recherche système made in USA
La recherche système dans des universités publiques
américaines
1. Le modèle Land Grant College of Agriculture System,
son originalité
2. La situation de crise actuelle, les analyses pour la comprendre, les solutions
proposées pour la dépasser
3. Deux modèles (épistémologiques) de
création-diffusion de la recherche agronomique
4. Les réponses apportées à la crise
: quelques tendances récentes
5. A propos des recherches systèmes récentes
sur l'agriculture durable aux USA
Encadré1 : Programme de recherche AGREV
(Agriculture Environnement Vittel)
Encadré2 : Le SAD en bref
Encadré3 : La démarche-système
Encadré 4 : Recherche-action
Encadré5 : Note sur l'évolution de la science
économique rurale aux USA
Encadré 6 : L'INRA et le système de recherche
publique américain
[R] La recherche système dans des universités publiques américaines
Remarque préliminaire : cette note n'a pas la prétention de
présenter les objectifs et le dispositif du système américain
de recherche en agriculture. Cela a été fort bien fait par
Kergomard-Rives (1988). Certaines des questions qu'elle soulevait alors et
qui sont liées à la pollution de l'environnement par l'agriculture,
aux dangers de certains produits pour la santé humaine, à la
définition des clients et des priorités de la recherche publique,
se posent aujourd'hui avec encore plus d'acuité. Certains observateurs
parlent d'ailleurs de crise du système.
Quant à la recherche système, nous avons tenté d'en
préciser les aspects et les contours dans l'encadré de la p.
56, tandis que le vocable et le concept de recherche-action seront
éclairés plus loin (encadré p. 57).
[R] 1. Le modèle Land Grant College of Agriculture System, son originalité
Le modèle. Trois actes législatifs fédéraux
sont à l'origine du Land Grant College of Agriculture System
(LGCAS) ; ils assurent l'engagement du niveau fédéral et des
différents Etats. Ces trois actes relient la recherche, l'enseignement
et la vulgarisation puisqu'ils en confient la responsabilité aux
mêmes institutions. Le premier est le Morril Act (1862) sur
l'enseignement supérieur agricole : il donne aux institutions les
moyens pour cela, dont des terres (d'où le terme de Land Grant
College of Agriculture); le second est le Hatch Act (1867) pour
financer la recherche avec le State Agricultural Experiment Station
(SAES); le dernier est le Smith-Lever Act (1914) pour financer
la vulgarisation avec le Cooperative Extension Service (CES). Ces
différents actes expriment la force de l'agriculture et de la
société rurale qui ont pu à cette époque imposer
ce modèle très favorable. Même s'il y a des Water,
Urban,... Grant College Systems, ils ont un rayonnement beaucoup plus
faible et surtout offrent moins d'avantages financiers.
Ce financement lié aux actes législatifs est distribué
de façon institutionnelle " non compétitive". suivant une formule
ancienne et complexe, appelée formula, proportionnelle à
la représentation parlementaire de chaque Etat.
Le Cooperative State Research Service (CSRS) est une agence de
l'United States Department of Agriculture (USDA), chargé de
coordonner et de transférer les financements fédéraux
vers la recherche des Etats.
On connaît depuis longtemps les sérieux avantages de ce
modèle, en particulier dans la forte liaison institutionnelle entre
l'enseignement et la recherche. Il me paraît évident que sur
ce point le modèle est globalement supérieur au nôtre,
car il est aussi très souple sur ce couplage. Il faut rappeler que
le personnel est recruté pour enseigner, faire de la recherche et/ou
de la vulgarisation. Des pourcentages sont définis répartissant
les tâches de chacun, parfois à égalité (3
tiers-temps) mais le plus souvent une des fonctions est majoritaire. Il est
certain que ce découpage est artificiel et peut entraîner ce
que certains appellent le jeu de l'imputation comptable (book-keeping
game).
[R] 2. La situation de crise
actuelle, les analyses pour la comprendre, les solutions proposées
pour la dépasser
La crise. Il s'agit essentiellement d'une crise financière
et, à cette occasion, on s'interroge sur l'identité et les
objectifs du système. La crise provient de deux causes : d'une part,
la formule ancienne de répartition des fonds est peu adaptée
et certaines universités se plaignent de n'en recevoir qu'un faible
pourcentage attribué en dehors de toute compétition et sans
rapport avec leur activité actuelle ; d'autre part, cette contribution
devient presque marginale pour certaines institutions. Une part croissante
de l'argent pour la recherche vient en effet de fonds d'origine publique
(Competitive Research Grants) et privée soumis à une
compétition sévère. Apparemment, les collèges
d'agriculture sont plus atteints par cette crise financière que que
les autres facultés dans l'université, initialement
protégées et mieux servies. Quant aux fonds pour la vulgarisation,
il y en a aujourd'hui très peu. Les pouvoirs publics et certains
législateurs et même certains agriculteurs doutent en effet
de l'efficacité de la vulgarisation faite sur une base semi-publique.
D'une façon générale, le LGCAS s'interroge sur son
rôle et ses fonctions de service public. De nombreux débats
ont lieu sur cette question et des remises en cause fondamentales se font
jour, à propos notamment du public et des clients pour lesquels travaille
le LGCAS aujourd'hui.
Cette crise financière est en fait révélatrice de la
diminution drastique du poids de l'agriculture dans la société
américaine. Plusieurs universités américaines s'interrogent
sur les forces qui les soutiennent et se demandent si l'agriculture et les
agriculteurs peuvent rester leur base essentielle. Certains responsables
d'universités veulent convaincre les agriculteurs et les chercheurs
que la situation de l'agriculture a changé et qu'ils doivent chercher
des appuis auprès d'autres groupes sociaux comme les consommateurs,
les protecteurs de la nature et de l'environnement (conservationnists
et environmentalists).
Par ailleurs, on s'interroge sur les meilleures alliances. Certains voudraient
que les agriculteurs et les universités s'allient plus avec les
défenseurs de l'environnement (green power) et les
conservationnistes qu'avec les industries d'amont et d'aval comme cela a
surtout été le cas jusqu'à aujourd'hui ; ils se rendent
pourtant compte que cette nouvelle alliance est fragile, voire dangereuse,
car les lobbies environnementalistes ne sont pas très satisfaits de
ce que font les agriculteurs qui ont sur ce point une assez mauvaise image.
Les tenants de cette vision souhaitent élargir le champ de
préoccupations du LGCAS en se préoccupant par exemple du
développement communautaire, des jeunes et des familles à risque,
du développement de la petite industrie en milieu rural, des
catégories défavorisées... Les ouvertures se feraient
donc, d'une part, vers le rural au sens large et, d'autre part, dans une
meilleure prise en compte des besoins des catégories
défavorisées, agriculteurs ou consommateurs de produits
agricoles.
D'autres souhaitent développer une vision plus cohérente et
plus centrée de l'activité du LGCAS. Selon eux, le problème
n'est pas qu'il y a moins d'argent venant du secteur public mais que de plus
en plus d'institutions se concurrencent pour disposer de ces fonds, et qu'il
faut engager la compétition à partir d'une vision recentrée
du LGCAS. Il est constaté que, bien que le travail de la recherche
agronomique touche chaque citoyen américain dans sa vie quotidienne,
l'essentiel de ce qu'elle fait et produit est invisible pour le grand
public.
Pour recentrer la recherche agronomique, les questions fondamentales posées
sont : quels sont les clients de la recherche publique, quel est son "business"
? Pour certains ce sont essentiellement les agriculteurs, d'autres voient
la recherche au sein du LGCAS comme travaillant sur les produits
(commodities), l'agriculture étant un ensemble de productions
; pour d'autres le collège est un ensemble de disciplines et de
départements ; d'autres enfin, particulièrement dans les
ministères, voient l'agriculture et les agriculteurs comme "un ensemble
de problèmes à résoudre"
Pour faire ce recentrage, certains souhaitent partir d'une vision,
qualifiée d'industrielle de l'agriculture, c'est-à-dire
centrée sur les clients et les consommateurs. Certains suggèrent
même qu'il serait souhaitable de se concentrer sur les innovateurs,
car même s'ils ne constituent qu'une minorité, il s'agit d'une
minorité active.
Dans cette conception, l'agriculture américaine est une activité
moderne et progressiste qui doit satisfaire les besoins et les désirs
des clients des produits et services agricoles : de haute qualité,
sains, abordables pour tous. Ceci doit être atteint en améliorant
parallèlement la productivité et la qualité de vie des
personnes qui travaillent dans cette activité, en minimisant les
conséquences négatives et en maximisant celles qui sont positives
sur l'environnement, enfin en conservant et revalorisant les ressources non
renouvelables utilisées par l'agriculture. Or le LGCAS est une composante
de cet ensemble. Ce discours est tenu par exemple par le vice-doyen d'une
grande université américaine et le directeur du SAES, qui collecte
et gère les fonds pour la recherche.
On peut se demander si ce recentrage est le meilleur, mais il ne manque pas
de cohérence ; de toutes façons le débat n'est pas clos,
encore que les problèmes financiers n'iront pas en s'atténuant.
Aucun organisme de recherche ne peut faire l'économie de cette
réflexion politique.
Cette vision industrielle est aussi à relier à des conceptions
épistémologiques différentes de la recherche qui sont
actuellement débattues.
[R] 3. Deux modèles (épistémologiques) de création-diffusion de la recherche agronomique
Tout le monde convient que la recherche agronomique conduite dans les LGCAS est une recherche appliquée. Mais son fonctionnement scientifique peut être présenté à partir de deux modèles.
3.1. Le modèle linéaire
Le modèle traditionnel et dominant dans les universités et
soutenu par le système fédéral (USDA) est un processus
linéaire de création et de transfert de connaissances pratiques
(schéma de la fig. 1) : depuis les idées jusqu'aux connaissances
pratiques en passant par la recherche de base, la Recherche-Développement
(R et D), la recherche adaptative, et le transfert de technologies.
Puisque la recherche de base est au début du processus et est
organisée en disciplines scientifiques, les buts et les
intérêts de ces disciplines sont dominants pour la
détermination et la conduite des thèmes de recherche. On
privilégie les problèmes tactiques (Are we doing things
right ? fait-on les choses correctement ?) plutôt que
stratégiques (Are we doing the right thing ? travaille-t-on
sur les choses importantes ? Il y a donc un danger de coupure avec les
utilisateurs potentiels de la recherche. Les évaluations et analyses
scientifiques par les pairs (choisis en fonction de leur compétence
dans leur discipline) sont certes essentielles, mais s'appuient sur des
procédures compatibles avec le modèle linéaire : la
qualité scientifique intrinsèque et l'excellence disciplinaire
professionnelle. De même les comités ad hoc de
sélection des réponses aux appels d'offre sont constitués
exclusivement d'experts choisis aussi pour leur excellence dans leur discipline.
Compte tenu d'une formation disciplinaire de plus en plus
spécialisée, il y a un frustration grandissante des demandeurs
et des financeurs de recherches appliquées.
Cette formation disciplinaire très pointue est un peu à
l'opposé du modèle originel des LGCAS ; elle entraîne
une course à l'excellence disciplinaire. Le caractère unifiant
du collège de l'agriculture qui était lié à
l'activité agricole existe peu aujourd'hui ; les collaborations
scientifiques entre les disciplines du collège sont limitées.
Comme il y a de moins en moins de diplômés d'origine agricole
et donc connaissant et reconnaissant la complexité de l'activité
agricole, cette hyper-spécialisation apparaît, de plus, mutilante
(voir encadré 5).

Figure 1. Processus linéaire
traditionnel
La recherche de base produit les connaissances de base
sur la structure et les fonctions des systèmes physiques, chimiques,
biologiques, économiques et sociaux.
La recherche-développement (R et D) produit des pratiques et
des résultats spécifiques qui ont une utilité potentielle
pratique et/ou commerciale.
La recherche adaptative comprend le test, la comparaison,
l'amélioration des pratiques générées par la
recherche-développemcnt. Elle les évalue en fonction de leur
utilité dans des conditions spécifiques environnementales et
socio-économiques, en mesurant les interactions parmi elles. Ce type
de recherche génère des informations que les utilisateurs finaux
peuvent intégrer dans des systèmes effectifs et
opérationnels.
Le transfert de technologie est défini comme les processus
par lesquels les résultats de la R et D sont transférés
aux producteurs et expérimentés par eux. Les modes de transfert
incluent les instructions et messages formels et informels, la formation
continue, la formation sur le tas et le conseil aux individus (Holt,
1991).
3.2. Le modèle en parallèle
Dans ce modèle plus récent, les fonctions de la
Recherche-Développement sont conduites simultanément au lieu
de l'être séquentiellement (schéma p. 60). On cherche
à intégrer dès le début du processus, des
problèmes spécifiques comme les objectifs commerciaux,
environnementaux et sociaux de la recherche. Dans ce modèle, les efforts
initiaux sont orientés sur des buts techniques plutôt que sur
les objectifs des disciplines (voir le projet "Vittel"). Les équipes
pluridisciplinaires de recherche-développement, associant des personnes
avec des compétences et des connaissances dans divers champs
scientifiques, techniques, économiques, sociaux et politiques sont
organisées autour de chaque objectif. Les équipes ne sont pas
seulement pluridisciplinaires mais aussi plurifonctionnelles (recherche,
formation, vulgarisation).
Au cours des dernières décennies, la tendance a été
d'orienter la recherche publique vers la recherche de base et de moins en
moins vers la recherche appliquée, en considérant que le secteur
privé s'occuperait de cette dernière. En 1982, le Winrock Report
demande au système des Land Grant Universities de porter assistance
aux firmes américaines dans la compétition technologique, tandis
que de nouvelles critiques sont exprimées contre "une recherche trop
apliquée". Or aujourd'hui certains pensent que c'est une erreur, car
la productivité de la recherche publique provient de l'association
de ces différentes fonctions.
[R] 4. Les réponses apportées à la crise : quelques tendances récentes
Les financements privés ou publics, avec les compétitive research
grants, en particulier les special research grants, sont de plus en plus
distribués sur une base concurrentielle. Comme le note Mme Rives ce
programme est important et constitue une arme pour réorienter la
recherche. Le LGCAS s'y adapte et s'organise pour répondre aux appels
d'offre dont le nombre s'accroît.
a) Renforcement d'une gestion de type privé, concurrentielle et
sélective de l'université.
On recrute de plus en plus le personnel en fonction des appels d'offre, on
analyse les tendances de ces appels, on s'associe avec d'autres institutions.
Par ailleurs le personnel scientifique se voit incité à souscrire
des contrats plus ou moins privés, sans obligation de passer par les
services de l'université. Le personnel scientifique nouveau, souvent
recruté sur une base salariale de 9 mois, doit trouver le complément
à partir de contrats à trouver : voilà une forte incitation
! Il n'est pas difficile de voir les dangers et les excès possibles
de telles pratiques ; ils sont d'ailleurs reconnus.
b) Emergence du niveau local
Il apparaît que le niveau local est de plus en plus demandeur, et donc
moteur, en apportant les financements nécessaires aux recherches qui
l'intéressent. N'oublions pas que la démocratie américaine
est d'abord une démocratie locale et que les gens sont infiniment
plus sensibles à ce qui se passe près de chez eux qu'à
Washington ou même dans la capitale de leur Etat. Les problèmes
posés sont très concrets : pollution agricole d'une rivière,
d'un bassin versant, érosion inquiétante des sols, conflits
d'usage d'un plan d'eau, d'une rivière (agriculteurs, loisirs, eau
potable...), désertification rurale, qualité des produits
agricoles, maintien de la fertilité des sols, etc.
Il est intéressant de noter que ces problèmes se multiplient
aujourd'hui après des décennies d'une exploitation Erreur !
Source du renvoi introuvable. des ressources naturelles. L'idée de
l'abondance est profondément ancrée chez les Américains
: traditionnellement, les ressources étaient si abondantes qu'il y
avait pas à s'en préoccuper. Evidemment la situation a
changé, mais il y a souvent un décalage de mentalité
entre les agriculteurs élevés dans cette croyance d'abondance
et d'autres catégories sociales qui voient les conséquences
négatives des pratiques liées à cette attitude. Ce
décalage est accentué par le fait que l'agriculteur s'est
trouvé de moins en moins dans la possibilité de choisir
personnellement les techniques à employer : les industries d'amont
et d'aval avec l'appui du LGCAS lui indiquent ce qu'il faut faire. Cela
entraîne une simplification des systèmes de production, perçue
comme dangereuse surtout dans le Middle West (maïs, soja).

Figure 2. Processus parallèle
Avec l'efficacité américaine bien connue, ces problèmes
sont identifiés et pris à bras le corps. Ainsi, de nombreuses
équipes reconnaissent la complexité des problèmes liés
à l'activité agricole et se lancent dans des études
pluridisciplinaires, découvrent le danger de démarches
scientifiques exclusivement analytiques, s'ouvrent aux démarches
systémiques et constructivistes. Cela se fait de façon très
pragmatique, avec peu de théorisation.
La prise en compte et en charge des problèmes concrets relance le
besoin de compétences complémentaires et polyvalentes et rejoint
ainsi ce qui était à la base et à l'origine du projet
des LGCAS.
c) Les "centers"
Ce sont de nouvelles institutions qui se créent dans les
universités, sous forme d'unités transversales par rapport
aux disciplines, très légères et flexibles. Elles sont
quelquefois imposées de l'extérieur. Ainsi le Leopold Center
of Iowa State University a été créé par la
volonté de législateurs de l'Etat de l'Iowa, plus ou moins
contre le souhait des responsables de l'université. L'objectif de
ces unités est de donner à l'université une souplesse
administrative et logistique pour résoudre des problèmes concrets
en surmontant la rigidité de l'institution universitaire et son
cloisonnement disciplinaire.
d) Constitution d'équipes pluridisciplinaires pour étudier
et tenter de résoudre le(s) problème(s) posé(s).
Ce sont des comités ad hoc qui, a priori, ne seront pas
pérennisés. Ces équipes pluridisciplinaires sont très
centrées sur les aspects techniques, avec des modèles techniques
souvent très élaborés.
e) Un essor remarquable
Il y a actuellement un véritable bourgeonnement et un réel
dynamisme autour de ces nouvelles problématiques de recherche
provoquées par les questions de société évoquées
ci-dessus. Ce bourgeonnement n'est pas organisé sur le plan national
; on y décèle cependant des tendances constantes, qui se
structurent autour, en particulier, de la complexité des objets et
des questions à propos d'érosion, de pollution, de production
durable et reproductible (sustainability) et de la participatory
approach, démarche qui a quelques points communs avec notre
recherche-action (recherche clinique) associant les acteurs impliqués
dans la recherche.
Ces équipes ont très peu de liens avec l'Association Farming
Systems and Extension (AFSRE), créée il y a quelques
années (avec un financement de l'Agence américaine pour le
développement international - USAID) et qui regroupe des équipes
travaillant essentiellement dans les pays en voie de développement
avec la démarche dite des Farming Systems (universités
de Floride, de MSU, d'Arkansas etc.). Cette association, qui est bien connue
en France, est essoufflée. Par ailleurs, ayant fait peu d'efforts
pour développer des recherches similaires dans les pays
développés, les chercheurs membres de cette association
n'intéressent pas ou peu les équipes travaillant sur des situations
américaines avec une problématique pourtant
proche (2).
f) Quelques risques
La gestion de type privée et concurrentielle au sein des universités
renforce l'autonomie et l'indépendance de chaque équipe. Cette
interdisciplinarité occasionnelle crée le risque d'un manque
de cohérence au niveau de l'ensemble du système, qui entraîne
de grandes difficultés pour l'évaluation des chercheurs et
des équipes. Ces problèmes, reconnus, ne semblent pas avoir
reçu de réponses totalement satisfaisantes. En effet, les
responsables d'université confient aux chefs des départements
(par discipline) le soin de veiller à la cohérence à
leur niveau, tâche difficile compte tenu de la tradition des
départements. Cependant, avec beaucoup de prudence et de
difficultés, des formules d'évaluation collective sont mises
en place.
[R] 5. A propos des recherches systèmes récentes sur l'agriculture durable aux USA
On peut se demander pourquoi la recherche système pluridisciplinaire
sur les systèmes complexes agricoles a mis tant de temps à
se développer aux USA. Plusieurs raisons peuvent être mises
en avant. Parmi les plus importantes, il y a la course à l'excellence
disciplinaire et une certaine conception de la qualité d'un travail
scientifique, favorisant la spécialisation disciplinaire et la
priorité donnée aux informations quantitatives. Ceci éloigne
la science agricole des problèmes concrets des agriculteurs et de
l'agriculture, comme dans le cas de l'économie rurale. Il y a de moins
en moins de professeurs et de chercheurs qui ont eu une connaissance culturelle,
voire familiale, de l'exploitation agricole. Celle-ci permet de compenser
la spécialisation par une vision personnelle unitaire et globale de
l'agriculture et de l'exploitation agricole.
Devant les problèmes de société liés à
la pollution d'origine agricole et à la remise en cause certains modes
de fonctionnement de l'agriculture, de nombreux travaux pluridisciplinaires
se développent, avec la participation active des agriculteurs. Aujourd'hui
aux USA, plusieurs vocables sont utilisés pour définir ces
nouvelles méthodes d'agriculture : sustainable agriculture, low
input agriculture (LIA), low input sustainable agriculture (LISA), low external
input sustainable agriculture (LEISA), alternative agriculture,
regenerative agriculture, organic agriculture, profitable agriculture and
clean environment (PACE), Best Management Practices (BMP),
agroecology, etc. Ces dénominations sont encore souvent source
d'ambiguïtés, de confusion et d'incompréhension, avec
quelquefois des implications politiques et idéologiques difficiles
à clarifier, en dépit d'une abondante littérature sur
le sujet.
On associe souvent la démarche systémique à celle de
la participation des acteurs (participatory approach) ou de
recherche-action qui pose la question du statut scientifique particulier
des sciences sociales. Ces interrogations d'ordre épistémologique
sont rarement exprimées telles quelles dans les milieux que j'ai
rencontrés, mais on ressent leur importance.
Un récent atelier organisé par l'Institut d'agriculture alternative
concluait : "Les organisations agricoles de base et les programmes d'agriculture
alternative soutenus par les Etats ont souvent un net biais : ils veulent
promouvoir le chaangement social, la participation à la recherche
étant un moyen pour y arriver.Ce biais n'est pas limité à
ces organisations engagées. Chaque institution universitaire,
supposée sans biais, a des valeurs implicites. En particulier, si
des intérêts commerciaux sont en jeu, la recherche peut être
conçue d'une certaine façon pour obtenir un certain type de
réponse. A tort ou à raison les agriculteurs peuvent penser
qu'un biais de ce type existe, même si le chercheur affirme et croit
que son travail est complètement objectif ".
[R] Références bibliographiques
Deffontaines J.P., Benoît J., Brossier J., Chia E., Gras,
F., Roux M., 1993. Agriculture et qualité des eaux. Diagnostic
et propositions pour un périmètre de protection. INRA Editions,
Paris, 340 pp.
Holt D., 1991. Organizational Paradigms of Agricultural Research and Development.
Annual Meeting of ARI, 11 pp.
Kergomard-Rives, 1988. Le système américain de recherche
en agriculture. Note de l'ambassade des USA, doc. INRA, 30 pp. + ann.
Le Moigne J.L., 1980. L'analyse de système malgré tout... La
Pensée, 120, 63-73.
Piaget J., 1977. L'épistémologie génétique.
PUF (Que sais-je ?), Paris, 127 pp.
Notes
(1) Elles ont
fait l'objet d'un rapport plus complet et, à l'issue de ce séjour
aux USA, je dispose d'un dossier d'adresses, d'articles et de Documents utiles.
Me contacter.
Je signale aussi la tenue, en novembre 1994, du symposium international
"Recherches-suystèmes en agriculture et développement rural"
(voir ci-après, rubrique Colloques).
[VU]
(2) Selon mes
interlocuteurs[VU]
[R] Encadré1 : Programme de recherche AGREV (Agriculture Environnement Vittel)
Le programme de recherche interdisciplinaire et inter-institutionnelle (AGREV)
a pour origine une question posée par la Société
générale des eaux minérales de Vittel (SGEMV) : quelles
sont les modifications des pratiques et des systèmes de production
agricole qui peuvent garantir le maintien de la qualité des eaux de
surface (ruissellement) et sous les racines ? Dans quelles conditions ces
modifications peuvent-elles être mises en oeuvre ?
Le thème général retenu pour la recherche est celui
du maintien et du développement d'une agriculture locale soumise à
des contraintes nouvelles de qualité des eaux souterraines et des
conditions dans lesquelles elle peut maîtriser ses effluents.
La SGEMV a fixé dès le départ les contraintes relatives
à la qualité des eaux. Celles-ci sont fortes et peuvent se
résumer en une absence de pesticides et un taux de nitrates
inférieur à 10 mg par litre dans les solutions de sol en dessous
des racines. Elle précisait également le périmètre
à protéger.
Problématique en termes de système agraire
Nous faisons l'hypothèse que le maintien et le développement
d'une agriculture locale performante et maîtrisant ses effluents
dépend du fonctionnement et de l'évolution du système
agraire défini par les acteurs concernés et le territoire de
protection, par leurs activités et par l'ensemble des relations qui
s'établissent entre acteurs, activités et territoire à
l'occasion de la production agricole et de l'utilisation du territoire.
Pour aborder le problème de la maîtrise du taux des nitrates
dans les eaux sous la zone racinaire nous avons considéré trois
types de sous-systèmes : les systèmes socio-économiques
qui relient les acteurs et leurs activités, les systèmes
biotechniques qui interviennent dans le transfert des nitrates et les
hydrosystèmes dans lesquels s'organise la circulation de l'eau.
Les systèmes socio-économiques, biotechniques et les
hydrosystèmes ne sont pas indépendants et correspondent à
trois points de vue sur le système agraire en cause. L'analyse de
chacun d'eux mobilise des concepts et des outils particuliers. Pour l'étude
de ces systèmes, ont été définis des niveaux
fonctionnels significatifs par rappport à la question posée
:
- pour l'approche des systèmes socio-économiques, quatre niveaux
ont été retenus : les sociétés locales, les relations
entre acteurs (SGEMV, agriculteurs, représentants de la profession,
chercheurs...), les filières économiques et institutionnelles
et les systèmes famille-exploitation ;
- pour les hydrosystèmes , les niveaux d'analyse sont spatiaux : stations,
bassins versants et périmètre de protection ;
- enfin, les systèmes biotechniques sont analysés au niveau
de l'exploitation, mais également aux niveaux englobés, de
la parcelle et de la station, et au niveau plus large du périmètre
et de son environnement proche.
+ Un premier compte rendu des travaux sera réuni dans un Dossier de
la Cellule Environnement et une réunion de différents acteurs
de "Vittel", pour faire un point scientifique et dégager les enseignements
en termes d'exportation de compétences des chercheurs de l'INRA et
de leur valorisation, est prévue pour la fin de 1993. Les lecteurs
du Courrier seront les premiers informés.
Voir également Deffontaines et al., 1993.
A partir de 1959, le transfert des travaux et des résultats de la
recherche aux agriculteurs a été réalisé en France
par les organisations professionnelles agricoles. En 1986, le Service de
vulgarisation est ré-intitulé Service de développement.
Les multiples interrogations sur la pertinence et l'adéquation des
champs et des méthodologies de la recherche ont conduit l'INRA à
créer, le 31 décembre 1979, le département de recherches
sur les Systèmes agraires et le Développement (SAD).
Le SAD a pour tâche d'analyser et de comprendre le fonctionnement des
systèmes agraires aux niveaux régionaux et locaux et de
dégager la façon dont l'information scientifique pourrait
être mieux adaptée à la diversité et aux
évolutions des besoins dans ce domaine. Il s'est d'abord donné
comme objectif de comprendre le fonctionnement des exploitations agricoles
considérées comme des systèmes pilotés ; pour
situer ces fonctionnements dans leur environnement, les filières de
production et les territoires étaient pris en compte. A la suite d'un
audit externe (1985), le SAD a procédé à un
approfondissement collectif de ses références théoriques
et de leur maîtrise à travers les avancées de nouvelles
sciences : sciences de la cognition, de la décision, de l'organisation,
des systèmes. De même, il a été convenu de ne
plus se contenter de situer les activités agricoles mais de rendre
compte des relations entre elles et les filières et les territoires
à l'organisation desquels elles participent.
A ce stade, il s'est trouvé confronté au problème
général de ses rapports à l'action et de ses relations
avec les institutions en charge de l'encadrement : ce problème se
posait à travers une floraison de questions émergentes au niveau
des filières et des territoires face aux besoins des industries
agro-alimentaires, à la crise des systèmes de production et
à leurs effets sur l'environnement. Cela confortait le choix des postulats
de globalité et de complexité et la nécessaire
intégration des acteurs dans les représentations systémiques.
[R] Encadré3 : La démarche-système
La démarche-système suppose de pouvoir construire le système
étudié, ce qui n'est pas toujours évident, de définir
les objectifs du système (voire avec ses contradictions), de prendre
en compte l'environnement (écologique, économique et politique).
Par ailleurs cette démarche entraîne plusieurs renversements
fondamentaux dans la recherche :
- donner la priorité à la compréhension pour modifier
les systèmes. La démarche est holistique et non normative ;
- étudier ce que font les agriculteurs plutôt que dire ce qu'ils
devraient faire ;
- suivre une démarche ascendante s'appuyant sur les pratiques des
agriculteurs ;
- avoir nécessairement une approche pluridisciplinaire.
La théorie du système appliquée à l'étude
des problèmes de l'agriculture se traduit par une modification assez
radicale de l'attitude scientifique, ce que d'aucuns appelent un renversement
épistémologique.
La recherche n'est pas la compréhension d'un mode déjà
construit ("cablé") dont il s'agirait de découvrir le plan
de câblage ("Dieu, assurait A. einstein, ne joue pas aux dés",
il faut découvrir le grand Ordre qui relie toute chose par causes
et effets).
La connaissance est construction. Piaget écrit (1970) : " La
connaissance ne saurait être conçue comme prédestinée,
ni dans les structures internes du sujet, puisqu'elles résultent d'une
construction effective et continue, ni dans les caractères
pré-exixtants de l'objet, puisqu'ils ne sont connus que grâce
à la médiation nécessaire de ces structures... Toute
connaissance comporte un aspect d'élaboration nouvelle. " Il n'y a
pas de vérité pré-existante dont la connaissance nous
rapprocherait, car les systèmes sont conçus, construits et
pilotés.
Mais il est possible de confronter les conséquences anticipées
par le modèle et celles observées dans le réel.
L'expérimentation en vraie grandeur chez et avec les agriculteurs
devient un moyen de connaître. Une autre conséquence est que
l'observé et l'observateur ne peuvent pas être
irréductiblement séparés.
L'observé n'est pas identifiable sans l'observateur. Comme dit E.
Morin : "l'objet d'étude se métamorphose selon le type de vision
qui s'y applique"
La démarche systémique (a) conduit donc à un renouvellement
de la démarche scientifique qui relie recherche et action. On appelle
souvent cette démarche recherche-action ou recherche-développement.
C'est, peut-on dire en résumé, la philosophie du SAD de construire
une recherche sur l'activité agricole (compréhension de son
fonctionnement et amélioration de sa gestion) qui associe ces deux
facettes.
(a) La sémantique pose quelques problèmes. Le Moigne (1980) propose "analyse de système ou modélisation systémique"Le terme "analyse" est peut-être dangereux car il laisse entendre que l'on est encore dans la démarche analytique de décomposition. Il faut en tout cas éviter l'expression "analyse des systèmes" ou "approche systémique", ce dernier terme laissant entendre que l'on ne fait qu'effleurer. Ici nous avons préféré parler de démarche systémique ou de modélisation systémique.
[R] Encadré 4 : Recherche-action
La Recherche-action est une démarche scientifique et pratique permettant
d'appréhender des situations sociales rencontrées quotidiennement,
qui posent parfois de véritables défis à notre raisonnement
logique sinon rationnel, telles que : l'urbanisation, le développement
économique régional, les systèmes complexes
agriculture-protection des ressources naturelles, l'insertion sociale,
l'éducation pour n'en citer que quelques exemples.
Le fait que l'on ne puisse pas dans les sciences sociales réaliser
des expériences de paillasse pour les reproduire dans la
réalité, limite la pertinence de la méthode scientifique
classique chère à Claude Bernard et pose la question de la
construction d'une démarche scientifique adaptée.
L'inadéquation de la méthode classique est d'autant plus
perceptible que la société dans laquelle nous vivons se transforme
et semble évoluer vers une société de l'information
et de la création. Par ailleurs, l'action dans ce type de
société caractérisée par des situations complexes,
ne se résume pas en une somme de procédures simples ; cette
évolution incite à relativiser l'ambition de maîtrise
absolue des choses, telle que l'utilisation normale du positivisme nous avait
enclins et habitués à le croire.
Dans le processus proposé par la recherche-action, l'action devient
source de situations qui permettent la production de connaissances nouvelles,
dans lesquelles les différents acteurs sont pleinement engagés.
Si la démarche ne peut assurer, au moment où elle s'engage,
que les résultats en termes d'action et de recherche seront atteints,
au moins se donne-t-elle les meilleures chances de succès en associant
les compétences nécessaires de l'acteur et du chercheur, puisque
l'acteur est partie prenante intégrale de la tentative de production
de connaissances que le chercheur a pour mission de réaliser, et que
dans le même temps le chercheur engage dans l'action tout le champ
de ses savoirs (b).
(b) Voir le numéro spécial de la Revue Internationale de
Systémique, 6(4), sur la recherche-action, publié sous la direction
de F. Creze, M. de Bernardi et M. Liu.
[R] Encadré 5 : Note sur l'évolution de la science économique rurale aux USA
Cette évolution est révélatrice de ce phénomène
d'hyper-spécialisation. Depuis ses origines et de par sa tradition
micro-économique de production economics permettant de nombreux ponts
avec les questions et recherches dans les champs techniques, l'économie
rurale américaine s'est peu à peu fortement orientée
vers les courants dominants de l'économie (modèles
mathématiques, économétrie, etc.), en négligeant
de plus en plus ses spécificités agricoles. Cela a
entraîné des problèmes de communication avec les utilisateurs
et une coupure assez grande avec les autres disciplines du LGCAS.
Cette coupure pose question. Depuis quelques années, certains professeurs,
chefs de départements, comme Stoevener (Virginia Polytechnic Institute)
et Castle (Oregon State University), ont cherché à promouvoir
des modèles de recherche et d'enseignement plus ouverts. Ils veulent
permettre aux économistes ne travaillant pas dans le sens du courant
dominant (main stream), mais privilégiant la démarche
pluridisciplinaire, la relation étroite avec la demande, l'étude
de questions plus appliquées posées par des acteurs sociaux,
qui ont souvent des difficultés pour publier dans les revues d'excellence
professionnelle, de pouvoir progresser dans leur carrière. Ces chefs
de département, encore minoritaires, ont privilégié
les critères d'ouverture et de dialogue scientifiques pour le recrutement
des professeurs. Ils se posent bien entendu des problèmes
d'évaluation de scientificité qui leur sont difficiles à
résoudre (voir rapport détaillé sur les universités).
Il reste malgré tout généralement difficile pour les
chercheurs intéressés par cette démarche centrée
sur la complexité, de progresser et certains avouent une certaine
schizophrénie pour satisfaire en même temps que leur
intérêt, l'exigence professionnelle et publier des articles
dans des revues reconnues. Mais il est clair que les choses bougent, et il
existe actuellement plusieurs universités et institutions
américaines où des économistes peuvent s'engager dans
des problématiques proches de celles des économistes au SAD.
[R] Encadré 6 : L'INRA et le système de recherche publique américain
Les diverses équipes pluridisciplinaires rencontrées, travaillant
sur l'agriculture durable et avec la démarche participative, ont peu
de liens entre elles. Le SAD devrait développer ses relations avec
plusieurs d'entre elles, bien que, à l'instar de l'INRA, il soit peu
connu, en bonne partie du fait du manque d'accessibilité d'une
littérature en français et hors des normes américaines
et du petit nombre des publications, articles comme ouvrages de synthèse,
écrites en anglais par les collègues de l'INRA.
Des équipes travaillent avec des méthodes et des concepts proches
de ceux du SAD, sans pourtant éprouver le besoin de créer une
structure analogue. Quelques points sont à retenir, à propos
du rôle du SAD au sein de l'INRA et vis-à-vis de la communauté
scientifique :
- la démarche système est surtout un état d'esprit,
des méthodes, des démarches de travail avec les collègues
et les partenaires. Il est sans doute important que cet état d'esprit,
ces méthodes, ces façons de travailler soient mieux diffusés
et compris au sein des institutions de recherche ;
- les demandes de recherche finalisée venant des utilisateurs, en
particulier celles qui ressortent de la complexité et font appel à
la collaboration de plusieurs disciplines, pourraient donner lieu à
des procédures d'appel d'offre pour favoriser la constitution
d'équipes pluridisciplinaires et plurifonctionnelles ad hoc au sein
même de l'INRA (comme cela existait avec les comités de la DGRST
ou existe avec la CEE) ;
- cela permettrait aussi de renforcer et d'accentuer les relations du SAD
avec les disciplines techniques en développant (pourquoi pas ?) une
émulation ;
- la formation initiale et surtout continue, que le SAD a toujours mise en
avant, apparaît une condition essentielle du succès des
opérations de recherches participantes qui se mettent en place aux
USA ;
- il semble que la validité scientifique de cette démarche
se pose en termes différents de celle des sciences analytiques. Il
est certain que les critères de reproductibilité et d'accumulation
des connaissances y sont moins évidentes et plus difficiles. Et que
sont les produits de la recherche du SAD ? Des démarches et des
méthodes généralisables, des réponses, des solutions
pour les utilisateurs : faut-il prévoir des avantages, des formes
de reconnaissance sociale pour ces résultats, même si les
avancées pour la science n'apparaissent pas décisives au sens
classique du terme ? Il faut se rappeler que Norman Borlaugh, directeur
scientifique du CIMMYT et "pére" des variétés à
haut rendement, n'a pas eu un prix Nobel scientifique, mais le prix Nobel
de la paix.
[R]