engagement des citoyens concernant la biodiversité
(Traité des organisations non gouvernementales)
Le concept de biodiversité doit être une expression de la vie
comprenant la variabilité de toutes les formes de vie, leur organisation
et leur interrelation, depuis le niveau moléculaire jusqu'à
celui de la biosphère, y compris la diversité culturelle. La
biodiversité englobe toutes les formes de vie et toutes les zones
servant d'habitat à des formes de vie naturelles ou domestiquées.
Les dangers qui menacent la biodiversité menacent aussi toutes ses
composantes. Nous rejetons le traitement fragmentaire de la biodiversité.
Nous proposons de plus que le concept de biodiversité se situe au
point d'équilibre entre la compréhension spirituelle de
l'unité de la vie et la compréhension scientifique de
l'interrelation de la diversité de la vie.
Reconnaissant la valeur intrinsèque de la diversité
de toute vie, le fait que les formes de vie ont le droit d'exister et que
la biodiversité est une condition essentielle de la préservation
et de l'évolution de la vie elle-même sur notre planète
;
Insistant sur le fait que la préservation de la biodiversité
est essentielle à la mise en valeur de la capacité des
collectivités de maintenir leur propre culture et sur le fait que
l'influence de la biodiversité sur le développement culturel,
économique, social et spirituel et sur la qualité de vie des
peuples est déterminante, et préoccupés par le fait
que les modes actuels d'exploitation, de protection et de partage des
bénéfices perpétuent les inégalités au
sein des nations, entre elles et entre les nations et la Terre ;
soulignant que l'ordre économique mondial actuel est injuste
et que les inégalités graves qui en découlent ne constituent
pas un réseau propice au maintien de la biodiversité ;
Soulignant que l'exploitation des espèces et des
écosystèmes - par le biais de politiques commerciales de
développement et de systèmes économiques qui ne
reconnaissent pas la valeur sociale, culturelle, économique et spirituelle
intrinsèque de la biodiversité et ne l'évaluent pas
- menace la biodiversité par la destruction et la pollution d'habitats
naturels ;
1. La conservation de la biodiversité est une responsabilité
pressante, et elle a la responsabilité de tous, particuliers et
institutions. La préservation de la biodiversité comprend
l'utilisation durable de ses composantes, surtout lorsqu'elles sont
utilisées à des fins de développement.
A notre sens, l'utilisation durable est celle qui s'abstient de nuire à
l'intégrité écologique de tout être vivant ou
de l'écosystème de tout être vivant et celle qui est
socialement équitable, ce qui signifie :
- qu'une part socialement équitable des bénéfices issus
des ressources naturelles échoit à tous les membres des
générations actuelles et à venir et que ceux-ci doivent
avoir accès à ces bénéfices ;
- que l'utilisation des composantes de la structure de base des ressources
génétiques et de leurs écosystèmes ne doit pas
appauvrir la structure elle?même ;
- et que toutes les formes de vie doivent être abordées dans
le respect de leur propre valeur sociale, esthétique, culturelle,
traditionnelle, spirituelle et de toute autre valeur intrinsèque et
que nos activités ne doivent pas occasionner de souffrance à
quelqu'autre être vivant.
2. La préservation de la biodiversité exige la modification
fondamentale des modes et pratiques de développement
socio?économique partout au monde et celle de l'attitude des particuliers
envers la question d'un partenariat plus équitable avec la Terre.
II est inacceptable .que la nature puisse servir de monnaie d'échange
contre la dette extérieure.
3. La préservation de la biodiversité exige tout d'abord
le respect de l'intégrité des différents
écosystèmes et des liens qui existent entre eux ainsi que la
préservation de cette intégrité.
4. Tous les groupes sociaux, les gouvernements et les entreprises
doivent être tenus pleinement responsables des dommages causés
par leurs technologies et leurs actions à la diversité biologique
et culturelle sur le plan social et écologique, et ils doivent en
répondre. On doit tenir compte des répercussions des projets
d'infrastructure sur l'équilibre écologique au niveau local.
II est essentiel de réhabiliter les écosystèmes
dégradés. II faut renforcer l'éducation au niveau
international et local concernant les répercussions du commerce de
plantes ornementales, exotiques et endémiques et celui des espèces
animales.
5. Le rôle important que jouent les femmes dans la gestion,
le soin et la compréhension des composantes de la nature mérite
une attention et un respect particuliers.
6. Le savoir, les traditions culturelles, les innovations, la
spiritualité et les pratiques de gestion des peuples indigènes
ainsi que les pratiques traditionnelles des agriculteurs et d'autres
communautés rurales relativement à la biodiversité sont
un fondement essentiel de la pérennité de la biodiversité
et celle de la vie humaine.
7. Les ressources génétiques domestiquées sont
des créations culturelles qui tirent essentiellement leur origine
des cultures indigènes, paysannes et agricoles. Les collections et
les résultats de travaux de recherche versés dans des centres
de recherche agricole, des banques de gènes et d'autres institutions
nationales ou internationales ne doivent pas faire l'objet de restrictions
ni être considérés de quelque façon comme
propriété intellectuelle.
Aucun être vivant ni aucun produit dérivé d'un être
vivant ne devrait pouvoir être breveté, sans toutefois que cette
disposition puisse porter préjudice au droit des peuples indigènes
ou à celui des agriculteurs et des pêcheurs traditionnels de
garder le contrôle exclusif de l'utilisation de leur savoir, leurs
innovations, leurs traditions culturelles et leurs pratiques de gestion relatifs
à la biodiversité ni à leur droit d'y avoir accès
ou à celui d'une juste compensation pour la mise en commun de ce
savoir.
8. Un accroissement des ressources et de l'aide technique et. des
ressources supplémentaires s'imposent afin d'appuyer les groupes et
les pays qui ne sont pas en position de le faire à procéder
aux investissements nécessaires à la préservation de
la biodiversité. Un accroissement du financement destiné à
la biodiversité ne peut en soi, réduire la perte de
biodiversité. Des réformes en matière de politiques
et des réformes institutionnelles, communautaires et individuelles
s'imposent au niveau national et local afin d'améliorer les conditions
dans lesquelles un accroissement des ressources peut être efficace
et, par conséquent, sensibiliser le public davantage aux questions
relatives à la biodiversité.
9. Nous nous opposons à ce que la Banque mondiale, et en
particulier le Fonds pour l'environnement mondial (FEM), administrent les
fonds destinés à l'environnement. Nous proposons
l'établissement d'une institution intergouvernementale chargée
de la gestion transparente et démocratique de l'aide financière
à la préservation de la biodiversité.
10. Une participation accrue du public, le respect des droits humains,
celui de la planète, un meilleur accès à (éducation
et à l'information .et imputabilité institutionnelle accrue
sont des conditions préalables essentielles à la préservation
efficace de la biodiversité.
La préservation de la biodiversité exige la collaboration entre
les organisations et les particuliers de toutes les régions. Cette
collaboration doit être fondée sur la solidarité,
(indépendance, la transparence, l'imputabilité et le respect
de la diversité culturelle. Par conséquent, nous rejetons toute
initiative qui aurait pour but de diviser la société en cherchant
à établir des alliances partielles entre gouvernements et secteurs
du pouvoir. La consultation et le consentement de tous les groupes populaires
en cause sont essentiels dans le cadre d'actions pour la préservation
de la biodiversité.
Nous entreprendrons toutes les actions possibles en vue de préserver
la biodiversité tout en respectant les droits indépendants
des peuples indigènes et des tenants de cultures traditionnelles à
l'égard des efforts qu'ils déploient eux-mêmes pour
réaffirmer les rapports de leurs propres collectivités à
(environnement en fonction des principes énoncés ci-haut.
Nous collaborerons avec d'autres particuliers et d'autres organisations en
vue de la préservation de la biodiversité, en mettant à
contribution les structures et les réseaux établis et ceux
qui seront crées, en procédant activement à des
échanges et à la mise en commun :
- de toute information disponible, dérivée des sciences naturelles
et sociales, du travail de groupes de pression et d'expériences pratiques
en particulier, mais toujours dans le respect du contexte d'origine de cette
information ;
- des ressources financières ;
- de l'aide technique axée sur les concepts traditionnels de la gestion
des ressources naturelles ;
- des ressources et du potentiel humains ;
-de toute autre ressource pertinente ou appropriée ;
- les particuliers qui font oeuvre de préservation in situ s'efforceront
par ailleurs, de manière concrète et selon leurs capacités,
d'établir un réseau de préservation in situ, lorsque
de telles ressources ont un effet sur la préservation de ta
biodiversité et que leur usage appuie le droit à
l'auto?détermination des collectivités indigènes ou
autres qui vivent en harmonie avec leur milieu.
Nous, citoyens indépendants d'une gamme étendue de pays, de
cultures et de domaines d'expertise, réunis au Forum international
des ONG, à Rio?de?Janeiro, le 12 juin 1992, souscrivons aux principes
énoncés ci?haut.
Nous insistons sur le fait que nous ne prétendons pas représenter
ce qu'il est convenu d'appeler la " communauté des
ONG ", car l'indépendance et la diversité constituent l'essence
même des organisations non gouvernementales. Nous rejetons toute tentative
d'en venir à un compromis global des ONG sur certaines questions,
ce qui contredirait une qualité particulièrement précieuse,
sur Terre, à notre sens : la célébration et
l'appréciation de la diversité biologique et culturelle.
Cependant, il est important de souligner que nous convenons, en tant que
groupe diversifié de particuliers, des principes et des engagements
énoncés ci?haut, et nous invitons tous les autres
délégués à signer le présent document
; les principes énoncés y gagneront en signification. Nous
les invitons aussi à mentionner, à des fins d'identification
seulement, à quelle organisation ils appartiennent.
Les sous-signés considèrent que ces principes constituent une
norme minimale devant servir de guide à leurs actions en rapport avec
la biodiversité.
[R]