Le Courrier de l'environnement n°21, janvier 1994

retrait des terres et systèmes de culture

Introduction
Les textes en vigueur
Les pratiques des agriculteurs

Les effets agronomiques de la jachère
De la variabilité

Modifications des composantes du milieu induites par la jachère
Conclusion : perspectives pour les jachères à venir


[R] Introduction

Il s'agit ici de discuter des effets agronomiques du retrait des terres imposé par la réforme de la Politique agricole commune (PAC) de mai-juillet 1992, gel traduit par "jachère" en langage courant. La première campagne de ce gel, en 1992-1993, a concerné, d'après les premières estimations, entre 1,5 et 2 millions d'hectares en France (soit l'équivalent de la surface nationale en maïs-grain), et entre 3 et 4 millions d'hectares dans la CEE (soit l'équivalent de la surface agricole totale du Benelux). Ses répercussions probables sur le paysage, sur l'espace environnant les parcelles gelées (en particulier dans ses composantes biotiques), sur l'économie des exploitations et sur la maîtrise de la production à l'échelle communautaire en relation avec les autres mesures de réforme de la PAC, ont déjà été largement discutées (voir par exemple le Courrier de l'Environnement de l'INRA, n°19, de mai 1993). Si ces aspects sont importants, il convient de ne pas négliger les effets agronomiques de la jachère qui, souvent, sont dans une certaine mesure les déterminants des effets précédemment évoqués. Par effets agronomiques de la jachère on entend ici ses répercussions sur les composantes physiques, chimiques et biologiques des parcelles mises en jachère : une période de retrait de la production d'une parcelle n'est en effet pas neutre du point de vue de l'évolution de ces composantes. Nous intéressent en particulier toutes les modifications d'état du milieu qui risquent d'induire des conséquences vis-à-vis du fonctionnement des espèces ultérieurement cultivées sur la parcelle, comme vis-à-vis de la conduite de ces espèces. Quels sont ces effets ? Peut-on les prévoir ? Les agriculteurs peuvent-ils se prémunir des effets néfastes, et valoriser des effets positifs ?

[R] Les textes en vigueur

Les textes régissant la pratique du retrait des terres affichent l'intention de faire de cette mesure davantage qu'un instrument de régulation de la production, ambition difficilement compatible avec leur contenu et leur date d'apparition.
Se référer aux textes réglementaires est nécessaire pour discuter d'un quelconque effet de la jachère. En effet, ce sont ces textes qui, non seulement en délimitent l'existence (périodes de début et de fin de jachère) et l'essence (types de jachère interdits et autorisés), mais qui, en outre, fixent un cadre pour son mode d'entretien. Ces textes sont de deux natures : tout d'abord les textes européens (de l'Union européenne), qui fixent des objectifs ? ambitieux - à la jachère, et qui donnent des règles très générales pour l'éligibilité des parcelles gelées au système de primes compensatoires. Les textes européens précisent ainsi que si l'objectif premier assigné au retrait des terres est la maîtrise de la production, celle-ci doit se faire dans le double respect du potentiel productif des parcelles d'une part et de l'environnement d'autre part. A charge pour les Etats-membres, au travers du second type de textes, de circulaires et de décrets nationaux, de faire respecter ces ambitions, au moyen d'un appareil réglementaire dont le choix est pour partie laissé à leur discrétion. C'est en grande partie l'existence de ces deux niveaux de décision qui explique l'évolution permanente de la réglementation relative à la jachère au cours de la campagne 1992-1993. Les Etats-membres ont dû prendre leurs premières décisions très rapidement ; ils l'ont fait en fonction de l'état de préparation propre de leur agriculture face à la décision de gel (état matériel comme, par exemple, le volume de semences de couverts de jachère disponible, mais aussi état "psychologique"), mais également en se gardant le maximum de marges de manoeuvres au départ, quitte à affiner les textes en cours de campagne, au gré des informations glanées sur les effets des différentes mesures d'entretien de la jachère, ou au gré des discussions avec la Commission sur l'éligibilité de telle ou telle forme de jachère.
C'est ainsi que si le cadre réglementaire européen pour la jachère non industrielle date de juillet 1992, les règlements français sont apparus en deux temps :
- en août 1992, une circulaire mentionnait la possibilité de pratiquer une jachère semée (installation d'un couvert à l'automne ou au printemps à partir d'un choix d'espèces fait sur une liste positive), une jachère présentant un couvert spontané, ou encore une jachère présentant un sol maintenu nu par un travail du sol exclusivement. Mises à part l'obligation de destruction du couvert et l'interdiction d'emploi de produits phytosanitaires en jachère " nue ", les modalités d'entretien de la jachère restaient floues : " le couvert végétal devra par ailleurs être entretenu de manière à éviter toute montée à graine (fauche, broyage ou autre), tout risque phytosanitaire pour les parcelles voisines, et tout développement d'espèces ligneuses ".
- ce n'est qu'à la fin du mois de mars 1993 que des précisions significatives sont apparues, en particulier l'obligation d'un travail du sol entre le 15 mai et le 15 juin dans le cas d'un sol nu ou d'un couvert spontané, et l'obligation d'au minimum un broyage ou une fauche rase durant le mois de juin pour un couvert implanté.
Il est intéressant de noter que dans la circulaire ministérielle ces précisions apparaissent comme illustrant la nécessité d'un entretien à des fins de préservation de l'environnement et des potentialités parcellaires, alors que de toute évidence ces règles ont un objectif premier de limitation de la croissance du couvert avant la sortie des parcelles du " retrait des terres ", cette circulaire annonçant simultanément que les couverts pouvaient être utilisés dès le 15 juillet sans obligation de retournement préalable.
Enfin, il faut noter que si des modalités précises de contrôle des dossiers de demande d'aides compensatoires existent, les contrôles sur place (dans les exploitations agricoles) pour la campagne 1992 1993 ne concernent que la confrontation des surfaces déclarées aux surfaces effectivement gelées, et non les modes d'entretien de ces dernières.
Pour l'année 1993-1994, les principales modifications réglementaires concernent la possibilité d'introduction d'une jachère " non soumise à la rotation "(ou jachère fixe), moyennant une augmentation de 5 points du taux de gel, la disparition de la tolérance de la jachère " nue ", et la modification des dates minimales d'entrée et de sortie de gel (15 janvier - 31 août). La première de ces dispositions n'est que transitoire, la Commission européenne se réservant la possibilité de modifier le niveau de l'augmentation (comme celui de la valeur " de base " de 15% d'ailleurs) en fonction de l'efficacité du dispositif sur la maîtrise de la production.

[R] Les pratiques des agriculteurs

Bien que les pratiques d'entretien des jachères soient massivement orientées vers l'objectif principal de maîtrise des peuplements d'adventices, elles présentent une variabilité très forte.
En ce qui concerne le choix des parcelles gelées et l'insertion de la jachère dans les successions de culture, on observe pour l'année 1992-93 sinon une homogénéité de pratiques, du moins l'existence de pratiques dominantes. Ainsi, comme on pouvait s'y attendre, les agriculteurs ont souvent gelé prioritairement les parcelles ou fractions de parcelles dont la productivité était la plus faible, ou qui posaient des problèmes d'organisation du travail. Ce sont donc avant tout des critères de rentabilité immédiate qui sont à l'origine du choix des parcelles mises en jachère. Ceci n'exclut pas que dans certaines situations les agriculteurs aient cherché à faire jouer un rôle positif à la jachère sur le plan agronomique, lui rendant sa signification historique : ainsi en a-t-il été pour certaines parcelles présentant en quantité importante des espèces adventices difficiles à éliminer en culture.
D'une manière analogue, au moins en région de grandes cultures, la jachère tournante a le plus souvent été située derrière une céréale, et prévisionnellement avant une céréale à paille. Mais la possibilité de mettre en place une jachère fixe dès 1993-1994 en continuité avec les jachères tournantes de 1992-1993 a bouleversé ces prévisions, nombre d'agriculteurs voyant dans cette alternative une simplification du "problème jachère" dans leur exploitation.
En revanche, en ce qui concerne tant le type de jachère retenu que le mode d'entretien des surfaces gelées, on observe une très grande diversité de pratiques. Le poids de l'expérience acquise par le biais de la mise en jachère "volontaire "de terres dans la période 1988-1992, dont le caractère régional était très marqué, et l'influence des organismes locaux de conseil en l'absence d'expérience directe de nombreux agriculteurs en matière de retrait des terres, ont fortement régionalisé le choix des types de jachère. La jachère semée a parfois une importance significative, conformément aux voeux ministériels et européens, dans les régions où le semis des espèces autorisées est fréquent hors situation de jachère et/ou lorsqu'une sensibilité aux difficultés de maîtrise d'un couvert spontané ou d'un sol nu existait. Dans d'autres régions, le coût plus élevé de la jachère semée, le risque d'échec d'implantation du couvert, et l'incertitude qui a longtemps pesé sur l'autorisation d'utiliser le couvert après la fin de la jachère, ont fait reculer organismes de développement et agriculteurs, et la jachère semée est restée marginale.
Enfin, ce sont les pratiques d'entretien des jachères qui ont accusé la variabilité la plus marquée d'une parcelle gelée à l'autre. Même en excluant les situations extrêmes ? relativement rares - correspondant aux parcelles qui n'ont subi aucune intervention, les jachères nues et les jachères avec couvert spontané ont présenté des interventions extrêmement disparates tant dans la nature des opérations élémentaires (broyage, traitement herbicide, travail du sol) que dans leur combinaison, dans leur nombre, et dans les dates de réalisation. Ceci est évidemment lié aux capacités propres d'intervention de chaque agriculteur, au caractère nouveau de la jachère pour la grande majorité d'entre eux, qui les a amenés à " expérimenter " en 1992-1993. C'est aussi, plus profondément, lié au fait qu'en l'absence de couvert semé l'enchaînement chronologique des interventions n'est plus dépendant d'une évolution phénologique du couvert, mais essentiellement fonction de l'évolution du "faciès "de la parcelle, et principalement de la dynamique des peuplements d'adventices. En effet, cette dynamique en représente l'élément le plus visible, et c'est elle qui va gouverner le choix des interventions des agriculteurs. Dans ces conditions, l'énorme variabilité des potentiels semenciers des sols agricoles, même à l'intérieur d'un grand groupe de systèmes de culture (par exemple les sols en grande culture, ou en région d'élevage), leur expression sous forme d'une dynamique de levée dans les parcelles en jachère, expliquent une bonne part de la variabilité des pratiques de agriculteurs.
Il faut ajouter que ce caractère très prégnant, dans les préoccupations des agriculteurs, de la gestion des adventices, a fait éclater les catégories de jachère "réglementaires ": il est parfois impossible de distinguer, en termes de pratiques, une jachère semée dont le couvert n'a pas "pris ", d'une jachère avec couvert spontané, ou d'une jachère " nue "pour laquelle l'agriculteur emploie ? en cachette - des produits phytosanitaires.

[R] Les effets agronomiques de la jachère

Il ne s'agit pas ici d'élaborer une théorie de la jachère (1), mais de montrer dans quelle mesure on peut présager des conséquences des réglementations et des pratiques actuelles, en s'appuyant sur les observations les plus saillantes réalisées au cours de la campagne 1992-93.

[R] De la variabilité

Premier enseignement de la campagne de jachère 1992-93 : le raisonnement à partir des catégories de la réglementation est très insuffisant.
Les modèles agronomiques disponibles permettent de prévoir certains effets de la jachère, et de distinguer par ce moyen les trois grands types de jachère définis par la réglementation : ce sont ces modèles qui permettaient d'avancer a priori qu'une jachère semée poserait moins de problèmes de contrôle des adventices, et présenteraient des risques moindres de lessivage de nitrates que les autres types de jachère. Mais ce qu'une observation in situ apporte comme informations supplémentaires, c'est que :
- les jachères présentent au départ une diversité énorme de caractéristiques physiques, chimiques, biologiques, qui ne sont pas homogénéisées (ni à l'intérieur d'une parcelle, ni entre parcelles) par un couvert végétal. Ceci est moins vrai pour les jachères semées, bien que la gamme d'espèces autorisées laisse une diversité importante ;
- une caractéristique réglementaire d'une jachère correspond à des résultats très variables d'une parcelle à une autre : on pense par exemple à la très grande variabilité de résultats des semis de jachères à l'automne, certains débouchant sur des couverts réels alors que d'autres ne présentent après l'hiver que des densités très faibles et très hétérogènes de plantes semées ; on pense par exemple aussi à l'effet très variable d'un travail du sol entre le 15 mai et le 15 juin sur la pérennité du couvert, en fonction de sa densité et de sa nature ;
- les catégories réglementaires ne permettent pas de distinguer clairement les parcelles sur le terrain, ni en termes de pratiques des agriculteurs, ni en termes d'états des parcelles.
Dès lors, une discussion sur la variabilité des effets agronomiques à l'intérieur d'une catégorie de jachère a autant de sens qu'une discussion portant sur les différences entre catégories ; et l'orientation des agriculteurs vers tel ou tel type de jachère doit tenir compte de cette variabilité.

[R] Modifications des composantes du milieu induites par la jachère

Si l'invasion des parcelles par les adventices reste l'aspect le plus spectaculaire des jachères, elle cache cependant d'autres effets plus discrets mais qui pourraient se révéler tout aussi importants pour les cultures suivantes.
On l'a déjà noté plus haut, les actions d'entretien de la jachère par les agriculteurs sont essentiellement guidées par la lutte contre les adventices. Ceci a pour conséquence que, dans la majorité des cas, les cycles des populations ont été bien maîtrisés et que la jachère a donc eu un effet bénéfique du point de vue du salissement des parcelles (diminution du stock grainier sans réensemencement). Toutefois, les parcelles présentant les infestations les plus importantes et/ou les espèces contre lesquelles il est le plus difficile de lutter (vivaces, espèces à fructification non saisonnière) ne sont contrôlées en situation de sol nu ou de repousses qu'au prix d'un coût supérieur (nombre de passages de travail du sol accru, doses plus fortes de matière active), et avec un recours plus important aux produits phytosanitaires. Ce sont également celles pour lesquelles une jachère semée doit être absolument réussie pour être efficace. Enfin, on a pu observer que les connaissances habituelles utilisées pour raisonner la lutte contre les adventices en culture s'avéraient insuffisantes pour raisonner le contrôle des mêmes espèces en jachère.
Les premières mesures d'azote nitrique du sol sous jachère réalisées au mois d'août 1993 montrent que les quantités présentes sont très importantes. Si on y ajoute, dans le cas des jachères avec couvert, l'azote issu de la minéralisation automnale des matières enfouies, il existe des risques importants en cas d'hiver pluvieux de non-absorption de cet azote par le couvert de la culture ? ou de la jachère - suivante. On ne fait donc que confirmer ici, mais avec des ordres de grandeur supérieurs à ceux auxquels on pouvait s'attendre (jusqu'à plus de 200 kg d'azote par hectare sur 90 cm de profondeur, tant pour une jachère nue que pour un couvert spontané), ce qui était a priori prévu.
En ce qui concerne la structure du sol sous jachère, les observations réalisées en 1992-1993 ont permis de montrer que les cas où une dégradation était observée étaient peu nombreux. Si on pouvait s'attendre à un tel résultat sous jachère semée ou couvert spontané, il est plus surprenant sous jachère nue, caractérisée par de fréquents passages d'engins. Ceci est à relier au fait que la majorité des interventions des agriculteurs sont situées après le mois d'avril, à une époque où les périodes pendant lesquelles un passage dans les parcelles sans risque de tassement est possible sont nombreuses. De plus, le fait qu'un décalage de quelques jours d'une intervention n'a en général pas de conséquences aussi importantes sur jachère que lorsque ces interventions sont réalisées sur une culture incite les agriculteurs à attendre un ressuyage complet avant de pénétrer dans les parcelles.
Les observations d'infestations en maladies telluriques des céréales, réalisées sur des parcelles présentant des graminées, montrent que si ces dernières sont en nombre suffisant elles sont susceptibles de devenir des relais du piétin-verse et/ou du piétin-échaudage entre deux années de céréales à paille. Ceci est vrai non seulement pour les couverts spontanés avec forte densité de repousses, mais également pour toutes les parcelles présentant une population suffisamment dense de graminées adventices, qui peuvent également être vectrices des champignons (en particulier ray-grass et vulpin). Toutefois, l'impact réel de ces infestations ne pourra se mesurer que sur les éventuelles céréales suivant les parcelles en jachère.
Enfin, certaines composantes du milieu auxquelles on n'aurait pas a priori prêté attention, tout au moins sous nos latitudes, pour dresser un bilan agronomique de la jachère, semblent suffisamment transformées pour qu'on y regarde de plus près à l'avenir. Il en est ainsi par exemple de la teneur en eau du sol en fin de jachère. L'expérience de 1992-1993 montre que, toutes choses égales par ailleurs, les parcelles en jachère semée laissent un sol plus sec que les parcelles nues. Ce fait, bien connu des agriculteurs qui pratiquent la jachère dans des conditions de pluviométrie plus faibles que celles de l'Europe occidentale, n'a rien d'étonnant. En revanche, le fait que les agriculteurs éprouvent davantage de difficultés à travailler le sol derrière jachère semée que derrière jachère " nue " du fait d'une relative dessiccation du sol, est un élément "nouveau " à prendre en compte : il restreint la gamme des travaux du sol applicables pour la préparation des semis de la culture suivante. De la même manière, les observations d'états du sol sous jachère font apparaître une activité biologique (abondance de la faune du sol, avec notamment, mais pas uniquement, celle des lombriciens) plus forte que dans les sols sous culture.

[R] Conclusion : perspectives pour les jachères à venir

A la lumière des constats très brièvement exposés ci-dessus quant aux effets des jachères " nouvelle PAC", on peut formuler quelques remarques générales utiles pour l'avenir.
a) Les effets agronomiques des pratiques d'entretien de la jachère sont encore très largement méconnus. C'est la conséquence logique de mesures prises à un niveau politique sans qu'existe un référent scientifique et technique suffisant.
b) C'est en termes de combinaisons d'effets sur les composantes du milieu que la jachère devra être jugée d'un point de vue agronomique. Il faut accepter l'idée qu'il sera difficile d'optimiser simultanément toutes les composantes du milieu, pour un coût minimum.
c) Il est vain de donner des indications normatives d'entretien de la jachère. Les situations auxquelles les agriculteurs ont à faire face sont trop diverses pour qu'à objectif identique elles relèvent des mêmes modalités.
d) Les effets de la jachère ne seront entièrement connus et mieux maîtrisés que par une prise en compte de la conduite de la culture suivante : une modification importante d'une composante du milieu sous l'effet de la jachère peut être entièrement annihilée par une adaptation de la conduite du suivant cultural.
La réglementation du retrait des terres pour 1993-1994 vient de se mettre en place. On peut d'ores et déjà supposer qu'en termes de pratiques des agriculteurs cela se traduira par davantage de jachères semées, par des pratiques d'entretien moins variables qu'elles n'ont été en 1992-1993, par une quantité significative de parcelles gelées dans le cadre de la jachère
"fixe "A la lumière de l'expérience de 1992-1993, on dispose de quelques clés pour adapter les modalités d'entretien des jachères, et essayer de satisfaire les souhaits de la Commission en termes d'entretien des parcelles et de respect de l'environnement. C'est un début, mais, compte tenu de l'ampleur du retard, ne nous faisons pas d'illusions : il sera impossible de faire l'économie de travaux de recherche agronomique approfondis sur la jachère. C'est à ce prix que l'on pourra faire du retrait des terres non seulement un instrument de maîtrise de la production à l'échelle nationale ou internationale, mais également un outil agronomique de maîtrise des systèmes de culture à l'échelle de l'exploitation agricole, et un instrument de gestion de l'environnement.
Parmi les principales composantes du milieu dont les évolutions sous jachère étaient sujettes à discussion, on a pu distinguer deux catégories. La première correspondait à deux composantes du milieu pour lesquelles le sens d'évolution était à peu près connu. D'une part, on savait que la dynamique des populations d'adventices n'était pas facile à maîtriser, et qu'il existait des risques non négligeables d'augmentation des potentiels semenciers. D'autre part, on savait que l'absence d'exportation d'azote par une culture, voire l'absence d'absorption en cas de jachère " nue ", rendait plausible l'accumulation de fortes quantités d'azote dans le sol en fin de jachère, voire le risque d'un lessivage de nitrates au cours même de la jachère. La deuxième catégorie correspondait à des composantes du milieu pour lesquelles le sens d'évolution même était inconnu : on pense en particulier à l'état structural du sol ? dégradation ou régénération - et à l'infestation en maladies telluriques des céréales.


Note
(1) Voir en particulier sur ce point Sebillotte (1985) dans A travers champs. Agronomes et géographes, ORSTOM, pp. 175-229, et pour un élargissement à la jachère "nouvelle PAC", Sebillotte et al. (1993), C.R. Acd. Agri.Fr., repris dans le Courrier de l'environnement de l'INRA, n°20 [VU]

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