1. Les engrais
2. Les composts et fumiers
3. Les supports de culture
4. Les maladies, les parasites et les moyens de
traitement
5. Modes d'approvisionnement et d'utilisation
Sur les 16 000 km2 (1,6 millions d'hectares) environ qui sont occupés
par les logements individuels en France, 30% sont couverts par des pelouses,
14% par des potagers et 12% par des jardins d'agrément. Globalement,
sur l'ensemble du territoire, on compte (source AGRESTE, 1994) :
- 0,50 million d'hectares de gazon, non compris les surfaces
réservées au sport et espaces récréatifs ;
- 0,28 million d'hectares pour les carottes, poireaux et légumes divers
dans les plates-bandes des potagers ;
- 0,22 million d'hectares pour les roses, hortensias et autres fleurs ou
arbustes d'ornement.
A titre de comparaison, il a été ensemencé en maïs
grain un peu moins de 1,9 million d'hectares en 1994, soit le double environ
des surfaces d'agrément. Si les surfaces consacrées au potager
ont tendance à baisser, celles consacrées aux pelouses et jardins
d'agrément ont augmenté très nettement ces dernières
années.
Si on ajoute à cela 0,14 million d'hectares de surfaces engazonnées
dans les zones à vocation sportive et récréative, c'est
plus de 1,14 million d'hectares qui échappent au champ de l'agronomie
mais pas... à la pollution. Du moins si l'on en croit les résultats
d'une récente étude suisse, financée par l'Agence
fédérale helvétique de l'environnement de la forêt
des espaces naturels (BUWAL) avec l'aide de l'Association suisse des jardins
familiaux (SFGV) et la Société suisse d'agriculture biologique
(SGBL). Ce travail, qui a porté sur l'usage des intrants dans les
jardins familiaux et les jardins privés, a de quoi nous inquiéter
quand on sait que la prise de conscience écologique, la formation
et l'information des consommateurs et des commerciaux sont, en Suisse, sans
commune mesure avec celles pratiquées en France.
Comme le rappellent les auteurs de l'enquête, les jardins privés
et familiaux ont, tout particulièrement en milieu urbain, un rôle
inestimable sur le plan social et sur le plan écologique, même
si, sur le plan paysager, cet apport est quelquefois discutable. Ils participent
en effet au maintien de la diversité des espèces dans des zones
où la nature est souvent reléguée aux marges. Pour le
jardinier amateur, l'impact financier de l'usage d'intrants (engrais, supports
de culture, produits de traitement) est
Les enquêteurs, qui ont interrogé plus de 200 "jardiniers" ou
"jardinières ", ont essayé de faire le point sur l'utilisation
des engrais, des matières organiques, des supports de culture et des
mulchs, des maladies et parasites les plus souvent rencontrés et des
traitements mis en oeuvre (fongicides, insecticides, désherbants).
Dans la région où a été effectuée l'étude, un recensement des produits commercialisés a montré qu'il existait 34 engrais composés pour potager et 29 pour gazons dont les teneurs variaient comme l'indique la figure 1.
Il est à noter que la plupart des produits commerciaux utilisés
par les jardiniers interrogés contenaient des substances organiques.
Un quart des surfaces engazonnées a reçu un apport d'engrais.
Compte tenu de l'utilisation de compost et de fumier, l'apport d'azote sous
forme organique ou minérale s'est avérée inutile.
En ce qui concerne P et K, les apports d'engrais ne sont pas justifiés.
La fourniture en ces éléments par les matières organiques
et les cendres couvrent très largement les besoins des légumes,
des fleurs et des plantes à baies (figure
2).
Année après année, ces apports de fertilisant
entraînent un enrichissement du sol en phosphore (P), en potassium
(K) et en matières organiques. Ainsi, les sols de jardins avaient
une teneur moyenne en phosphore dix fois supérieure à celle
des terres de grandes cultures. La même remarque peut être faite
pour le potassium. Les sols de potager et de jardins à fleurs sont
en moyenne 3 fois plus riches que les sols agricoles. Les sols de jardins
sont des " mines " à phosphore et à potassium. Malgré
sa mobilité faible, le potassium peut être lixivié. De
plus, un excès de potassium dans les sols peut entraîner un
déséquilibre du rapport potassium sur magnésium (K/Mg)
et provoquer des carences en magnésium (Mg).
En conclusion, on peut noter qu'en moyenne les apports totaux d'azote (N)
et de phosphore sont trois fois, et ceux de potassium deux fois, plus importants
que les besoins des plantes cultivées (légumes, fleurs ou petits
fruits).
[R] 2. Les composts et fumiers
92% des jardiniers suisses interrogés ont fabriqué leur propre
compost. Au delà du symbole, on peut noter que le recyclage des
déchets organiques est entré profondément dans les moeurs
de ce type de population. Signalons au passage qu'en Suisse existent des
compostières de quartier.
Compte tenu de la teneur moyenne en N, P et K des composts, la grande
majorité des jardiniers couvre les besoins de leurs légumes
en ces éléments avec 3 kg de matière fraîche/m2/an.
10 à 15% des jardiniers apportent un excès de fumure uniquement
à cause de l'emploi de compost à doses trop
élevées.
De plus, entre 25 et 35% des personnes interrogées achètent
du fumier séché. Plus de la moitié des utilisateurs
a apporté, sous forme de fumier séché, plus
d'éléments nutritifs que n'en nécessite la croissance
de leurs légumes et fleurs.
Enfin, un peu plus de 25% des jardiniers utilisent des activateurs de compostage.
Ceux-ci peuvent avoir un effet positif sans toutefois pallier les défauts
de préparation du compost lui-même (non retournement, non
couverture, etc.).
[R] 3. Les supports de culture
La moitié des jardiniers interrogés utilisait soit de la
tourbe, soit de la terre végétale ou de la terre de bruyère.
Ce qui laisse penser que les utilisateurs surestiment le pouvoir améliorant
de ce type de produit. Il est à noter que pour éviter de
surexploiter les tourbières, il est possible de trouver un ersatz
de tourbe composé de fines fibres de bois. 40% des propriétaires
de jardins suisses achètent des produits de couverture, ou "mulch"
(écorce ou fibre broyées principalement). Il a été
noté, dans quelques cas, une forte teneur en métaux lourds
de ces produits.
[R] 4. Les maladies, les parasites et les moyens de traitement
Les ravageurs les plus communs dans les jardins sont les pucerons (un
problème pour les trois-quarts des jardiniers) et les limaces (60%
des producteurs amateurs de légumes s'en plaignent). Viennent ensuite
la " Mouche blanche ", les fourmis, la Teigne du poireau, et des maladies
: le mildiou sur tomate, l'oïdium sur rosiers et cucurbitacées,
etc. Il est à signaler que la sensibilité aux maladies et aux
parasites peut être en rapport avec la surfertilisation
généralisée des potagers soumis à l'enquête.
85% des propriétaires de jardins familiaux (ou jardins ouvriers) et
la quasi-totalité des personnes possédant un jardin privé
ont utilisé au moins un produit de traitement et 13% d'entre elles
plus de 6 produits. Les produits à base de plantes ont été
utilisés par 40% des personnes interrogées.
Les produits utilisés se répartissent selon leur mode d'action
comme indiqué ci-après. Ceci correspondrait à 119
préparations commerciales et 69 principes actifs. Un quart des produits
est stocké depuis plus de 4 ans. Néanmoins, plus de la moitié
des jardiniers ont employé des méthodes de lutte mécanique
(pièges, filets, utilisation de sciure, cendres, coquille d'oeuf,
barrière).
insecticides et acaricides 47%
molluscicides 20%
fongicides 19%
herbicides 9%
produits mixtes 5%
Il est à signaler qu'aujourd'hui en Suisse, et en Allemagne depuis
1986, il n'est plus possible de trouver sur le marché des produits
mixtes (insecticides + fongicides, par exemple).
Suivant le principe actif considéré, entre 25 et 50% des
utilisateurs ont employé un fongicide à des doses supérieures
aux doses maximales conseillées ; cette proportion va jusqu'à
90% pour les insecticides. Pour ces derniers, les doses maximales relevées
peuvent être jusqu'à 50 fois supérieures à la
dose conseillée (fig. 3). En ce qui concerne les molluscicides (à
base de métaldéhyde à 3,5%) les doses utilisées
(11 g de granulés/m2) se situent très souvent bien au-delà
des doses conseillées (1 g/m2). En ce qui concerne les herbicides,
les doses utilisées sont assez proches des doses conseillées,
mais cette moyenne cache de fortes disparités. Compte tenu de leur
utilisation sur des sols filtrants et à faible activité biologique
ou sur des sols compactés (allées), les risques de lixiviation
et de ruissellement sont très élevés.
La figure 3 montre un exemple d'utilisation
de 4 principes actifs.
Le mode de présentation du produit semble jouer un rôle
prépondérant dans la quantité de produit utilisé
par unité de surface. Ainsi, les produits concentrés,
présentés sous forme d'émulsion, sont ceux qui ont
été utilisés aux doses les plus fortes alors que les
produits conditionnés en gélules (1 gélule/0,5 l d'eau)
sont utilisés de façon beaucoup plus judicieuse. Il est à
signaler que ce type de présentation coûte 4 à 5 fois
plus cher mais que la consommation moyenne par unité de surface est
8 à 10 fois plus faible.
Très peu de produits permettant de pratiquer la lutte biologique sont
disponibles pour les jardiniers amateurs dans le commerce. Dans la région
de Suisse concernée par l'enquête, on pouvait cependant trouver
des produits à base de Bacillus thuringiensis ( 1 ).
Environ 18% des traitements fongicides ont été appliqués
de façon totalement erronée pour lutter contre des insectes
(pucerons en particulier) ! Dans 5% des cas, on note l'inverse,
c'est-à-dire l'utilisation d'un insecticide pour lutter contre une
maladie fongique.
[R] 5. Modes d'approvisionnement et d'utilisation
La majorité des utilisateurs s'est procurée engrais, support
de culture ou produits de traitement dans les grandes surfaces où
ces produits sont en libre service, sans vendeur pour apporter un conseil.
Il est à signaler qu'en Allemagne les produits phytosanitaires sont
interdits à la vente dans les grandes surfaces depuis 1988. Un tiers
des utilisateurs a trouvé que les indications étaient écrites
en caractères trop petits, et 20% ont reconnu avoir des difficultés
pour calculer le dosage approprié. Il est à noter que les effets
secondaires sont rarement mentionnés sur l'emballage ou dans les notices
explicatives. Dans la plupart des cas, les produits ont été
stockés dans les hangars, cabanons, garages ou bâtiments
extérieurs soumis à de fortes variations de température,
voire au gel, ce qui peut faire perdre de leur efficacité aux principes
actifs. De plus, en général, les produits phytosanitaires n'ont
pas été mis hors de portée des enfants.
Ces produits, en particulier les herbicides, sont préparés
dans les arrosoirs, ce qui ne permet pas de faire un dosage précis
et une répartition régulière du produit. Le reste des
préparations est souvent conservé en vue d'un prochain usage,
alors que souvent elles perdent leurs propriétés et peuvent
même (cas de certains fongicides) devenir phytotoxiques. Si le masque
n'a quasiment jamais été utilisé lors des épandages,
25% des jardiniers se sont servis de gants et de bottes.
Il semble que peu d'utilisateurs soient avertis des dangers de certains
traitements sur la faune utile, les abeilles par exemple. Les risques pour
l'utilisateur (effets directs ou secondaires) sont sous-estimés ou
ignorés par beaucoup.
[R] En conclusion
A partir des résultats de cette enquête menée, rappelons-le,
en Suisse, les responsables de l'étude ont présenté
deux séries de propositions, l'une à destination des jardiniers
amateurs, l'autre des fabricants et vendeurs de produits phytosanitaires.
Partant de la constatation que les propriétaires de jardins sont plus
tolérants quant à l'aspect extérieur des légumes
et des fruits que ne peuvent l'être les maraîchers et arboriculteurs
professionnels, il a été fait les recommandations suivantes
:
- employer 3 kg de matière fraîche de compost par m2 : cela
suffit à couvrir les besoins des plantes cultivées au potager
ou dans les plates-bandes de fleurs ;
- retourner régulièrement le compost, l'abriter des pluies,
l'épandre au bout de 3 à 6 mois ;
- en terrain pauvre, utiliser des engrais simples (attention : certains engrais
organiques peuvent fournir des nitrates aussi rapidement que certains engrais
minéraux) ;
- utiliser des produits issus du jardin (déchet de tonte, etc.) pour
faire des " mulchs " ;
- utiliser au mieux les auxiliaires en leur fournissant une possibilité
d'abri ou en les attirant (plantes mellifères, tas de pierres, etc.)
;
- utiliser les produits phytosanitaires de façon tout à fait
exceptionnelle et ciblée, en veillant à leur innocuité
pour les auxiliaires ;
- pour les traitements liquides, retenir que le volume d'eau conseillé
par m2 est, suivant la hauteur des plantes, de 0,10 à 0,15 l pour
les légumes, 0,10 à 0,20 l pour les rosiers et 0,20 l pour
les petits fruits ;
- acheter le plus petit conditionnement possible ;
- éviter l'emploi d'herbicides.
En ce qui concerne les fabricants et revendeurs, il est suggéré
les pistes d'action suivantes :
- ne proposer à la vente que des engrais organiques à
décomposition lente ;
- réduire l'assortiment proposé pour les engrais ;
- présenter en petit conditionnement les produits dangereux pour
l'environnement (au maximum traitement pour 150 m2) ;
- rendre lisibles les conseils d'utilisation ;
- mentionner les effets secondaires ;
- conditionner sous des formes évitant les erreurs de dosage
(gélules, par exemple, permettant de préparer de faibles volumes,
de l'ordre du demi-litre) ;
- former les revendeurs pour le conseil aux clients.
Enfin, il est suggéré de systématiser le ramassage des
produits phytosanitaires qui ne sont plus utilisés.
Compte tenu des surfaces concernées, du comportement des utilisateurs
(rien ne nous permet de dire aujourd'hui que les propriétaires de
jardins se comportent mieux en France qu'en Suisse !), il semble urgent de
faire le point sur les risques de pollution sur ces surfaces, de proposer
des alternatives fiables et d'envisager à la fois une réglementation
plus restrictive et des actions de sensibilisation du public. Il faut, en
fait, mettre en place les bases d'une véritable agriculture
intégrée en zone de loisirs. Ceci nous oblige à avoir
désormais le souci d'une agronomie urbaine.
Notes
( 1 ) NDLR : bactérie toxique pour de nombreux insectes broyeurs, notamment les chenilles. Pour de plus amples renseignements sur cet organisme auxiliaire (de lutte microbiologique), on consultera le dossier de la cellule Environnement n°5 lutte biologique, dont des exemplaires sont encore disponibles à la DPEnv. [Vu]