Le Courrier de l'environnement n°32, décembre 1997  

Eurobaromètre : L'opinion des Européens sur la biotechnologie

Préface
Coup d'œil sur l'étude


[R] Préface

Depuis plusieurs années, les sciences et les technologies du vivant ont apporté des idées et des résultats qui changent déjà nos vies. Si ces changements ouvrent de nombreuses et nouvelles opportunités, ils exigent également que nous apprenions, comprenions et nous adaptions aux nouveaux paradigmes qu'ils introduisent. C'est pour cette raison que l'information, l'enseignement et l'organisation de débats publics sur ces questions doivent accompagner le développement de la biotechnologie.
Malgré les nombreuses informations aujourd'hui disponibles et aisément accessibles, le public semble insuffisamment informé des développements de la biotechnologie. De plus, les experts paraissent souvent ne pas comprendre les préoccupations du public. Outre le soutien qu'elle apporte à des projets de RDT en biotechnologie, la Commission encourage des activités menant à une meilleure information et à un meilleur dialogue et visant, dans ce but, à rassembler et présenter des données utiles au débat. Dans son Livre blanc sur la croissance, la compétitivité et l'emploi, la Commission a souligné l'intérêt des programmes de RDT en biotechnologie et a encouragé les programmes en cours et à venir à poursuivre la voie prometteuse ainsi tracée.
Les activités destinées à améliorer la compréhension des choses en biotechnologie et visant des publics ciblés, comme des organisations de patients ou de consommateurs, ou encore les visiteurs de musées, sont conçues pour livrer une information de qualité à ces personnes dans des circonstances où elles manifestent leur intérêt pour celle-ci. Cependant, il est également important de fournir des informations aux experts et aux décideurs au sujet des préoccupations et des attitudes du public. Les enquêtes permettent de connaître la façon selon laquelle la biotechnologie est perçue par le grand public. Après les enquêtes " Eurobaromètre " de 1991 et de 1993, la Commission a utilisé cet instrument pour la troisième fois en vue de mieux cerner l'opinion des Européens au sujet de la biotechnologie.
Les données ont été collectées en octobre et novembre 1996 ; les résultats sont présentés dans le présent rapport, qui a été élaboré par l'organisation ayant effectué le sondage, l'INRA (1)..
Ce rapport fournit des informations intéressantes sur un certain nombre de questions clés : qu'attendent les Européens de la biotechnologie, quelles sont leurs sources d'information, en qui ont-ils confiance, etc. ?
Cependant, de par sa nature, ce rapport n'a pas la prétention d'effectuer une étude exhaustive sur les données. En particulier, il n'aborde pas de façon complète les différences observées entre les États membres et n'analyse pas les réponses en fonction des profils socio-démographiques. Néanmoins, la publication rapide de ce rapport permet déjà de fournir aux nombreuses parties intéressées des informations actualisées jusqu'à ce que l'analyse plus détaillée, en cours auprès d'un groupe d'experts scientifiques, soit portée à son terme.
La Commission soutient cette analyse via une action concertée (contrat n° 950043) coordonnée par le prof. J. Durant du Musée des sciences à Londres. Grâce à la combinaison des compétences scientifiques et des expériences nationales propres à chacun d'entre eux, les participants à cette action pourront interpréter les résultats de façon plus complète et fournir une analyse plus poussée qui sera mise à la disposition des parties intéressées via des publications et des conférences. Il convient de noter que cette publication ne présente pas la position de la Commission, mais apporte plutôt une contribution à la transparence du débat.
Comme les autres enquêtes Eurobaromètre, l'ensemble des données de base sera stocké au Zentralarchiv für Empirische Sozialforschung de l'université de Cologne, où il sera mis à la disposition du grand public.

A. Klepsch, Biotechnology Unit, DG XII


[R] Coup d'œil sur l'étude
Les principaux enseignements du sondage de 1996

Dans l'ensemble, les Européens sont plutôt " optimistes " en ce qui concerne les développements qu'ils attendent de la biotechnologie moderne, mais c'est loin d'être un optimisme aveugle : s'ils soulignent les conséquences positives de certaines de ces recherches, ils mettent également en garde contre les risques possibles de celles-ci. C'est là un premier enseignement de ce sondage, le troisième réalisé sur ce sujet à la demande de la Commission européenne.
Un deuxième enseignement est que, comme l'indiquent leurs réponses qui varient fortement d'un thème à l'autre, c'est une approche nuancée que les citoyens des Quinze ont de la biotechnologie moderne. La façon dont sont distribués les pourcentages de répondants n'exprimant pas d'opinion plaide également en faveur de l'idée d'un public européen émettant des jugements circonstanciés. Ces pourcentages, qui peuvent être très élevés pour certaines questions ou dans certains pays, dépendent en effet fortement du sujet abordé et de la complexité de celui-ci.
Enfin, un troisième enseignement de ce sondage est que, même s'il s'agit d'un domaine (encore) peu familier pour bon nombre d'entre eux, les Européens souhaitent que l'on tienne compte de leurs avis en matière de biotechnologie moderne.

Les principaux résultats du sondage de 1996
Dans l'ensemble, l'opinion publique européenne estime que les différents thèmes abordés dans ce questionnaire sur la biotechnologie moderne étaient relativement importants : sur une échelle d'importance allant de 1 (" pas du tout important ") à 10 (" extrêmement important "), la moyenne au niveau de l'Union européenne est en effet de 6,45. C'est en Suède, aux Pays-Bas et en Grèce que le score moyen est le plus élevé.
Une large majorité d'Européens s'attend à ce que les télécommunications, l'informatique, l'énergie solaire et les nouveaux matériaux améliorent notre mode de vie dans les 20 prochaines années. En ce qui concerne l'exploration spatiale et la biotechnologie/génie génétique, les pourcentages sont moins élevés. Ceci ne veut toutefois pas dire que les répondants soient majoritairement " pessimistes " à l'égard de ces recherches, c'est-à-dire pensent que les choses iront plus mal à cause de celles-ci. Ils sont surtout nettement plus nombreux à ne pas avoir d'avis.
Comme en 1991 et 1993, les jugements les moins favorables vont au génie génétique, qui obtient un pourcentage d'" optimistes " inférieur à celui de la biotechnologie.
Par rapport à 1991 et 1993, à l'exception de l'exploration spatiale où le taux d'" optimisme " a augmenté de 6 points entre 1993 et 1996, on observe une assez grande stabilité.
L"" optimisme " varie considérablement selon le pays et la technologie considérée.
Un peu plus d'un Européen sur deux a entendu parler de la biotechnologie moderne au cours des trois derniers mois, un pourcentage qu'on peut qualifier d'assez élevé par rapport à d'autres sujets de complexité similaire.
Pour ce qui est des sources d'information, un tiers des Européens dit avoir entendu parler de biotechnologie à la télévision. Viennent ensuite, dans cet ordre, les journaux, les magazines et la radio. Cette hiérarchie est proche de celle observée en 1991 et 1993.
La notoriété de la biotechnologie moderne varie fortement selon le pays. Ce sont les Autrichiens et les Finlandais qui sont les plus nombreux à en avoir entendu parler.
Un Européen sur deux dit n'avoir jamais parlé de la biotechnologie moderne avec quelqu'un. C'est au Danemark, en Allemagne et en Suède que les gens parlent le plus de biotechnologie.
Les Européens ont un niveau de connaissance " objective " de la biotechnologie que l'on peut exactement qualifier de moyen : ils obtiennent en effet une moyenne de 4,95/10 à un quizz destiné à tester leurs connaissances sur ce sujet.
Ce sont les Néerlandais qui obtiennent l'indice de connaissance le plus élevé, et les Grecs et les Portugais l'indice le moins élevé. L'indice croît avec l'âge de fin d'études et le leadership d'opinion ; il diminue avec le sentiment religieux et l'âge.
Le soutien à la biotechnologie moderne, tout comme l'" optimisme " à son égard (mais aussi le " pessimisme "), est une fonction croissante de ce que l'on connaît du sujet.
Les diverses applications de la biotechnologie moderne qui ont été soumises au jugement des Européens sont, de l'avis d'une majorité d'entre eux, utiles pour la société.
Dans tous les pays de l'Union européenne, les deux applications jugées les plus utiles, parmi les six analysées, sont l'utilisation de la biotechnologie moderne pour la production de médicaments et pour le développement de tests génétiques pour la détection de certaines maladies.
A l'inverse, au niveau de l'ensemble de l'Union européenne, les deux applications les moins souvent jugées utiles sont l'utilisation de la biotechnologie moderne dans la production de nourritures et l'introduction de gènes humains dans des animaux pour produire des organes pour les transplantations d'organes humains.
D'une manière générale, les Européens sont moins nombreux à être inquiets des risques associés aux 6 applications qu'on leur a soumises qu'à penser que ces applications sont utiles pour la société.
Les deux applications qui, aux yeux des Européens, présentent le plus de risques pour la société sont l'introduction de gènes humains dans des animaux pour produire des organes pour les transplantations d'organes humains et l'utilisation de la biotechnologie moderne dans la production de nourritures.
Les applications perçues comme étant les plus utiles, toujours parmi les 6 analysées, sont aussi celles qui sont jugées les moins dangereuses et inversement, ce qui a priori est très cohérent.
Les deux applications qui sont jugées moralement les plus acceptables sont l'utilisation de tests génétiques pour la détection de certaines maladies et la production de médicaments et de vaccins au moyen de manipulations génétiques. A l'inverse, une minorité seulement de répondants juge moralement acceptables les manipulations génétiques en vue de produire des organes, pour les transplantations d'organes humains, et le développement d'animaux génétiquement modifiés pour les recherches en laboratoire.
Plus on pense que les diverses applications de la biotechnologie sont utiles pour la société, plus on tend à estimer que ces applications sont moralement acceptables. De même, ceux qui ont entendu parler de biotechnologie au cours des trois derniers mois sont quelque peu plus enclins que les autres à penser que ces diverses applications sont moralement acceptables.
L'Autriche, comme souvent dans ce sondage, se distingue des autres pays par le fait que le soutien aux différentes applications de la biotechnologie moderne y est particulièrement faible.
Très logiquement, plus on estime une application moralement acceptable et/ou utile pour la société, plus on tend à penser qu'elle devrait être encouragée.
Sept Européens sur dix pensent qu'au cours des 20 prochaines années, avec le développement de la biotechnologie moderne, on pourra probablement résoudre plus de crimes et de délits grâce aux empreintes génétiques, mais que l'on risque aussi de créer de nouvelles maladies dangereuses. Les deux développements jugés les moins probables par les Européens sont une moins grande variété de fruits et de légumes disponibles et une forte réduction de la faim dans le monde.
Trois Européens sur dix seulement pensent que nous devrions accepter certains risques résultant de la biotechnologie moderne si cela augmente la compétitivité économique en Europe. Ce sont les Irlandais et les Britanniques qui sont les plus réceptifs à cette idée.
Trois Européens sur dix seulement seraient prêts à acheter des fruits génétiquement modifiés s'ils avaient meilleur goût. Ce sont les Britanniques, les Portugais et les Néerlandais qui sont les plus nombreux à se dire prêts à acheter de tels fruits. Ceux qui en savent plus sur la biotechnologie ont tendance à être plus réceptifs à l'idée d'acheter des fruits génétiquement modifiés.
La très grande majorité des Européens juge qu'il faudrait clairement étiqueter les produits alimentaires génétiquement modifiés. Sur ce point, comme l'indiquent des résultats d'enquêtes réalisées dans ces pays, le public européen exprime la même préférence que les publics canadien et australien.
Une majorité de répondants est plutôt d'accord pour dire que l'on devrait utiliser exclusivement des méthodes traditionnelles de croisement plutôt que de modifier les caractéristiques héréditaires de plantes ou d'animaux par la biotechnologie moderne.
Seulement trois Européens sur dix sont plutôt d'accord pour dire que la biotechnologie moderne est si complexe que c'est une perte de temps de consulter le public à son sujet. Mieux on connaît la biotechnologie moderne, moins on tend à être d'accord avec cette affirmation.
Moins d'un Européen sur quatre estime que la réglementation actuelle est suffisante pour protéger les gens de tout risque lié à la biotechnologie moderne. Les Grecs et les Italiens sont encore moins enclins que les autres à partager ce point de vue. A l'inverse, ce sont les Néerlandais et les Finlandais qui semblent les plus confiants en ce domaine.
Quatre Européens sur dix estiment que les organisations religieuses doivent avoir leur mot à dire en ce qui concerne la réglementation de la biotechnologie moderne. Logiquement, plus on est religieux, plus on tend à partager ce point de vue. Les Italiens et les Autrichiens sont, contrairement aux autres répondants de l'Union, majoritairement d'accord avec le fait que les organisations religieuses devraient être consultées en cette matière.
Deux Européens sur dix seulement pensent que la réglementation de la biotechnologie moderne devrait être laissée avant tout à l'industrie.
Ce sont les organisations internationales comme les Nations unies et l'Organisation mondiale de la santé qui, de l'avis des Européens, sont les mieux placées pour réglementer la biotechnologie moderne : un tiers d'entre eux est de cet avis. Ce sont les organisations scientifiques qui arrivent en deuxième position.
Les organisations de consommateurs sont, de loin, la source d'information en laquelle les Européens ont le plus confiance en matière de biotechnologie moderne : un tiers des répondants les choisit. Viennent ensuite les organisations de protection de l'environnement et, mais loin derrière, l'école ou l'université.
L'évolution des pourcentages entre 1991 et 1996 indique que la confiance dans les organisations de consommateurs tend à augmenter. En ce qui concerne les organisations de protection de l'environnement ainsi que l'école ou l'université, les évolutions vont en sens divers.
C'est également aux organisations de consommateurs et de protection de l'environnement que les Européens font le plus confiance quand il s'agit de leur dire la vérité à propos de plantations alimentaires modifiées génétiquement et cultivées en plein air. Par contre, à propos de l'introduction de gènes humains dans des animaux pour produire des organes pour les transplantations d'organes humains, c'est à la profession médicale que les Européens font, de loin, le plus confiance.
Pour les trois domaines étudiés dans ce sondage, c'est aux partis politiques, à l'industrie et aux organisations religieuses que les Européens font le moins confiance pour " leur dire la vérité en ce qui concerne la biotechnologie moderne ".
[R]


Note
(1) Il s'agit de l'autre INRA, INRA ECO, qui s'affiche sur Internet sous www.inra.com/fr_eco.htm. Par ailleurs - lointain cousinage? -, il existe un INRA mexicain (www.inra.com.mx) qui oeuvre (aussi) dans le domaine du Marketing Research (en espagnol dans le texte). [VU]