La pollution atmosphérique sur
Pékin
Impact potentiel sur lagriculture
péri-urbaine
Par Jean-Pierre Garrec, Shanq He, Christophe Rose et Franck Radnai
INRA, laboratoire Pollution atmosphérique
54280 Champenoux
garrec@nancy.inra.fr
Le climat de Pékin
Les sources de pollution atmosphérique
Première cartographie au moyen de végétaux
de la pollution atmosphérique particulaire à
Pékin
Effets possibles de la pollution atmosphérique sur
lagriculture péri-urbaine
La capitale de la Chine, très active mais aux équipements assez anciens, subit les effets dune intense pollution. A la suite des traits principaux du climat de cette métropole, nous examinerons les différentes sources de polluants atmosphériques, avant dexposer nos travaux de cartographie de la pollution par le biais de peupliers des bioaccumulateurs aussi tolérants que répandus et denvisager les effets nocifs potentiels pour les plantes de lozone et dautres éléments déposés par lair sur les zones dagriculture péri-urbaine.
Si les précipitations sont moyennes, avec environ 650 mm deau
par an, leurs irrégularités sont en revanche très grandes,
avec un hiver très sec (5% des précipitations), un printemps
également sec (12% des précipitations), alors quà
linverse lété est très humide avec 50% des
précipitations annuelles.
Le climat est nettement continental : lhiver est froid, avec des
minimums de température en janvier jusquà 23°C.
Lété est chaud, avec des maximums de température
en juillet qui peuvent atteindre +43°C.
Le contraste saisonnier important - étés chauds et humides,
hivers froids et secs est souligné par un changement
marqué de la direction des vents. Lhiver, des vents froids N-NW
venant de Mongolie sont responsables de la sécheresse, alors
quà linverse, durant lété, les vents
humides SE venant du Pacifique et de lOcéan indien apportent
lhumidité, maximum en juillet et en août. Au printemps,
notamment en avril, on enregistre des vents forts puis le temps se calme
progressivement jusquen octobre.
Pékin est souvent balayée par des tempêtes de sable jaune
essentiellement au printemps - dues à sa proximité
du désert de Gobi (à 300 km au NW) et au processus de
désertification à luvre sur le plateau de loess
(à louest de Pékin) touché par lavancée
du sable. Ce phénomène de désertification a été
renforcé par la déforestation, des activités agricoles
excessives, la surexploitation de leau et la sécheresse des
dernières décennies. Pékin connaît maintenant
une dizaine de tempêtes chaque année, alors quelles
étaient beaucoup plus rares dans les années 1950. Le centre
est de moins en moins souvent touché, ceci en raison du
développement de lurbanisation dans louest de la
capitale.
Le brouillard, essentiellement en automne et en hiver, avec un maximum en
octobre et un minimum en avril, résulte de larrivée
dair froid ; il se dissipe lorsque le vent se lève. Le
nombre de jours de brouillard est en augmentation à Pékin :
denviron 130 jours/an dans les années 1950 à plus de
200 au début des années 1990. Responsables : les nombreuses
poussières présentes dans lair qui accélèrent
la formation des brouillards.
[R] Les sources de pollution atmosphérique
Les principales sources sont les automobiles et les usines proches de la
ville. En hiver, sy ajoute la pollution engendrée par les fourneaux
individuels à charbon, surtout présents dans le centre ville,
et celle des centrales thermiques assurant le chauffage collectif.
Un million et demi de voitures circulent dans Pékin et ce chiffre
augmente de 15% par an. Le trafic automobile, avec ses embouteillages et
ses flux de circulation mal gérés, est à lorigine
dune importante pollution de lair par des hydrocarbures (et
dautres composés organiques volatils - COV) et des oxydes
dazote (NOx). 73,5% des hydrocarbures, 63,4% des COV et
46% du NOx présents dans lair proviennent des gaz
déchappement.
La pollution par les différents COV
Dautres sources dinformations indiquent que les émissions
de COV sur Pékin, en moyenne annuelle, proviennent pour 22% de
lindustrie, 3% des sources domestiques, 38% du trafic automobile et
37% de sources biotiques.
Il est intéressant de remarquer linfluence des sources
biogéniques constituées essentiellement par les arbres
présents sur Pékin qui émettent des COV comme des
monoterpènes et de lisoprène. Les principaux arbres à
lorigine de cette " pollution naturelle " par les COV sont
les pins, les cyprès, les peupliers et les sophoras.
Les émissions de COV biogéniques sont fortement dépendantes
de la température et de lénergie lumineuse, et elles
sont donc particulièrement importantes durant la journée et
pendant lété.
La pollution par lutilisation du charbon
Vingt huit millions de tonnes de charbon sont brûlées chaque
année à Pékin, dont 8 millions pour le chauffage durant
les mois dhiver. Durant la période hivernale, 90% du
SO2, 50% des NOx et 40% des particules présentes
dans lair, proviennent de la combustion du charbon. Cette forte pollution
a pour origine aussi bien la mauvaise qualité du charbon que la
vétusté des centrales thermiques assurant le chauffage collectif,
caractérisées par un faible rendement énergétique
(de lordre de 30%), et labsence, en général,
déquipement de dépollution.
La pollution par la proximité dusines polluantes
Une trentaine dindustries importantes émettrices de polluants
atmosphériques sont répertoriées dans Pékin et
sur sa grande banlieue, et la moitié de celles-ci, environ, sont fortement
polluantes. Ces usines se rencontrent surtout à louest de la
ville et, dans une moindre mesure, à lest.
Pratiquement tous les secteurs dactivité sont
représentés par ces usines : chimie, métallurgie
(ferreux et non ferreux), ciment, construction mécanique,
agro-alimentaire, etc.
Si de très nombreux polluants différents sont émis dans
lair par toutes ces usines, celles-ci sont avant tout dimportantes
sources de SO2, de NOx, de COV, de métaux lourds,
mais aussi de poussières.
Toutes ces activités industrielles plus les transports, le chauffage,
etc. ont répandu sur Pékin, durant les années 1990,
des oxydes de soufre et des oxydes dazote aux concentrations annuelles
de 100 µg/m3et 60 µg/m3,
respectivement.
Rappelons quen France, pour le SO2, la valeur
limite annuelle à respecter, pour la protection des
écosystèmes, est de 20 µg/m3, et de 40
à 60 µg/m3 pour les objectifs de qualité
de lair (protection des personnes). Pour les NOx, la valeur
limite annuelle pour la protection de la santé humaine est de 40
µg/m3, et de 30 µg/m3 pour la protection
des écosystèmes.
Il ne faut pas oublier quen parallèle, toutes ces activités,
grosses consommatrices de charbon et de fuel, émettent de grandes
quantités de CO2, gaz à effet de serre.
La pollution par les chantiers de construction
On estime que les chantiers de construction, dont le nombre est supérieur
à 5 000, sont responsables denviron la moitié des
particules présentes dans lair de Pékin. En ville, le
taux de particules en suspension (TPS, particules telluriques + particules
anthropiques) a atteint des concentrations annuelles oscillant autour de
400 µg/m3 durant les années 1990. Rappelons
quen France, pour les poussières en suspension de diamètre
inférieur à 10 µm (PM 10), lobjectif de
qualité pour la protection des personnes est de 30
µg/m3 sur 1 an.
La pollution par les polluants secondaires : dépôts
acides et ozone
Les différents polluants primaires présents favorisent la formation
de nouveaux polluants - ou polluants secondaires - dont les deux
plus importants sont les dépôts acides et lozone.
Les principaux précurseurs des dépôts acides sont le
dioxyde de soufre et les oxydes dazote. Les catalyseurs qui permettent
loxydation du SO2 et du NO2 et leurs transformations
en acides sulfurique et nitrique dans la phase aqueuse (pluie ou brouillards
acides) et en sulfates et nitrates dans la phase sèche (dépôts
secs) sont, en particulier, le radical hydroxyle (OH-), lozone
(O3) et leau oxygénée
(H2O2). Ces catalyseurs résultent essentiellement
de laugmentation du pouvoir oxydant de latmosphère
(réactions photochimiques) et des concentrations en COV dues à
la pollution atmosphérique. Les dépôts acides affectent
avant tout les zones fortement industrielles, grandes émettrices des
précurseurs SO2 et NO2, et de nombreux travaux
ont montré quen Chine, les pluies acides sont surtout
présentes dans le sud du pays. De plus, dans la région de
Pékin, la présence dans lair de fortes concentrations
de poussières naturelles alcalines (riches en carbonate de calcium
- CaCO3) neutralise les dépôts acides, et lon
observe, par exemple, des pluies dont le pH est voisin de 6,5. Rappelons
que dans une région sans pollution, le pH de la pluie serait de 5,6
(le gaz carbonique présent dans lair agit en effet comme un
acide faible).
Les principaux précurseurs de lozone sont les oxydes dazote,
loxyde de carbone et les COV (anthropiques ou naturels). Les
réactions photochimiques à lorigine de lozone sont
déclenchées par un fort ensoleillement dans des conditions
de vents faibles. Les plus fortes concentrations dozone dans lair
sobservent donc vers le milieu de la journée et durant les mois
dété (de juin à août, généralement).
Dans le centre des villes, zone sous linfluence directe des émissions
des véhicules (principaux émetteurs doxydes dazote
et de COV), les proportions des polluants primaires à lorigine
de lozone favorisent la destruction de ce polluant (fortes concentrations
en NO, en particulier). De ce fait, la concentration dozone en centre
ville est relativement faible, alors que celles des polluants primaires,
oxydes dazote et COV, sont au contraire très élevées.
À linverse, dans les zones péri-urbaines où les
masses dair pollué transportées par le vent sont
éloignées des zones démissions consommatrices
dozone, de fortes concentrations dozone sont observées,
les précurseurs et les destructeurs de lozone étant
présents en des proportions favorables aux réactions de sa
formation. Cette répartition particulière, très
marquée à Paris, se retrouve très probablement à
Pékin. Mais les mesures y sont rares. La ville vient de
séquiper dun nouveau réseau de 17 stations de
surveillance de la qualité de lair, de fabrication française.
Actuellement les moyennes mensuelles des concentrations dozone sur
Pékin oscillent durant les mois dété autour de
130 µg/m3, avec 300 heures au cours desquelles les
concentrations dozone sont supérieures à
160 µg/m3 et des pointes horaires à plus de
400 µg/m3, en constante augmentation. Rappelons quen
France, on recommande (objectifs de qualité) de ne pas dépasser,
pour la protection de la végétation, une moyenne horaire de
200 µg/m3 ou une moyenne journalière de
65 µg/m3 et, pour la protection de la santé,
une moyenne sur 8 heures de 110 µg/m3.
[R] Première cartographie au moyen de végétaux de la pollution atmosphérique particulaire à Pékin
Pour estimer les niveaux de particules présents dans
latmosphère, les bio-accumulateurs végétaux sont
des outils particulièrement performants. En effet, les surfaces foliaires,
grâce à la présence de cires et aux
trichomes (1), retiennent fortement les
particules. Avec les nouvelles méthodes de bio-détection
végétale de la pollution de lair mises au point au
laboratoire Pollution atmosphérique de lINRA à Nancy,
dans le cadre du programme franco-chinois de recherches avancées,
nous avons dressé les premières cartes de la pollution particulaire
à Pékin, indiquant lemplacement des zones touchées
par le pollution atmosphérique, leurs étendues et les
différents niveaux de cette pollution.
Dans un premier temps, nous avons réalisé un quadrillage de
lensemble de la ville (qui correspond à un carré de plus
de 20 km de côté), constitué de 211 mailles : 120
petites mailles de 750 m de côté dans le centre de la ville
et 91 de 1,5 km dans le reste de lagglomération.
Dans chaque carreau, au cours du printemps 1998, nos partenaires pékinois
ont sélectionné des peupliers (Populus tomentosa).
Cest en effet larbre le mieux représenté et le
mieux réparti dans la ville et il ne semble pas trop souffrir de la
pollution atmosphérique ambiante. Puis, durant lété
1998, sur ces arbres, des prélèvements foliaires ont
été effectués (2)
à léchenilloir à environ 2,5 m du sol, Tous les
prélèvements effectués ont été par la
suite envoyés à Nancy pour analyse.
Les dépôts de particules et les cires sont
récupérés au moyen dun solvant, puis collectés
sur un filtre. Létude des particules (forme, taille, quantité,
composition chimique) est réalisée au moyen dun microscope
électronique à balayage équipé dune microsonde
électronique. On sest particulièrement intéressé
aux concentrations des particules en fer, élément
" traceur " caractéristique de la pollution liée
aux transports routiers ou ferroviaires, et en soufre, élément
" traceur " caractéristique de la pollution liée
aux chauffages domestiques et industriels (utilisation du charbon ou du
fuel).
Pour chaque type de pollution, il a été défini trois
classes de concentration, qui ont servi à établir les cartes
(fig. 1 et 2, ci-contre).
On y voit que le soufre est abondant dans le centre ville (zone dhabitat
ancien où le charbon est largement utilisé comme source
dénergie), dune part, et, dautre part, dans certaines
zones en périphérie, qui se trouvent dans le vent des nombreuses
industries entourant la ville. La répartition des dépôts
de fer
présents sur toute la ville, mais plus abondants entre
les deux grands boulevards concentriques de ceinture - montre
lomniprésence de la pollution atmosphérique liée
au trafic automobile (Pékin ne diffère plus des autres
métropoles de la Planète).
Létude des particules collectées par les végétaux
se révèle une méthode simple et peu onéreuse
pour avoir rapidement une très bonne estimation des niveaux relatifs
de différentes pollutions atmosphériques présentent
en zones urbaine et péri-urbaine. Cest une méthode avant
tout complémentaire des méthodes physico-chimiques classiques
de mesure de la qualité de lair.
Au travers de cette étude préliminaire, nous avons montré
quelle est particulièrement bien adaptée aux pays
émergents et aux pré-études de la répartition
de polluants sur de grandes surfaces. Rapide et peu onéreuse
(possibilité dun grand nombre de point de mesure), elle ne
nécessite ni haute technicité, ni alimentation électrique
des points de mesure.
Par la suite, de telles cartographies serviront à déterminer
lemplacement de nouvelles stations de mesure, à étudier
les risques encourus par les populations urbaines fragiles, à suivre
lévolution de la pollution engendrée par de nouvelles
routes (de nouveaux quartiers, de nouvelles industries, de nouveaux plans
de circulation, etc.), à guider une politique de protection,
dorientation ou damélioration des espaces verts et des
parcs urbains, et à vérifier lefficacité de nouvelles
législations sur la qualité de lair.
[R] Effets possibles de la pollution atmosphérique sur lagriculture péri-urbaine
Il nexiste encore aucune étude sur le sujet à Pékin
et on ne connaît pas les niveaux des pollutions dans les zones rurales
adjacentes. Mais, à partir des informations sur les polluants
présents sur la ville, on peut estimer sans beaucoup derreurs
ceux qui vont avoir un impact sur cette agriculture. Cest, dune
part et avant tout, lozone avec des effets phytotoxiques directs sur
les productions agricoles et, dautre part et dans une moindre mesure,
les poussières qui, en limitant le flux dénergie solaire
arrivant au sol, ont un effet indirect sur les végétaux.
Ces zones péri-urbaines possèdent leurs propres sources de
pollution, comme des usines, des voies à grande circulation, qui pourront
également entraîner des attaques locales et non négligeables
sur la végétation.
Lozone et les plantes
Lozone est un polluant fortement phytotoxique qui entraîne chez
les végétaux de nombreuses perturbations physiologiques, du
fait de son caractère de puissant oxydant.
Des doses importantes provoquent des dommages irréversibles :
des cellules meurent et des tissus se nécrosent. Avec des doses faibles,
on observe des perturbations métaboliques. Même sans symptômes
visibles, elles auront un " coût physiologique " pour la
plante qui se traduira par une baisse de rendement.
On estime que pour les plantes, la dose dozone reçue durant
une saison de végétation qui est la mieux corrélée
avec limpact sur les rendements observé est celle dite AOT40
(cumul des doses horaires au dessus du seuil de 40 ppb (parties par
milliard), de début mai à fin juillet). Tant que lAOT40
est inférieur à 3 000 ppb.h, les cultures restent relativement
protégées (les pertes de rendements restent inférieures
à 5 à 10%).
Dans la région de Rambouillet (au sud-ouest de Paris), par exemple,
les doses dozone AOT40 au niveau de la végétation ont
été de 32 000 ppb.h en 1992, de 14 700 ppb.h en 1993
et de 16 000 ppb.h en 1994. Ce qui a conduit à estimer les pertes
de rendement du blé tendre à 22 à 29%, 5 à 13%
et 8 à 15%, respectivement. Autre exemple : selon des recherches
anglaises effectuées dans les zones rurales autour de grandes
métropoles du Pakistan, de lInde et de lÉgypte,
les forts niveaux dozone présents peuvent entraîner des
chutes de rendement des grandes productions agricoles de 20 à 60%
(J.N.B. Bell, comm. pers.).
Si on ne connaît aucune valeur de lAOT40 pour lozone dans
les environs de Pékin, on dispose en revanche dun certain nombre
de mesures de la concentration en ozone dans latmosphère de
zones rurales de lEst de la Chine proches de grands centres urbains :
région de Chongqing, estuaire du fleuve Yantzé, sud-est de
lestuaire du Fleuve jaune et est de lestuaire de la Rivière
des perles. La concentration en ozone y dépasse souvent, pendant la
période estivale (juin à août), les objectifs de
qualité pour la protection de la végétation, et doit
déjà avoir un impact négatif sur les rendements
agricoles.
Pour ce qui est de Pékin, à partir des conditions
météorologiques qui règnent sur la ville durant la
période estivale, on peut estimer que les plus fortes concentrations
dozone doivent se rencontrer dans les zones péri-urbaines du
N-NW de la ville et peuvent sétendre sur plusieurs centaines
de kilomètres. Cest donc là quil faudra installer
les premières stations de mesure en zone rurale et installer des
dispositifs expérimentaux permettant destimer limpact
de lozone sur le rendement des productions agricoles locales. Ceux-ci
pourraient être soit des " chambres à ciel ouvert "
dans lesquelles des végétaux sont cultivés dans un air
filtré sans ozone, soit des parcelles cultivées de manière
traditionnelle, mais traitées au moyen dun anti-oxydant comme
léthylène-diruée (EDU).
Les poussières et les plantes
Les aérosols atmosphériques, très nombreux sur Pékin
et dont le diamètre est généralement compris entre 0,1
µm et quelques µm, peuvent être par la suite transportés
par les vents sur des distances de plusieurs centaines de kilomètres
et toucher de cette manière toutes les zones rurales
péri-urbaines.
Les principales conséquences de la présence de ces particules
dans latmosphère sont de réduire la visibilité,
mais surtout de diminuer le flux dénergie solaire atteignant
le sol, soit directement par effet décran, soit indirectement
en favorisant la formation de nuages. On a estimé récemment
que, dans la région de Pékin, la présence de particules
dans lair réduisait lénergie solaire atteignant
le sol de 5 à 10%, voire même de 30%. Et on sait que 1% en moins
dénergie solaire reçue entraîne une perte de rendement
égale en proportion.
Dans les zones rurales des environs de Pékin, la pollution
atmosphérique particulaire a également un effet non
négligeable sur les productions agricoles.
Laugmentation de la productivité agricole est actuellement un
facteur clé du développement de la Chine, pays fortement
peuplé qui ne pourra poursuivre sa forte croissance économique
que sil assure la sécurité alimentaire de sa population
toujours croissante. On admet généralement que la demande
alimentaire augmentera denviron 1% par an au cours des 2 à 3
prochaines décennies. La question est alors de savoir si, pour nourrir
sa population, la Chine sera capable dautosuffisance ou si elle devra
au contraire avoir recours à des importations massives. Cest
dans ce contexte que se pose dune façon cruciale le problème
de limpact négatif sur les rendements des productions agricoles
des forts niveaux de pollution atmosphérique rencontrés dans
les zones rurales du pays.
Ce problème ne sera pas facile à résoudre car, dune
part, le charbon, source dénergie particulièrement polluante,
restera pendant de nombreuses années la source principale
dénergie de la Chine et, dautre part, la croissance
économique du pays saccompagne dun fort développement
du parc automobile, autre source de pollution atmosphérique.
Actuellement il est surtout important détudier rapidement ce
problème et il convient de mesurer tout de suite les niveaux de pollution
de lair dans les zones rurales péri-urbaines, les baisses de
rendement des différentes productions agricoles qui en découlent
et les surfaces touchées. Ceci afin de bien faire comprendre aux
politiques la réalité et la gravité de la situation,
et lurgence des mesures à prendre pour améliorer la
qualité de lair. En soulignant que celles-ci auront
immédiatement des répercussions bénéfiques sur
la santé des habitants, qui subissent aussi les effets néfastes
de cette pollution atmosphérique.
Dessins de Claire Brenot, daprès photos.
[R] Notes
(1)
Trichome : ensemble des poils tapissant
la surface d'un organe végétal
[VU]
(2) En collaboration avec une équipe de l'Institut de recherche
en écologie forestière et en environnement de l'Académie
forestière de Chine (Shang He)
[VU]