Le Courrier de l'environnement n°20, septembre
1993
L'Institut
d'Ecologie d'Athens (Georgie, USA)
-
par Christian Castellanet
en formation à l'Institut (mastère conservation
et développement durable) depuis janvier 1993, détaché
du GRET (Groupe de recherche et d'échanges technologiques) avec une
bourse de Lavoisier.
La recherche en écologie en Georgie a démarré dans les
années 50, autour des recherches sur les effets de la radio-activité
mises en oeuvre par le CEA américain auprès du réacteur
de Savannah River, et aussi sur l'avenir des marais côtiers
et leur impact sur la biologie marine. L'Institut d'Ecologie fut fondé
en 1967 par l'université de Georgie, et Eugène Odum, bien connu
pour ses travaux sur l'éco-énergétique, en devint le
premier directeur. Du fait du dynamisme de l'équipe fondatrice (E.
Odum, F. Golley, rejoints rapidement par D. Wiegert, B. Patten, L. Pomeroy,
D.A. Crossley), l'Institut fut rapidement reconnu comme le centre actif de
la " nouvelle écologie" de l'époque, holistique dans son approche
et utilisant la modélisation systémique comme outil d'approche
de la dynamique des écosystèmes. Des locaux conçus
spécialement pour faciliter les échanges personnels et les
rencontres, et bien intégrés dans le paysage, furent construits
en 1974.
Au lieu de créer un nouveau département spécialisé,
ce qui semblait contradictoire avec l'objectif de conserver son caractère
intégrateur à l'écologie, il fut décidé
de donner à l'Institut un caractère clairement interdisciplinaire
et non hiérarchique. Les enseignants et chercheurs sont cooptés
à partir des départements de zoologie, botanique, entomologie,
génétique, géographie, anthropologie, foresterie, agronomie,
microbiologie, etc. L'interdisciplinarité est encouragée en
premier lieu par la mise en oeuvre de projets de recherche interdisciplinaires
de longue durée par des groupes d'une dizaine de chercheurs. Ces
recherches ont porté en particulier sur la dynamique des marais salants
côtiers (cycle du carbone, modélisation des flux d'énergie
aux différents niveaux trophiques) et sur la dynamique des
écosystèmes amazoniens (cycle des éléments
minéraux, dynamique des successions après culture ou prairie).
Les écologistes américains ont réussi à faire
admettre par l'administration que des projets de recherche à long
terme sont indispensables en écologie, et à faire financer,
en relais du Programme biologique international, un programme de "long term
ecological research" qui favorise et encourage les équipes
pluridisciplinaires. L'Institut suit un programme de ce type à Coweeta
dans les Appalaches, conjointement avec le département des Forêts
(dynamique de bassins versants appalachiens, cycles biogéochimiques,
dynamique de la végétation, écologie et hydrologie des
rivières, gestion de la faune piscicole). L'Institut réunit
aujourd'hui 75 enseignants (dont environ 10 à temps plein à
l'Institut) et 118 étudiants en doctorat - dont 18
étrangers (1). Les thèses
sont suivies par un comité de cinq chercheurs appartenant à
des disciplines différentes, et choisies par les étudiants.
Cette particularité assure également une certaine ouverture
des sujets de recherche qui sinon risqueraient de rester très
disciplinaires.
L'Institut a également joué un rôle important dans la
création d'une association internationale d'écologie (Intelcol)
représentant 35 sociétés nationales. F. Golley en assume
la présidence depuis 1986.
Depuis quelques années, l'Institut s'est également orienté
vers des programmes de recherche appliquée centrés sur
l'écologie des paysages et l'agro-écologie, avec l'arrivée
de chercheurs reconnus dans ce domaine (R. Carrol, C. Jordan, P. Hendrix).
Un programme de "master". en conservation des ressources naturelles et
développement durable a démarré cette année dans
le même esprit. Se développent également des recherches
sur l'écologie des populations et l'écologie de l'évolution
(R. Pulliam, Smith, Wyatt, Gibbons, etc.).
Le budget de l'Institut, qui représente 5 millions de dollars, provient
à plus de 90% de subventions fédérales ou privées.
Cela signifie, entre autres, que jusqu'à présent seuls 5 postes
de chercheurs permanents étaient assurés au niveau de l'Institut,
le reste dépendant de la qualité des productions scientifiques
de l'Institut. Ceci est évidemment un gage de dynamisme, mais peut
entraîner certains conflits entre la course aux appels d'offres de
recherche juteux, et les investissements en terme de formation. La rotation
rapide des enseignants, en particulier des jeunes, a l'avantage de faciliter
la circulation rapide des idées et des méthodes au niveau national,
mais comporte le risque éventuel d'une certaine perte d'identité
pour l'institution. Du fait du système de direction " collégiale
", les transitions se sont jusqu'ici déroulées harmonieusement
et sans rupture.
Il faut dire enfin, qu'après la période euphorique des années
70, où l'écologie était à la mode aussi bien
chez les étudiants qu'auprès des financeurs, il y a ajourd'hui
sur le plan national un retour vers des normes de recherche plus traditionnelles,
avec une grande importance accordée à la quantification et
aux méthodes statistiques, une certaine désaffection pour les
modèles d'écosystèmes, et une préférence
pour les sujets réductionnistes portant sur un mécanisme
limité mais bien identifié. L'éternel débat entre
" systémistes "(2) et
réductionnistes est loin d'être clos aux Etats-Unis. Toute la
richesse de l'Institut vient justement de ce qu'il favorise le débat
entre les deux camps, en menant des travaux avec des approches variées
sans verser dans un dogmatisme quelconque n
Pour tout renseignement :
C. Castellanet, GRET
213, rue Lafayette ; 75010 Paris.
Notes
(1) Provenant
actuellement des Pays-Bas, Islande, Japon, Chine, Brésil, Equateur,
etc. je suis apparemment le premier français à rejoindre l'Institut
depuis sa fondation.[VU]
(2) Je préfère le terme "systémiste"
à " holiste "du fait des connotations parfois métaphysiques
données à ce dernier terme. De fait, comme Wimsatt (1980) l'a
signalé, il faut bien distinguer le holisme scientifique qui s'apparente
à un du holisme métaphysique qui rejette le réductionnisme
" en principe".[VU]
[R]
