retrait des terres et systèmes de
culture
Introduction
Les textes en vigueur
Les pratiques des agriculteurs
Les effets agronomiques de la
jachère
De la variabilité
Modifications des composantes du milieu induites par la
jachère
Conclusion : perspectives pour les jachères à
venir
Il s'agit ici de discuter des effets agronomiques du retrait des terres imposé par la réforme de la Politique agricole commune (PAC) de mai-juillet 1992, gel traduit par "jachère" en langage courant. La première campagne de ce gel, en 1992-1993, a concerné, d'après les premières estimations, entre 1,5 et 2 millions d'hectares en France (soit l'équivalent de la surface nationale en maïs-grain), et entre 3 et 4 millions d'hectares dans la CEE (soit l'équivalent de la surface agricole totale du Benelux). Ses répercussions probables sur le paysage, sur l'espace environnant les parcelles gelées (en particulier dans ses composantes biotiques), sur l'économie des exploitations et sur la maîtrise de la production à l'échelle communautaire en relation avec les autres mesures de réforme de la PAC, ont déjà été largement discutées (voir par exemple le Courrier de l'Environnement de l'INRA, n°19, de mai 1993). Si ces aspects sont importants, il convient de ne pas négliger les effets agronomiques de la jachère qui, souvent, sont dans une certaine mesure les déterminants des effets précédemment évoqués. Par effets agronomiques de la jachère on entend ici ses répercussions sur les composantes physiques, chimiques et biologiques des parcelles mises en jachère : une période de retrait de la production d'une parcelle n'est en effet pas neutre du point de vue de l'évolution de ces composantes. Nous intéressent en particulier toutes les modifications d'état du milieu qui risquent d'induire des conséquences vis-à-vis du fonctionnement des espèces ultérieurement cultivées sur la parcelle, comme vis-à-vis de la conduite de ces espèces. Quels sont ces effets ? Peut-on les prévoir ? Les agriculteurs peuvent-ils se prémunir des effets néfastes, et valoriser des effets positifs ?
Les textes régissant la pratique du retrait des terres affichent
l'intention de faire de cette mesure davantage qu'un instrument de
régulation de la production, ambition difficilement compatible avec
leur contenu et leur date d'apparition.
Se référer aux textes réglementaires est nécessaire
pour discuter d'un quelconque effet de la jachère. En effet, ce sont
ces textes qui, non seulement en délimitent l'existence (périodes
de début et de fin de jachère) et l'essence (types de jachère
interdits et autorisés), mais qui, en outre, fixent un cadre pour
son mode d'entretien. Ces textes sont de deux natures : tout d'abord les
textes européens (de l'Union européenne), qui fixent des objectifs
? ambitieux - à la jachère, et qui donnent des règles
très générales pour l'éligibilité des
parcelles gelées au système de primes compensatoires. Les textes
européens précisent ainsi que si l'objectif premier assigné
au retrait des terres est la maîtrise de la production, celle-ci doit
se faire dans le double respect du potentiel productif des parcelles d'une
part et de l'environnement d'autre part. A charge pour les Etats-membres,
au travers du second type de textes, de circulaires et de décrets
nationaux, de faire respecter ces ambitions, au moyen d'un appareil
réglementaire dont le choix est pour partie laissé à
leur discrétion. C'est en grande partie l'existence de ces deux niveaux
de décision qui explique l'évolution permanente de la
réglementation relative à la jachère au cours de la
campagne 1992-1993. Les Etats-membres ont dû prendre leurs premières
décisions très rapidement ; ils l'ont fait en fonction de
l'état de préparation propre de leur agriculture face à
la décision de gel (état matériel comme, par exemple,
le volume de semences de couverts de jachère disponible, mais aussi
état "psychologique"), mais également en se gardant le maximum
de marges de manoeuvres au départ, quitte à affiner les textes
en cours de campagne, au gré des informations glanées sur les
effets des différentes mesures d'entretien de la jachère, ou
au gré des discussions avec la Commission sur l'éligibilité
de telle ou telle forme de jachère.
C'est ainsi que si le cadre réglementaire européen pour la
jachère non industrielle date de juillet 1992, les règlements
français sont apparus en deux temps :
- en août 1992, une circulaire mentionnait la possibilité de
pratiquer une jachère semée (installation d'un couvert
à l'automne ou au printemps à partir d'un choix d'espèces
fait sur une liste positive), une jachère présentant un
couvert spontané, ou encore une jachère présentant
un sol maintenu nu par un travail du sol exclusivement. Mises à
part l'obligation de destruction du couvert et l'interdiction d'emploi de
produits phytosanitaires en jachère " nue ", les modalités
d'entretien de la jachère restaient floues : " le couvert
végétal devra par ailleurs être entretenu de manière
à éviter toute montée à graine (fauche, broyage
ou autre), tout risque phytosanitaire pour les parcelles voisines, et tout
développement d'espèces ligneuses ".
- ce n'est qu'à la fin du mois de mars 1993 que des précisions
significatives sont apparues, en particulier l'obligation d'un travail du
sol entre le 15 mai et le 15 juin dans le cas d'un sol nu ou d'un couvert
spontané, et l'obligation d'au minimum un broyage ou une fauche rase
durant le mois de juin pour un couvert implanté.
Il est intéressant de noter que dans la circulaire ministérielle
ces précisions apparaissent comme illustrant la nécessité
d'un entretien à des fins de préservation de l'environnement
et des potentialités parcellaires, alors que de toute évidence
ces règles ont un objectif premier de limitation de la croissance
du couvert avant la sortie des parcelles du " retrait des terres ", cette
circulaire annonçant simultanément que les couverts pouvaient
être utilisés dès le 15 juillet sans obligation de
retournement préalable.
Enfin, il faut noter que si des modalités précises de
contrôle des dossiers de demande d'aides compensatoires existent, les
contrôles sur place (dans les exploitations agricoles) pour la campagne
1992 1993 ne concernent que la confrontation des surfaces déclarées
aux surfaces effectivement gelées, et non les modes d'entretien de
ces dernières.
Pour l'année 1993-1994, les principales modifications réglementaires
concernent la possibilité d'introduction d'une jachère " non
soumise à la rotation "(ou jachère fixe), moyennant
une augmentation de 5 points du taux de gel, la disparition de la tolérance
de la jachère " nue ", et la modification des dates minimales
d'entrée et de sortie de gel (15 janvier - 31 août). La
première de ces dispositions n'est que transitoire, la Commission
européenne se réservant la possibilité de modifier le
niveau de l'augmentation (comme celui de la valeur " de base " de 15% d'ailleurs)
en fonction de l'efficacité du dispositif sur la maîtrise de
la production.
[R] Les pratiques des agriculteurs
Bien que les pratiques d'entretien des jachères soient massivement
orientées vers l'objectif principal de maîtrise des peuplements
d'adventices, elles présentent une variabilité très
forte.
En ce qui concerne le choix des parcelles gelées et l'insertion
de la jachère dans les successions de culture, on observe pour
l'année 1992-93 sinon une homogénéité de pratiques,
du moins l'existence de pratiques dominantes. Ainsi, comme on pouvait s'y
attendre, les agriculteurs ont souvent gelé prioritairement les parcelles
ou fractions de parcelles dont la productivité était la plus
faible, ou qui posaient des problèmes d'organisation du travail. Ce
sont donc avant tout des critères de rentabilité immédiate
qui sont à l'origine du choix des parcelles mises en jachère.
Ceci n'exclut pas que dans certaines situations les agriculteurs aient
cherché à faire jouer un rôle positif à la
jachère sur le plan agronomique, lui rendant sa signification historique
: ainsi en a-t-il été pour certaines parcelles présentant
en quantité importante des espèces adventices difficiles à
éliminer en culture.
D'une manière analogue, au moins en région de grandes cultures,
la jachère tournante a le plus souvent été située
derrière une céréale, et prévisionnellement avant
une céréale à paille. Mais la possibilité de
mettre en place une jachère fixe dès 1993-1994 en continuité
avec les jachères tournantes de 1992-1993 a bouleversé ces
prévisions, nombre d'agriculteurs voyant dans cette alternative une
simplification du "problème jachère" dans leur exploitation.
En revanche, en ce qui concerne tant le type de jachère retenu
que le mode d'entretien des surfaces gelées, on observe
une très grande diversité de pratiques. Le poids de
l'expérience acquise par le biais de la mise en jachère "volontaire
"de terres dans la période 1988-1992, dont le caractère
régional était très marqué, et l'influence des
organismes locaux de conseil en l'absence d'expérience directe de
nombreux agriculteurs en matière de retrait des terres, ont fortement
régionalisé le choix des types de jachère. La jachère
semée a parfois une importance significative, conformément
aux voeux ministériels et européens, dans les régions
où le semis des espèces autorisées est fréquent
hors situation de jachère et/ou lorsqu'une sensibilité aux
difficultés de maîtrise d'un couvert spontané ou d'un
sol nu existait. Dans d'autres régions, le coût plus
élevé de la jachère semée, le risque d'échec
d'implantation du couvert, et l'incertitude qui a longtemps pesé sur
l'autorisation d'utiliser le couvert après la fin de la jachère,
ont fait reculer organismes de développement et agriculteurs, et la
jachère semée est restée marginale.
Enfin, ce sont les pratiques d'entretien des jachères qui ont accusé
la variabilité la plus marquée d'une parcelle gelée
à l'autre. Même en excluant les situations extrêmes ?
relativement rares - correspondant aux parcelles qui n'ont subi aucune
intervention, les jachères nues et les jachères avec couvert
spontané ont présenté des interventions extrêmement
disparates tant dans la nature des opérations élémentaires
(broyage, traitement herbicide, travail du sol) que dans leur combinaison,
dans leur nombre, et dans les dates de réalisation. Ceci est
évidemment lié aux capacités propres d'intervention
de chaque agriculteur, au caractère nouveau de la jachère pour
la grande majorité d'entre eux, qui les a amenés à "
expérimenter " en 1992-1993. C'est aussi, plus profondément,
lié au fait qu'en l'absence de couvert semé l'enchaînement
chronologique des interventions n'est plus dépendant d'une évolution
phénologique du couvert, mais essentiellement fonction de
l'évolution du "faciès "de la parcelle, et principalement de
la dynamique des peuplements d'adventices. En effet, cette dynamique en
représente l'élément le plus visible, et c'est elle
qui va gouverner le choix des interventions des agriculteurs. Dans ces
conditions, l'énorme variabilité des potentiels semenciers
des sols agricoles, même à l'intérieur d'un grand groupe
de systèmes de culture (par exemple les sols en grande culture, ou
en région d'élevage), leur expression sous forme d'une dynamique
de levée dans les parcelles en jachère, expliquent une bonne
part de la variabilité des pratiques de agriculteurs.
Il faut ajouter que ce caractère très prégnant, dans
les préoccupations des agriculteurs, de la gestion des adventices,
a fait éclater les catégories de jachère
"réglementaires ": il est parfois impossible de distinguer, en termes
de pratiques, une jachère semée dont le couvert n'a pas "pris
", d'une jachère avec couvert spontané, ou d'une jachère
" nue "pour laquelle l'agriculteur emploie ? en cachette - des produits
phytosanitaires.
[R] Les effets agronomiques de la jachère
Il ne s'agit pas ici d'élaborer une théorie de la jachère (1), mais de montrer dans quelle mesure on peut présager des conséquences des réglementations et des pratiques actuelles, en s'appuyant sur les observations les plus saillantes réalisées au cours de la campagne 1992-93.
Premier enseignement de la campagne de jachère 1992-93 : le raisonnement
à partir des catégories de la réglementation est très
insuffisant.
Les modèles agronomiques disponibles permettent de prévoir
certains effets de la jachère, et de distinguer par ce moyen les trois
grands types de jachère définis par la réglementation
: ce sont ces modèles qui permettaient d'avancer a priori qu'une
jachère semée poserait moins de problèmes de contrôle
des adventices, et présenteraient des risques moindres de lessivage
de nitrates que les autres types de jachère. Mais ce qu'une observation
in situ apporte comme informations supplémentaires, c'est que
:
- les jachères présentent au départ une diversité
énorme de caractéristiques physiques, chimiques, biologiques,
qui ne sont pas homogénéisées (ni à l'intérieur
d'une parcelle, ni entre parcelles) par un couvert végétal.
Ceci est moins vrai pour les jachères semées, bien que la gamme
d'espèces autorisées laisse une diversité importante
;
- une caractéristique réglementaire d'une jachère correspond
à des résultats très variables d'une parcelle à
une autre : on pense par exemple à la très grande variabilité
de résultats des semis de jachères à l'automne, certains
débouchant sur des couverts réels alors que d'autres ne
présentent après l'hiver que des densités très
faibles et très hétérogènes de plantes semées
; on pense par exemple aussi à l'effet très variable d'un travail
du sol entre le 15 mai et le 15 juin sur la pérennité du couvert,
en fonction de sa densité et de sa nature ;
- les catégories réglementaires ne permettent pas de distinguer
clairement les parcelles sur le terrain, ni en termes de pratiques des
agriculteurs, ni en termes d'états des parcelles.
Dès lors, une discussion sur la variabilité des effets agronomiques
à l'intérieur d'une catégorie de jachère a autant
de sens qu'une discussion portant sur les différences entre
catégories ; et l'orientation des agriculteurs vers tel ou tel type
de jachère doit tenir compte de cette variabilité.
[R] Modifications des composantes du milieu induites par la jachère
Si l'invasion des parcelles par les adventices reste l'aspect le plus
spectaculaire des jachères, elle cache cependant d'autres effets plus
discrets mais qui pourraient se révéler tout aussi importants
pour les cultures suivantes.
On l'a déjà noté plus haut, les actions d'entretien
de la jachère par les agriculteurs sont essentiellement guidées
par la lutte contre les adventices. Ceci a pour conséquence
que, dans la majorité des cas, les cycles des populations ont
été bien maîtrisés et que la jachère a
donc eu un effet bénéfique du point de vue du salissement des
parcelles (diminution du stock grainier sans réensemencement). Toutefois,
les parcelles présentant les infestations les plus importantes et/ou
les espèces contre lesquelles il est le plus difficile de lutter (vivaces,
espèces à fructification non saisonnière) ne sont
contrôlées en situation de sol nu ou de repousses qu'au prix
d'un coût supérieur (nombre de passages de travail du sol accru,
doses plus fortes de matière active), et avec un recours plus important
aux produits phytosanitaires. Ce sont également celles pour lesquelles
une jachère semée doit être absolument réussie
pour être efficace. Enfin, on a pu observer que les connaissances
habituelles utilisées pour raisonner la lutte contre les adventices
en culture s'avéraient insuffisantes pour raisonner le contrôle
des mêmes espèces en jachère.
Les premières mesures d'azote nitrique du sol sous jachère
réalisées au mois d'août 1993 montrent que les
quantités présentes sont très importantes. Si on y ajoute,
dans le cas des jachères avec couvert, l'azote issu de la
minéralisation automnale des matières enfouies, il existe des
risques importants en cas d'hiver pluvieux de non-absorption de cet azote
par le couvert de la culture ? ou de la jachère - suivante. On ne
fait donc que confirmer ici, mais avec des ordres de grandeur supérieurs
à ceux auxquels on pouvait s'attendre (jusqu'à plus de 200
kg d'azote par hectare sur 90 cm de profondeur, tant pour une jachère
nue que pour un couvert spontané), ce qui était a priori
prévu.
En ce qui concerne la structure du sol sous jachère, les
observations réalisées en 1992-1993 ont permis de montrer que
les cas où une dégradation était observée
étaient peu nombreux. Si on pouvait s'attendre à un tel
résultat sous jachère semée ou couvert spontané,
il est plus surprenant sous jachère nue, caractérisée
par de fréquents passages d'engins. Ceci est à relier au fait
que la majorité des interventions des agriculteurs sont situées
après le mois d'avril, à une époque où les
périodes pendant lesquelles un passage dans les parcelles sans risque
de tassement est possible sont nombreuses. De plus, le fait qu'un décalage
de quelques jours d'une intervention n'a en général pas de
conséquences aussi importantes sur jachère que lorsque ces
interventions sont réalisées sur une culture incite les
agriculteurs à attendre un ressuyage complet avant de pénétrer
dans les parcelles.
Les observations d'infestations en maladies telluriques des
céréales, réalisées sur des parcelles
présentant des graminées, montrent que si ces dernières
sont en nombre suffisant elles sont susceptibles de devenir des relais du
piétin-verse et/ou du piétin-échaudage entre deux
années de céréales à paille. Ceci est vrai non
seulement pour les couverts spontanés avec forte densité de
repousses, mais également pour toutes les parcelles présentant
une population suffisamment dense de graminées adventices, qui peuvent
également être vectrices des champignons (en particulier ray-grass
et vulpin). Toutefois, l'impact réel de ces infestations ne pourra
se mesurer que sur les éventuelles céréales suivant
les parcelles en jachère.
Enfin, certaines composantes du milieu auxquelles on n'aurait pas a priori
prêté attention, tout au moins sous nos latitudes, pour
dresser un bilan agronomique de la jachère, semblent suffisamment
transformées pour qu'on y regarde de plus près à l'avenir.
Il en est ainsi par exemple de la teneur en eau du sol en fin de jachère.
L'expérience de 1992-1993 montre que, toutes choses égales
par ailleurs, les parcelles en jachère semée laissent un sol
plus sec que les parcelles nues. Ce fait, bien connu des agriculteurs qui
pratiquent la jachère dans des conditions de pluviométrie plus
faibles que celles de l'Europe occidentale, n'a rien d'étonnant. En
revanche, le fait que les agriculteurs éprouvent davantage de
difficultés à travailler le sol derrière jachère
semée que derrière jachère " nue " du fait d'une relative
dessiccation du sol, est un élément "nouveau " à prendre
en compte : il restreint la gamme des travaux du sol applicables pour la
préparation des semis de la culture suivante. De la même
manière, les observations d'états du sol sous jachère
font apparaître une activité biologique (abondance de la faune
du sol, avec notamment, mais pas uniquement, celle des lombriciens) plus
forte que dans les sols sous culture.
[R] Conclusion : perspectives pour les jachères à venir
A la lumière des constats très brièvement exposés
ci-dessus quant aux effets des jachères " nouvelle PAC", on peut formuler
quelques remarques générales utiles pour l'avenir.
a) Les effets agronomiques des pratiques d'entretien de la jachère
sont encore très largement méconnus. C'est la conséquence
logique de mesures prises à un niveau politique sans qu'existe un
référent scientifique et technique suffisant.
b) C'est en termes de combinaisons d'effets sur les composantes du
milieu que la jachère devra être jugée d'un point de
vue agronomique. Il faut accepter l'idée qu'il sera difficile d'optimiser
simultanément toutes les composantes du milieu, pour un coût
minimum.
c) Il est vain de donner des indications normatives d'entretien de
la jachère. Les situations auxquelles les agriculteurs ont à
faire face sont trop diverses pour qu'à objectif identique elles
relèvent des mêmes modalités.
d) Les effets de la jachère ne seront entièrement connus
et mieux maîtrisés que par une prise en compte de la conduite
de la culture suivante : une modification importante d'une composante du
milieu sous l'effet de la jachère peut être entièrement
annihilée par une adaptation de la conduite du suivant cultural.
La réglementation du retrait des terres pour 1993-1994 vient de se
mettre en place. On peut d'ores et déjà supposer qu'en termes
de pratiques des agriculteurs cela se traduira par davantage de jachères
semées, par des pratiques d'entretien moins variables qu'elles n'ont
été en 1992-1993, par une quantité significative de
parcelles gelées dans le cadre de la jachère
"fixe "A la lumière de l'expérience de 1992-1993, on dispose
de quelques clés pour adapter les modalités d'entretien des
jachères, et essayer de satisfaire les souhaits de la Commission en
termes d'entretien des parcelles et de respect de l'environnement. C'est
un début, mais, compte tenu de l'ampleur du retard, ne nous faisons
pas d'illusions : il sera impossible de faire l'économie de travaux
de recherche agronomique approfondis sur la jachère. C'est à
ce prix que l'on pourra faire du retrait des terres non seulement un instrument
de maîtrise de la production à l'échelle nationale ou
internationale, mais également un outil agronomique de maîtrise
des systèmes de culture à l'échelle de l'exploitation
agricole, et un instrument de gestion de l'environnement.
Parmi les principales composantes du milieu dont les évolutions sous
jachère étaient sujettes à discussion, on a pu distinguer
deux catégories. La première correspondait à deux
composantes du milieu pour lesquelles le sens d'évolution était
à peu près connu. D'une part, on savait que la dynamique des
populations d'adventices n'était pas facile à maîtriser,
et qu'il existait des risques non négligeables d'augmentation des
potentiels semenciers. D'autre part, on savait que l'absence d'exportation
d'azote par une culture, voire l'absence d'absorption en cas de jachère
" nue ", rendait plausible l'accumulation de fortes quantités d'azote
dans le sol en fin de jachère, voire le risque d'un lessivage de nitrates
au cours même de la jachère. La deuxième catégorie
correspondait à des composantes du milieu pour lesquelles le sens
d'évolution même était inconnu : on pense en particulier
à l'état structural du sol ? dégradation ou
régénération - et à l'infestation en maladies
telluriques des céréales.
Note
(1) Voir en
particulier sur ce point Sebillotte (1985) dans A travers champs. Agronomes
et géographes, ORSTOM, pp. 175-229, et pour un élargissement
à la jachère "nouvelle PAC", Sebillotte et al. (1993), C.R.
Acd. Agri.Fr., repris dans le Courrier de l'environnement de l'INRA, n°20
[VU]