre et gratuit aux
publications scientifiques, 6 mois après leur parution dans les revues
scientifiques. Les éditeurs de celles-ci s'estiment propriétaires
ad vitam aeternam des articles sélectionnés et publiés
dans leurs colonnes (sur papier et/ou sur Internet) et renâclent à
mettre ces textes à disposition de la communauté scientifique
sans rétribution (souvent très élevée).
Pour les promoteurs de cette action, les revues jouent un rôle important
pour lequel elles sont bien rétribuées : abonnements, subventions,
voire contributions des auteurs. Au-delà de quelques mois, elles devraient
déposer leur " fonds " dans une vaste base de données, ouverte
à tous. Laquelle base est d'ailleurs en train de se construire,
grâce au travail coopératif des chercheurs, qui menacent de
mettre en place des systèmes alternatifs et de boycotter les
éditeurs.
D'après une dépêche AFP du 12 avril 2001 lue sur
Sciences Actualités à www.cité-sciences.fr
le site des contestataires : www.publiclibraryofscience.org
AUSTRALIE
Matière dernière
Alan Crosky, docteur en métallurgie, enseignant à la School
of Materials Sciences and Engineering de l'université de Nouvelle-Galles
du Sud (Australie), promeut la réalisation de carrosseries de voitures
en chanvre, à la place de l'acier, coûteux à recycler.
D'après une dépêche AFP du 21 mai
2001.
NDLR 1 : Cannabis sativa se cultive facilement, avec très
peu d'intrants, sur des chanvrières. Il fournit outre le chènevis
- destiné aux oiseleurs et aux pêcheurs -, la chenevotte (fibre
centrale de la tige) et les fibres (de la périphérie). De la
première, on fait déjà - et depuis belle lurette - des
matériaux de construction et d'isolation, ainsi que de la litière,
des seconds des cordes, des tissus, du papier.
NDLR 2 : on ne fait rien d'autre du chanvre, encore moins de certains
cultivars.
NOUVELLE-ZÉLANDE
Ballon renifleur
Le bétail réchauffe l'atmosphère, un tout petit peu
au niveau de l'étable et plus globalement par effet de serre au travers
du méthane émis dans l'environnement.
Le problème est suffisamment important pour : a) avoir fait l'objet
d'un article dans le Courrier, signé Daniel Sauvant (c'était
le n°18, de décembre 1992), et b) justifier le survol des troupeaux
par un ballon muni des appareillages propres à mesurer les flatulences
des ruminants.
Le petit bé se passe dans la province du Waikato, connue pour la
qualité et l'intensité de son élevage et le ballon est
orange.
Lu sur le site du Monde, le 10 mai 2001, à
tout.lemonde.fr/
MEXIQUE
L'épuisement des ressources
La consommation de tequila a augmenté de 112% depuis 1985 aux
États-Unis, en dépit d'un prix à la pompe (pardon, au
bar) qui atteint celui des vrais cognacs. Il s'en boit 16 millions de gallons
(la même unité de volume que pour l'essence) bon an mal an,
ce qui inquiète les défenseurs de l'agave bleu - dont le jus
rentre pour au moins 50% dans la composition d'une tequila honnête.
Cet agave ne pousse que dans certaines régions du Mexique et souffre,
outre d'une surexploitation croissante, d'une mycose (qui s'est montrée
particulièrement agressive en 1997).
Il faut 8 à 10 ans pour qu'un agave mûrisse, 15 ans pour qu'il
fleurisse ; il meurt alors mais a rejeté du pied. Les plantations
ne suffisent pas à satisfaire l'offre et des récolteurs
pourchassent les pieds sauvages dans la forêt. Le plan de sauvetage
prévoit le retour aux pratiques ancestrales de récolte et la
labélisation d'une " sustainable tequila " (en anglais dans
le texte).
Sans oublier la protection des pollinisateurs de cette Agavacée, notamment
la chauve-souris, " Murciélo narigudo ".
D'après, notamment, Environmental News Network du
7 mai 2001 (www.enn.com).
PLANÈTE
Les abeilles conceptualisent
On croyait jusque-là que la pensée abstraite était l'apanage
de certains vertébrés, Homo sapiens, dauphin, pigeon
Expérimentant sur l'Abeille domestique (Apis mellifera,
Hyménoptère Apidé), Martin Giurfa (Université
libre de Berlin, Allemagne) et ses collaborateurs ont montré que les
concepts du semblable et du différent étaient accessibles à
cet insecte.
Leur appareillage : le classique tube en Y. À l'entrée, une
marque bleue ; aux extrémités, une marque bleue et une jaune
au bout de l'autre branche. L'abeille est récompensée par du
sirop si elle choisit la branche bleue. Rapidement, l'abeille prend
d'emblée le " bon " chemin (qui va de bleu à bleu). Si l'on
remplace la marque colorée par un autre signe, des rayures par exemple,
l'abeille (expérimentée) n'hésite pas : elle va vers
la branche marquée de la même façon que l'entrée.
Un marquage qui peut être olfactif.
L'abeille sait donc généraliser à un autre sens
l'association apprise
Un résultat nouveau, vu que l'animal a
(relativement) très peu de neurones.
D'après " Bee smart ", de Jay Withgot, paru dans
Academic Press daily/inScight du 18 avril 2001
(www.academicpress.com/insight/).
ROYAUME-UNI
Le déclin
Au cours des deux derniers siècles, au Royaume-Uni, plus de la
moitié des 59 espèces de papillons de jour
(Lépidoptères) ont décliné - en termes de
présence géographique - de plus de 20% ; 15 d'entre elles de
plus de 50% et 5 ont disparu. D'autres ont vu leur abondance réduite.
La cause principale est la disparition locale des habitats ou leur fragmentation,
associée aux changements des pratiques agricoles et
forestières.
Le réchauffement (de plus de 1°C) des moyennes printanière
et estivales ces 25 dernières années a toutefois permis à
certains papillons d'étendre leur aire de répartition vers
le Nord. Le rapport du Joint Nature Conservation Committee ajoute que les
programmes de sauvetage des espèces les plus menacées ont
été sans effet notable.
D'après " UK butterfly decline steepens ", d'Alex Kirby,
lu sur BBC News le 25 avril 2001
(news.bbc.co.uk/).
ROYAUME-UNI
Un ver, ça va, deux verres
La guerre contre les limaces a conduit, d'une part, certain Anglais à
mettre au point un slugbot, qui prélève et digère
ces gastéropodes ravageurs (cf la Brève " Où l'on ne
verra plus repasser les limaces ", Courrier n°31, août
1997) et, d'autre part, l'Anglais moyen à laisser traîner de
la bière au fond de verres ou de pots de yaourts d'où lesdites
limaces ne ressortent pas vivantes.
Or, les hérissons, amateurs de ces appâts cervoisés,
boivent immodérément, se coincent le museau dans le piège
ou ne l'en retirent que pour s'endormir, oubliant de se mettre en boule.
Et là, ils sont une proie facile pour les oiseaux.
Favoriser l'ivrognerie chez les hérissons est répréhensible
et le jardinier risque jusqu'à 6 mois de prison.
D'après une dépêche AFP du 18 mai
2001.
NDLR: ce jeune hérisson finira mal, finissez vos bouteilles de
bière!
CHINE
La fourmi et la mandarine
Oecophylla smaragdina (Hyménoptère Formicidé)
est une fourmi tisserande, jaune, forte, carnassière entomophage.
Cela fait 17 siècles, au moins, que les agrumiculteurs chinois de
la province de canton l'emploient comme auxiliaire de lutte biologique contre
les insectes phytophages nombreux et dangereux sur les Citrus. En atteste
une publication de Hsi Han datée de 304 où il écrit
que les gens de Chio-Chi achètent les nids soyeux de grosses fourmis
jaunes-roussâtres et les pendent dans leur verger, évitant ainsi
de récolter des fruits abîmés.
À partir du Xe siècle, on ne s'est plus contenté
de récupérer de-ci de-là des nids en nature. Des vessies
de porc, appâtées avec de la graisse, servaient à
piéger les fourmis, à les stocker et à les lâcher
(Chuang Chi-Yu, 1130). Au XVIIe siècle, on a installé
des ponts de bambou entre les arbres pour assurer une bonne répartition
de l'agent de lutte biologique.
Est-ce efficace ? Si les écophylles détruisent bien les chenilles
(Lépidoptères), elles favorisent plutôt les cochenilles
(Homoptères) dont le miellat fait leur régal. Pourtant, les
petits protégés de la grosse fourmi jaune ne causent que des
dégâts limités, étant victimes en masse des insectes
parasitoïdes (Hyménoptères, essentiellement).
Depuis deux ou trois décennies, la pratique s'est perdue, au profit
de l'emploi d'insecticides de synthèse. Mais on y revient
Et
la protection biologique " à l'ancienne ", écologiquement
sûre, coûte moins cher.
D'après " The ant and the mandarin " de Stéphanie Pain, paru
dans le New Scientist magazine du 14 avril 2001.
Photo à
www.geocities.com/RainForest/Vines/8983/insects/insects.html