les choux
1. Contexte génétique et
économique
2. Préservation des ressources génétiques
pour les choux cultivés
3. Origine et préservation des parents sauvages des
choux cultivés
Références bibliographiques
[R] 1. Contexte génétique et économique
Les choux, et plus généralement les crucifères
légumières, représentent, par leur ensemble, les productions
maraîchères les plus importantes en France et en Europe,
région dont elles sont pour la plupart originaires.
Les choux appartiennent, pour l'essentiel des productions européennes,
à une espèce principale
Brassica oleracea L. à 2n = 18 chromosomes. Cette espèce
est très polymorphe et est exploitée pour 4 cultigroupes
principaux. Par ordre d'importance économique décroissante,
il s'agit en France de :
- chou-fleur (B. oleracea var. botrytis) : 50 000 ha environ
;
- chou pommé (B. oleracea var. capitata ) : 8 000 ha
environ ;
- chou de Bruxelles (B. oleracea var. gemmifera) : 3 000 ha
environ ;
- brocoli (B. oleracea var. italica) : 2 000 ha environ.
Le chou-rave (B. oleracea var. gongylodes), peu important en
France, est surtout apprécié en Europe du Nord.
Les choux asiatiques (B. pekinensis et B. chinensis) appartiennent
au groupe Brassica rapa L. (B. campestris) à 2n = 20
chromosomes. Leur importance économique est limitée en Europe
et la conservation des ressources génétiques est entreprise
par les principaux producteurs d'Extrême Orient (Chine, Japon,
Taïwan).
La préservation des ressources génétiques pour les choux
légumiers ne doit surtout pas être conçue de manière
restrictive, mais prendre en compte, dans un cadre général,
les crucifères cultivées et sauvages. Elles forment en effet
un vaste complexe génétique introduisant, pour raisonner la
sauvegarde des ressources génétiques, une large
interdépendance. Ainsi par exemple :
- certains choux sauvages, encore présents sur les côtes
européennes, sont vraisemblablement des ancêtres des choux
actuellement cultivés ;
- les choux fourragers, qui ont été beaucoup plus cultivés
que les choux légumiers, et sont eux-mêmes très divers
aux plans physiologique et morphologique, appartiennent aussi à
l'espèce B.oleracea ;
- d'autres espèces de crucifères, sauvages ou cultivées
sont phylogénétiquement proches de l'espèce B.
oleracea ;
- le colza, principale crucifère mondialement cultivée, est
un amphiploïde entre B. oleracea et B. rapa.
[R] 2. Préservation des ressources génétiques pour les choux cultivés
2.1. Intérêt
Outre l'intérêt général de préserver un
patrimoine, la nécessité de recueillir les ressources
génétiques existantes a pris un caractère d'urgence
depuis une vingtaine d'années, par suite des évolutions techniques
de ces cultures. L'élément principal est le remplacement progressif
des variétés-populations locales par des hybrides F1.
Commencé il y a presque vingt ans chez le chou de Bruxelles, ce mouvement
s'est poursuivi chez les choux pommés et a gagné plus
récemment le chou-fleur. Pour ce dernier cultigroupe, il n'est pas
achevé par suite du manque d'hybrides F1 dans certains groupes de
précocité. Cependant, l'utilisation des
variétés-populations, fermières ou commerciales, qui
était de 90% environ pour le chou-fleur en 1980, ne représente
plus que (mais représente encore) 40% environ en 1994, surtout pour
les choux-fleurs à cycle long, les plus cultivés en France.
Tableau 1. Nombre de variétés agronomiques présentes au Catalogue
| 1983 | 1993 | |
| Chou de Bruxelles - population - hybrides Fl |
3 2 |
3 8 |
| Choux pommés - populations - hybrides Fl |
29 8 |
26 29 |
| choux-fleurs - populations - hybrides FI |
47 3 |
50 28 |
Cette évolution apparaît dans les nombres respectifs de
variétés-populations et d'hybrides présents au catalogue
officiel français, mais les taux d'utilisation effective des 2 types
variétaux principaux, s'ils étaient connus, accentueraient
encore cette évolution (tab. I).
Cependant, la persistance d'une production d'amateurs (jardins familiaux...),
maintient encore l'utilisation de variétés-populations commerciales
relativement diversifiées et génétiquement
hétérogènes.
En revanche l'utilisation de variétés purement locales,
sélectionnées et reproduites par les utilisateurs est en
régression rapide, ou quasiment éteintes, à l'exception
du chou?fleur.
2.2. Actions de collecte et de conservation réalisées en
France et en Europe
Outre les actions de collecte et de conservation propres à chaque
établissement de sélection, la principale opération
de collecte des ressources génétiques les plus menacées
a été conduite à l'INRA, par la station d'Amélioration
des plantes de Rennes - Le Rheu et le laboratoire d'Amélioration des
plantes légumières de Plougoulm-Saint-Pol-de-Léon. Elle
a été financée par l'INRA, et par l'Union européenne
dans le cadre d'une action européenne de conservation des resssources
génétiques des crucifères en Europe conduite de 1981
à 1984.
Il s'est avéré à cette occasion que, pour ce qui concerne
les populations de pays, qui représentent les groupes
génétiques les plus menacés, la France recelait la plus
importante diversité et a recueilli près du tiers de la collecte
européenne. Il est cependant vraisemblable que la diversité
génétique présente en Europe du Sud, du Portugal à
la Turquie, n'a été, à ce jour, que partiellement
rassemblée.
En France, la priorité pour la collecte a porté sur les populations
fermières, agricoles ou horticoles, recueillies par des collecteurs
(étudiants) chargés de parcourir les régions connues
pour l'utilisation de variétés traditionnelles. L'objectif
assigné était d'obtenir 30 à 50 grammes (soit 10 000
à 20 000 graines) par population, de la récolte la plus
récente. A de très rares exceptions près, les semences
ont été cédées gracieusement par les producteurs
; une fiche descriptive sommaire de la variété était
établie, par déclaration du producteur.
En complément, le rassemblement de l'ensemble des populations commerciales
connues a été également réalisé, par des
achats ou envois directs des obtenteurs ou des mainteneurs. Cette ressource
génétique apparaissait moins menacée mais ces populations,
dites fixées, sont néanmoins sujettes à évolution
au cours des multiplications, ou peuvent être abandonnées.
2.3. Maintien des populations
Les lots de semences ramenés à une humidité résiduelle
d'environ 7% par déshydratation progressive sont conservés
au congélateur (-18°C environ).
2.4. Evaluation
Aucune description ou évaluation exhaustive de chaque population n'a
pu être réalisée. Cependant les laboratoires concernés
conduisant également. des programmes de sélection pour le
chou-fleur, une partie de la collection a été examinée
pour ce cultigroupe. Dans le cadre d'un programme d'amélioration des
crucifères légumières pour la résistance à
la hernie, champignon tellurique pathogène, la majeure partie de la
collection a été évaluée. Un bon niveau de
résistance a été détecté, à cette
occasion, chez 2 populations fermières du Centre de la France.
Tableau II. Collection française de crucifères cultivées
| Populations fermières | Populations commerciales | Total | |
| 1 Crucifères légumières - choux pommés - choux-fleurs - choux de Bruxelles |
56 295 6 |
59 80 7 |
115 375 13 |
| 2 - Autres cultigroupes proches - chou fourrager - rave, navet et rutabaga |
342 81 |
18 19 |
360 100 |
2.5. Régénération et multiplication
Ces phases, qu'il est nécessaire d'entreprendre après une dizaine
d'années de conservation, compte tenu de la qualité germinative
parfois médiocre des lots initiaux, est la plus délicate et
la plus coûteuse. En effet, toutes les crucifères
légumières sont allogames, à pollinisation entomophile.
La plupart des cultigroupes sont à cycle long, souvent bisannuel et
avec, parfois, des exigences écologiques particulières pour
(obtention de la floraison. En raison de l'importance de la collection, ni
le maintien séparé de toutes les populations, ni leur isolement
par la distance n'était envisageable.
La régénération de la collection a été
engagée à partir de 1992 grâce à (aide
financière du Bureau des ressources génétiques qui a
permis d'acquérir le matériel d'isolement (serres-tunnels
cloisonnées). La méthode générale est la
suivante
- conduite dans une même unité d'isolement de 5 à 10
populations voisines, d'un même cultigroupe, (même
précocité et origines géographiques proches). Chaque
population est représentée par 40 plantes ;
- interfécondation par introduction d'insectes pollinisateurs ;
- récolte séparée des différentes populations
et rassemblement par sous-ensemble provenant d'une même unité
de pollinisation (pollinisateurs communs) ;
- conservation par congélation de 100 g de graines par population.
Une partie seulement de la collection a pu, jusqu'à présent,
être ainsi régénérée.
Dans le cadre de la coopération européenne, un lot de sauvegarde
pour chaque population est adressé à un autre conservatoire
européen (Wellesbourne ou Wageningen). Une demande visant à
permettre la description et la régénération de l'ensemble
de la collection actuellement détenue, et à la compléter
sera prochainement soumis, avec les autres partenaires européens,
à un appel d'offres de l'Union européenne.
[R] 3. Origine et préservation des parents sauvages des choux cultivés
3.1. Relations génétiques et écologiques
générales
De nombreuses populations sauvages sont directement apparentées sur
un plan génétique au chou cultivé. Leur aire d'extension
recouvre tout le Bassin méditerranéen ainsi que le littoral
atlantique de l'Europe sud-orientale et de la Mer du Nord. L'isolement des
stations a conduit les botanistes à décrire
de nombreux taxons, ramenés maintenant à une douzaine
d'espèces élémentaires et à un certain nombre
de variétés botaniques. Toutes ces populations font partie
de la même espèce collective du groupe des espèces à
2n = 18, qui correspond à une section particulière du genre
: la section Brassica, qui regroupe les espèces possédant
le génome C. Le nombre chromosomique est stable dans toutes les
populations, bien que l'on trouve (rarement) dans l' ensemble des espèces
des individus aneuploïdes, triploïdes, tétraploïdes
et haploïdes. L'aneusomatie a aussi été mise en évidence
chez certains individus.
Les différentes espèces de la section n'ont, semble?t?il, pas
développé, sauf exception, de réelles barrières
de stérilité avec leur voisines et devraient s'hybrider facilement
entre elles. Des études caryologiques fines ont cependant montré
que les différentes populations des différentes espèces
pouvaient s'être différenciées caryologiquement les unes
des autres suite à des translocations.
Pour ne parler que des populations françaises, il est, par exemple,
à noter que certaines populations corses de Brassica
insularis Moris. présentent des individus triploïdes
et ont vraisemblablement engagé des processus évolutifs originaux.
Toutes les espèces recensées sont réputées allogames
(la. présence du gène " S " entraînant
l'auto-incompatibilité semble assez fréquente).
L'auto?stérilité n'est jamais totale dans les populations
naturelles comme ceci a pu être mis en évidence
expérimentalement sur plusieurs espèces de la section. Une
telle aptitude n'est pas négligeable dans la mesure où dans
leur habitat naturel (falaises littorales ou maritimes, rocailles et îlots)
les effectifs peuvent être très réduits.
Les semences des espèces de la section Brassica sont
majoritairement barochores (entraînées par leur poids). Les
relations interpopulations, pour ces espèces de falaise, sont donc
limitées. Il n'en est pas de même pour les semences présentes
dans les rostres des siliques qui peuvent être dispersées beaucoup
plus loin, notamment par le vent.
Le maintien des populations d'espèces de la section Brassica est
totalement dépendant de l'installation de nouveaux individus issus
de la germination susceptibles de compenser la mortalité des individus
plus âgés dont certains se maintiennent, dans les habitats de
falaise, certainement plus d'une décennie. Aucune réserve de
graines dans le sol n'est constituée, les semences semblant d'ailleurs
germer presque simultanément dans la nature et perdre très
rapidement leur viabilité si l'on ne les soumet pas à des
traitements de conservation particuliers.
Il est communément admis de regrouper les différentes espèces
(et les différentes populations recensées) en quatre ensembles
géographiques distincts :
- l'ensemble atlantique et nord-ouest méditerranéen qui abrite
principalement deux espèces : Brassica oleracea, des côtes
du Sud de l'Angleterre et du Pays de Galles, du Nord et de l'Ouest de la
France et de la côte atlantique de l'Espagne et Brassica montana
Pourr. qui s'étend de la province de Gérone en Espagne, jusqu'en
Toscane en Italie, en passant par la côte méditerranéenne
française ;
- l'ensemble centro-méditerranéen qui abrite l'espèce
Brassica insularis qui se rencontre en Corse, en Sardaigne et en Tunisie
;
- l'ensemble sicilien-sud italien et yougoslave qui abrite quatre espèces
: Brassica villosa Biv., Brassica rupestris Rafin., Brassica
macrocarpa Guss. et Brassica incana Ten. ; les trois premières
se rencontrent exclusivement en Sicile alors que la dernière est
présente en Sicile mais aussi en Campanie et dans la région
de Naples et sur la côte et les îles dalmates où elle
différencie des taxons particuliers souvent considérés
comme des espèces à part entière ;
- l'ensemble oriental qui concerne les populations de côtes
égéennes et de la Turquie jusqu'au Liban et Israël (les
populations de ces deux derniers pays représentant pour certains auteurs
des introductions anciennes) ; de nombreux taxons y ont été
décrits mais tous se rapportent à l'espèce Brassica
cretica Lam. à l'exclusion de Brassica hilarionis Holmb
endémique stricte de Chypre.
Une autre espèce de Brassica vivant aux Canaries possède
un génome C : il s'agit de Brassica bourgeaui (Webb) O.Kuntze.
3.2. Origines géographiques et ressources
génétiques
Il est présentement admis par l'ensemble des auteurs (Gomez-Campo
et Gustafsson, 1991) que le centre d'origine du groupe 2n = 18 devrait être
la Sicile. Plusieurs arguments militent dans ce sens :
- 4 espèces y ont été décrites par les botanistes
;
-la plus grande variablité morphologique y est observée pour
tout le groupe ;
- les taxons siciliens présentent des caractères
considérés comme archaïques par les auteurs (pilosité,
et caractères du fruit).
A partir des espèces siciliennes, se seraient différenciées
les autres espèces méditerranéennes et européennes
selon deux " voies évolutives " parallèles, à savoir
:
- d'une part, celle qui, partant de B. incana aurait donné
B. montana puis B. oleracea suivant un itinéraire passant
par les côtes de la botte italienne puis de la côte
méditerranéenne française pour atteindre la Catalogne
et secondairement le littoral atlantique jusqu'à la Mer du Nord et
les côtes britanniques ;
-d'autre part, celle qui, suivant trois itinéraires en étoile,
aurait donné à partir de B. villosa, B. macrocarpa
en Sicile, B. insularis en Corse, Sardaigne et Sicile selon un
axe nord-sud centroméditerranéen, puis B. cretica en
direction de l'est de la Méditerranée.
a) Les populations de la façade méditerranéenne
française continentale
Toutes les populations de la région méditerranéenne
française continentale (de Menton à Collioure) sont
considérées comme devant être rattachées à
l'espèce Brassica montana Pourr. De cet ensemble se détache
nettement la population du Mont Faron à Toulon (Var) qui est à
considérer comme " une des plus importantes sinon la plus importante
de Méditerranée " (vraisemblablement plus de 50 000 individus),
selon le rapport de la mission Perrino et al., réalisée
en 1985 pour le compte de l'IPBGR. De l'avis de ces auteurs, les populations
françaises continentales dans leur ensemble sont à considérer
comme menacées par la " fermeture du milieu " (concurrence
végétale) à l'exclusion de la population du Mont Faron.
Ont été recensées au total en Méditerranée
:
Languedoc-Roussillon : 9 populations, dont 6 dans l'Aude et 3 dans les
Pyrénées? Orientales ;
Provence-Alpes-Côte d'Azur: 24 populations, dont 4 dans les Alpes-Maritimes
et 20 dans le Var.
b) Les populations de Corse
Toutes ces populations sont rattachées à l'espèce
Brassica insularis Moris. Diverses variétés ont
été décrites sur la base de caractères morphologiques
(var. ayeliesii Litard & Simon, var. aquellae Wilder &
Bocquet, var latiloba Schulz, var angustiloba Schulz.). Sept
populations ont été recensées, toutes situées
sur habitats de falaises. Trois populations sont très importantes
avec des effectifs dépassant 10 000 individus pour l'une d'entre?elle.
Une population (celle de Punta Calcina) est très menacée avec
des effectifs inférieurs à trente individus.
c) Les populations de la façade atlantique française
Plus d'une dizaine de populations sauvages ont été localisées
depuis les côtes de la Manche jusqu'en Charente-Maritime. Si certaines
de ces populations sont menacées par l'aménagement, elles se
conservent bien dans l'ensemble avec des effectifs élevés (10
000 individus et plus, dans certains sites de la Manche).
Note
(1) Y. Hervé : Ecole nationale
supérieure agronomique, 65, Route de Saint?Brieuc, 35042 Rennes cedex
et INRA, Station de génétique et d'amélioration des
plantes, 35650 Le Rheu ; L. Olivier : Conservatoire botanique national,
Porquerolles ; M. Ch;muet : Bureau des ressources génétiques,
54, rue Cuvier, 75231 Paris cedex O5.[VU]