des entités spatiales significatives pour l'activité
agricole et pour les enjeux environnementaux et paysagers
contribution à une agronomie du territoire
1. La notion d'unité agronomique (UA)
2. Les unités agro-physionomiques (UAP)
3. Construction des UAP
4. Conclusion et discussion
Encadré n°1. Unités agro-physionomiques au Pays basque
L'interrogation est la suivante : comment distinguer dans l'espace rural
des entités spatiales significatives par rapport à l'activité
agricole et de dimensions compatibles avec celles des espaces à enjeux
environnementaux et paysagers ?
En agriculture, activité fondée sur l'utilisation de ressources
naturelles, une tendance forte est la multiplication des fonctions qu'elle
doit remplir en plus de la fonction de production de biens agricoles. Celle-ci
est la base de l'activité agricole qui doit en outre aujourd'hui assurer
la protection de la qualité de biens collectifs comme l'eau et l'air
; elle doit aussi préserver les milieux de l'érosion, du feu,
de la dégradation de la biodiversité. Elle doit répondre
à des attentes croissantes sur le paysage. Certaines de ces fonctions
étaient traditionnellement assurées par l'agriculture mais
son évolution et celle de la société rendent ces fonctions
plus nombreuses, plus exigeantes, plus problématiques.
Les fonctions environnementales et paysagères de l'agriculture mettent
en cause des processus qui se déroulent dans le cadre d'espaces
particuliers. La qualité de l'eau dépend des activités
humaines exercées dans un bassin versant, dans une aire d'alimentation,
une zone de captage ou au-dessus d'une nappe souterraine
(1). Les problèmes d'érosion se manifestent
dans des bassins de réception et d'accumulation de dimensions
variées (2). En un point
de l'espace géographique et à un moment donné, la
diversité de la faune et de la flore est en relation avec les
différentes aires d'extension de chaque espèce, et la
biodiversité est liée aux espaces des
écosystèmes (3). Pour
le paysage, si l'on retient la définition suivante, une portion de
territoire visible d'un point par un observateur, on peut définir
des facettes paysagères ou des unités physionomiques
reconnues.
Ainsi la multi-fonctionnalité de l'activité agricole oblige
à une mise en correspondance des espaces fonctionnels de l'agriculture
avec les espaces à enjeux environnementaux et paysagers notamment.
Pour faciliter cette mise en correspondance, nous proposons une méthode
de construction d'entités spatiales significatives de l'activité
agricole, à des échelles pouvant aller du local au régional.
[R] 1. La notion d'unité agronomique (UA)
Les unités agronomiques sont des portions de territoires de relative
égale organisation spatiale des usages agricoles.
Une première hypothèse est qu'il existe dans l'espace rural
des portions de territoires, de taille nettement supérieure à
celle des parcelles agricoles, qui présentent une organisation
particulière des usages agricoles. L'existence de ces UA repose sur
des fondements empiriques (enquêtes de terrain, approches toponymiques,
observations de cartes, d'images satellitaires et photographiques, analyse
du paysage
), mais les UA trouvent également une justification
théorique dans la notion de champ
géographique
(4,5,6,7).
1.1. Les champs géographiques
Tout point de l'espace géographique est placé dans un ensemble
de champs qui ont eu une influence passée ou qui influent aujourd'hui
sur une gamme possible d'usages de ce lieu, compte tenu de l'environnement
social, technique ou économique de l'époque. Les champs peuvent
être ordonnés, tel un champ de forces avec des gradients
d'intensité, ou seulement qualifiés.
On peut distinguer plusieurs types de champs géographiques utiles
à la compréhension des répartitions dans l'espace des
usages agricoles :
- les champs d'attraction induits par un point (une ville, un centre de collecte
de produits agricoles, une industrie agro-alimentaire) ou par un axe (voie
de communication, axe de développement industriel). Dans leur aire
d'influence, les champs exercent une force qui s'applique aux objets
géographiques présents. Cette force varie selon la nature des
objets considérés et leur position dans l'aire d'influence
;
- les champs bio-climatiques et géomorphologiques définis par
des facteurs du milieu naturel ;
- les champs réglementaires (zones défavorisées de la
PAC, périmètres AOC
) ;
- les champs organisationnels et institutionnels (syndicats de marais,
commissions syndicales de vallées pyrénéennes
)
;
- les champs culturels correspondant aux zones d'extension de pratiques ou
de techniques particulières, de règles juridiques et
foncières, d'usages traditionnels ;
- les champs économiques (aires d'influence d'une
filière
).
Dans l'activité agricole de production, les catégories de champs
géographiques qui " jouent le plus " sont : le milieu naturel (relief,
sol, climat), les statuts fonciers, les réglementations de la politique
agricole, les filières économiques
La combinaison de
ces champs définit des entités spatiales caractérisées
par une relative égale organisation spatiale des usages agricoles
que nous désignons par unités agronomiques (UA). L'influence
de chaque champ s'exerce avec une durée et une intensité variables
dans le temps : un champ peut être en extension ou en régression,
peut disparaître alors que de nouveaux champs apparaissent.
La notion de champ présente un intérêt dans
l'élaboration d'un fondement théorique de l'existence des
unités agronomiques, mais également dans le choix des
critères servant à les identifier.
1.2. Une relative égale organisation spatiale des usages
agricoles
Il s'agit d'une égale organisation des usages agricoles du sol
associée à une gamme semblable de pratiques techniques (conduite
des cultures et du troupeau, aménagements fonciers, du bâti,
des bordures de champs
).
Dans l'espace
Pour caractériser les usages agricoles dans le territoire, les agronomes
proposent différentes approches qui mettent en relation les aspects
fonctionnels de l'activité agricole de production et les dimensions
territoriales :
- les pratiques agricoles s'organisent au niveau spatial élémentaire
de la parcelle et de ses bordures. Les concepts utilisés sont celui
d'itinéraire technique, pour ce qui concerne l'utilisation de la parcelle
au cours d'une campagne, et celui de succession culturale pour désigner
un cycle sur plusieurs campagnes ;
- au niveau de l'exploitation agricole, le concept de système de culture
est retenu pour désigner une conduite qui mobilise des facteurs
spécifiques de production afin de mettre en uvre, sur un ensemble
de parcelles, un type d'itinéraire technique et une succession culturale
particulière (1). L'assolement
désigne la configuration d'un système de culture dans le
territoire. Le territoire d'une même exploitation peut inclure plusieurs
systèmes de culture ;
- le concept de système agraire permet d'introduire une dimension
collective dans un territoire. Dans un système agraire, certaines
règles d'organisation spatiale des systèmes de culture sont
établies, explicitement ou pas, entre les exploitations et avec d'autres
formes d'utilisation du territoire ;
- dans une portion de territoire, les systèmes de culture ne se
répartissent pas de façon aléatoire. Selon leur
sensibilité à tel ou tel champ géographique, ils se
regroupent et se combinent de façon particulière pour constituer
les UA.
Un modèle de finage en Lorraine permet d'illustrer ce
point (12). L'organisation des utilisations agricoles
des années 1980 est encore souvent présente (12) malgré
des déformations. L'élevage laitier est la base des systèmes
de production avec, selon les cas, des ateliers de production de viande ou
de cultures de vente plus ou moins développés. Les activités
s'organisent en auréoles concentriques autour de l'habitat groupé.
À proximité de l'habitat se trouvent les parcs pâturés
par les vaches laitières, plus loin les prés et champs,
au-delà les parcelles en herbe pour les animaux jeunes, les bêtes
taries ou à viande. Chaque auréole correspond à une
UA. Dans ce modèle d'organisation, le champ géographique
défini par la distance au siège de l'exploitation est important.
Si le village est situé en pied de côte, en bordure de forêt,
de rivière, d'agglomération ou d'autoroute, il y a
déformation du modèle auréolaire par influence de nouveaux
champs. Par exemple, un relief de côte à proximité du
village va obliger à rechercher des parcs à vaches laitières
plus éloignés du siège dans la direction opposée
à la pente.
Une UA peut être constituée d'un système de culture unique
comme le système betterave/blé sur le plateau du Vexin
français ou les espaces de mono-production de maïs en pays de
l'Adour. Une pratique particulière peut caractériser une partie
du territoire, comme l'aménagement des sols en larges billons en Bresse
ou l'irrigation dans les Landes. Plus fréquemment, plusieurs
systèmes de culture se combinent. Il est extrêmement rare qu'un
système dominant ou qu'une combinaison particulière d'un nombre
réduit de systèmes ne caractérise des portions de
territoire. Par exemple, la culture de la betterave est soumise à
des champs géographiques particuliers (types de sols, accès
aux parcelles, distance de la sucrerie, réglementations
) qui
structurent son implantation dans le territoire. C'est le cas également
des surfaces en herbe pâturées par les vaches laitières
qui sont proches du siège ou d'un lieu aménagé pour
la traite au champ. Certains systèmes de culture peuvent être
constitués de productions annexes, comme les vergers de mirabelliers
en Lorraine, ou résiduelles comme les quelques parcelles en vignes
de l'Île de France.
Ainsi la relative égale organisation spatiale des usages agricoles
a pour origine le contenu des parcelles et la mosaïque qu'elles constituent.
Elle peut également provenir des dispositifs mis en place : dispositifs
de délimitations, de mises en défens, d'accès, de
protections, de maîtrise de l'eau, de stockage
Ces dispositifs
se traduisent par des haies, des clôtures et barrières, des
abris et grangettes, des points d'eau, des canaux et fossés, des terrasses
et ados. Parmi ceux-ci, certains sont actifs et participent au fonctionnement
des systèmes de cultures en cours, d'autres ont été
mis en place pour des systèmes passés ; ils représentent
un anachronisme pour les pratiques actuelles.
Les unités agronomiques sont définies sur la base d'indicateurs
de présence-absence de ces diverses composantes territoriales de
l'activité agricole, de dominance, de proportionnalité entre
elles.
Théoriquement, il n'y a pas d'échelles spatiales
particulières des UA ; on peut distinguer des UA de grande dimension
sur de vastes territoires mais également des petites unités
agronomiques au niveau local. La dimension des UA est fonction du problème
soulevé, des indicateurs, des moyens d'évaluation retenus et
de l'étendue à couvrir.
Dans le temps
Les usages agricoles du territoire ont une plus ou moins grande
pérennité dans le temps. Certains usages peuvent être
de courte durée comme, par exemple, l'opération du déprimage
qui est un bref pâturage d'une herbe jeune en début de saison
; d'autres sont annuels, comme un itinéraire technique appliqué
à une culture. Des usages marquent le territoire pour une ou plusieurs
décennies, comme l'aménagement du terrain en ados, pour faciliter
l'écoulement superficiel de l'eau, ou comme l'organisation d'un maillage
parcellaire.
Selon les fluctuations du marché, les variations climatiques, la situation
des exploitations, l'agriculteur et l'éleveur ajustent leurs choix
techniques à des rythmes variables. Si ces ajustements s'avèrent
de plus en plus fréquents (du fait notamment des aléas
économiques), les règles agronomiques et zootechniques, mais
également la rigidité de certains facteurs de production, notamment
les savoir-faire, maintiennent une certaine stabilité des systèmes
de culture. Dans le temps long (plusieurs campagnes), les champs qui influencent
la répartition dans l'espace des usages agricoles changent : cela
conduit à une recomposition spatiale des UA (limite et nature des
UA).
[R] 2. Les unités agro-physionomiques (UAP)
Les unités agro-physionomiques sont des portions de territoire de
relative égale apparence.
La notion d'UAP est fondée sur le postulat suivant : l'activité
agricole produit des formes observables dans le territoire. À un moment
donné de l'histoire d'une agriculture dans un territoire, ces formes
s'associent en un nombre de motifs récurrents qui définissent
des unités spatiales de relative égale apparence, les UAP.
Notre seconde hypothèse(2) est
qu'il existe une relation de correspondance entre les unités agronomiques
(UA) et les unités agro-physionomiques (UAP) dans un territoire. Pour
valider cette hypothèse, il faut chercher à établir
les relations entre les formes agraires constitutives des UAP et les niveaux
fonctionnels de l'activité agricole de production qui sont à
l'origine des UA.
2.1. Agriculture et formes agraires
L'agriculture peut être considérée comme une activité
fondée sur le vivant qui développe dans le territoire des formes
changeantes dans une trame de formes durables
(13). Pour étayer ce point de vue, il faut
distinguer et décrire les formes produites par l'agriculture et
élaborer une base de connaissances objectives sur laquelle se fonde
cette production de formes.
2.2. Les formes produites par l'activité agricole
La forme est le fondement de notre perception visuelle puisqu'elle donne
consistance et individualité aux objets. C'est leur forme qui nous
permet de distinguer les objets
(14). Par souci de simplification, la couleur est
associée à la forme dans le propos qui suit.
Une systématique (identification, qualification, désignation)
des formes en agronomie du territoire, comme on peut en voir
développée en architecture ou en géomorphologie, n'existe
pas. Cette systématique peut se fonder sur des formes
élémentaires produites par l'activité agricole et sur
leur structuration dans l'espace géographique. Ainsi, à un
moment donné, on peut définir des modèles de formes
qui correspondent à des combinaisons particulières de formes
fixes qui structurent l'espace (différents types de murs, de haies
et de clôtures, de chemins, de fossés et de rigoles).
Imbriquées dans ces formes relativement stables, des formes instables
expriment, à des rythmes divers, le vivant et la dynamique des pratiques
(rotation des cultures, stades végétatifs d'un peuplement
végétal ou encore présence d'un praticien en activité
ou d'un troupeau).
Ainsi, selon les lieux, apparaissent des ensembles de formes très
variés, mais un trait majeur des formes produites par l'agriculture
est la cohabitation de formes plus ou moins changeantes, qui expriment la
cinétique du vivant, avec des formes stables des matières inertes
(bâti, infrastructures, aménagements fonciers
).
2.3. Le système de culture, concept intégrateur entre formes
et fonctionnement
Un problème clé est celui des processus d'élaboration
des formes agraires (histoire, genèse et généalogie).
Dans quelles conditions de l'activité agricole sont-elles produites
?
Un niveau élémentaire du fonctionnement de l'activité
agricole, nous l'avons vu, est la parcelle. On peut distinguer, à
ce niveau, un premier ensemble de formes relativement stables : la configuration
de la parcelle elle-même (dimension et forme), le modelé et
l'aménagement de sa surface (ados, billons, terrasses, talus
rigoles
), les bordures (types de haies, de murs, de clôtures,
de fossés, de chemins
), les objets associés à
la parcelle tels qu'abris divers, grangettes, points d'eau,
barrières
Un autre ensemble de formes plus labiles est constitué des formes
créées par la mise en uvre des systèmes de cultures
en cours. Pour désigner cette succession de formes, nous introduisons
la notion d'itinéraires physionomiques
(15) qui est la manifestation visuelle de l'itinéraire
technique.
Une intelligibilité de ces formes, de leur évolution et de
leur localisation passe par l'analyse du fonctionnement des systèmes
de culture au niveau de l'exploitation agricole. En mettant en uvre
un système de culture, l'exploitant crée des formes
particulières. Ainsi le territoire d'une exploitation du Vexin
présente, sur le plateau, un système de culture à base
de betterave avec de grandes parcelles bordées de larges chemins
stabilisés pour une liaison rapide avec la sucrerie ; dans les terrains
moins favorables, un système de culture fondé sur le maïs
se déroule sur des parcelles plus petites, irrégulières
et dispersées. De même, dans une exploitation de la montagne
vosgienne, on observe un contraste visuel fort entre deux systèmes
d'utilisation des prairies de fauche : au premier correspond, sur les versants,
des grandes parcelles, éloignées du siège, fauchées
une seule fois, aux abords peu entretenus, au second des petites parcelles
" jardinées ", imbriquées dans les zones bâties du fond
de vallée.
À chaque système de culture, on peut ainsi faire correspondre
un ensemble particulier de formes. Cet ensemble est constitué des
formes attachées à chaque parcelle composant le système
de culture (formes des dispositifs et des itinéraires physionomiques)
et des formes propres à l'organisation spatiale du système
de culture.
Dans une portion de territoire et dans l'espace d'un système agraire,
la disposition non aléatoire des systèmes de culture induit
une organisation des formes produites par chaque système de culture
en motifs. La répétition d'un motif ou une combinaison
récurrente de motifs définit des entités de relative
égale apparence : les unités
agro-physionomiques (16).
Ainsi les systèmes de culture s'organisent en unités agronomiques
(UA) dans un territoire et produisent un ensemble de formes qui constituent
les unités agro-physionomiques (UAP). Le concept de système
de culture est donc central dans la mise en correspondance des UA et des
UAP.
Les relations entre les deux unités sont d'autant plus fortes que
les variables constitutives des UA sont observables visuellement. La
correspondance peut être améliorée à l'aide
d'informations complémentaires à celles résultant de
l'observation visuelle (enquête, documentation).
Les relations de correspondance entre les UA et les UAP permettent d'utiliser
la construction des UAP et leur cartographie pour appréhender les
UA et pour " remonter " aux champs géographiques qui les
déterminent. Par ailleurs, dans le cadre de diagnostics territoriaux,
le croisement des UAP avec des espaces à enjeux environnementaux et
paysagers facilite l'analyse et la localisation des interactions entre
activité agricole, environnement et paysage.
La construction des unités agro-physionomiques dans un territoire est fondée sur l'analyse des formes agraires de ce territoire.
3.1. La méthode
La démarche de construction des UAP repose sur l'enchaînement
de plusieurs phases qui alternent des approches au niveau de l'ensemble de
la zone d'étude et des approches locales et qui comprend un va-et-vient
entre des études de terrain et des analyses sur documents
carto-photographiques.
Les analyses de terrain font appel à la notion d'indicateurs visuels
des usages agricoles (occupations et pratiques) et des conditions qui influent
sur ces usages (milieu, structures agraires, environnement, modes
d'appropriation) (17).
Les analyses carto-photographiques se font selon deux approches
complémentaires, la première est une approche globale qui consiste
à repérer visuellement des formes particulières,
récurrentes dans l'espace : des motifs. Elle correspond
schématiquement à une démarche d'analyse d'images. La
seconde approche est plus analytique ; elle repose sur la décomposition
d'un paysage en cinq grandes catégories de formes liées à
l'activité agricole :
- la proportion et l'arrangement des occupations agricoles dans l'espace
en relation avec les grandes masses des autres occupations du sol (forêts,
bâti, eau, infrastructures) ;
- la géométrie du territoire agricole formée par la
mosaïque et le maillage parcellaire (taille, forme, régularité,
éventuellement absence de structure parcellaire), et la nature des
limites entre parcelles (haies, chemins, fossés
) ;
- l'état physionomique des parcelles produit par la mise en uvre
des itinéraires techniques (nature des couverts, état et
modelé du sol
) ;
- la présence d'objets spatiaux associés aux parcelles
résultant des dispositifs et des pratiques utilisées par les
agriculteurs (îlots boisés, abris, aménagements
)
;
- la localisation et la structure spatiale des bâtiments agricoles
(siège, bâtiments d'élevage, de stockage
).
Les étapes de la démarche ne se déroulent pas dans un
ordre rigide, des simultanéités et des inversions peuvent
s'avérer opportunes.
Une reconnaissance de la zone d'étude par une analyse paysagère
(itinéraires, transects, approche multi-regards). Celle-ci, guidée
par la question posée, débouche sur une caractérisation
des territoires et une nomenclature des utilisations agricoles. Ces distinctions
sont validées, complétées, voire corrigées par
des enquêtes en exploitation. Ces enquêtes ne visent pas une
représentativité de la diversité des exploitations,
elles fournissent une intelligibilité et une cohérence, en
terme de système de culture, de certains usages observés. Elles
peuvent également révéler l'existence de systèmes
agraires locaux.
Cette première étape peut être facilitée par une
identification à priori des champs géographiques pertinents
au vu de la question posée.
Une seconde étape focalise l'observation paysagère et
l'enquête en exploitation au niveau local. Quelques sites sont retenus
en s'appuyant sur les résultats de la première étape
dans le but de dégager une connaissance plus précise des
systèmes de cultures. Cette étape a pour but d'identifier,
de désigner et de cartographier à grande échelle les
UAP. Dans les divers sites sont établies les correspondances entre
observations du paysage et analyses photographiques afin de distinguer les
motifs visibles sur le document photo.
La troisième étape est un retour au niveau de la zone d'étude
pour une lecture systématique des motifs, sur documents photographiques.
Cette lecture permet leur localisation et révèle de nouveaux
motifs. Ces derniers soulèvent des interrogations qui nécessitent
un retour raisonné sur le terrain soit pour des enquêtes en
exploitation, soit pour des analyses de paysages.
Quelques questions apparaissent pour compléter la formalisation de
la méthode, en vue d'une éventuelle automatisation :
- les limites des UAP peuvent être plus ou moins nettes ;
- la définition des motifs peut dépendre des échelles.
En effet à petite échelle, une UAP peut combiner des motifs
qu'il convient de dissocier à plus grande échelle ;
- pour éviter un trop grand nombre d'UAP, lorsque le territoire
considéré est grand, il peut s'avérer utile de
réaliser des regroupements d'UAP. Sur quelles bases établir
ces regroupements ?
Ces questions sont communes à d'autres recherches de partition de
l'espace géographique.
3.2. Un exemple de construction et d'utilisation des UAP au Pays
basque
(18)
La question
La question générale posée par le Comité des
élus du Pays basque est celle de la pérennité de
l'agropastoralisme au Pays basque intérieur. Après une étape
d'analyse du sens donné au terme agropastoralisme, de prospection
et de diagnostic, le groupe de recherche interdisciplinaire propose trois
approches : par les territoires, par les exploitations et par les produits.
Pour l'approche par les territoires, un groupe de travail composé
d'acteurs locaux et de chercheurs formule une question : comment mieux utiliser
les landes et les estives ? Un accent particulier est mis sur les landes,
qualifiées de " zones intermédiaires ". Pour fournir les
éléments de réponses à cette question, les chercheurs
proposent la démarche de construction des UAP.
Analyse des usages agricoles et cartographie des UAP
Les étapes se sont déroulées de la façon suivante
:
- une reconnaissance du territoire fournit une première grande
catégorisation de l'espace ;
- une analyse locale permet ensuite de constituer une nomenclature des usages
agricoles et de choisir les éléments physionomiques retenus
pour l'identification des UAP ;
- la cartographie des UAP est réalisée sur l'ensemble du Pays
basque.
Une reconnaissance du territoire
Celle-ci se fait à l'aide d'une analyse de documents bibliographiques
et cartographiques (ébauche d'un atlas), d'enquêtes auprès
d'experts, d'observations du paysage le long d'itinéraires. Cette
phase de reconnaissance, assez peu formalisée, prend en
considération les champs géographiques que suggère la
question du pastoralisme : le milieu physique (pente, altitude et nature
des terrains), les statuts fonciers (terrains privés, terrains collectifs
à usage collectif et terrains collectifs à usage privé),
la distance aux bâtiments agricoles.
Cette démarche permet une catégorisation des territoires selon
les arrangements des grands types d'occupation du sol (agriculture, landes,
forêts, bâtis) :
- des territoires fortement peuplés (habitat dispersé et
groupé) occupés de cultures et de surfaces en herbe avec un
parcellaire régulier. Les forêts sont rares. Les haies et
îlots boisés forment un pseudo bocage. Ces territoires situés
en dessous de 400 m sont des fonds de vallées plus ou moins larges
;
- des territoires faiblement peuplés (cayolars) occupés par
des surfaces en herbe (pelouses dominantes) sans clôtures et sans limites
parcellaires apparentes. Les forêts sont disposées en bois ou
massifs. Ces territoires souvent plats ou à faibles pentes, situés
au-dessus de 800 m, sont des estives. Leurs statuts fonciers sont collectifs
;
- des territoires où dominent des landes. L'arbre est présent
par endroits sous formes isolées ou de petits massifs. L'habitat est
dispersé, de densité variable. Ces territoires entre 400 et
800 m sont situés sur pentes fortes. Leurs statuts fonciers sont
très variables.
Une nomenclature des usages et le choix des éléments
physionomiques pour l'identification des UAP
La démarche de reconnaissance complétée par des analyses
locales permet de définir des critères significatifs des usages
agricoles des sols. Selon les lieux, ces usages produisent des formes dont
l'agencement dans le territoire reflète la diversité des
systèmes de culture.
La nomenclature des utilisations agricoles est brièvement
présentée.
Les prairies. Elles sont pâturées ou fauchées
(foin ou ensilage). Les conduites sont diverses (une à trois coupes
avec pâturage, uniquement pâturées), certaines sont
abandonnées ou en cours d'abandon. La diversité des usages
dépend des aptitudes à la mécanisation, de l'altitude,
de la distance au siège de l'exploitation (prairies
d'etxe (3), prairies de bordes, herbages
distants pour la mise en pension hivernale).
Les cultures. Le maïs domine largement. Utilisé, en zone
de montagne pour l'ensilage, il est fréquemment associé à
une graminée fourragère. En zone de faible altitude, la
récolte se fait en grains. On observe quelques vignes, des vergers
résiduels d'arbres fruitiers, des cultures spéciales (tabac,
maraîchage).
Les landes. Elles se distinguent par la nature de leur couvert
(fougeraies, thuyas d'ajoncs, de genêts et de bruyères).
Différentes pratiques se combinent pour maintenir une ressource
fourragère : pâturage, fauche (notamment coupe de la fougère
et des ajoncs), soutrage, débroussaillage, girobroyage. La fougère
fauchée est mise en meules traditionnellement ou en balles rondes.
Le statut juridique des landes influe sur leurs utilisations et sur leurs
dynamiques : les landes syndicales ne sont généralement pas
clôturées et ont rarement été reconverties en
prairies. Elles sont utilisées collectivement pour la litière
par la fauche et pour le pâturage. Certaines d'entre elles, plus
difficilement accessibles et mécanisables, s'enfrichent ; les landes
communales sont utilisées sous la forme de parcours et servent à
la récolte de litières. Elles ont parfois été
l'objet d'opérations de défrichement important, les éleveurs
louant les nouvelles parcelles (prairies, cultures de maïs). Les landes
privées, lorsqu'elles n'ont pas été converties en prairies,
sont souvent clôturées et généralement bien
entretenues. Les landes sont fréquemment utilisées pour le
pacage des bovins, des ovins ou des porcs. Elles servent de " parcours de
santé " ou constituent une ressource, notamment aux intersaisons.
Les landes privées sont fréquemment utilisées pour les
bovins. Les zones en pente forte, accidentées ou difficiles d'accès
sont abandonnées. La strate arbustive se développe avec la
pratique du brûlis pastoral.
Les estives. L'utilisation estivale de la montagne fournit une ration
d'entretien et permet de "libérer" les prairies de l'exploitation
pour la production de réserves fourragères. Des pelouses de
qualité se trouvent dans les zones sommitales, sur les versants la
végétation est plus grossière. Les modes de garde des
troupeaux en estives varient d'une vallée à l'autre, d'une
montagne à l'autre et d'un éleveur à l'autre. Certains
éleveurs exercent une surveillance lâche de leurs troupeaux
(une à deux fois par semaine), d'autres, par un tri quotidien, isolent
leurs troupeaux qu'ils "lancent" en début de journée sur un
circuit déterminé. La durée d'estive varie de deux à
cinq mois.
Les bois et forêts. Traditionnellement le chêne et le
châtaignier jouaient un rôle important dans l'économie
locale. Le chêne pour la nourriture des porcs, le châtaignier
pour l'alimentation humaine. Les châtaigneraies sont fréquemment
atteintes de l'encre et du chancre. Certains sous-bois s'enfrichent, d'autres
sont encore utilisés par les animaux. Les hêtraies, situées
généralement à plus haute altitude et en exposition
au nord, peuvent servir d'abris et de ressource alimentaire
irrégulière d'une année sur l'autre.
Le bâti agricole. On distingue trois catégories de
bâtis : l'etxe, la borde et le cayolar. L'etxe correspond au siège
de l'exploitation, elle comprend la maison d'habitation et les bâtiments
d'élevage. La borde est une grange-étable à mi-pente
entre l'etxe et les estives. Aujourd'hui peu utilisée, la borde servait
aux troupeaux aux intersaisons. Le cayolar correspond au chalet d'estive.
Le quartier, portion de territoire communal, est un ensemble de maisons
d'habitation, sans obstacle entre elles. Les éleveurs d'un quartier
utilisent fréquemment les mêmes espaces de landes et
d'estives.
Les documents photographiques retenus couvrant l'ensemble du Pays basque
sont les photographies aériennes en couleur à une échelle
voisine du 1/25 000e. Sur ces documents, toutes les catégories d'espaces
identifiées ne peuvent être distinguées. Les formes suivantes
ont été retenues :
- l'arrangement des grandes catégories d'espaces (bâtis, de
landes, forestiers et agricoles) ;
- les occupations agricoles du sol (cultures, surfaces en herbe en distinguant
les pelouses d'altitude, landes en différenciant les landes à
fougères et les landes à thuyas) ;
- la géométrie du parcellaire (taille et forme des parcelles)
;
- la répartition du bâti agricole (dispersion, densité)
et sa nature (etxe, borde, cayolar).
La construction de la carte des UAP
Les UAP résultent de la combinaison particulière des
différents éléments physionomiques
précédents.
Pour distinguer certaines pratiques agricoles (mécanisation, fauche,
pâturage, brûlis pastoral), on se réfère à
des formes du relief auxquelles ces pratiques sont liées : plat,
bosselé (zone de collines), sommet, piémont, pente de grand
versant.
Certaines UAP sont relativement homogènes et composées d'une
catégorie d'espace très majoritairement dominante (exemple
de l'UAP " estive " ou " landes de pentes "). D'autres au contraire,
caractérisées par leur hétérogénéité,
combinent différentes catégories d'espaces (exemple de l'UAP
" étage des bordes " qui associe prairies, fougeraies, landes à
thuyas, bois et dont les structures parcellaires sont très
hétérogènes). Compte tenu de la question posée,
les espaces concernant les zones intermédiaires (landes) sont
particulièrement détaillés.
La carte des UAP du Pays basque (fig. 1) comporte une trentaine d'UAP
(encadré n°1). Les différentes UAP et les limites entre
unités ont été partiellement validées auprès
d'experts locaux.
3.3. Utilisation de la carte des UAP
La carte des UAP a été utilisée dans deux directions.
La première concerne les relations entre les UAP et une typologie
de fonctionnement des exploitations réalisée par ailleurs,
la seconde propose une vision d'ensemble du territoire et met en lumière
des enjeux environnementaux et paysagers.
Les UAP et les exploitations agricoles
Au niveau local, l'enquête est menée auprès de 10
exploitations dans les Aldudes (haute vallée de la Cize). Le territoire
des exploitations est mis en correspondance avec la carte des UAP (fig. 2,
ci-après). Cette analyse révèle une diversité
des systèmes de production ovins-lait et des stratégies
différentes d'usages du territoire. On peut distinguer les types suivants
:
- les exploitations à " gros effectifs " (50 UGB - unités gros
bétail - et plus). Compte tenu du nombre d'animaux et de la faible
intensification de l'atelier ovins-lait, ces exploitations utilisent toute
la gamme des ressources fourragères (estives, landes des zones
intermédiaires, prairies, pacages distants en hiver) ;
- les exploitations que l'on peut qualifier de " traditionnelles " qui utilisent
également tous les espaces fourragers (estives pendant une période
pouvant aller jusqu'à six mois par an, recours important au pacage
des landes et mise en pension durant l'hiver). Ces exploitations achètent
peu à l'extérieur, réalisent la traite manuelle. Par
rapport au type précédent, l'effectif des troupeaux est
réduit et la production laitière par animal sensiblement plus
élevée ;
- les exploitations " intensives " pour qui les landes et les estives ne
constituent pas une ressource intéressante. À partir d'un certain
niveau d'achat de fourrage, on se rapproche de systèmes d'élevage
en bergerie ;
- les exploitations " intermédiaires " élèvent des animaux
assez productifs (autour de 120 l par brebis traite et par an), disposent
de prairies de bonne qualité, utilisent les estives trois à
quatre mois par an, certaines landes et prairies de l'étage des bordes.
Elles recourent à un niveau d'achat relativement élevé
;
- les bergers sans terre, peu nombreux dans cette vallée.
Figure 1. Les unités agro-physionomiques du Pays
basque
A. Urbain et espaces agricoles en situation
périurbaine.
B. Le " tout maïs ".
C. Les espaces agropastoraux avec " landes de proximité ".
D. Les espaces agropastoraux avec " landes de transhumance ".
E. Les espaces de montagne avec " landes intermédiaires " et estive
F. Grands versants en déprise.
G. Bassins de culture et petits massifs en déprise.
Par ailleurs, les monographies d'exploitations permettent d'enrichir la
description des UAP par des informations concernant les pratiques d'utilisation
du territoire et leur évolution. Par exemple, pour l'UAP
16 (4) (étage des bordes) qui est
le siège de nombreux usages :
- foin, regain et pâturage des ovins pour les prairies proches de la
borde ;
- pâturage des prairies de bordes les plus en pente ;
- soutrage et récolte suivis de pâturage des fougeraies ;
- parcours dans les landes syndicales (bas des estives) ;
- pacage des bovins, le plus souvent dans les landes privées et
clôturées ;
- utilisation des bois (chênes et châtaigniers).
Cette UAP est le siège de dynamiques contrastées. On observe
une tendance vers l'intensification des prairies en situation favorable.
Les autres ne sont plus fauchées et sont exclusivement
pâturées. Les landes connaissent des évolutions variées
; certaines sont de moins en moins utilisées, des conditions de milieu
et d'accessibilité rendant difficile la coupe mécanique de
la fougère, elles s'enfrichent. D'autres landes, de statut privé,
ont été récemment défrichées et
clôturées pour le pâturage. Cette UAP est l'objet d'enjeux
nombreux : reboisements, échanges de parcelles entre privés
et syndicats de vallées, recherche d'une reconquête pastorale,
dégradation des bordes
Vision d'ensemble du territoire et enjeux agropastoraux et
environnementaux.
La carte des UAP propose un nouveau regard sur l'ensemble du territoire du
Pays basque. Il est possible d'orienter l'analyse sur une UAP particulière
ou une combinaison. Nous le faisons pour les UAP de landes, dénommées
de façon imprécise : zones intermédiaires. Par ailleurs,
des regroupements d'UAP peuvent être réalisés. Nous en
proposons deux, l'un pour établir des diagnostics et raisonner des
enjeux environnementaux, l'autre pour suggérer une valorisation des
ressources paysagères.
Enjeux localisés des zones intermédiaires(UA de
landes).Nous avons extrait de la carte des UAP le sous-ensemble concernant
les zones intermédiaires. Elles représentent environ 66 000
ha (plus du 1/5 du territoire basque). On peut distinguer trois types de
landes selon leur utilisation agropastorale : les landes de l'étage
des bordes, les landes de transhumance, les landes de proximité.
Les landes de l'étage des bordes (UAP 16). Cette UAP s'étend
sur 12 000 ha au Pays basque (4% du territoire et 20% des zones
intermédiaires), elle est essentielle au fonctionnement de certaines
exploitations de montagne. Mais il s'agit le plus souvent d'un territoire
" en question " qui peut être abandonné, boisé ou
utilisé pour d'autres usages que le pastoralisme. Située en
400 et 800 m, elle présente de forts atouts patrimoniaux, paysagers,
environnementaux et économiques. Elle peut devenir une ressource pour
les exploitations en terme d'accueil, de vente de produits, de services
pédagogiques. Il s'agit d'un espace susceptible d'être l'objet
d'un contrat territorial d'exploitation (CTE). Tout aménagement ne
peut concerner qu'un ensemble d'exploitations utilisant des portions continues
de l'étage des bordes. La carte des UAP est un moyen de définir
de tels ensembles. Croisée avec les territoires des exploitations,
des territoires syndicaux ou communaux, la carte sert de support à
l'élaboration et à la négociation de projets de
territoires.
Les landes de transhumance sont de grandes surfaces en sommets (UAP
24) ou sur de grands versants (UAP 25), entre 400 et 800 m d'altitude. Elles
regroupent les UAP 18, 19, 21 et 22. Ces landes de transhumance sont parfois
en voie d'abandon. Leurs enjeux sont multiples en termes d'extensions
forestières, de potentiels touristiques et de risques d'incendies.
Les landes de proximité, à moins de 400 m d'altitude
présentent des aspects très divers selon la végétation
et le relief. Constituées de nombreuses petites parcelles imbriquées
avec les prairies et cultures, elles sont utilisées comme ressource
fourragère d'appoint pour les exploitations, souvent sous-exploitées
voire abandonnées par l'activité d'élevage. L'utilisation
agropastorale reste un enjeu majeur en concertation avec les aménagements
forestiers. Les enjeux paysagers sont importants.
Figure 2. UAP et territoire de l'exploitation " 3 "
(vallée des Aldudes)
E. prairies d'exte (8,5 ha) + 0,5 ha maïs-ray-grass. Ovins
de mi-octobre - fin-janvier février en bergerie. Ovins de mars à
mi-juillet.
L1. Landes privées clôturées. Récolte de la
fougère. Projet de boisement.
L2. Landes syndicales. Récolte de la fougère.
L3. Landes en indivision avec le syndicat. Pas d'utilisation actuellement.
B1. Prairies (4 ha) et landes (18 ha) pâturées. Bovins = dans
landes de mi-mai à mi-octobre. Ovins = de mars à mi-juillet.
B2. Prairies (4 ha) + lande clôturée (2 ha). Bovins dans landes
de mi-avril à mi-mai. Ovins de mi-octobre à mi-novembre.
M. Montagne. Ovins de mi-juillet au mi-octobre. Mise en pension des antennaises
à Saint-Pée d'octobre à mai.
Un regroupement des UAP pour identifier des enjeux agropastoraux et
environnementaux.
Sept grands ensembles sont distingués et leur contour est dessiné
sur la carte de la figure 1 (ci-dessus).
Les espaces en situation péri-urbaine. Quelques surfaces en
landes souvent en friches occupent des portions très réduites
de territoire. Une question majeure est la dynamique d'extension de cette
zone vers le sud et vers l'est notamment en direction des petits massifs
pastoraux en déprise.
Le " tout maïs ". La monoculture de maïs est largement
dominante. Les exploitations d'élevage ovins-lait et bovins-lait sont
peu nombreuses. La question de l'extension de cette zone se pose
également.
Les espaces agropastoraux avec " landes de proximité ". Cet
ensemble regroupe principalement les UAP 9, 11, 12, 13, 14, et 18 (landes
avec formes digitées et bosselées). Les surfaces en landes
représentent environ 1/4 du territoire. Les parcelles de landes,
principalement de statut privé, sont réparties dans le territoire,
souvent en pente. Les exploitations ont une orientation très diverse
: ovins-lait et vaches allaitantes, vaches laitières, vaches allaitantes.
La base fourragère est intensive (maïs, prairies). L'enjeu principal
est celui de la gestion de ces landes au niveau des exploitations mais
également la gestion et le maintien des landes collectives (UAP 12).
Certaines landes proches de la zone péri-urbaine constituent une
réserve foncière.
Les espaces agropastoraux avec " landes de transhumance ". Situé
en zone de moyenne montagne, cet ensemble regroupe les UAP 6, 7, 8, 11, 20,
21, 22, 23. Les landes présentent de grandes étendues en position
de sommet ou de haut de pente (jusqu'à 800 m) généralement
de propriétés communales. Les systèmes d'élevage
sont divers et la base fourragère également intensive. On observe
des landes à végétation très régulière,
parcourues par les troupeaux, des landes de sommets et de pentes en
déprise, des fougeraies en pente. Un enjeu concerne l'avenir de ces
landes : des friches en faible pente, boisement en zone accidentée,
aménagements sylvopastoraux, utilisation pastorale (soutrage,
pâturage, brûlis pastoral).
Les espaces agropastoraux de montagne avec " landes intermédiaires
" et estives. Dans cet ensemble, les UAP 10, 15, 26, 27 et 28 se combinent
dans des proportions variables dans les exploitations et dans le territoire.
Les exploitations dominantes sont de type ovins-lait, vaches allaitantes.
L'UAP 10 prairie d'etxe constitue la base fourragère des systèmes
agropastoraux avec des bois de châtaigniers et de chênes plus
ou moins valorisés. L'étage des bordes (UAP 16), très
hétérogène, est un espace agropastoral en déprise
partielle. De nombreuses bordes en mauvais état contrastent avec l'aspect
soigné des etxes. La valorisation de ces espaces est à
redéfinir. Ils présentent un fort potentiel paysager. Dans
les estives (UAP 26) du domaine syndical la diversité croissante des
types de troupeaux et des stratégies d'élevage rend
nécessaire des modes de gestion et de concertation entre les
éleveurs. Le problème de la surcharge de ces zones est souvent
posé.
Les grands versants en déprise. Composés des UAP 10
et 25, cet ensemble pose la question de la gestion de ces grands versants
actuellement en déprise.
Les bassins en cultures et les petits massifs en déprise. Cet
ensemble regroupe les UAP 11, 14, et 7. L'avenir pastoral des petits massifs
pastoraux en déprise est posé dans la mesure où,
situés à proximité de zones en prairies et maïs,
ils présentent peu d'enjeux en termes de ressources fourragères,
dans le cadre de conduite intensive des troupeaux. Ces espaces sont sensibles
aux incendies ; situés à proximité de la côte,
ils représentent des enjeux fonciers et paysagers importants.
Une valorisation éducative et culturelle du potentiel d'images
des espaces agropastoraux : la création d'itinéraires
paysagers.
Le Pays basque est l'objet d'enjeux paysagers importants. Les paysages sont
notamment le produit très visible de pratiques agropastorales
spécifiques (coupe de la fougère et de la thuya, marqueterie
des conduites, " peigné basque " des surfaces en herbe, brûlis
pastoraux, troupeaux de race locale, particularités du bâti
).
Différentes valorisations des ressources paysagères peuvent
être envisagées en termes économique, patrimonial,
identitaire. Une contribution peut être la création
d'itinéraires paysagers, éventuellement définis en relation
avec la route des fromages. La carte des UAP, associée à une
connaissance de la diversité des types d'exploitations agricoles,
peut servir de base spatiale sur laquelle il est possible de raisonner et
de négocier ce genre de projet.
[R] 4. Conclusion et
discussion
La démarche proposée est fondée sur l'expérience
empirique d'observations des paysages ruraux et sur le constat de l'existence
d'entités spatiales qui se dégagent à l'analyse des
formes visuelles produites par l'activité agricole. Nous avons
dénommé unités agro-physionomiques (UAP) ces unités
de relative égale apparence du territoire agricole. La démarche
s'appuie également sur la notion de champ géographique. La
combinaison d'influences d'un ensemble de champs détermine une
segmentation du territoire. Les champs géographiques en cause dans
l'activité agricole de production définissent des entités
de relative égale organisation spatiale des usages agricoles que nous
avons désignées sous le terme d'unités agronomiques
(UA). Les UA sont mises en relation avec les concepts de l'agronomie des
façons de produire, notamment celui de système de culture.
La définition de ces unités sur la base d'indicateurs des
composantes territoriales de l'activité agricole n'est pas aisée,
d'où la perspective d'utiliser une méthode visuelle pour les
appréhender. Cela revient à s'interroger sur les correspondances
entre UAP et UA. Le système de culture apparaît le concept clé
pour établir cette correspondance. En effet, les systèmes de
culture, sous l'influence de champs géographiques diversifiés,
sont organisés dans le territoire en UA et, simultanément,
par les formes agraires qui caractérisent chacun d'eux, ils contribuent
à la délimitation des UAP.
L'intérêt de cette mise en correspondance est de donner aux
UAP une signification en termes d'activité agricole et, ce faisant,
de les rendre opératoires pour aborder les problèmes
d'environnement qui se posent à l'agriculture. Les UAP peuvent être
confrontées aux espaces à enjeux de société,
notamment à ceux présentant des enjeux environnementaux et
paysagers.
L'UAP n'est pas directement une unité pertinente pour l'action. En
effet, le territoire de l'exploitation, qui est un espace déterminant
de gestion, n'est pas une UAP. Il est inclus dans une UAP ou, plus
généralement, participe à plusieurs d'entre elles. Dans
tous les cas, la notion d'UAP est utile à la stratégie de gestion
territoriale de l'exploitation et fournit un moyen de prendre en compte les
espaces environnants (espaces de voisinage et de proximité). La relation
UAP et territoire d'exploitation est un critère pertinent à
introduire dans une typologie régionale d'exploitations.
La construction des UAP participe à l'élaboration de diagnostics
et de projets territoriaux en permettant de préciser et de localiser
les rôles que peut jouer l'agriculture dans le projet, mais aussi de
prévoir les effets et les conséquences du projet sur
l'agriculture.
La correspondance entre UA et UAP dépend de la production de formes
par les systèmes de culture. L'étude systématique de
cette production de formes est une voie de recherche pour l'agronomie du
territoire.
Divers points restent à préciser dans la méthode, notamment
les notions de motifs en relation avec les échelles de travail, les
limites et les bases de regroupement des UAP. Des mises à l'épreuve
de la démarche proposée sont nécessaires au-delà
de celles réalisées dans le Vexin français
(16), au Pays basque (18) et dans
la Pampa argentine (19), notamment
pour ce qui concerne l'articulation entre UAP et exploitations agricoles.
C'est parce que l'agriculture doit remplir des fonctions territoriales multiples
qu'il est utile de disposer de méthodes permettant de repérer
les hétérogénéités du territoire agricole
à une échelle qui soit en rapport avec l'échelle des
problèmes d'environnement et de paysage. C'est bien le problème
posé qui définit l'échelle de la partition de l'espace,
mais la procédure basée sur une formalisation des correspondances
entre formes agraires et fonctionnement des systèmes de culture demeure
la même.
L'utilisation de la démarche visuelle pour éclairer les processus
qui sous-tendent l'organisation spatiale de l'activité agricole participe
d'une agronomie du territoire. Contribuant à la définition
d'enjeux à la fois agricoles, environnementaux et paysagers, elle
s'inscrit dans une perspective de développement durable.
[R]
Encadré n°1. Unités agro-physionomiques au Pays basque
1. Urbain (U1). Zones densément urbanisées
2. Agricole en situation péri-urbaine (U2). Parcelles de taille moyenne.
Prairies, maïs et quelques fougeraies résiduelles. Beaucoup de
bois dense (jusqu'à 3/4 de la surface totale), présence de
reboisements. Situation péri-urbaine, forte densité du
bâti.
3. Plat maïs (M1). Fond de vallée large et relief bosselé
peu marqué. Parcelles petites à grandes (1 à 10 ha),
dominante de maïs, quelques prairies.
4. Bartes (M2). Zones inondables, nombreux canaux de drainage. Maïs
dominant, mais présence également de prairies, friches, peupleraies
et bois dans certaines zones.
5. Bosselé maïs (M3). Bosselé peu à moyennement
marqué. Parcelles moyennes à grandes, dominante de maïs.
Forêts galeries en fond de talweg. Très peu de landes. Nombreuses
etxe.
6. Plat prairie (H1). Fond de vallée plus ou moins étroit et
bosselé légèrement marqué. Parcelles petites
à assez petites (1 à 2 ha). Herbe dominante, % variable de
parcelles en maïs. Ripisylve et bosquets. Nombreuses etxe.
7. Bosselé prairie (H2). Bosselé peu à moyennement
marqué. Structure parcellaire de taille assez petite à moyenne
(2 à 5 ha). Dominante de prairies, quelques parcelles de maïs.
Très peu de landes. Ripisylve et bosquets. Nombreuses etxe.
8. Prairies de sommet (H3). Prairies et quelques parcelles de maïs de
taille moyenne (4 à 5 ha) en position sommitale. Présence d'etxe
dans les zones anciennement défrichées mais également
défriches récentes.
9. Bosselé avec landes (BL). Bosselé assez marqué. Parcelles
petites à moyennes (1 à 5 ha). Dominante de prairies, importance
des landes, quelques parcelles de maïs. Nombreux espaces boisés
(jusqu'à 40% de la superficie totale). Présence d'etxe.
10. Digité prairie/lande/forêt (D1). Parcelles de crête
(prairies/maïs), landes de pente, boisement de fond de talweg. Parcelles
moyennes à grande. Importance variable des landes selon l'intensité
de la pente. Densité variable d'etxe, nombreuses bordes et routes
de crête.
11. Digité prairie/lande arborée forêt (D2). Même
chose que D1 avec landes arborées.
12. Digité prairie/forêt (D3). Prairies de crête, boisement
de pente et de fond de talweg. Parcelles moyennes à grandes. Quelques
landes en déprise. Quelques etxe.
13. Digité lande/forêt (D4). Landes de crête et de pente.
Boisement de fond de talweg. Ni etxe, ni bordes. Chemins de crête.
14. Digité avec défriches récentes (D5). Défriche
récentes des zones sommitales.
15. Piémont d'etxe (P1). Zones de pente. Boisement de fond de talweg.
Prairies et etxe préférentiellement en zones convexes. Forte
densité d'etxe. Peu de landes.
16. Étage des bordes (P2). Zones de pente. Quelques îlots de
prairies, boisement de fond de talweg. Importance des landes (à80%).
Nombreux chemins et bordes en mauvais état.
17. Piémont à marqueterie de fougères (P3). Piémonts
d'altitude moyenne, pentes assez fortes. Dominante de fougeraies (90%), quelques
prairies. Boisement linéaire de fond de talweg. Pas d'etxe mais
présence de bordes.
18. Piémont à marqueterie de fougères et de prairie
(P4). Idem, mais pentes plus faibles. Plus grande importance des prairies.
19. Piémont des Arbailles (P5). Piémont en pente assez forte.
Landes à sol squelettique, souvent en voie de colonisation par les
arbustes. Des îlots de prairies. Faible densité d'etxe.
20. Landes de sommet (LS1). Landes de sommet et de pente, à
végétation herbacée régulière.
21. Landes de sommet en déprise (LS2). Landes de sommet à
végétation irrégulière (progression des ajoncs
et des arbustes). En situation de déprise.
22. Landes arbustives de pente (LP1). Pentes fortes. Fonds de talwegs
boisés. Développement de la strate arbustive. Densité
d'arbre croissante du haut vers le bas.
23. Landes arbustives de pente avec vigne (LP2). Même chose que LP1
avec présence de vignes.
24. Estive de crête et de versant (E). Altitude supérieure à
800 m. Estive de crête (pelouse) et de versant (landes). Présence
de nombreux cayolars. Les facéries, à intégrer dans
cette UAP ne figurent pas sur la carte mais jouent un rôle important
dans les exploitations françaises.
25. Petit massif pastoral en déprise (PM). Bande discontinue de fougeraies
en piémont. Versant avec landes en déprise, opérations
de reboisement et boisement de fond de talweg. Landes de sommet plus ou moins
pâturées.
26. Grands versants en déprise (GV). Pentes fortes à très
fortes. Boisement massif et en fond de talweg. Grandes étendues de
landes arborées et arbustives. Possibilité d'apparition de
quelques prairies clairière sur replat.
27. Bas de versant boisé (BV). Bas de versant à pentes fortes
à très fortes, essentiellement boisé. Quelques prairies
en voie d'abandon (pente très forte).
28. Massifs forestiers (F).
Notes
(1) Compte tenu des convergences entre les notions de
système de culture et de système d'élevage, les
raisonnements qui suivent peuvent s'appliquer aux deux notions ; nous ne
mentionnons que l'expression système de culture.
[VU]
(2) La première hypothèse porte sur l'existence
des unités agronomiques (UA) dans l'espace
rural.[VU]
(3) Etxe : mot basque, invariable dans sa transcription en
français. Étymologiquement, etxe signifie ce qui contient.
Couramment, c'est l'habitation domestique ; dans le cas de l'agriculture,
c'est le siège de l'exploitation. [VU]
(4) Les numéros des UAP renvoient à l'encadré
1.[VU]
(1). Rioux Ch., Bonhomme R., Chassin
P., Papy F., 1998. INRA Éditions, Paris, 411
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(18). Groupe INRA, 1998. Politiques innovantes de
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[R]