Sauve qui peut ! n°8 (1996)

recherches sur le pois protéagineux

Contexte économique et objectifs
Amélioration génétique du pois de printemps
Amélioration génétique du pois d'hiver

Orientation bibliographique


[R] Contexte économique et objectifs

C'est en 1973 qu'est né le concept du pois protéagineux suite à l'embargo américain sur le soja. Ce n'est qu'en 1986 avec l'inscription de la variété Solara, mutant architectural affila, que s'est rapidement développée la culture du pois protéagineux (730 000 ha en 1993). Au premier rang européen pour la production loin devant ses partenaires et au deuxième rang mondial derrière l'ex-URSS, la France occupe une place privilégiée sur un secteur largement déficitaire (65% des protéines consommées en alimentation animale en Europe sont importées).
Malgré ce contexte très favorable, la nouvelle réglementation européenne pénalise la culture des protéagineux par rapport à celle des céréales. On note, depuis 1994, un léger recul des surfaces.
Pour que la culture du pois protéagineux reste compétitive, il importe d'augmenter son niveau de rendement et d'améliorer sa régularité de production, principaux points faibles chez cette espèce.
Ces domaines sont encore peu explorés génétiquement : le pois protéagineux est aujourd'hui dans un contexte scientifique relativement jeune. Dans ce cadre, notre activité au sein du groupe protéagineux recouvre différents objectifs :
- la recherche de critères de sélection, bâtis sur une bonne connaissance de fonctionnement de la plante et visant â créer un matériel de printemps ou d'hiver, susceptible d'allier productivité et stabilité de rendement ;
- l'élargissement de la variabilité génétique, la base utilisée actuellement étant très étroite et surtout mal définie en l'absence de critères de choix ;
-la validation de nos innovations par le biais de la création variétale, en utilisant des méthodes de sélection adaptées aux caractères à introduire.
Améliorer un système de production quel qu'il soit signifie avant tout d'en appréhender puis d'essayer d'en comprendre le fonctionnement. De la même manière, l'amélioration génétique du rendement et de la stabilité du rendement chez le pois protéagineux nécessite une bonne connaissance du fonctionnement de la plante en condition de peuplement et, notamment, une caractérisation précise de certaines phases du cycle.

[R] Amélioration génétique du pois de printemps

Chez le pois de printemps, la variabilité importante du rendement est due principalement à la forte variabilité du nombre de graines par mètre carré et, dans une moindre mesure, à la variabilité du poids d'une graine. La phase reproductrice (période comprise entre le début de la floraison et la maturité physiologique) est donc capitale. Une caractérisation de la phase reproductrice a permis d'identifier les stades critiques de l'élaboration du rendement vis-à-vis des contraintes environnementales.
Une variabilité génétique pour les différents rythmes de développement a ainsi pu être mise en évidence. Certains génotypes sont en effet caractérisés par des vitesses de mise en place des organes végétatifs et reproductifs très élevées. A l'opposé, d'autres présentent des rythmes particulièrement lents pour la progression de ces différents stades. Les implications de ces caractéristiques dans les mécanismes de l'élaboration du rendement et plus particulièrement .de la mise en place des grains sont envisagées.

[R] Amélioration génétique du pois d'hiver

Le semis du pois en automne permet d'augmenter le potentiel de production de la culture et la régularité du rendement. Il n'y a pas, chez cette espèce, de besoins en vernalisation qui entraînent un arrêt du développement en saison froide. La résistance au gel est donc une des principales composantes de la tolérance générale de la culture aux conditions hivernales. Elle dépend :
- de la résistance intrinsèque de la plante aux températures négatives et de sa capacité d'endurcissement (en relation avec les conditions climatiques qui précèdent le stress) ;
- du stade de développement (le passage de l'apex à l'état floral accentue la sensibilité au gel).
A l'INRA, un premier effort de sélection, à partir de géniteurs fourragers et potagers, a conduit à l'inscription de variétés telles que Frimas (1973), Frogel, Frisson, (1979) et Frijaune (1984), relativement résistantes au gel, mais très précoces (et donc redevenant rapidement plus sensibles). Par la suite, des croisements entre Frisson et Finale, un pois protéagineux de printemps, ont abouti à une deuxième génération de pois d'hiver dont les principaux exemples sont Amac et Frilène (1987) : le premier, sélectionné au champ, est plus rustique ; le second, issu de tests de résistance au gel en conditions contrôlées, supporte des gels plus importants en intensité à condition d'être soumis à une période préalable d'endurcissement.
En France, deux sélectionneurs privés ont des programmes de création variétale pour le pois d'hiver (Pioneer et Desprez) : les dernières variétés inscrites sont Senior, Triolo et Victor (1992).
Bien qu'ayant connu une progression régulière de 1980 à 1988, les surfaces cultivées en pois d'hiver n'étaient plus que de 6 000 ha en 1993. Ceci s'explique en partie par l'importance des problèmes parasitaires (Anthracnose et bactériose), et d'autre part par l'expression encore relativement aléatoire de la résistance au gel des variétés.
Le programme mis en place à l'INRA de Mons (Somme) intègre les différents aspects de la résistance au gel :
-la notion d'échappement au gel doit être précisée chez cette espèce; on étudie actuellement le développement (rythme d'émission des noeuds, date d'initiation florale) de génotypes présentant des caractéristiques morphologiques particulières (port rampant pendant l'hiver, nombre important de ramifications, entre-noeuds courts) qui définissent le port dit "en rosette"; chez ces génotypes, l'initiation florale est retardée ce qui peut a priori permettre d'éviter les principales périodes hivernales de gel; le déterminisme génétique des critères à retenir en sélection devra être étudié ;
-la sélection pour la résistance intrinsèque des plantes au gel nécessite actuellement des tests relativement longs et coûteux en chambre climatisée ; notre objectif est de mettre en évidence, à un niveau biochimique, un (ou des) composé(s) en relation avec la résistance au gel et de trouver des marqueurs moléculaires associés utilisables de façon précoce en sélection; une collaboration est engagée sur ce point avec le laboratoire de Physiologie cellulaire et de Morphogenèse végétale de l'université de Lille-Flandres-Artois.


[R] Orientation bibliographique

Dumoulin V., Ney B., Eteve G., 1994. Variability of seed and plant development in pea. Crop Science, 34(4), 992-998.
Biarnes-Dumoulin V., DenisJ.B., Lejeune-Henaut I., Eteve G., 1995. Basis of yield instability in pea. (soumis à Crop Science)
Dumoulin V., 1994. Etude de la variabilité génétique chez le pois protéagineux (Pisum sativum L.) pour l'élaboration du rendement. Importance des interactions génotype x milieu. Thèse INA-PG, Paris, 232 pp.
Lejeune-Henaut I., Wery J., 1994. Influence du froid sur la survie des plantes de pois. In Anonyme : Agrophysiologie du pois protéagineux. UNIP-ITCF-INRA, Paris, 139-144.

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