1. Les Trichogrammes : identité et biologie
2. Un exemple de lutte biologique à l'aide de Trichogrammes
en France : la lutte contre la Pyrale du Maïs Ostrinia nubilalis
3. Perspectives
Annexe
Le développement du Trichogramme
Nomenclature...
Références et orientation bibliographiques
Lire un article plus récent sur les Trichogrammes (Frandon et Kabiri, 1998)
L'emploi d'insectes entomophages, prédateurs et parasitoïdes,
qui est une des voies de la lutte biologique (1)
a pris une ampleur mondiale. Cette méthode de lutte biologique
par entomophages, dont les premières réalisations datent de
la fin du XIXe siècle, aux Etats-Unis comme en Europe et en particulier
en France (Jourdheuil et al., 1992), s'est développée
depuis sous presque toutes les latitudes et s'est propagée dans les
cinq continents.
Parmi les Insectes parasitoïdes oophages, les Trichogrammes (cf.
ci-après) sont particulièrement utilisés non seulement
à l'échelle expérimentale mais aussi à
l'échelle commerciale. Animés par un même intérêt
pour ces auxiliaires, des chercheurs de toutes origines géographiques
se sont fédérés ; s'ils étudient les Trichogrammes
avec des approches très diversifiées, leur but, dans presque
tous les cas, est bien de les utiliser, à plus ou moins long terme,
pour maîtriser les fluctuations des effectifs des ravageurs phytophages
(voir en annexe).
Au sein de l'Organisation internationale de lutte biologique (OILB), il a
été créé, en 1982, un groupe de
travail (2) ad hoc, et un journal
de liaison à parution annuelle Trichogramma News leur est
consacré (3).
Les Trichogrammes sont des micro-Hyménoptères Chalcidiens de
la famille des Trichogrammatidae. On en connaît actuellement 132
espèces, tous du genre Trichogramma. Leur taille est souvent
inférieure au millimètre. L'ordre des Hyménoptères
regroupe des Insectes aux moeurs diverses : parmi eux, les Tenthrèdes,
les Fourmis, les Abeilles, les Guêpes, etc. et, beaucoup moins connues,
une très grande variété d'espèces vivant aux
dépens d'autres Insectes en parasites ou prédateurs, selon
des modalités elles-mêmes très dissemblables.
Les Trichogrammes, quant à eux, sont des parasitoïdes oophages.
La larve des parasites de ce type se développe à l'intérieur
de l'oeuf de l'Insecte-hôte, dont l'embryon est tué à
un moment plus ou moins précoce de la vie larvaire du parasitoïde.
Avec les Trichogrammes, l'hôte est tué très tôt
et ce sont ses tissus désintégrés et son vitellus qui
servent de nourriture à la larve du Trichogramme (voir encadré)
et assurent son développement jusqu'à sa métamorphose,
transformation en nymphe puis en (insecte parfait, adulte). Puis cet imago
mène une vie libre, consacrée à l'accouplement et à
la recherche, par la femelle, d'oeufs-hôtes pour y déposer sa
ponte (fig. 1) ; il se nourrit de matières sucrées (miellat
de Pucerons) ou de substances protéiques (pollen des fleurs).
Dans cet article, à la suite de l'alimentation et du développement
des larves de Trichogramma brassicae, on détaillera l'emploi
en lutte biologique de cette espèce particulièrement bien
étudiée.

Figure 1. Trichogrammes adultes parasitant des oeufs de la Pyrale
(cliché INRA Antibes)


Figure 2. La larve du Trichogramme (a), après avoir
dévoré le vitellus et l'embryon du
Lépidoptère-hôte, se transforme en nymphe (b), qui occupe
l'oeuf vide (clichés Nicole Hawlitzky)
a : larve de 3e stade - la région céphalique est en haut, le
reste du corps est occupé par un énorme tube digestif, rempli
de l'hôte ; b : nymphe - les lobes céphaliques (1) et les
ébauches d'appendices (2) sont visibles au travers du chorion de l'oeuf
de l'hôte (3).
La pénétration de la tarière de la femelle dans l'oeuf
de l'hôte pour y injecter son propre oeuf entraîne une modification
du milieu hôte, ce que montrent des coupes histologiques effectuées
dans des oeufs-hôtes, 12 heures après la ponte du Trichogramme
: la bandelette embryonnaire est en cours de désorganisation et l'on
observe de nombreux noyaux en voie de dégénérescence.
Ces modifications sont certainement dues à une substance injectée
en même temps que le dépôt de l'oeuf. Ainsi, dès
avant son éclosion, la larve parasitoïde trouve-t-elle un milieu
hôte préparé pour son alimentation. Cette
désorganisation s'accentue avec le temps. Tout de suite après
son éclosion, la larve de Trichogramme commence à ingérer
le contenu de l'oeuf-hôte (vitellus et embryon). Tout au long de sa
vie larvaire, elle se nourrira de la totalité de cet oeuf, dont le
contenu sera aspiré. Ensuite, elle se nymphosera et l'adulte près
d'émerger découpera un orifice dans le chorion (l'enveloppe
de l'oeuf) par lequel il sortira à l'air libre. L'embryogenèse
dure en moyenne 35 h 1/2 (à 23°C). De la ponte à
l'éclosion, l'oeuf-hôte voit sa longueur augmenter de 20 % et
sa largeur de 50 %.
Les oeufs parasités par les Trichogrammes deviennent noirs au bout
de quelques jours, ce qui permet de les distinguer des oeufs sains.
Chez T. brassicae, la femelle peut parasiter, selon les conditions,
80 à 110 oeufs-hôtes au cours de sa vie. Non fécondée,
elle pond des oeufs d'où naîtront des individus mâles
; fécondée, sa progéniture sera des 2 sexes. Mais ceci
n'est pas une règle chez ce genre. Les Trichogrammes, selon
l'espèce, présentent en effet une parthénogénèse
arrhénotoque (comme ci-dessus) ou télythoque (les individus
engendrés sans accouplement sont des femelles) avec ou pas,
possibilité d'une reproduction sexuée.
Les Trichogrammes, dans la nature, parasitent des Insectes variés,
appartenant à plusieurs ordres, dont nombre de ravageurs des cultures
et des forêts. A ce titre, ce sont des Insectes utiles, mais dont l'impact
sur les populations des déprédateurs est très
généralement insuffisant et, en tous cas, très
irrégulier. On doit donc les multiplier en masse pour les lâcher
- au bon endroit, au bon moment - à chaque fois que nécessaire,
dans le cadre d'une stratégie dite d'épandages inondatifs,
laquelle est appliquée pour beaucoup d'Insectes et d'Acariens
entomophages. L'intérêt particulier des Trichogrammes oophages
- réside dans le fait qu'ils éliminent les ravageurs qu'ils
attaquent avant que ceux-ci n'aient commencé à faire des
dégâts.
Parmi les différentes stratégies possibles en lutte biologique, celle des lâchers inondatifs et saisonniers de parasitoïdes pallie efficacement deux situations. Elle permet de renforcer des populations naturelles indigènes dont l'action de régulation s'avère insuffisante ou d'introduire régulièrement des entomophages qui n'existent pas dans une région ou un pays et qui n'arrivent pas à se maintenir d'une année sur l'autre, ceci étant dû soit à une inadaptation aux conditions écologiques locales, soit à une absence d'hôtes de relais en dehors de la période d'apparition du stade-cible du ravageur visé, hôte principal.
L'élevage en masse des Trichogrammes - comme celui de beaucoup
d'auxiliaires - se pratique non pas sur le ravageur-cible mais sur un hôte
de substitution, beaucoup plus facile à élever lui-même
en toute saison mais capable d'assurer le développement correct de
l'auxiliaire. Les 2 espèces les plus fréquemment employées
sont la Pyrale de la farine Anagasta kuehniella et l'Alucite des
céréales Sitotroga cerealella (Lépidoptères).
Pour faciliter les élevages de masse, des études sont
développées depuis plusieurs années aux Etats-Unis,
en Chine et en France - à l'INRA (S. Grenier et G. Bonnot du laboratoire
INRA/INSA de Biologie appliquée à Villeurbanne) - pour
élaborer des oeufs et des milieux artificiels permettant aux femelles
d'y pondre et aux larves de s'y développer. Sur le plan théorique,
il semblerait que les Trichogrammes, par la simplicité (relative)
de leur mode alimentaire oophage et la nature des aliments qu'ils ingèrent,
puissent bénéficier rapidement d'un milieu artificiel. Sur
le plan pratique, il en va tout autrement car les biochimistes et les biologistes
qui oeuvrent en commun à cette mise au point se heurtent à
de multiples problèmes.
En France, l'importance des cultures céréalières, Maïs
inclus, dont la superficie était de 3 millions d'hectares en 1983
et l'utilisation d'insecticides chimiques dont l'action néfaste sur
la faune auxiliaire a été clairement montrée (Chambon,
1982), ont conduit l'INRA à entreprendre et développer des
recherches de base ou finalisées sur Ostrinia nubilalis (Lép.
Pyralidae), sur des espèces de Trichogrammes parasitant ses
oeufs et sur l'élaboration d'une stratégie de lutte biologique.
C'est ainsi que, sous l'impulsion d'E. Biliotti (alors inspecteur
général des disciplines phytosanitaires de l'INRA), un laboratoire
des Trichogrammes a été créé en 1973 par J. Voegele
à la station de Lutte biologique d'Antibes (dirigée alors par
P. Jourdheuil).
J. Voegele rentrait du Maroc, où, à Meknès, au
"laboratoire de campagne", il avait acquis une grande expérience
des Insectes oophages au cours de ses travaux sur les Punaises des
céréales. Il noua des collaborations d'abord avec l'INRA de
Colmar (en 1974, avec J. Stengel et G. Schubert - Voegele et al.,
1975) puis avec l'INRA de Versailles (en 1975, avec Y. Durand et M. Augendre,
puis, en 1978, avec l'auteur du présent article). En plus de ces
collaborations internes, deux partenaires privés se sont joints à
l'INRA dès les premières années, dont l'UNCAA (Union
nationale des coopératives agricoles d'approvisionnement). Cet organisme
est actuellement le producteur et le principal commercialisateur de l'agent
biologique TR16 (Trichogramma brassicae) en France.
La stratégie d'intervention a été élaborée
entre 1974 et 1984. Plusieurs étapes se sont déroulées
soit simultanément, soit successivement. Les études ont
été conduites en conditions contrôlées au laboratoire,
semi-contrôlées (serre ou abri) ou naturelles (plein champ)
; le choix de l'auxiliaire, l'étude de sa biologie et de sa dynamique
de population, la mise au point de sa production en masse, la définition
et l'ajustement des procédures d'épandage au champ ont
mobilisé de nombreux spécialistes.
2.1. Identité et caractéristiques de l'Insecte
Il fut procédé au préalable à l'inventaire des
Trichogrammes présents naturellement. Une collecte des oophages
d'O. nubilalis dans diverses régions de France fut
effectuée en 1973. Trois espèces de Trichogrammes furent
trouvées, mais parasitant moins de 1 % des oeufs de la Pyrale :
Trichogramma semblidis Aurivilius, T. dendrolimi Matsumura
et T. evanescens Westwood. Par contre, il existait, en Moldavie (à
l'époque en URSS), des populations beaucoup plus importantes (taux
de parasitisme naturel : 90 %) d'un Trichogramma evanescens (ainsi
nommée par les Soviétiques) qu'une mission en Moldavie a permis
de récolter (Voegele, 1986). Cette espèce, choisie pour les
études et les développements ultérieurs, s'est
avérée être en réalité T. brassicae
Bezdenko (Pintureau, 1990).
C'est ainsi qu'il fallut résoudre de délicats problèmes
d'identification. Les méthodes employées, au début de
nos recherches, en matière de systématique des Trichogrammes,
ne tenaient pas compte de la variabilité des individus au sein de
l'espèce. Pour caractériser avec certitude T. brassicae,
qui fait partie d'un complexe d'espèces dites jumelles, il a fallu
faire appel tour à tour à des mesures de caractères
morphologiques et des analyses statistiques multidimensionnelles (Russo et
Pintureau, 1981) et aux profils enzymatiques (Voegele et Berge, 1976 ; Pintureau
et Babault, 1980, 1981 ; Debret et al., 1983). Cette espèce
d'abord décrite comme nouvelle sous le nom de T. maidis Pintureau
et Voegele, 1980, a été mise en synonymie avec T.
brassicae Bezdenko, qui appartient au groupe evanescens (Pintureau,
1990). T. brassicae peut par ailleurs s'hybrider avec T.
evanescens Westwood. On constate alors un phénomène d'induction
de la thélytoquie. L'absence d'hétérosis (effet qui
se manifeste sur la descendance, à la 1ère génération,
de 2 individus de races différentes de la même espèce)
et la présence de fortes incompatibilités observées
ont conduit à la conclusion qu'il s'agissait de 2 espèces
(Pintureau et al., 1982).
Parmi les caractéristiques biologiques de l'agent de lutte biologique,
on s'est particulièrement attaché à établir la
caractérisation biologique du Trichogramme en fonction de la
température. Celle-ci a porté, en conditions contrôlées
ou naturelles, sur :
- des caractéristiques du développement préimaginal
: durée du développement, seuils de développement
inférieur et supérieur, température optimale,
mortalité (Russo et Voegele, 1982a) (Hawlitzky, non publié),
croissance en relation avec le mode d'alimentation et métabolisme
(Hawlitzky et Boulay, 1982, 1988), arrêts de développement (Voegele,
1976) ;
- des caractéristiques biologiques des adultes : nombre d'oeufs
parasités, taux sexuel, mortalité, vitalité (Russo et
Voegele, 1982b), capacité de recherche de l'hôte (Feirrera et
al., 1979).
2.2. La production des Trichogrammes
L'utilisation pratique des Trichogrammes repose sur une chaîne de
procédures - production de l'hôte de substitution, production
des Trichogrammes, lâchers de ces derniers, assortis des contrôles
ad hoc - qu'il faut mettre au point et faire fonctionner en parfait
synchronisme. Le schéma de la figure 3 décrit les cycles
engrenés correspondant à ces procédures.
Dans l'attente de la disponibilité d'un oeuf-hôte artificiel
qui soit compétitif avec l'oeuf d'Insecte (Grenier et Bonnot, 1988)
la multiplication de masse des Trichogrammes est assurée actuellement
sur les oeufs d'Anagasta kuehniella, qu'il s'agit de produire.
Figure 3. Production et lâcher des
Trichogrammes
dessin de B. Masson pour les panneaux en vitrine du siège
de l'INRA, à partir d'un schéma mis au point par L. Cario,
A. Fraval et N. Hawlitzky
L'unité de production de cette Teigne de la farine a fait, depuis
les travaux de Jeanne Daumal et de ses collaborateurs (à la station
de Zoologie INRA d'Antibes, avant 1975), l'objet de perfectionnements constants
tant au niveau de la recherche (INRA) que de son fonctionnement (UNCAA).
Les quantités en jeu sont impressionnantes : durant l'année
1989-1990, la biofabrique de l'UNCAA, à Valbonne (Alpes-Maritimes)
a produit près de 14 milliards d'oeufs de la Teigne, utilisés
à la production de 3,5 milliards de Trichogrammes, eux-mêmes
nécessaires à la protection de 10 000 ha de maïs contre
O. nubilalis (cf. tab. III). A noter que l'UNCAA construit
une nouvelle biofabrique, dont la production permettra de traiter 40 à
60 000 ha.
Les Trichogrammes destinés aux traitements contre la Pyrale du Maïs
sont produits en continu, ou avec un arrêt du développement
(voir ci-après). L'élevage de laboratoire, dans de petits tubes
cylindriques en verre où est disposée une languette de carton
portant, collés, des oeufs du papillon et des gouttelettes de miel
pour la nourriture des imagos du parasitoïde, est remplacé, au
stade industriel, par une production en capsules de carton, à
l'intérieur desquelles s'effectue le stockage des oophages au froid
et qui facilitent leur distribution sur le terrain ; ce procédé
de multiplication permet de limiter considérablement le superparasitisme
(plusieurs Trichogrammes peuvent se développer aux dépens d'un
unique oeuf de papillon, mais ils sont alors chétifs...).
Le stockage des Trichogrammes, s'il n'est pas absolument indispensable, offre
de nombreux avantages (Voegele et al., 1986) : la possibilité
de distribuer le produit à grande distance par la chaîne du
froid, une plus grande souplesse d'utilisation, l'amortissement des installations
de production sur toute l'année, une fécondation et
longévité accrues au niveau de la progéniture, des
délais de temps suffisants pour le contrôle de qualité
lors de la production de masse des entomophages, une limitation du nombre
de générations devant servir aux multiplications successives
(et donc de la dérive génétique) et un meilleur synchronisme
hôte-parasitoïde. Pour réaliser ce stockage, on met à
profit les arrêts de développement - pouvant durer plus de quatre
mois - que manifeste T. brassicae, et qu'on a mis en évidence
par exposition et suivi journalier d'individus au stade embryonnaire, sous
abri sur le terrain, au cours de la période automnale (Voegele, 1976
; Pizzol, 1978 ; Voegele et al., 1988). On a, à partir de ces
résultats, pu instaurer des arrêts de développement chez
T. brassicae en conditions de laboratoire, permettant un stockage
du produit biologique à l'état de prénymphe à
3°C durant 3 à 8 mois.
Le degré-jour (que l'on abrégera ici en DJ) est une unité
pratique très utile pour qui s'intéresse à la chronologie
du développement des poïkilothermes (animaux à sang froid,
dépourvus de régulation thermique aussi efficace que celle
des Oiseaux et des Mammifères), très dépendante des
conditions thermiques. La vitesse de leur développement est souvent
proportionnelle à la dose de chaleur reçue, qu'on exprime en
DJ, produit du nombre de degrés excédant un seuil (en dessous
duquel il n'y a aucun développement) par la durée exprimée
en jours. Les Insectes suivent - généralement - une telle loi,
tout à fait analogue de celle qui régit la cinétique
des réactions chimiques (loi de Vant'Hoff). En jargon de
spécialiste, le seuil est appelé "base".
De nombreux contrôles de qualité doivent être réalisés tout au long de la production de masse de T. brassicae. Il y a tout d'abord celui de l'identité de l'espèce, puis celui des potentialités des individus (fécondité, longévité, taux de parasitisme, taux d'émergence et proportions respectives de mâles et de femelles). Celui de l'état de l'hôte de substitution est également important. On sait par exemple (Pizzol et Voegele, 1988) que ce sont les oeufs d'A. kuehniella âgés de 24 h, pondus au cours des premiers jours et stockés au froid moins de 7 jours qui conviennent le mieux au développement de l'oophage, particulièrement dans le cas où l'on bloquera le développement de l'auxiliaire par le froid, pour le stocker. Le contrôle de la multiplication en capsule est doublement important ; il y a lieu en effet de vérifier, d'une part, que les gouttelettes de miel, nourriture indispensable aux Trichogrammes adultes, sont bien présentes et que le diamètre des trous pratiqués dans les capsules est suffisant pour leur sortie et, d'autre part, que les valeurs des taux de parasitisme et de superparasitisme sont normaux. Ce dernier peut en effet subir des modifications d'ordre génétique (Wajnberg et Pizzol, 1989). Il y a lieu également, toujours au niveau des préoccupations d'ordre génétique, d'éviter la consanguinité, laquelle fait que les mâles sont de plus en plus nombreux, amenant l'extinction de la population. La dérive génétique (démontrée par Bigler et al., 1982 sur T. brassicae) est également à contourner, ce qui peut être réalisé en constituant des lignées isofemelles à partir de populations naturelles (une centaine). Le rythme des successions de générations - on l'a déjà indiqué - peut être ralenti grâce à l'induction des arrêts de développement ; les lignées seront réhomogénéisées juste avant les multiplications intensives. Chaque année, la moitié environ des lignées sont renouvelées à partir de recaptures effectuées dans les champs de Maïs et l'on veille, en outre, à leur ménager des conditions changeantes : retour sur hôte naturel, conditions thermiques fluctuantes. A défaut, on risquerait d'aboutir à des , peut-être très bien adaptés, par sélection, à leur vie en capsule mais ayant perdu une partie des compétences pour lesquelles on les emploie : trouver les oeufs de la Pyrale du Maïs et les parasiter.
2.3. L'épandage des Trichogrammes
Les Trichogrammes, utilisés en lâchers inondatifs, doivent
être présents - et actifs - au champ au début de la
période de ponte du ravageur. Celle-ci étant assez
étalée dans le temps, des "vagues" supplémentaires
de Trichogrammes viendront assurer une "couverture de la ponte" suffisante
dans le temps. Les capsules d'autre part, sont à répartir dans
le champ suivant un schéma qui minimise leur nombre et le travail
de dépôt, tout en assurant une dispersion homogène des
parasitoïdes.
Parallèlement à des études de la répartition
spatiale des pontes de la Pyrale dans les champs (Vaillant, 1985) et sur
la plante (Vaillant et Hawlitzky, 1990), on a recherché des
éléments prévisionnels ou indicateurs de l'apparition
du stade oeuf du ravageur et de l'évolution de la ponte. Ces travaux
de dynamique des populations (Stengel, 1982 ; Hawlitzky, 1986) ont permis
de retenir un critère thermique basé sur la somme des
degrés-jours enregistrés : par exemple 370 DJ, avec un seuil
de 10 °C, à compter du 1er janvier. l'utilisation de ce critère
a permis, pour les régions concernées, un meilleur ajustement
de la date du premier lâcher aux premières pontes mais, lors
de l'extrapolation à d'autres régions, le succès a
été moins probant (Hawlitzky et al., 1987).
L'activité des Trichogrammes une fois lâchés dans le
champ de Maïs a été suivie en conditions naturelles ou
artificielles d'infestation par la Pyrale et, à partir de la date
de lâcher d'une génération de l'entomophage, les durées
de dispersion et d'activité des individus de cette dernière,
celles du développement puis d'activité de ceux de la
génération-fille ont été mesurées, par
des observations journalières ou pluri-hebdomadaires, sur plusieurs
années climatiques, en particulier dans le Bassin parisien. Ainsi
a-t-on pu préciser le laps de temps devant s'écouler entre
deux lâchers et le nombre de ceux-ci à réaliser avant
que les générations-filles correspondantes interviennent et
renforcent cette action de régulation. En outre, l'impact de la
répartition des points de lâcher dans un champ et de leur nombre
en relation avec le taux de parasitisme a permis de mieux connaître
la dispersion des Trichogrammes et de procéder à une
réduction progressive du nombre de ces points (Voegele, 1986). On
a complété ces données au moyen d'études biologiques
et biométriques très précises portant sur la
répartition du parasitisme en fonction des différents niveaux
foliaires et apporté par là des informations sur la cinétique
et l'aire d'activité des adultes de Trichogrammes (Hawlitzky et Vaillant,
non publié).
Tableau I. Evaluation du synchronisme entre les 1ères pontes
d'Ostrinia nubilalis et l'émergence des adultes de Trichogramma
brassicae du 1er lâcher
Résultats obtenus en région parisienne ; SDJ : somme
de DJ calculée en base 10 à partir du 1er janvier = date de
sortie du froid de T. brassicae et de leur installation en abri
| année |
SDJ |
émergence de T. brassicae |
1ères pontes d'O. nubilalis |
| 1984 | 240 | 7 juillet | 9 juillet |
| 1987 | 240 | 5 juillet | 3 juillet |
| 1988 | 240 | 26 juin | 24 juin |
| 1989 | 240 | 16 juin | 14 juin |
L'élaboration de la stratégie de lutte a reposé sur
l'étude, dans les conditions naturelles du plein champ, de 9 composantes
des lâchers, considérées chacune sous différentes
expressions, et testées seules ou en combinaison avec une ou plusieurs
des 8 autres (Hawlitzky et al., 1986 ; 1987 ; Kabiri et al.,
1990 ; 1991). Ces composantes sont relatives : - aux caractéristiques
biologiques de T. brassicae (type de développement lors de
la production, stades lors du dépôt sur le terrain) ; - à
la présentation de ce matériel biologique (oeufs parasités
épandus nus ou protégés) ; - aux caractéristiques
des lâchers (dose à l'hectare, dose par lâcher, nombre
de lâchers, intervalle de temps entre deux lâchers, date du premier
lâcher par rapport à la ponte du ravageur, répartition
et nombre des points de lâcher.
En 1984, la stratégie initiale était la suivante : on effectuait
3 lâchers, constitués chacun de 2 vagues de T. brassicae
déposées simultanément différant par un stade
de développement de l'agent. Les lâchers étaient
séparés par 10 jours et les vagues par 5 jours (Hawlitzky et
al., 1987), ou par 50 DJ (Kabiri et al., 1990 ; 1991).
Son évolution résulte des inconvénients qui sont apparus
et des solutions qu'on a su y apporter. Quatre problèmes furent
identifiés, relatifs aux points suivants : - le synchronisme entre
les premières pontes d'O. nubilalis et premières
émergences de T. brassicae ; - la couverture régulière
et totale de la ponte par les différents lâchers ; - la
présentation des Trichogrammes en capsules et le mode d'épandage
; l'influence du développement de la végétation (importance
du volume foliaire) sur l'efficacité parasitaire.
Figure 4. Principe assurant la coïncidence entre les 1ères
pontes d'Ostrinia nubilalis et le 1er lâcher de Trichogramma
brassicae.
Cas de la région parisienne
Encadrés : étapes de la production des Trichogrammes ; grisé
: développement de la Pyrale du Maïs. DJ : degré-jour
1 : Synchronisme
A l'exception de l'Alsace, où une prévision à trois
semaines du début de ponte d'O. nubilalis s'est avérée
possible, aucun élément suffisamment prévisionnel ou
constant n'a été trouvé dans les différentes
régions de France où sévit la Pyrale. On a donc
recherché une méthode permettant d'assurer le synchronisme
le plus exact possible entre les premières pontes de la Pyrale et
l'émergence des Trichogrammes du premier lâcher (Hawlitzky
et al., 1987). Les Trichogrammes, rappelons-le, sont stockés
au froid, au stade prénymphe. Une fois installés à
température ambiante, leur développement reprend, le temps
nécessaire à l'émergence des imagos dépendant
de cette température (pratiquement, au bout d'un nombre
déterminé de degrés-jours). Ces mêmes conditions
thermiques s'imposent aux Pyrales, dont la ponte n'intervient qu'au bout
d'un certain nombre (connu) de degrés-jours. Ces informations permettent
de déterminer la date à laquelle il convient de sortir les
capsules de la chambre froide (fig. 4). La fiabilité de la méthode
est illustrée par le tableau I.
Dans la pratique de la lutte, toutes les informations concernant
l'évolution de la Pyrale sont centralisées à la biofabrique.
En fonction de ces données, qui sont complétées par
le suivi des températures (reçues d'un serveur Minitel), les
différentes "vagues" de Trichogrammes du traitement sont
acheminées une à une et tous les 50 DJ, de l'entrepôt
frigorifique vers la coopérative pour un réveil en conditions
naturelles (fig. 5).
Figure 5 : Schéma de distribution des Trichogrammes
Le coût de ce type de traitement est actuellement plus élevé que celui d'une intervention avec un insecticide chimique. Cependant, la protection de l'environnement est assurée : les Insectes auxiliaires sont épargnés et les Vertébrés (dont l'Homme) n'encourrent aucun risque.
2 : Couverture de la ponte
Il n'est pas possible de maintenir constant à 5 jours l'intervalle
d'émergence des vagues successives. En effet, l'émergence des
Trichogrammes est fonction de la température extérieure au
moment de la fin du développement pré-imaginal, les capsules
étant dans un abri de type météorologique. Aussi, pour
un premier lâcher à effectuer début juillet 1987, en
Eure-et-Loir, les trois premières vagues ont-elles été
séparées chacune respectivement par 2 jours seulement (donc
4 jours au total au lieu de 15). Dès 1988, les vagues ont été
sorties de 50 DJ en 50 DJ, correspondant à des intervalles allant
en diminuant (en juillet, une journée = 10 à 15 DJ) et la
couverture de la ponte a été régulière et totale
par les différentes vagues d'émergence qui, elles aussi, ont
été séparées par cette même somme de
degrés-jours (fig. 6).
Figure 6. Comparaison de deux protocoles de réveil des
Trichogrammes
cas de la Seine-et-Marne, en 1985
3 : Conditionnement des Trichogrammes en capsule et mode
d'épandage
Depuis quelques années et dans certaines régions telles que
l'Isère et la Charente-Maritime, où sont utilisées des
variétés tardives de Maïs, les premières pontes
de la Pyrale ont lieu et le lâcher est pratiqué lorsque le
maïs a encore une petite taille (15 à 35 cm). Par suite du faible
couvert foliaire, les capsules déposées au sol, exposées
aux rayons solaires, voient leur température intérieure
s'élever jusqu'à plus de 44°C, ce qui entraîne la
mort des parasitoïdes. Les éventuels survivants ont un potentiel
biologique réduit et la génération-fille a son taux
sexuel modifié (Chihrane et al., 1990). Une première
parade a été trouvée et est appliquée depuis
1988 : lors du 1er lâcher, la 2e vague est supprimée ; en effet,
demeurant plusieurs jours sur le sol pour y achever leur développement
pré-imaginal, ce sont les Trichogrammes de cette vague qui encourent
le plus de risques. La dose qu'elle représente est alors reportée
sur la 1ère vague du 3e lâcher, qui émerge au moment
du pic de ponte de la Pyrale (stratégie à 5 vagues).

Figure 7 : Schéma d'épandage des capsules
a : situation normale, Maïs couvrants (hauteur > 60 cm) ; b : cas
particulier des Maïs bas non couvrants
Une seconde parade consiste à déposer les capsules sur les plantes, ce qui demande un travail supplémentaire mais il a été montré que sur des Maïs de moins de 60 cm, le lâcher peut être fait en 33 points seulement (1 point = 3, 6 ou 9 plantes selon le numéro du lâcher), au lieu de 100 ; le faible volume de végétation permet en effet une meilleure dispersion des Trichogrammes dans le champ (fig. 7). Pour ce qui est des lâchers aériens sur maïs bas, des études sont en cours.
4 : Efficacité parasitaire et volume foliaire
Lorsque les lâchers les plus tardifs ont lieu dans des régions
où les variétés utilisées sont alors de grande
taille (comme en Italie) ou au moment de la 2e génération de
la Pyrale du Maïs (stade phénologique mature, Sud-Est de la France),
il a été constaté une diminution notable de
l'efficacité parasitaire des Trichogrammes. Ce phénomène
peut être dû à l'importance du volume foliaire, intervenant
comme obstacle au comportement de recherche des Trichogrammes.
Or, dans la nature, ce comportement n'est pas connu ; il est en effet très
difficile à observer, vu la très petite taille du Trichogramme.
Les recherches, entreprises par Kaiser (1988), se poursuivent actuellement
(Frenoy, 1990, Frenoy et al., 1991, 1992). Elles portent, d'une part,
sur l'analyse des comportements de l'entomophage (recherche et reconnaissance
de l'hôte, ponte), et d'autre part, sur la mise en évidence
de substances allélochimiques (déclenchant un comportement
chez un autre animal) émanant de l'hôte (ce sont des kairomones),
la caractérisation de leurs natures biologique et biochimique et l'examen
de leurs effets sur les comportements précités.
Ces travaux visent l'acquisition de connaissances fondamentales sur les
mécanismes de la communication chimique entre les deux partenaires
du couple insecte-hôte - insecte-parasitoïde ; ils ont aussi un
objectif agronomique et finalisé à court terme : les kairomones,
ainsi mises en évidence et caractérisées, devraient
permettre de manipuler le comportement de l'oophage et d'augmenter son
efficacité parasitaire dans des situations limitantes telles que celles
décrites plus haut.
Des résultats excellents ont été obtenus depuis 1990
dans cette voie. Une kairomone a été mise en évidence,
dont le rôle est d'orienter et d'attirer le Trichogramme vers la ponte
de la Pyrale ; elle réduit nettement le temps qu'il met à trouver
son hôte.
Des études se poursuivent afin de caractériser un certain nombre
de paramètres liés au mode d'action et à l'utilisation
de cette kairomone tant au niveau de la production de masse que de la
stratégie de lâchers.
Figure 8 : Capsules conditionnées par l'UNCAA
2.4. Conclusion
Les travaux de mise au point effectués, selon la démarche que
l'on a exposée, par les différentes équipes de recherche
impliquées, INRA, Université et firmes, ont permis d'aboutir
à une méthode de lutte biologique fiable. Cette fiabilité
repose sur le vaste éventail des connaissances acquises tant dans
des conditions contrôlées que semi-contrôlées et
naturelles et sur la complémentarité des champs
d'investigation.
L'exemple de Trichogramma brassicae, présenté en
détail, confirme qu'une stratégie de lutte biologique
nécessite de nombreuses années de mise au point et requiert
la concentration et la coordination des efforts de plusieurs spécialistes.
Une fois élaborée et testée en vraie grandeur, elle
nécessite un affinement par le développement d'études
en laboratoire pour comprendre les mécanismes d'action de facteurs
abiotiques ou facteurs biotiques tels que ceux décrits sur l'effet
des températures élevées et sur l'intervention de
kairomomes. Ainsi peut-on progressivement étendre le champ d'action
du procédé de lutte biologique et l'appliquer dans des conditions
où elle n'était pas assez efficace.
Pour ce qui est de la Pyrale du Maïs, des chercheurs de l'INRA, de son partenaire privé, l'UNCAA, et d'organismes étrangers, réunis dans le cadre d'un projet CEE "Sprint", concentrent leurs efforts sur la lutte contre la 2e génération (Sud-Est de la France, Italie et Espagne) et contre la 3e (Italie, Espagne) de ce ravageur. Il s'agit de garantir l'efficacité de la lutte par Trichogrammes dans les régions chaudes.
Tableau II. Coûts comparés des traitements chimique
et biologique
AS : agriculteur opérant sans intervention extérieure ;
A+ : agriculteur confiant le travail à une entreprise (p. ex. de travaux
aériens)
| traitement chimique | traitement biologique |
| AS A+ 150 F/ha 250 à 280 F/ha |
AS 280 à 300 F/ha |
Tableau III. Evolution des surfaces traitées par
Trichogramma brassicae (en ha)
| 1984 | 1985 | 1986 | 1987 | 1988 | 1989 | 1990 | 1991 | |
| France | 300 | 560 | 1 000 | 900 | 3 500 | 6 845 | 7 950 | 10 000 |
| Allemagne | 150 | 1 480 | 2 150 | 2 400 | ||||
| Suisse | 1 200 | 1 260 | 1 500 | 1 600 | ||||
| Autriche | 200 | 200 | ||||||
| Italie | 400 | |||||||
| total étranger | 400 | 1 350 | 2 740 | 3 850 | 4 200 |

Figure 9. Une partie de l'installation d'élevage des
Trichogrammes
Unité de stockage des capsules (cliché UNCAA)
A l'heure actuelle, deux autres ravageurs sont visés par cette
méthode.
Le premier est le Carpocapse de la châtaigne, Cydia splendana
(Lépidoptère Tortricidae). Les producteurs cévenols
souhaitent aboutir à une solution biologique de ce problème
et soutiennent les efforts de l'équipe INRA d'Antibes qui
l'étudie.
Par ailleurs, un groupe de travail s'est mis en place en 1991 pour faire
converger un certain nombre d'études sur les couples vers de la grappe
- Trichogrammes sur lesquels les travaux avaient été lancés,
il y a plusieurs années, à Antibes par J. Voegele et son
équipe et par la station INRA de Colmar. En effet, les vers de la
grappe, Eudémis et Cochylis, demeurent des ravageurs phytophages
économiquement très importants dans tous les vignobles
français (Alsace, Bordeaux, Champagne, Côtes du Rhône,
Languedoc-Roussillon, Provence). Ces trois dernières années,
ils ont posé d'importants problèmes, en particulier l'Eudémis
car, malgré 6 interventions avec des insecticides de synthèse
(2 par génération sur certains sites), les dommages produits
ont dépassé le seuil économique, dans certaines
régions viticoles, sans compter les effets indésirables de
ces produits chimiques.
Sont impliquées plusieurs équipes du département de
Zoologie de l'INRA (Antibes, Avignon, Colmar, Lyon, Versailles), l'UNCAA
et l'ITV (Institut technique de la vigne), ainsi que d'autres partenaires
privés et publics. Les recherches entreprises visent à
acquérir des connaissances de base - dans les domaines de la dynamique
des populations, de la biologie, de l'écophysiologie, de la
variabilité génétique entre populations de caractères
biologiques et/ou éthologiques, du comportement - tant sur les ravageurs
que sur les Trichogrammes, agents de lutte biologique. Celà doit permettre
de déterminer une stratégie d'intervention fiable et de rassembler
les éléments de connaissance qui permettront d'expliquer les
éventuelles déviations dans les résultats et donc d'y
porter remède.
Enfin, il faut signaler l'existence en France d'un groupe actif de travail
national liant l'INRA et l'Université, débordant le groupe
précédant, et qui concentre ses recherches sur des aspects
plus fondamentaux que ceux décrits ci-dessus et qui compte étendre
ses investigations à d'autres Insectes oophages. Il s'agit d'enrichir
la panoplie d'armes biologiques contre les déprédateurs des
cultures. L'intérêt des Trichogrammes, entrés dans la
pratique agricole et matière première d'une bio-industrie en
plein essor, n'est plus à démontrer .

Figure 10. Nicole Hawlitzky, à la loupe
binoculaire
Figure 11. Evolution de la production de Trichogrammes de l'unité
de Valbonne
de 1985 à 1991 (abcisse), en milliers d'ha traités
(ordonnée)
Les Trichogrammes dans le monde : les exemples du Brésil et de
la Chine
(d'après Trichogramma news n° 5)
| Rapporteur | Espèce de Trichogramma |
Hôte | Culture | Indigène (I) ou importé (X) |
Disponible en élevage |
| Brésil | |||||
| C.L. Hohman |
T. pretiosum T. manicobai T. acacioi Trichogramma sp .Probablt une nouvelle espèce Trichogramma sp. (? = fuentesi) Trichogrammatoidea annulata Trichogrammatoidea sp. |
Heliothis spp. Alabama argillacae Heliothis zea Erynnyis ello Anticarsia gemmatalis Dionne juno juno E. ello Dionne juno juno Diatreae saccharalis T. ello A. argillacea Heliothis sp. |
Cotonnier Cotonnier Maïs Manioc Soja Passiflore Manioc Passiflore Canne à sucre Manioc Cotonnier Cotonnier |
I I I I I I I I I I I I |
oui oui oui oui oui non non non non non non non |
| Chine | |||||
| Feng Jian-guo | T. dentrolimi | Adoxophyes orana | Pommier | I | oui |
| Li Li-Ying |
T. Maidis T. Pretiosum T. nubilale T. chilitraea T. cordubensis |
Ostrinia nubilalis Heliothis armigera Ostrinia nubilalis foreurs de la canne à sucre Ostrinia nubilalis |
Maïs Cotonnier Maïs Canne à sucre Maïs |
X X X X X |
oui oui oui oui oui |
| Pu Tiansheng |
T. confusum T. dendrolimi T. japonicum T. ostriniae |
(1)Cnaphalocrocis medinalis (2) Tryporza incertulas (3) Jaspidia stygia (4)Proceras venosatum (5) Parnara guttata (1), (2), (5) (1), (2), (5) Ostrinia furnacalis |
I I I |
oui oui oui |
|
| Wang Gui-jun |
T. dendrolimi T. closterae T. chilonis T. ostriniae |
Dendrolimus superans Botyodes diniasalis Leucoma sp. Philosamia cynthia Ostrinia furnacalis D. superans Pandemis heparana Ostrinia furnacalis Leguminivora glycinivorella Ostrinia furnacalis Mampava bipunctella |
Laris olgensis Pinus sylvestris |
I |
oui |
Lorsqu'il vient d'être pondu dans un oeuf où la bandelette
embryonnaire est à son maximum de développement, l'oeuf du
Trichogramme mesure 108 x 35 mm. Agé de 13 heures, il est au stade
blastoderme. Il a déjà augmenté de taille et mesure
130 x 55 mm. Ce stade est bien reconnaissable à sa couche cellulaire
périphérique visible aussi bien sur l'oeuf in vivo que
sur coupes histologiques. A l'âge de 22 heures, l'oeuf renferme un
embryon et sa taille n'a guère augmenté (136 x 66 mm). A 35
h 1/2, un oeuf de 159 x 97 mm au pôle le plus large contient une larve
prête à éclore.
Le tube digestif de la larve nouveau-née est formé de 3 parties
bien individualisées : stomodéum, mésentéron
(surtout) et proctodéum (respectivement, les parties antérieure,
moyenne et postérieure - aux origines embryologiques et aux fonctions
distinctes - du tractus digestif d'un Insecte). Elle commence à
s'alimenter très tôt, en utilisant le milieu le plus proche
de sa région stomodéale. Le mésentéron contient
du vitellus (sous forme de matière pulvérulente ou de globules
vitellins) ou bien des cellules de la bandelette embryonnaire de
l'hôte.
La larve de 1er stade, qui se développe en 3 heures, est cylindrique
et très condensée, ce qui lui donne un aspect trapu. Elle est
immobile et mesure 168 x 104 mm. Elle occupe à ce moment environ 1/5
de la largeur de l'oeuf-hôte et moins d'1/4 de sa longueur. Le plus
souvent, à l'extrémité postérieure de cette larve,
se trouve une masse de forme plus ou moins arrondie, constituée par
la condensation de la membrane embryonnaire.
Au 2e stade, la larve prend une forme plus allongée ; elle est très
mobile. Sa taille : 326 x 100 mm.
C'est un stade très fugace, qui ne dure qu'une heure environ. La larve
de 2e stade a un mésentéron de volume plus important, et dont
le contenu est de même nature mais plus dense que celui de la larve
du stade précédent.
Au cours du 3e stade, le plus long (de l'ordre de 33 heures), la larve subit
une forte croissance. Pendant les 3 premières heures, elle est en
forme de poire (larve piriforme). L'ingestion des tissus de l'hôte
s'intensifie au début de ce stade et le mésentéron emplit
presque toute la cavité générale. Son contenu est très
diversifié : des fragments importants de la bandelette de l'hôte
s'y trouvent sous forme de cellules isolées mais juxtaposées
et de cordons où les noyaux pycnotiques sont encore visibles ou non
ainsi que des granules isolés A ce stade apparaissent, en contact
avec le bord interne de l'épithélium intestinal, des fragments
de l'hôte qui ne présentent plus de structure, indices d'une
digestion intestinale déjà bien avancée, qui complète
une digestion pré-orale effectuée par des enzymes salivaires.
La larve mûre, ronde, succède à la larve piriforme :
elle va rapidement, 10 heures après son éclosion, occuper tout
le volume de l'oeuf-hôte, après quoi elle cessera de s'alimenter,
l'hôte étant en effet entièrement consommé. 27
heures plus tard, elle se transformera en prénymphe.
La prénymphe a un aspect typique, dû à un tissu adipeux
chargé de produits d'excrétion azotée, des urates,
résultant du métabolisme digestif. Chez la nymphe, ces produits
vont progressivement se condenser et seront évacués par l'adulte
près d'émerger.
La taxinomie, science du classement des êtres vivants, suit des principes
et des cheminements qui peuvent aisément dérouter le profane.
Pour l'agriculteur, le qu'il épand est Trichogramma maidis,
nom qu'il portait lors de son homologation en 1988 et que les producteurs
n'ont pas (encore) changé.
Comme tout ce qui est vivant, un Trichogramme se voit baptiser d'un "binom
linéen"(pratique dûe à C. von Linné) écrit
en latin (de labo, parfois franchement de cuisine...), souligné dans
le manuscrit, imprimé en italique : le nom du genre (commençant
par une capitale) est suivi de celui de l'espèce. Le tout est
complété par le nom du savant qui a procédé au
baptême (sous forme d'une publication dans une revue
spécialisée, dûment contrôlée). Manies de
spécialistes ? Indispensable rigueur, plutôt, qui, associée
au fait que cette écriture latine est en usage quelle que soit la
langue du texte, permet de savoir à quel animal (ou plante) on a affaire.
Dans le cas des entomophages, l'identification précise de l'agent
biologique - au nivau spécifique, voire infraspécifique - importe
absolument, alors que n'existe souvent absolument aucun caractère
distinctif visible entre 2 "taxons"(catégories taxonomiques) voisins,
bien différents pourtant par leurs capacités. Elever et distribuer
un auxiliaire inefficace à la place de l'agent dont les capacités
destructrices ont été vérifiées et homologuées,
est en tout cas une catastrophe économique. Et cela s'est déjà
produit, dans le cadre de la lutte biologique contre le Pou de Californie,
une Cochenille des agrumes.
Les progrès des techniques d'identificaton sont une des (bonnes) causes
des changements de nomenclature, auxquels il faut se plier. La règle
de priorité, qui veut que si l'on découvre - au fond d'un grenier
p. ex. - une mention de l'animal antérieure à celle d'où
est issu le nom actuel, le nom (de genre) actuel disparaît au profit
de celui indiqué sur la trouvaille, est beaucoup plus discutable.
Un exemple de ses excès : l'auteur de ces lignes a entrepris en 1973
un travail de recherche sur Lymantria dispar, le Bombyx disparate
(qui s'était jadis appelé Bombyx, Liparis, Porthetria, Ocneria,
...) ; il publia en 1974 sur Porthetria dispar, puis, de nouveau
sur Lymantria dispar, titre d'un livre paru en 1989 ; actuellement
il écrit, comme tous ses confrères européens,
Porthetria dispar tandis que ses collègues nord-américains
conservent Lymantria... La seule ressource serait-elle alors le dessin
?
[R] Notes
(1) Le lecteur souhaitant revoir les
définitions des termes d'entomologie dans le domaine de la lutte
biologique se reportera au n°15 du Courrier, pp.21 et
sqq. [VU]
(2) Intitulé Trichogramma and other egg
parasites, Trichogrammes et autres parasitoïdes oophages, qui se
réunit tous les deux ans, soit dans le cadre d'un congrès du
même nom, soit dans une session incluse dans les congrès
internationaux d'Entomologie. A signaler que le prochain aura lieu à
Pékin, en Chine et est annoncé à la rubrique "Annonces
de colloques".[VU]
(3) Le groupe puis la revue (en 1983) furent mis en place
par S.A. Hassan (Allemagne, alors RFA), J. Voegele (France, station INRA
d'Antibes) et J. Van Lenteren (Pays-Bas). Actuellement, ces 2 derniers pays
sont représentés respectivement par E. Wajnberg (INRA Antibes)
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