Il faudra sans doute attendre plusieurs mois avant de connaître les
conséquences exactes de la crise de la vache folle mais on peut, dès
à présent, en tirer quelques leçons.
La première leçon, c'est qu'aujourd'hui le consommateur souhaite
connaître avec exactitude ce qu'il mange. Au moindre soupçon,
il réagit immédiatement en se détournant du produit.
Ce qui est anonyme apparaît plus facilement suspect. C'est donc toute
la filière du producteur au distributeur qui doit jouer la transparence.
La mise en place par l'interprofession bovine du logo VF, qui assure la
traçabilité de la viande à tous les stades est une bonne
réponse. Il est toutefois regrettable que ce logo soit aujourd'hui
apposé que dans la moitié des points de vente et que la
restauration soit restée, à quelques exceptions près,
en dehors du mouvement.
Cet effort de traçabilité doit maintenant être relayé
par une véritable politique de qualité. Les productions sous
garantie officielle (label, certificat de conformité, agriculture
biologique) sont anormalement peu développées en viande bovine,
alors que la France dispose de nombreux atouts : le savoir-faire ancestral
des éleveurs, des races à viande connues dans le monde entier,
des terroirs diversifiés, une tradition gastronomique réputée.
Certes, ces viandes coûtent un peu plus cher à produire et exigent
le respect d'un cahier des charges rigoureux tout au long de la filière
mais elles sont de nature à apporter au consommateur la
sécurité et la satisfaction indispensables à une reprise
durable de la consommation.
la deuxième leçon c'est l'impact des aspects sanitaires sur
l'alimentation. Il suffit d'un simple doute pour que la consommation s'effondre,
les frontières se ferment et que des filières entières
soient menacées.
Longtemps, on a parlé à ce propos de barrière sanitaire
comme un moyen commode utilisé par les Etats pour se prémunir
contre la concurrence. La suspicion engendrée par la maladie de
l'encéphalopathie spongiforme bovine montre que la garantie sanitaire
est devenue un critère majeur dans le choix du consommateur.
Enfin cette crise aura démontré la fragilité de nos
techniques de protection agricole. Les progrès de la recherche, les
gains constants de productivité engendrés par la mondialisation
des échanges ne doivent pas remettre en cause les exigences de
transparence et de sécurité vis-à-vis du consommateur.
Elle aura également montré l'interdépendance de nos
économies. L'épidémie de vache folle qui sévit
en Grande Bretagne et les déclarations officielles qu'elle a
suscitées auront suffi à créer le doute dans tous les
pays de l'Union européenne et chez nos acheteurs habituels. Les
conséquences en sont dramatiques pour toute la filière. Il
ne suffit plus qu'un pays soit indemne ou plus draconien que les autres pour
être protégé. La France, qui a le système
d'identification le plus performant d'Europe, un système
d'épidémio-surveillance efficace et pratique l'abattage
systématique des troupeaux dans le cas d'ESB s'est déclaré,
a été touchée comme ses partenaires européens.
Il ne set à rien d'être vertueux tout seul. C'est toute l'Union
qui avance ensemble ou qui subit les conséquences du laxisme de l'un
de ses membres.
Nos dirigeants européens doivent donc imposer d'urgence une identification
obligatoire, des règlements sanitaires stricts, assortis de contrôle
rigoureux. C'est le prix de la confiance à retrouver. En jouant la
transparence et la qualité, la filière viande française
veut réussir ce pari essentiel pour son avenir.
Jean-François Hervieu et président de l'Assemblée permanente des chambres d'agriculture.
NDLR : Déficit d'information, fragilité des échanges
commarciaux et des techniques de production, le diagnostic que porte
Jean-François Hervieu sur le "cataclysme de la vache folle" devrait
faire réfléchir, tant dans le secteur agro-alimentaire que
dans les autres secteurs industriels plus d'un responsable.
Cette crise jette, par exemple, une lumière nouvelle et crue sur les
enjeux de l'étiquetage des produits issus du génie
génétique -le refus d'informar ne seait-il pas lui-même
à l'origine de l'apparente irrationalité du consommateur et
de "prétendus obscurantisme" ? Elle devrait aussi attirer l'attention
sur les inéluctables dérives de processus technologiques de
plus en plus complexes, imbriqués et sensibles.
P. L.
[R]