Le Courrier de l'environnement n°54, septembre 2007
Le frelon chinois
Vespa velutina
Un an après la première identification à Nérac (Lot-et-Garonne) en novembre 2005, la présence du Frelon asiatique est confirmée un peu partout dans le Sud-Ouest de la France. Il s’agit de la variété Vespa velutina nigrithorax, originaire du Nord de l’Inde, de Chine et des montagnes d’Indonésie. Les adultes ont le thorax d’un brun-noir velouté, les segments abdominaux bruns bordés d’une fine bande jaune. Seul le 4e segment de l’abdomen est presque entièrement jaune orangé. Les pattes, brunes, sont jaunes à l’extrémité. La tête est noire et la face jaune orangé. On ne peut donc les confondre avec le Frelon d’Europe Vespa crabro, au corps taché de roux, de noir et de jaune et à l’abdomen rayé de noir.
En Asie continentale, l’espèce se développe
sous des climats comparables à ceux du sud de l’Europe. Elle vient
d’être signalée en Corée.
Elle serait arrivée en France de façon accidentelle, dans les
cartons de poteries importées de Chine par bateau. Elle s’y est
bel et bien acclimatée, puisqu’elle est capable d’y nidifier
et de s’y reproduire, et que les femelles reproductrices y passent l’hiver.
La canicule de l’été 2006 a sans doute été
favorable à son développement. Seul un hiver très rigoureux
pourrait entraîner la mort des femelles hivernant sous l’écorce
des troncs ou dans la terre d’un talus. L’expansion de Vespa
velutina pourrait avoir des conséquences néfastes, puisque
l’insecte est un prédateur avéré des autres hyménoptères
sociaux et plus particulièrement des abeilles. À l’automne,
il s’attaque aussi aux fruits mûrs.
Alors que le frelon d’Europe fait plutôt son nid dans un tronc creux ou sous un abri, Vespa velutina nidifie surtout dans la frondaison de grands arbres, beaucoup plus rarement dans un bâtiment, un creux de muraille ou une cavité du sol. S’il dispose d’un espace bien dégagé, il façonne un magnifique nid sphérique, beige strié de brun de 50 à 60 cm de diamètre, qui contient au plus fort de l’été plusieurs milliers d’individus. Les plus gros nids, installés très haut dans les arbres (15-40 m), acquièrent en automne la forme d’un jambon qui peut atteindre 1 mètre de haut et 80 centimètres de diamètre. Mais, après l’envol des sexués, la colonie s’affaiblit et finit par mourir durant l’hiver. Seules les futures reines survivront.
Lorsqu’une colonie est fondée près d’une
habitation, les frelons ne manifestent en général aucune agressivité.
Rien à craindre non plus des nids très haut placés sauf
pour ceux qui tentent d’en approcher ou d’en couper la branche porteuse.
Les ouvrières attaquent en effet en masse dès que l’on s’approche
à moins de 5 mètres de leur nid.
À ce jour, l’invasion est telle qu’aucune éradication
n’est envisageable. Il faut se méfier cependant… certains
journaux ou messages internet annoncent inconsidérément la présence
du Frelon asiatique un peu partout en France. Malgré sa livrée
très caractéristique, les gens inquiets le confondent avec une
multitude d’autres insectes : des espèces plus grosses comme le
Frelon d’Europe ou les Scolies (guêpes parasites de hannetons),
mais aussi d’autres guêpes, des bourdons, des abeilles charpentières
ou même… un morosphinx !
Claire Villemant
Service Hyménoptères
Muséum national d’Histoire naturelle
Dessin de couverture : Claire Brenot et Claire Villemant