Petites productions cherchent avenir
Nouvelles productions et prévisions
Nouvelles productions, petites productions
aux États-Unis
Qu'avons-nous de semblable en France ?
[R] Nouvelles productions et prévisions
En 1957-58 lorsque les premiers hybrides de maïs français, nés
de la confrontation de matériel génétique local avec
des lignées américaines ont été inscrits au
catalogue, le maïis n'était pas une culture nouvelle pour notre
pays.
Depuis la fin de la guerre, et malgré l'introduction des hybrides
américains, les surfaces plafonnaient aux environs de 500 000 ha,
la production autour de 1,5 M de t. et la culture restait localisée
dans ses zones traditionnelles.
Dix ans plus tard, le million d'ha. était dépassé, le
rendement à l'ha. avait quasiment doublé, la production approchait
les 5,5 M de t. mais surtout le maïs était devenu une nouvelle
production ; grâce à la précocité des hybrides,
il était en effet sorti de sa zone traditionnelle de culture, il avait
commencé la conquête de Bassin Parisien, désormais il
représentait une alternative aux céréales secondaires,
au blé dur, à la betterave, à la pomme de terre, aux
plantes fourragères et, ce faisant, commençait à transformer
le visage de la campagne française.
En 1971, les 9 M de t. étaient atteints pour une surface d'un peu
plus de 1,6 M d'ha. A ce moment là, une simple extrapolation,
ajustée aux besoins de la Communauté pour la décennie
suivante, imposait que l'on trouvât 1,4 M d'ha. supplémentaires
pour produire environ 18 M de t. sur 3 M d'ha. (Ce qui impliquait de
surcroît un gain de rendement moyen d'1 quintal par an). On sait ce
qu'il advint de cette prévision...
Différents facteurs sont venus contrarier ces projets, et le cas du
maïs résume assez bien tous les aléas auxquels se heurte
une "nouvelle production", tant sur le plan technique qu'économique
et politique. Il illustre en outre l'ambiguïté du vocabulaire
relatif à la nouveauté et la fragilité des prévisions
qui peuvent être tentées.
Nous pouvons citer le cas d'autres productions ; ainsi les espoirs que l'on
fondait, il y a 10 ans, sur la féverole se sont écroulés
; en revanche, qui pouvait parier, il y a seulement 5 ans, sur plus d'1 M
d'ha. de tournesol en 1987 ? Qui pouvait supposer l'envolée de la
production de colza cette mime année 1987 avec 156% d'augmentation
des surfaces par rapport à 1986 t Qui, il y a 20 ans, aurait pu annoncer
le renouveau de l'escourgeon et la quasi disparition de l'orge de printemps
? Et on pourrait continuer avec d'autres espèces dont le toujours
nouveau Triticale qui, malgré ses grandes qualités, a du mal
à dépasser 100 000 ha. Alors que le pois protéagineux
qui n'existait pas tu 1968, couvre quelques 430 000 ha en semis de printemps
en 1988. Alors quel avenir pour le soja ? pour le lupin ? Comment tenter
des prévisions sur des productions dont le développement
dépendra de moins en soins de la science et de la technique, et de
plus en plus de l'environnement économique et politique international
? Mais encore, quelle place doit-on réserver aux résultats
que l'on peut légitimement attendre des recherches en biologie
moléculaire et cellulaire ? Dans ce domaine l'utopie fait place chaque
jour à la réalité des faits et il est tout à
fait probable que dans 20 ans, quelques espèces transformées,
voire transgéniques, pourront être cultivées ou
élevées pour des productions particulières. Peut-être
devra-t-on attendre davantage pour voir, en culture, des céréales
fixer l'azote de l'air
[R] Nouvelles productions, petites productions
Nouvelles productions, petites productions, autres productions, productions
alternatives, nouvelles espèces fruitières, légumes
nouveaux, légumes oubliés... font l'objet de publications
incessantes bien au delà de la presse spécialisée.
L'agriculteur soumis à ce flot d'informations souvent superficielles,
quelquefois à la limite du sérieux, a bien du mal à
se faire une idée précise au vu des solutions qui lui sont
proposées. I1 doit avant tout être parfaitement attentif à
l'existence d'un débouché, voire d'un marché. En dehors
de quelques réussites individuelles, on ne peut espérer un
succès dans une entreprise de diversification que, si en aval de la
production, toute l'infrastructure d'une véritable filière
se met en place et c'est probablement à ce niveau, plus que sur le
plan technique, que surgissent les plus grosses difficultés.
Le problème de la diversification n'est pas un problème
limité à notre hexagone ni même à la Communauté
Européenne ; il affecte tous les pays industrialisés et là,
comme dans d'autres domaines, il vaut mieux ne pas partir le dernier ni attendre
que les problèmes se posent de façon trop aigüe. L'imagination
est souvent plus fertile en période de crise mais ce n'est pas un
argument pour ne rien envisager avant et surtout ne pas accorder une certaine
pérennité à une recherche de base dans ce domaine.
La crise de l'énergie apparue en 1974 a largement stimulé les
recherches sur les ressources renouvelables, sur la biomasse et notamment
sur les plantes substituts du pétrole sur lesquelles nous reviendront,
mais il faut bien reconnaître et c'est le cas de le dire, elles n'ont
été qu'un "feu de paille" éteint dès que le cours
du baril de pétrole est revenu à des niveaux plus
raisonnables (1). La destination alimentaire
de l'huile de colza a imposé il y a quelques années que celle-ci,
qui contenait jusqu'à 451 d'acide érucique, soit
débarrassée de cet acide gras dont on soupçonnait la
toxicité. Les programmes de sélection entrepris ont permis
d'aboutir à l'élimination de l'acide érucique que nous
importons par ailleurs pour des utilisations industrielles.
Comment dès lors envisager une recherche capable de fournir les bases
à partir desquelles pourraient se développer de nouvelles
productions ?
Bien entendu ces bases risquent d'être quelque peu différentes
suivant qu'il s'agit de productions végétales ou animales mais,
dans les deux cas, il faut se fixer des objectifs précis ; pour les
productions animales et suivant les espèces, ce peut être la
production de viande, de lait, de peau, de toison, de poil, ...etc, pour
les productions végétales ce peut être la plante, la
fleur, le fruit frais ou transformé, la graine, l'amidon, les
protéines, les acides gras, certaines huiles essentielles, des essences,
des latex,...etc. La destination peut être alimentaire ou industrielle
ou les deux à la fois, mais le dispositif ne doit rien laisser au
hasard. Il ne s'agit pas en effet de produire pour produire mais de produire
pour vendre et donc, il vaut mieux au préalable avoir défini
la destination finale sinon, comme nous l'indiquions plus haut, toute la
filière.
Il est clair, quand on examine la situation des nouvelles productions en
France et même en Europe, qu'il n'y a guère de politique
cohérente dans ce domaine. La Communauté a bien tenté
et tente encore à travers quelques programmes dont le programme FAST
(Forecasting and Assessment in Science and Technology) de promouvoir et de
participer su financement de quelques actions de recherche-développement
pour les régions méditerranéennes, mais le plus souvent,
une fois l'étude publiée, le relais n'est pas assuré.
A ce titre une étude importante a été réalisée
pour le Jojoba (Simmondsia chinensis, Buxacées) dont les graines
fournissent une cire liquide de composition voisine de celle du spermaceti
des Cétacés, et pour la Guayule (Parthenium argentatum,
Composées) dont le latex fournit un caoutchouc naturel.
Les conclusions de l'étude technique excluent les régions
méditerranéennes françaises trop froides et plus aptes
aux cultures riches ou du tourisme (sic !) au profit de quelques parties
du sud de l'Espagne, de l'Italie et de la Grèce. Quant aux conditions
économiques, pour la cire de Jojoba elles dépendent des besoins
européens, (ceux-ci étaient évalués à
50 t. en 1985 dont 10 t. pour les besoins français de l'industrie
des cosmétiques), et pour la Guayule elles dépendent bien sûr
du marché mondial du caoutchouc d'Hévéa, du cours du
pétrole pour le caoutchouc synthétique et du bon vouloir des
manufacturiers.
Un examen un peu plus attentif montre que, pour ces deux espèces,
toutes les références sont américaines ou mexicaines
et que des études précises et méthodiques ont
été réalisées depuis fort longtemps essentiellement
aux États-Unis. Tout ou presque est connu depuis les possibilités
d'amélioration génétique jusqu'aux exigences en
matière de sol, de fumure, d'irrigation, de techniques de cultures
y compris programmes de traitements fongicides, insecticides, désherbants.
Toute la technologie des produits essentiels et des résidus est connue
ainsi que leur domaine d'utilisation. Des plantations performantes existent,
elles sont suffisantes pour alimenter les seules unités d'extraction
et les seuls marchés actuellement existants. Si demain les marchés
devaient s'élargir, quelles qu'en soient les causes, nos amis
américains disposent du savoir-faire et sont tout prêts à
s'y engouffrer !
À la faveur d'un programme européen, nous venons d'examiner
le cas de deux espèces mais il faut savoir qu'aux États-Unis
une telle politique est délibérée ; elle concerne plusieurs
centaines d'espèces et elle est menée aussi bien à l'USDA
que dans l'ensemble des universités.
L'exemple des oléagineux est significatif ; en effet si pour les huiles
alimentaires on recherche avant tout des qualités organoleptiques,
de la couleur, une absence de toxicité et une bonne tenue à
la cuisson, pour la lipochimie, ce qui importe avant tout pour l'industriel,
c'est la composition chimique : longueur des chaînes, nature et proportion
des différents acides gras dans la composition des huiles,
possibilités de séparation... etc. En fait les meilleures huiles
pour l'industrie sont celles où domine un seul acide gras -cas du
mutant du tournesol "Trisun"- donnant jusqu'à 92% d'acide oléique,
cas de l'Euphorbia lathyris, 85% d'acide oléique, cas de divers
Crambe et Eruca mais aussi du colza pour l'acide érucique.
Dans cet esprit, depuis plus de 25 ans, on a commencé l'évaluation
aux États-Unis d'un grand nombre d'espèces sauvages ou introduites,
mais aussi d'espèces cultivées, utilisées à d'autres
fins. Cela permet aujourd'hui, pour bon nombre d'entre elles, de connaître
les principales propriétés de leurs graines : teneur en huile,
nature et qualité des acides gras, mais aussi teneur en protéines,
en glucides, présence d'antinutritionnels, toxicité, valeur
nutritive des tourteaux... etc. Les plus intéressantes d'entre elles
font l'objet depuis 1984 d'une liste de "cultures stratégiques
d'intérêt national'', on y trouve le Jojoba et la Guayule mais
aussi le colza que les américains découvrent, ainsi que huit
autres espèces dont Lymnanthes alba et Cuphea spp. Le
Lymnanthes est une plante annuelle originaire de la côte Ouest des
Etats-Unis (Californie et Orégon) dont les graines contiennent une
cire liquide très voisine de celle du Jojoba: Par rapport à
ce dernier le Lymnanthes présente l'avantage de pouvoir être
cultivé en zone tempérée froide comme une culture d'hiver.
Sa domestication est bien avancée et sa culture a débuté
en Orégon sur des surfaces non négligeables. Les Cuphea
intéressants par leurs graines qui contiennent des acides gras en
C8, C10, C12 suivant les espèces avec des teneurs élevées
ou très élevées en acides Laurique et Caprique sont
originaires des déserts mexicains et sont de ce fait assez peu
adaptés à la culture en Europe.
[R] Qu'avons-nous de semblable en France ?
Nos instituts techniques, nos chambres d'agriculture entretiennent des cellules
de veille technologique et sont attentifs à tout ce qui ce passe dans
ce domaine de par le monde. Nous avons de ce fait des informations, parfois
des semences et même quelques essais, mais cela reste très
confidentiel même si, comme nous l'avons déjà indiqué,
la presse est extrêmement friande de nouveautés. Pourtant, une
multitude d'activités est déployée, que ce soit dans
le domaine des nouvelles espèces fruitières plus ou moins
exotiques, dans celui des plantes médicinales qu'on dissocie difficilement
des plantes aromatiques et à parfums ou dans celui des nouveaux
légumes.
Ces situations révèlent qu'il y a bien peu de choses qui ne
soient connues depuis fort longtemps ! D. Bois dans ses quatre volumes
consacrés au "Plantes alimentaires chez tous les peuples et à
travers les ages" Phanérogames légumières 1927,
Phanérogames fruitières 1929, Plantes à épices,
à aromates et à condiments 1934, Plantes à boissons
1937, fait largement le tour de ce qui peut être cultivé et
consommé ; la plupart des espèces décrites ont en effet
fait l'objet d'expérimentations, certes modestes, mais souvent suffisantes
pour ce qui concerne les conditions d'adaptation climatique au moins dans
le Bassin Parisien. L'abbé Fournier, un peu plus tard, de 1943 à
1948, a publié trois volumes sur les "Plantes médicinales et
vénéneuses de France" décrivant environ 1200 espèces,
leurs propriétés, leurs utilisations, leurs huiles essentielles.
Au niveau de la recherche, des gisements de documents existent dans les
laboratoires ; les informations qu'ils contiennent ont souvent été
publiées puis oubliées, notamment en ce qui concerne les
espèces introduites par les sélectionneurs pour leurs programmes
d'amélioration.
En réalité, face aux besoins qui s'expriment et face à
la masse d'informations qui existent, il nous parait clair qu'une coordination
devient de plus en plus indispensable. C'est dans cet esprit que l'INRA,
pour sa part, a mis en place une mission "Productions Alternatives" qui devra
notamment identifier les facteurs limitants le développement des nouvelles
productions sur l'ensemble de la filière, proposer des programmes
de recherche propres à lever ces facteurs limitants, mais aussi
préparer des projets auxquels, par appel d'offres, pourront être
intégrés tous les acteurs et partenaires d'une filière.
Cette mission devra également trouver des moyens de financement pour
la réalisation des projets, mais surtout assurer une certaine
pérennité aux activités de recherche qui ont besoin
de la durée pour être efficaces.
Du point de vue des recherches fondamentales, il nous semble cependant que
l'investissement le plus sûr, le plus rentable à terme et le
plus à la mesure d'un institut de recherche comme le nôtre est
celui qui devrait être fait sur des recherches sur la domestication
des espèces et notamment sur les possibilités
d'accélération de cette domestication. En effet, si pour la
plupart des espèces que nous cultivons aujourd'hui la nature, aidée
par l'homme a mis quelques siècles, parfois plusieurs millénaires
pour accomplir ce processus, il est clair que les exigences de notre temps
ne nous permettent pas de nous accorder de tels délais.
On peut citer quelques exemples de travaux dans ce domaine, soit en cours,
soit interrompus mais qui gagneraient à être repris.
- Les introductions d'espèces exotiques, qu'elles soient fruitières,
légumières ou florales doivent être encouragées
de la même manière que les espèces fourragères,
forestières ou de grande culture, soit pour être utilisées
directement, soit, plus sûrement, pour participer à des programmes
d'amélioration des espèces indigènes.
- Les travaux engagés dès 1974 sur les plantes productrices
de terpènes, et en particulier certaines euphorbiacées
méritent d'être repris, même et surtout si l'objectif
n'est pas de se substituer au pétrole carburant. Il en est de mime
pour la production d'huile par Euphorbia lathyris.
- En matière d'horticulture florale, secteur déficitaire s'il
en est, et qui pourrait être considérablement développé,
le problème ne semble pas être technique mais lié aux
structures socio-professionnelles, il n'en mérite pas moins toute
l'attention des économistes sociaux.
- Les recherches sur l'élevage des escargots doivent être
stimulées pour parvenir à une production hors-sol efficiente
et un programme d'amélioration génétique doit être
engagé.
- Les recherches sur l'élevage des grenouilles qui butent notamment
sur un problème d'alimentation des adultes doivent être soutenues
et probablement assistées par des spécialistes de la
nutrition.
Nombre de défis sont à relever, mais ils sont parfaitement
accessibles, pour peu que nous fassions un effort d'organisation, de
coordination, et que nous accordions une certaine pérennité
à nos actions. S'agissant de prévisions, s'il est parfaitement
illusoire d'annoncer aujourd'hui les nouveautés qui seront à
l'honneur dans vingt ans, on peut en revanche sans risque prévoir
un développement de cultures oléagineuses spécifiques
pour la lipochimie, industrie dont on peut envisager à long terme
qu'elle succédera partiellement à la pétrochimie. Sera-ce
le Jojoba, le Lymnanthes ou tout simplement le colza ? Sûrement plusieurs
d'entre elles en fonction des acides gras recherchés. De même,
on peut imaginer que les cultures énergétiques capables de
fournir de l'éthanol auront pris une bonne place, mais là,
on peut parier que seule leur destination sera nouvelle, elles auront nom
blé, mais, betterave, vigne ou pomme de terre, mais gageons que le
paysage agricole n'aura pas beaucoup changé malgré les friches
ou jachères que l'on nous promet.
Note
(1) Est-ce bien
le terme qui convient ? On peut vraisemblablement discuter sur le niveau
auquel devrait se situer le prix du baril de pétrole pour débloquer
tout un ensemble de productions
agricoles.[VU]
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