Préface
Coup d'il sur l'étude
Depuis plusieurs années, les sciences et les technologies du vivant
ont apporté des idées et des résultats qui changent
déjà nos vies. Si ces changements ouvrent de nombreuses et
nouvelles opportunités, ils exigent également que nous apprenions,
comprenions et nous adaptions aux nouveaux paradigmes qu'ils introduisent.
C'est pour cette raison que l'information, l'enseignement et l'organisation
de débats publics sur ces questions doivent accompagner le
développement de la biotechnologie.
Malgré les nombreuses informations aujourd'hui disponibles et
aisément accessibles, le public semble insuffisamment informé
des développements de la biotechnologie. De plus, les experts paraissent
souvent ne pas comprendre les préoccupations du public. Outre le soutien
qu'elle apporte à des projets de RDT en biotechnologie, la Commission
encourage des activités menant à une meilleure information
et à un meilleur dialogue et visant, dans ce but, à rassembler
et présenter des données utiles au débat. Dans son
Livre blanc sur la croissance, la compétitivité et
l'emploi, la Commission a souligné l'intérêt des
programmes de RDT en biotechnologie et a encouragé les programmes
en cours et à venir à poursuivre la voie prometteuse ainsi
tracée.
Les activités destinées à améliorer la
compréhension des choses en biotechnologie et visant des publics
ciblés, comme des organisations de patients ou de consommateurs, ou
encore les visiteurs de musées, sont conçues pour livrer une
information de qualité à ces personnes dans des circonstances
où elles manifestent leur intérêt pour celle-ci. Cependant,
il est également important de fournir des informations aux experts
et aux décideurs au sujet des préoccupations et des attitudes
du public. Les enquêtes permettent de connaître la façon
selon laquelle la biotechnologie est perçue par le grand public.
Après les enquêtes " Eurobaromètre " de 1991 et de 1993,
la Commission a utilisé cet instrument pour la troisième fois
en vue de mieux cerner l'opinion des Européens au sujet de la
biotechnologie.
Les données ont été collectées en octobre et
novembre 1996 ; les résultats sont présentés dans le
présent rapport, qui a été élaboré par
l'organisation ayant effectué le sondage, l'INRA (1)..
Ce rapport fournit des informations intéressantes sur un certain nombre
de questions clés : qu'attendent les Européens de la
biotechnologie, quelles sont leurs sources d'information, en qui ont-ils
confiance, etc. ?
Cependant, de par sa nature, ce rapport n'a pas la prétention d'effectuer
une étude exhaustive sur les données. En particulier, il n'aborde
pas de façon complète les différences observées
entre les États membres et n'analyse pas les réponses en fonction
des profils socio-démographiques. Néanmoins, la publication
rapide de ce rapport permet déjà de fournir aux nombreuses
parties intéressées des informations actualisées
jusqu'à ce que l'analyse plus détaillée, en cours
auprès d'un groupe d'experts scientifiques, soit portée à
son terme.
La Commission soutient cette analyse via une action concertée (contrat
n° 950043) coordonnée par le prof. J. Durant du Musée
des sciences à Londres. Grâce à la combinaison des
compétences scientifiques et des expériences nationales propres
à chacun d'entre eux, les participants à cette action pourront
interpréter les résultats de façon plus complète
et fournir une analyse plus poussée qui sera mise à la disposition
des parties intéressées via des publications et des
conférences. Il convient de noter que cette publication ne présente
pas la position de la Commission, mais apporte plutôt une contribution
à la transparence du débat.
Comme les autres enquêtes Eurobaromètre, l'ensemble des
données de base sera stocké au Zentralarchiv für Empirische
Sozialforschung de l'université de Cologne, où il sera mis
à la disposition du grand public.
A. Klepsch, Biotechnology Unit, DG XII
[R] Coup d'il sur
l'étude
Les principaux enseignements du sondage de 1996
Dans l'ensemble, les Européens sont plutôt " optimistes " en
ce qui concerne les développements qu'ils attendent de la biotechnologie
moderne, mais c'est loin d'être un optimisme aveugle : s'ils soulignent
les conséquences positives de certaines de ces recherches, ils mettent
également en garde contre les risques possibles de celles-ci. C'est
là un premier enseignement de ce sondage, le troisième
réalisé sur ce sujet à la demande de la Commission
européenne.
Un deuxième enseignement est que, comme l'indiquent leurs réponses
qui varient fortement d'un thème à l'autre, c'est une approche
nuancée que les citoyens des Quinze ont de la biotechnologie moderne.
La façon dont sont distribués les pourcentages de répondants
n'exprimant pas d'opinion plaide également en faveur de l'idée
d'un public européen émettant des jugements circonstanciés.
Ces pourcentages, qui peuvent être très élevés
pour certaines questions ou dans certains pays, dépendent en effet
fortement du sujet abordé et de la complexité de celui-ci.
Enfin, un troisième enseignement de ce sondage est que, même
s'il s'agit d'un domaine (encore) peu familier pour bon nombre d'entre eux,
les Européens souhaitent que l'on tienne compte de leurs avis en
matière de biotechnologie moderne.
Les principaux résultats du sondage de 1996
Dans l'ensemble, l'opinion publique européenne estime que les
différents thèmes abordés dans ce questionnaire sur
la biotechnologie moderne étaient relativement importants : sur une
échelle d'importance allant de 1 (" pas du tout important ") à
10 (" extrêmement important "), la moyenne au niveau de l'Union
européenne est en effet de 6,45. C'est en Suède, aux Pays-Bas
et en Grèce que le score moyen est le plus élevé.
Une large majorité d'Européens s'attend à ce que les
télécommunications, l'informatique, l'énergie solaire
et les nouveaux matériaux améliorent notre mode de vie dans
les 20 prochaines années. En ce qui concerne l'exploration spatiale
et la biotechnologie/génie génétique, les pourcentages
sont moins élevés. Ceci ne veut toutefois pas dire que les
répondants soient majoritairement " pessimistes " à l'égard
de ces recherches, c'est-à-dire pensent que les choses iront plus
mal à cause de celles-ci. Ils sont surtout nettement plus nombreux
à ne pas avoir d'avis.
Comme en 1991 et 1993, les jugements les moins favorables vont au génie
génétique, qui obtient un pourcentage d'" optimistes "
inférieur à celui de la biotechnologie.
Par rapport à 1991 et 1993, à l'exception de l'exploration
spatiale où le taux d'" optimisme " a augmenté de 6 points
entre 1993 et 1996, on observe une assez grande stabilité.
L"" optimisme " varie considérablement selon le pays et la technologie
considérée.
Un peu plus d'un Européen sur deux a entendu parler de la biotechnologie
moderne au cours des trois derniers mois, un pourcentage qu'on peut qualifier
d'assez élevé par rapport à d'autres sujets de
complexité similaire.
Pour ce qui est des sources d'information, un tiers des Européens
dit avoir entendu parler de biotechnologie à la télévision.
Viennent ensuite, dans cet ordre, les journaux, les magazines et la radio.
Cette hiérarchie est proche de celle observée en 1991 et
1993.
La notoriété de la biotechnologie moderne varie fortement selon
le pays. Ce sont les Autrichiens et les Finlandais qui sont les plus nombreux
à en avoir entendu parler.
Un Européen sur deux dit n'avoir jamais parlé de la biotechnologie
moderne avec quelqu'un. C'est au Danemark, en Allemagne et en Suède
que les gens parlent le plus de biotechnologie.
Les Européens ont un niveau de connaissance " objective " de la
biotechnologie que l'on peut exactement qualifier de moyen : ils obtiennent
en effet une moyenne de 4,95/10 à un quizz destiné à
tester leurs connaissances sur ce sujet.
Ce sont les Néerlandais qui obtiennent l'indice de connaissance le
plus élevé, et les Grecs et les Portugais l'indice le moins
élevé. L'indice croît avec l'âge de fin d'études
et le leadership d'opinion ; il diminue avec le sentiment religieux et
l'âge.
Le soutien à la biotechnologie moderne, tout comme l'" optimisme "
à son égard (mais aussi le " pessimisme "), est une fonction
croissante de ce que l'on connaît du sujet.
Les diverses applications de la biotechnologie moderne qui ont été
soumises au jugement des Européens sont, de l'avis d'une majorité
d'entre eux, utiles pour la société.
Dans tous les pays de l'Union européenne, les deux applications
jugées les plus utiles, parmi les six analysées, sont l'utilisation
de la biotechnologie moderne pour la production de médicaments et
pour le développement de tests génétiques pour la
détection de certaines maladies.
A l'inverse, au niveau de l'ensemble de l'Union européenne, les deux
applications les moins souvent jugées utiles sont l'utilisation de
la biotechnologie moderne dans la production de nourritures et l'introduction
de gènes humains dans des animaux pour produire des organes pour les
transplantations d'organes humains.
D'une manière générale, les Européens sont moins
nombreux à être inquiets des risques associés aux 6
applications qu'on leur a soumises qu'à penser que ces applications
sont utiles pour la société.
Les deux applications qui, aux yeux des Européens, présentent
le plus de risques pour la société sont l'introduction de
gènes humains dans des animaux pour produire des organes pour les
transplantations d'organes humains et l'utilisation de la biotechnologie
moderne dans la production de nourritures.
Les applications perçues comme étant les plus utiles, toujours
parmi les 6 analysées, sont aussi celles qui sont jugées les
moins dangereuses et inversement, ce qui a priori est très
cohérent.
Les deux applications qui sont jugées moralement les plus acceptables
sont l'utilisation de tests génétiques pour la détection
de certaines maladies et la production de médicaments et de vaccins
au moyen de manipulations génétiques. A l'inverse, une
minorité seulement de répondants juge moralement acceptables
les manipulations génétiques en vue de produire des organes,
pour les transplantations d'organes humains, et le développement d'animaux
génétiquement modifiés pour les recherches en
laboratoire.
Plus on pense que les diverses applications de la biotechnologie sont utiles
pour la société, plus on tend à estimer que ces applications
sont moralement acceptables. De même, ceux qui ont entendu parler de
biotechnologie au cours des trois derniers mois sont quelque peu plus enclins
que les autres à penser que ces diverses applications sont moralement
acceptables.
L'Autriche, comme souvent dans ce sondage, se distingue des autres pays par
le fait que le soutien aux différentes applications de la biotechnologie
moderne y est particulièrement faible.
Très logiquement, plus on estime une application moralement acceptable
et/ou utile pour la société, plus on tend à penser qu'elle
devrait être encouragée.
Sept Européens sur dix pensent qu'au cours des 20 prochaines années,
avec le développement de la biotechnologie moderne, on pourra probablement
résoudre plus de crimes et de délits grâce aux empreintes
génétiques, mais que l'on risque aussi de créer de nouvelles
maladies dangereuses. Les deux développements jugés les moins
probables par les Européens sont une moins grande variété
de fruits et de légumes disponibles et une forte réduction
de la faim dans le monde.
Trois Européens sur dix seulement pensent que nous devrions accepter
certains risques résultant de la biotechnologie moderne si cela augmente
la compétitivité économique en Europe. Ce sont les Irlandais
et les Britanniques qui sont les plus réceptifs à cette
idée.
Trois Européens sur dix seulement seraient prêts à acheter
des fruits génétiquement modifiés s'ils avaient meilleur
goût. Ce sont les Britanniques, les Portugais et les Néerlandais
qui sont les plus nombreux à se dire prêts à acheter
de tels fruits. Ceux qui en savent plus sur la biotechnologie ont tendance
à être plus réceptifs à l'idée d'acheter
des fruits génétiquement modifiés.
La très grande majorité des Européens juge qu'il faudrait
clairement étiqueter les produits alimentaires génétiquement
modifiés. Sur ce point, comme l'indiquent des résultats
d'enquêtes réalisées dans ces pays, le public européen
exprime la même préférence que les publics canadien et
australien.
Une majorité de répondants est plutôt d'accord pour dire
que l'on devrait utiliser exclusivement des méthodes traditionnelles
de croisement plutôt que de modifier les caractéristiques
héréditaires de plantes ou d'animaux par la biotechnologie
moderne.
Seulement trois Européens sur dix sont plutôt d'accord pour
dire que la biotechnologie moderne est si complexe que c'est une perte de
temps de consulter le public à son sujet. Mieux on connaît la
biotechnologie moderne, moins on tend à être d'accord avec cette
affirmation.
Moins d'un Européen sur quatre estime que la réglementation
actuelle est suffisante pour protéger les gens de tout risque lié
à la biotechnologie moderne. Les Grecs et les Italiens sont encore
moins enclins que les autres à partager ce point de vue. A l'inverse,
ce sont les Néerlandais et les Finlandais qui semblent les plus confiants
en ce domaine.
Quatre Européens sur dix estiment que les organisations religieuses
doivent avoir leur mot à dire en ce qui concerne la réglementation
de la biotechnologie moderne. Logiquement, plus on est religieux, plus on
tend à partager ce point de vue. Les Italiens et les Autrichiens sont,
contrairement aux autres répondants de l'Union, majoritairement d'accord
avec le fait que les organisations religieuses devraient être
consultées en cette matière.
Deux Européens sur dix seulement pensent que la réglementation
de la biotechnologie moderne devrait être laissée avant tout
à l'industrie.
Ce sont les organisations internationales comme les Nations unies et
l'Organisation mondiale de la santé qui, de l'avis des Européens,
sont les mieux placées pour réglementer la biotechnologie moderne
: un tiers d'entre eux est de cet avis. Ce sont les organisations scientifiques
qui arrivent en deuxième position.
Les organisations de consommateurs sont, de loin, la source d'information
en laquelle les Européens ont le plus confiance en matière
de biotechnologie moderne : un tiers des répondants les choisit. Viennent
ensuite les organisations de protection de l'environnement et, mais loin
derrière, l'école ou l'université.
L'évolution des pourcentages entre 1991 et 1996 indique que la confiance
dans les organisations de consommateurs tend à augmenter. En ce qui
concerne les organisations de protection de l'environnement ainsi que
l'école ou l'université, les évolutions vont en sens
divers.
C'est également aux organisations de consommateurs et de protection
de l'environnement que les Européens font le plus confiance quand
il s'agit de leur dire la vérité à propos de plantations
alimentaires modifiées génétiquement et cultivées
en plein air. Par contre, à propos de l'introduction de gènes
humains dans des animaux pour produire des organes pour les transplantations
d'organes humains, c'est à la profession médicale que les
Européens font, de loin, le plus confiance.
Pour les trois domaines étudiés dans ce sondage, c'est aux
partis politiques, à l'industrie et aux organisations religieuses
que les Européens font le moins confiance pour " leur dire la
vérité en ce qui concerne la biotechnologie moderne ".
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