Effacement du barrage de Maisons-Rouges
État de la recolonisation du bassin de la Vienne par les poissons
migrateurs
Le barrage de Maisons-Rouges
Son effacement
Résultats vis-à-vis des poissons
migrateurs
Perspectives
Le site du barrage de Maisons-Rouges après son
arasement
Dessin CB d'après une photo de l'auteur
[R] Le barrage de Maisons-Rouges
Construit dans les années 1920, le barrage de Maisons-Rouges se situait
sur la Vienne, à l'aval immédiat de sa confluence avec la Creuse,
et constituait un véritable verrou pour les poissons migrateurs
amphihalins. Sa construction dans les années 1920 avait provoqué
sur ce bassin la disparition totale du Saumon atlantique et une réduction
considérable de l'aire de répartition et de l'abondance des
autres espèces migratrices (Alose, Lamproie marine et Anguille). Au
cours du temps, le barrage a fait l'objet de plusieurs aménagements
destinés à favoriser le franchissement par ces espèces.
Aucun n'eut malheureusement les résultats escomptés.
La concession d'exploitation arrivant à son terme en 1994, la
décision de ne pas renouveler celle-ci et de procéder à
l'arasement du barrage fût prise en comité interministériel
du 4 janvier 1994, lors de l'adoption du Plan Loire grandeur nature I.
Cette décision ne resta pas sans réaction et une forte opposition
au projet se manifesta localement. Après quatre années de
négociations, au cours desquelles furent réalisées diverses
études et expertises complémentaires, les travaux d'effacement
purent être effectués en 1998.
Le coût total des travaux d'effacement proprement et des études
préalables s'élève à 12 millions de francs. Il
a été financé par le ministère de l'Environnement,
l'agence de l'eau Loire-Bretagne et EDF. À cette somme, il convient
d'ajouter un montant équivalent de subventions versées aux
collectivités locales par l'État au titre des mesures
compensatoires.
[R] Résultats vis-à-vis des poissons migrateurs
Le suivi mis en place par le Conseil supérieur de la pêche
après l'effacement du barrage de Maisons-Rouges a mis en évidence,
dès 1999, des résultats très positifs en terme de
recolonisation du bassin par les poissons migrateurs ; résultats qui
ont d'ailleurs été confirmés au cours de l'année
2000.
Ainsi, conformément aux prévisions, l'Alose a recolonisé
dès 1999 les 35 kilomètres de cours d'eau rendus
immédiatement accessibles (11 km sur la Creuse jusqu'au barrage de
Descartes et 24 km sur la Vienne jusqu'au barrage de Châtellerault)
et elle y a retrouvé des sites favorables pour se reproduire
(frayères de Lillette sur la Creuse et Châtellerault sur la
Vienne). En 2000, profitant de conditions hydrauliques particulièrement
favorables au moment de la migration, elles sont remontées à
l'amont du barrage de Descartes (jusqu'à Saint-Gaulthier sur la Creuse
et jusqu'à Concremiers sur l'Anglin) où elle s'est également
reproduite.
Des résultats encore plus " spectaculaires " ont été
obtenus pour la Lamproie marine, plus particulièrement sur
le bassin de la Creuse où le front de migration remonte désormais
jusqu'au barrage EDF de la Roche-Bât-l'Aigue sur la Creuse et jusqu'à
Bussière-Poitevine, dans le département de la Haute-Vienne,
sur la Gartempe. L'Anglin et ses affluents, le Salleron et la Benaize, ont
également été colonisés. Sur la Vienne, en revanche,
la migration se trouve limitée par le barrage de Châtellerault.
Tout au long des tronçons de cours d'eau fréquentés,
les sites de frayères ont été véritablement "
labourés " par les géniteurs.
En ce qui concerne le Saumon atlantique, pour lequel un plan de
restauration est mené depuis plusieurs années sur la Gartempe,
d'encourageants résultats ont été enregistrés
au niveau de la station de comptage de Châteauponsac, en Haute-Vienne,
puisque 9 adultes y ont été piégés au cours du
second semestre 1999. Rappelons que de telles observations n'avaient plus
été effectuées à ce niveau du bassin depuis la
construction de Maisons-Rouges, dans les années 1920.
Pour l'Anguille, il n'y a pas eu d'observation spécifique de
réalisée. Pour les années à venir, les
résultats obtenus sur les stations de pêche électrique
du RHP (Réseau hydrobiologique et piscicole) seront susceptibles de
fournir des éléments d'informations pour suivre l'évolution
de l'abondance de l'espèce sur le bassin.
Cartes avant
(à gauche) et après
(à droite) effacement du barrages de Maisons-Rouges
(flèche)
de la fréquentation des cours d'eau
par l'alose (trait continu), la lamproie marine (pointillés)
et le saumon (tirets)
Les traits en travers des cours d'eau indiquent, épais, des barrages
infranchissables et, fins, des barrages difficilement franchissables.
Le segment représente 50 km.
Repères : A : Aubusson ; B : Bouzon ; C : Château-Ponsac ; Gu
: Guéret ; L'I-J : L'Isle-Jourdain ; Li : Limoges ; P : Poitiers,
cl : Clain ; cr : Creuse ; v : Vienne.
Afin de poursuivre l'effort de restauration des populations de poissons
migrateurs du bassin de la Vienne, dans le cadre du Contrat Retour aux Sources
et du Plan Loire Grandeur Nature II, divers travaux visant à
améliorer les conditions de circulation sont programmés sur
les principaux axes de migration (Vienne, Creuse et Gartempe). Les objectifs
qui ont été fixés dans ce cadre sont de rendre la Vienne
et la Creuse accessibles à l'Alose, respectivement jusqu'aux grands
barrages EDF de l'Isle-Jourdain et d'Eguzon, et au Saumon l'ensemble du cours
de la Gartempe.
Parmi ces actions, il en est deux particulièrement prioritaires. Elles
concernent le barrage EDF de Châtellerault et le barrage de Descartes,
dont les passes à poissons actuelles s'avèrent trop peu efficaces.
Les études de faisabilité pour la réalisation d'ouvrages
de franchissement véritablement adaptés sont en cours
d'achèvement. Il importe désormais que ces aménagements
soient effectués au plus vite. Parallèlement ces sites doivent
être équipés de dispositifs de contrôle des migration
par vidéo-comptage.
Concernant enfin l'opération de réintroduction du Saumon sur
la Gartempe, les opérations de repeuplement vont se poursuivre en
s'inscrivant désormais dans la stratégie définie autour
de la salmoniculture du Haut-Allier (Chanteuges).