Vers la page d'accueil du Courrier de l'environnement de l'INRA    


Le Courrier de l'environnement n°30, avril 1997, rubrique AVEULOUQUE

Internet et l'environnement

D'après une enquête de Gian Carle
Institut fédéral de technologie, Zurich (Suisse), exposée le 15 janvier 1997.
Avec un Post-scriptum d'Alain Fraval et un encadré sur Les pollutions induites par les ordinateurs.

"Le recours au média Internet pourrait-il favoriser et simplifier les efforts faits en faveur d'un environnement sain ?".
Les quelque 60 millions d'internautes (chiffre bien difficile à préciser) ne sont qu'une petite partie de l'humanité, regroupée qui plus est dans quelques pays (en tête au palmarès de la proportion de branchés dans la population : la Finlande, suivie des Etats-Unis puis du Canada et de la Suisse). Pour une bonne gestion de l'environnement dans un monde économique durable, les institutions politiques, économiques, administratives et les organisations non gouvernementales ont besoin de données fiables, complètes et à jour. Internet peut être une gigantesque banque de données et de textes que chacun nourrit et où chacun puise ; il pourrait aussi être gratuit, mais... Par ailleurs, les groupes écologistes ont déjà l'habitude d'utiliser la Toile pour diffuser leurs communiqués et tenir la Planète au courant de leurs actions ; en principe, les gros (Greenpeace, les Amis de la terre, etc.) y sont à égalité avec les petits.

Pour mieux connaître les attitudes des "environnementalistes" face au Réseau et tracer le profil du cyberécologiste, un questionnaire a été diffusé - sur Internet bien sûr. Il a été lu par 4 000 internautes, dont 5% ont répondu. L'analyse des réponses est détaillée (graphes et calculs statistiques à l'appui) sur les pages de l'auteur, à l'adresse ci-dessus (en anglais et en allemand).

Les résultats sont sans doute biaisés par le fait que n'ont pris la peine de répondre que les personnes ayant une "attitude positive" vis-à-vis d'Internet. Les femmes représentent 16% seulement de l'échantillon, mais leur niveau d'études est bien supérieur à celui des hommes... et elles sont plus convaincues qu'eux du rôle positif que le Web peut jouer en faveur de l'environnement.

La moitié des réponses traduit une satisfaction vis-à-vis de la qualité des informations présentes en ligne. Un point discuté toutefois, et discutable. Ont en effet été pointés le manque de qualité des informations, la publication de demi-vérités, l'inconsistance de contenus, un piètre souci de l'indication des sources, la sur-représentation des Etats-Unis et la domination de la langue anglaise, la difficulté à trouver des données non-américaines. Sont jugés exaspérants les bandeaux publicitaires et les graphismes - dont la beauté, pour certains, ne fait pas du tout oublier qu'ils ralentissent le débit des données. Trop d'apparence, pas assez de réalité. Des textes sont seulement annoncés, qui devraient être publiés en ligne : une rétention d'information due en grande partie à la gratuité actuelle.

Que cherche-t-on sur Internet dans le domaine de l'environnement ? Des documents généraux, des articles scientifiques, des données. Une critique souvent faite : l'absence de pages "pointues" de grande qualité accompagnées de l'indication des sources (et/ou références bibliographiques) ; il est trop fait confiance à ce qui est publié par les organismes officiels et par les grosses ONG. Internet apparaît particulièrement utile pour les sujets spécifiques mais là, le problème est de localiser l'information. Pourtant - expérience faite - il permet, depuis Zurich, de se documenter sur les déchets nucléaires ex-soviétiques déposés sur la presqu'île de Kola, sur la déforestation annoncée à Bornéo et sur le projet local " ZüriAutoFrei ".

Douze pour cent des utilisateurs d'Internet partent en quête quotidiennement d'informations sur les politiques gouvernementales ; plus de 20% le font à des rythmes hebdomadaire et mensuel. Sinon, les substances toxiques et l'eau sont les sujets les plus régulièrement interrogés. Plus de la moitié des internautes n'ont jamais cherché d'information sur les animaux, les forêts, les plantes et micro-organismes, l'agriculture, l'aménagement du territoire, les constructions écologiques, le bruit... Parmi ces thèmes, l'un reçoit la meilleure note de qualité : celui ayant trait au végétal ; vient ensuite la foresterie. Les trois quarts des réponses donnent au thème agriculture une mauvaise note. Les professionnels sont très critiques vis-à-vis de leur domaine : le contenu du Réseau, vu d'un oeil averti paraît donc mauvais.

Les systèmes de recherche par mots clés (moteurs, chercheurs, robots, farfouilleurs...) sont d'une efficacité insuffisante et qui mettra en ligne un site environnemental avec un bon index sera applaudi. Actuellement, les outils de l'internaute lui apportent en vrac des pages pertinentes et d'autres pas du tout. Gian Carle pose trois questions : - Quel système est mis en oeuvre pour indexer les pages d'environnement actuellement sur le Web ? ; - Comment constituer un système d'indexation intelligent ? ; - Comment garantir la qualité des pages indexées ? Il relève quelques travaux intéressants, ceux d'Envirolink.org, de Webdirectory.com, de l'European Centre for Nature Conservation and Word-Wide Web.

Quid de l'infrastructure ? Ni les logiciels, ni les pannes d'ordinateur, ni les coûts de téléphone ne semblent poser de problème aux cyberécologues universitaires. Bien plus mal lotis (et très mécontents) sont les particuliers, aux prises avec un Réseau surchargé. La solution viendra-t-elle de l'installation d'un super-réseau ? Il pourrait être payant et même cher...
G.C.

[R] Post scriptum

Cette étude zurichoise vient compléter un débat très pratiqué actuellement. Elle apporte, sous un point de vue européen, des éléments concrets sur l'usage, l'utilité et la satisfaction fournie par un média en plein essor, où les choses évoluent très vite. Le contenu s'enrichit (y compris de nos modestes contributions) tandis que les dysfonctionnements perdurent.

Vu de France, impossible d'échapper à un couplet sur le Minitel. Un instrument très répandu, au fonctionnement bien connu, au contenu riche et utile et... rémunérateur. Exemple très connu et très irritant : c'est "sur Minitel" qu'on trouvera les lois qui nous régissent (Journal officiel) et pas sur Internet qui est gratuit. Un comportement très répandu qu'abandonneront à regret les fournisseurs de services 3615 et plus.

Vu de Suisse, la France est fort mal pourvue en ordinateurs et c'est encore pire pour ce qui est des installations particulières "branchées". Indépendamment de particularités locales, il est vrai qu'il faut un certain niveau de vie, une curiosité forte, en plus d'un optimisme très certain et très fort quant à la facilité d'installation, de configuration, de branchement, etc. et à la durée de vie d'un ordinateur "domestique". Au dernier Salon du livre, le multimédia était à l'honneur. Les machines reliées à Internet étaient nombreuses ; parmi elles, celles d'un fabricant d'ordinateurs grand public et professionnels renommé, branchées par modem (comme chez le particulier moyen). Cette démonstration (très honnête) a confirmé ce que j'avais pu constater déjà : la nécessité de disposer de lignes spécialisées (c'est vrai partout) très chères (spécialité française, dit-on) aboutissant à un ordinateur très "musclé" manipulé par un internaute motivé et compétent (ça vient vite).

Les milieux professionnels (en attendant les citoyens lambda), mieux équipés, bénéficient-ils d'Internet ? Guillaume Maincent a fait un très bon tour de la question dans le Courrier de l'environnement (notre presque homonyme) n°213 du 21 janvier 1997, livrant une double liste d'adresses (sur la Toile) utiles et résumant : "Les nouvelles technologies de communication multimédia pourraient être très utiles aux professionnels de l'environnement. Mais trop nombreuses, connotées et pas assez ciblées, les informations véhiculées sont souvent difficiles d'accès. Le cyberécologiste n'est pas encore né."

Restent les chercheurs, qui se sont appropriés un outil de communication militaire pour en faire leur instrument de communication et le voir, la plainte est assez générale, envahi, ralenti, voire paralysé par les "civils", surfeurs futiles et mercantiles. Leurs "papiers" atteignent leurs chers collègues par courrier électronique, leurs discussions se passent au travers de leurs clavier et écran, leurs revues sont en ligne, leur "biblio" aussi. Ils sont en train - aux États-Unis en tous cas - de s'installer un réseau à part, plus rapide et moins pollué.

Le Courrier de l'environnement s'affiche pour l'instant sur le bon vieux Web, celui de tout le monde (branché) et c'est très bien. Ses pages font l'objet de 3 à 4 000 appels(*) chaque semaine, depuis des lieux très divers de la Planète (parmi les plus exotiques des pays identifiables : l'Indonésie, la République dominicaine et même... la Yougoslavie). Après la Page d'accueil, ce sont La vache folle en ligne et la liste des Articles par auteur qui sont les plus visitées. Viennent ensuite les Articles par thème, l'Album, les Œuvres... Sans doute tout le monde ne parvient-il pas à afficher dans un laps de temps raisonnable les images en couleurs, voire même les dessins au trait et les listes les plus longues... Un problème de tuyaux, comme on dit en jargon, le problème du débit des lignes qui aboutissent à l'utilisateur, comme on l'a relevé plus haut. Sans avoir la prétention (ni encore moins les moyens) de satisfaire tous les curieux de notions, discussions, faits, événements, recensions, débats, schémas, dossiers, documents, etc. en agro-environnement, notre infoservice va, s'il le peut, s'enrichir de rubriques neuves, à l'instar de La vache folle en ligne, de la Fenêtre sur la campagne et l'agriculture durable, et compléter, par la mise en ligne progressive des articles parus et des On signale, son rôle de mémoire du Courrier. Un outil de recherche à partir de mots-clés (ou de mots significatifs) vient d'être mis en place pour permettre une exploitation rapide et efficace de cette accumulation de textes. Mais quelles sont vos idées et vos suggestions ?
A.F.

(*) Chaque semaine, un logiciel-robot anglais, programmé par l'INRA, dresse un état statistique de la fréquentation du site, par jour, par heure (pas très intéressant...), par domaine (type de visiteur et/ou pays), par page. Cet outil compte des requests, c'est-à-dire des accès à la page appelée par un lien hypertexte (ou seulement des tentatives d'accès ?). Il compte aussi des new hosts (nouveaux visiteurs) qui sont de 250 à 300 chaque semaine, indice de la variété et du renouvellement du visitorat. Ces chiffres traduisent fort bien, à n'en pas douter, des réalités techniques mais restent difficiles à interpréter en terme d'équivalents d'auditoire ou de lectorat...
A.F.

[R]


Les pollutions induites par l'informatique

Les réseaux informatiques qui se développent fortement pourraient avoir des effets bénéfiques sur l'environnement en réduisant l'usage de supports-papier et en épargnant des déplacements. Pourtant, les ordinateurs, censés " économiser des arbres " sont des générateurs de papier imprimé très efficaces (115 milliards de pages en 1993) et les liens tissés par courriel (e-mail) se traduisent souvent en billets d'avion... Un ordinateur de bureau consomme 250 à 350 W. Tous les ordinateurs terriens consomment autant d'électricité que le Brésil. En Suisse, 6% du courant alimente l'informatique. La fabrication d'un ordinateur de bureau emploie une énergie de 30 000 MJ, génère 60 kg de déchets et use 33 000 l d'eau (à retraiter). La construction et l'usage d'un PC ont sur l'environnement le même effet que 3 000 km parcourus en auto. L'Allemagne se débarrasse annuellement de 120 000 t de déchets informatiques, une très faible part passant par des circuits de récupération. Parmi les résidus de l'industrie des ordinateurs, le trichloéthylène et le 1, 1, 1-trichloréthane sont des polluants des aquifères, particulièrement dangereux. D'après G. Carle

[R]


Vers l'Album des textes particuliers.

Vers la page d'accueil du Courrier de l'environnement de l'INRA