Le Courrier de l'environnement n°31, août 1997

Oiseaux volés

Ce n’est pas par hasard que nous, Européens, contemporains de ces décennies de prospérité, avons appris à estimer, aimer et défendre le côté sauvage de la nature. Je me souviens d’un jeune ornithologue passionné qui n’arrivait pas à comprendre pourquoi les indigènes d’un village montagnard isolé de Nouvelle-Guinée étaient tentés de prendre les oiseaux qu’il avait capturés dans ses filets pour les consommer. Pour lui, il s’agissait d’un vol, puisqu’il se donnait la peine de ne tuer que le nombre d’oiseaux absolument nécessaire à ses investigations écologiques et de libérer le reste. Il essaya donc d’expliquer aux indigènes sa conception : en perpétuel recul, la nature constitue un bien précieux que l’on se doit de ménager et de protéger.
Pour effectuer ses recherches en ornithologie, il utilisait des filets très fins, mais indéchirables, de couleur foncée, d’une qualité et d’une efficacité que les indigènes ne pouvaient produire avec leur outillage en bois et bambou. Ces derniers étaient donc fascinés par sa réussite à la chasse et ne pouvaient pas comprendre pourquoi il n’était pas d’accord pour partager son butin. Ne s’agissait-il pas de leur forêt, et ne lui avaient-ils pas permis généreusement d’y agir à sa guise ? Leurs conceptions de la chasse divergeaient tellement qu’ils finirent inévitablement par échanger des mots peu aimables. Au bout d’une semaine, le jeune ornithologue retourna dans son laboratoire citadin en bord de la mer, où il retrouva la lumière électrique, les poulets congelés et les douches chaudes. Au village restèrent des indigènes troublés qui se demandaient, au nom du ciel, ce qu’ils avaient fait de travers.
La communication avait donc échoué alors que, malgré de considérables différences culturelles, la conception qu’avaient les villageois à ce sujet ne différait pas si radicalement de celle de leur visiteur occidental. A y regarder de plus près, les deux visions de la nature comportaient à la fois une part de jardin idyllique et une part de nature à l’état sauvage. Il faut dire que le jeune ornithologue avait surtout grandi en contact avec la nature domestiquée, c’est-à-dire le jardin idyllique, tandis que les montagnards papous se voyaient quotidiennement confrontés aux étendues sauvages. Ce qui paraissait « idyllique » au scientifique - autrement dit, une des dernières « forêts vierges intactes du monde » - signifiait pour ses hôtes « la nature sauvage ». Mais que faut-il comprendre par ces termes ? Commençons par les montagnards papous.
Le village Nokopo, où se déroula l’histoire des « oiseaux volés », se situe à une altitude d’environ 1 900 mètres dans une région de forêt vierge inaccessible de la Nouvelle-Guinée. Dans cette région rude et escarpée, les pieds restent le seul moyen de transport et l’argent n’est guère disponible. Le village est bâti sur la pente orientale un peu plus douce d’une vallée latérale, bien au-dessus d’une gorge inaccessible de la rivière Yupna. A première vue, la région semble pittoresque : un village entouré de bambous et de potagers. En revanche, à l’arrière plan, vers le sommet des montagnes et de l’autre côté de la vallée, le cadre se limite à une forêt sombre et dense.
Les indigènes de Nokopo se sont décidés pour la pente orientale plus ensoleillée. Là, le soleil dispense sa chaleur sans discontinuer pendant toute la matinée, jusqu’à ce que, vers midi, d’épais nuages montent de la vallée. La pente occidentale boisée reçoit moins de soleil et résiste également mieux aux interventions humaines (comme les essarts pour la culture des jardins) que la pente orientale amplement déboisée. Pour les habitants de Nokopo, cette dualité entre la fraîcheur de la forêt et la chaleur de leurs jardins et de la prairie, représente un principe essentiel. La forêt héberge les âmes de leurs morts. Le chasseur solitaire peut y rencontrer la « mère du grand gibier », qui protège ses petits de l’intervention humaine, ou il peut être surpris, voire tué, par les esprits des broussailles (Kocher Schmid, 1991).
La forêt est féminine mais c’est la sphère d’activité des hommes. Cette région ayant été christianisée, la chasse représente pour les indigènes le dernier véhicule de communication avec les pouvoirs de l’au-delà. La prairie et les jardins, en revanche, ont une connotation masculine et forment le domaine d’activité des femmes. La plupart des choses et des phénomènes peuvent être attribués à l’un des deux domaines : les couleurs de la terre, rouge et noir, les fruits cultivés yams et taro, en deçà et au-delà, jour et nuit, soleil et lune.

 Jürg Schmid-Kocher del.

Les habitants de Nokopo éprouvent des sentiments ambivalents envers leur forêt : d’une part, elle représente pour eux la source de tout ce qui existe et le siège des pouvoirs de l’au-delà, et par conséquent elle est un lieu qui inspire la peur. D’autre part, elle est aussi utilisée de façon intensive : elle fournit des quantités de bois pour le feu, la construction des maisons, des clôtures et des ponts ; les lianes servent à la production de matières adhésives et des parties d’autres plantes sont utilisées pour leurs vertus curatives ou nutritives. En outre, certaines plantes de rapport (par exemple le taro, le pandamus) sont cultivées dans les jardins et dans la forêt, tandis que le gibier offre un complément de protéines bienvenu. Cependant, les indigènes de Nokopo ne prennent pas particulièrement soin de la végétation : ils élargissent constamment le réseau de sentiers dans la forêt, en dégagent les bords, brûlent les déchets végétaux, décortiquent les grands arbres restants, abattent et brûlent les sous-bois. Leur attitude envers la forêt est donc pragmatique : ils créent de l’espace. Ils détruisent ce qui les dérange et enlèvent des matières utiles à l’homme afin de les transférer ailleurs. Selon eux, la forêt n’aurait pas besoin de protection, elle serait inépuisable et ses ressources se renouvelleraient sans aide humaine.
Dans les jardins, les indigènes respectent davantage la végétation : une rotation intelligente et réfléchie empêche l’appauvrissement rapide des terres. Ils entourent chaque jardin de plantes particulières écartant les bêtes nuisibles et les concurrents (par exemple les coléoptères du taro ou les cochons), ils cultivent les fruits de façon flatteuse pour les yeux, en formant des dessins (par exemple un damier composé par des cultures de patates douces à feuilles vertes et rouges), et les bois de bambou offrent non seulement l’ombre mais retiennent aussi l’eau de surface et font ainsi obstacle à l’érosion. Les indigènes n’ont pas seulement laissé des arbres sélectionnés mais en ont planté encore davantage : des arbres fruitiers et du fourrage pour les petits perroquets, d’autres plantes qui leur sont utiles, d’autres enfin pour leurs qualités esthétiques reconnues (par exemple des conifères à aiguilles larges, dont les nouvelles pousses servent à se décorer la figure). Le chaleureux pittoresque paysage champêtre constitue le lieu adapté à l’homme. Quiconque reste trop longtemps dans la forêt est considéré comme non civilisé et socialement problématique, bien que la plupart des habitants de Nokopo fuient de temps à autre le jardin idyllique civilisé et se retirent pour quelque temps dans la forêt sauvage, où ils se sentent moins soumis au contrôle social.
La forêt est donc sauvage. Les habitants de Nokopo lui enlèvent ce dont ils ont besoin - du bois, du gibier ou du feuillage - sans prendre de dispositions pour régénérer les ressources comme ils le font tout naturellement dans les jardins et la prairie. Pour un temps limité, la forêt constitue un lieu de séjour apprécié grâce à ses structures considérées comme agréables, bienfaisantes et esthétiquement satisfaisantes. Ces structures se retrouvent aussi dans les jardins et la prairie. Celui qui a la chance de trouver dans la forêt, après une averse, une branche couverte d’épiphytes, la rapportera dans le village et en déposera quelques unes (surtout des orchidées et des fougères) sur un arbre près de sa maison. Cet arbre, combiné à une plante grimpante dont les pousses flottent doucement dans le vent, avait lui-même été planté une fois et n’avait donc pas poussé spontanément. « Les arbres dans leur robe de plantes grimpantes et d’épiphytes sont beaux », assurait un connaisseur et un autre homme disait : « Nous plantons ces choses à l’intérieur d’un village afin que ce dernier prenne les airs d’une forêt car la forêt est belle à regarder ». On transporte donc des structures forestières dans les jardins et la prairie, à proximité des habitats humains, mais toutefois pas dans leur composition « sauvage » originelle. Les composants singuliers ont été sélectionnés d’après leur valeur esthétique et recomposés par la suite. Non la forêt en tant que telle, mais des parties limitées ont été transportées et recomposées afin d’apporter la structure esthétiquement satisfaisante à proximité de l’espace vital humain.
Ce genre d’action est une tradition chez les habitants de Nokopo : un des objets rituels les plus importants du passé repose sur ce principe. Il s’agit d’une composition de différentes mousses et feuilles, de plantes grimpantes avec des tuyaux de bambou et des coquilles d’œuf vidées (de poules sauvages). Cette création s’appelle « représentation des esprits des ancêtres ». Avant la christianisation, les indigènes la reproduisaient chaque année et la suspendaient à l’entrée de la maison des hommes entre deux arbres particuliers. Jadis, le matériel végétal utilisé avait été cueilli à un endroit bien précis de la forêt, « la piste de danse des esprits des ancêtres » où, normalement, personne ne mettait les pieds. A la christianisation, ce lieu a été irréparablement détruit, mais des hommes âgés décrivirent en 1987 le caractère et l’apparence de cette forêt spéciale de façon si précise que des scientifiques furent capables de découvrir l’espèce rare. Il s’agit d’une forêt avec une grande majorité de palmiers qui atteignaient rapidement leur hauteur maximale sur le sol d’un lac asséché. Les troncs poussaient côte à côte, le sol était dépourvu de végétation et inondé selon la saison. Pendant la saison sèche, lorsque les hommes entraient dans la forêt, les feuilles de couleur pourpre éclatant de cette espèce d’arbre, qui composait la majorité de la canopée, étaient éparpillées sur la sol nu et sec ; il faisait sombre, et l’on ne voyait pas loin entre ces troncs denses. Les hommes décrivaient leur séjour dans la forêt comme funèbre et inquiétant. « La piste de danse des esprits des ancêtres » symbolisait la forêt sauvage, non touchée par l’homme, à l’exception des rites contrôlés et limités. Elle constituait le foyer et le siège des pouvoirs surnaturels qui, ainsi que la forêt sauvage, se trouvent en dehors de la sphère d’influence et de contrôle humains.
La composition des matériaux enlevés annuellement de la « piste de danse » symbolisait la « représentation » des esprits des ancêtres au centre de la sphère d’influence humaine, à côté de la maison des hommes. L’incarnation de la forêt sauvage, l’essence de ce qui la représente pour les hommes de Nokopo, a été concentrée de nouveau et résumée par une forme plus concrète et ainsi moins dangereuse. Les indigènes ont donc adopté la nature sauvage et intégré une forme domestiquée de ses structures agréables et esthétiquement satisfaisantes dans leur vie quotidienne : ils ont transformé la contrée sauvage en un lieu idyllique. Par conséquent, les jardins idylliques représentent une contrée sauvage domestiquée et concrète. Ils ne contiennent que les aspects agréables pour l’homme mais quelque chose émane pourtant de leur entité dangereuse d’origine. En général, cet aspect forme justement ce charme idyllique.
De telles transpositions et recompositions concrètes de la nature sauvage se retrouvent non seulement dans les villages mais aussi, par exemple, dans les jardins familiaux de la région bâloise. Pour une grande partie des habitants du Nord-Ouest de la Suisse, région densément peuplée, ces jardins offrent souvent la seule possibilité de s’occuper activement de la nature, de la former à leur goût  (1). Dans leur division plutôt unitaire, les jardins privés sont généralement partagés en trois. Au premier plan se trouve la partie représentative avec les plates bandes à fleurs multicolores qui longent les sentiers publics ou semi-publics. Dans le fond, à proximité de la petite maison et caché de l’extérieur, la plupart des jardiniers ont créé un espace individuel privé. Entre ces deux parties se trouve le véritable potager ou/et un assemblage de plantes d’ornement plus ou moins visible de l’extérieur.
Le plus souvent dans l’espace privé, parfois aussi dans le domaine semi-public, les jardiniers ont cultivé des paysages miniatures (80 jardins sur 369, c’est-à-dire environ 22% des jardins examinés ; 21 jardins font même preuve de deux reproductions de paysages différents). Les jardins rocailles (43) connaissent la plus grande popularité, suivis des biotopes humides (32). Ces paysages condensés représentent des lieux de créativité personnelle.

Les jardins alpins et rocailles ont une tradition longue d’un à deux siècles, remontant aux recherches documentées sur les Alpes, qui furent les dernières contrées sauvages d’Europe. A la fin du XIXe siècle, la synthèse entre la botanique et l’alpinisme et la collection populaire de plantes alpines adoptèrent de telles formes que l’on dut prendre des mesures contre l’extinction de certaines espèces. Dès le début, il s’agissait de cultiver des jardins alpins non seulement pour des raisons scientifiques mais aussi pour vaincre la nature sauvage en la transformant en un jardin idyllique. Le botaniste et alpiniste Kerner (1864 : 1) écrit dans l’introduction de son fameux livre Culture des plantes alpines « combien ‘d’invalides botaniques’ voudraient bien faire apparaître une flore alpine pittoresque devant leurs fenêtres ou dans leur jardin, lorsqu’un jour leur vieillesse ne leur permettra plus de se rendre sur les versants de montagnes lointaines » (2).
Dans les jardins rocailles, les familles plantaient en 1994 et 1995 des fleurs alpines typiques comme la gentiane, les immortelles des neiges ou les chardons argentés. Elles créaient aussi souvent l’idée de la végétation alpine en arrangeant des pierres, des racines, des coussins de fleurs de petite taille et des plantes précieuses (par exemple l’orchidée), sans que les éléments appartiennent forcément à la flore alpine. Souvent, les plantes choyées dans les jardins rocailles ont été trouvées dans la nature sauvage ainsi que les racines ou les pierres ramenées des randonnées en montagne.
Ces dernières années, suite aux promotions et aux recommandations de certains biologistes, le biotope humide a évolué dans la région de Bâle en « biotope » et « lieu naturel » tout simplement. Par conséquent, un biotope humide, une petite flaque avec la flore correspondante, symbolise pour les familles « la nature » en sa forme la plus pure. Les surfaces d’eau enrichissent d’ailleurs aussi les jardins par la dimension animale : la grenouille, le triton et la couleuvre à collier jouissent de la popularité générale, et les jardiniers savent exactement combien d’individus de tel ou tel genre s’ébrouent dans leurs eaux. Contrairement au jardin rocaille, le biotope humide ne contient guère de plantes collectées par le jardinier lui-même mais des plantes achetées dans le centre d’horticulture.
Généralement, on constate que les paysages de l’Europe centrale ont été influencés considérablement par l’être humain depuis des siècles ; la véritable nature sauvage (comme la forêt vierge de Nokopo) n’existe presque plus, et ce que l’on appelle ordinairement « la nature » forme le paysage culturel anthropogène, comme l’avaient construit les paysans avant la mécanisation de l’agriculture (différents types de forêt, de prés et de pâturages). L’entité des jardins familiaux représente une reconstitution et une idéalisation de ce paysage de culture agricole (Kocher Schmid, 1996). Les paysages condensés, composés de pièces soigneusement sélectionnées selon des critères esthétiques, se retrouvent au milieu de cette reconstruction et idéalisation. La notion tant soit peu perceptible du danger d’origine d’un tel paysage sauvage a aussi sa valeur. Sous le titre « Idées pratiques pour notre alpinum », l’organe officiel des jardiniers privés écrit : « Par le voisinage bien équilibré de plantes en fleurs simultanément et harmonisées entre elles, nous créons de multiples effets de couleurs attrayants. Autour du jardin rocaille, flotte un certain charme sauvage. » (A.A., 1970 : 117 sqq.). L’examen des jardins rocailles privés de Bâle permet de constater : « Ici, dans cet espace le plus étroit, on combine des plantes et des pierres qui, dans la nature, se trouvent souvent loin les unes des autres. Dans ce monde sublime et sauvage des montagnes, l’homme risque de se perdre entre les immenses parois rocheuses et les crevasses profondes. Le jardin rocaille, en revanche, en représentent une ‘version de poche’ confortable, il est aimable, sans danger, et, de toute façon, à parcourir des yeux : l’Engadine se trouve à côté du Valais et devant l’Oberland bernois » (Suter, 1995 : 23-24).
Le charme sauvage du jardin rocaille est perceptible, ce qui n’est toutefois pas vrai pour le biotope humide. Car il ne s’agit pas de la transposition d’une expérience vécue, mais d’une nature sauvage redimensionnée et rendue accessible par des spécialistes. Le cœur idyllique d’une nature idyllique en d’autres termes, car les biotopes humides aux sentiers tortueux et aux passerelles cocasses, tels que de nombreuses communes et organisations privées les aménagent et les entretiennent, représentent déjà une nature domestiquée et recomposée. En conséquence, il n’est que logique que les éléments particuliers, dont on a besoin pour construire un biotope humide dans son propre jardin, puissent être achetés dans le département « plantes aquatiques et biotope » du commerce.
Revenons au jeune ornithologue du début. Le scientifique ne trouve guère sa nature idyllique dans un jardin rocaille mais dans les contrées sauvages de cette planète. Globalement, cette nature vierge est devenue de plus en plus restreinte et il est toujours plus difficile de s’y perdre. En d’autres termes, ces derniers restes se sont réduits aux jardins idylliques pour les observateurs et visiteurs occidentaux. Et c’est là qu’a commencé le grand malentendu entre le jeune ornithologue et les montagnards de Nokopo : pour ces derniers, la forêt sauvage renferme des dangers considérables. S’y casser la jambe entraîne pour un jeune indigène des conséquences imprévisibles durant le reste de sa vie. Il aura toujours du mal à marcher et ses activités ainsi que sa qualité de vie seront dramatiquement limitées. Pour son visiteur occidental, le même accident signifierait qu’un hélicoptère l’emmènerait à l’hôpital, où il serait soigné dans les règles de l’art. Néanmoins, le jeune indigène pourrait profiter en théorie du même service, mais seulement en théorie car il ne serait même pas capable de payer le déplacement et encore moins les coûts ultérieurs.
La nature sauvage s’est contractée en jardin idyllique pimenté d’une pointe de danger non seulement pour le jeune ornithologue mais aussi pour le reste de la population nantie du monde. Pour l’instant, ceci représente le dernier stade d’une évolution qui a commencé il y a plus de 200 ans en Angleterre : « By the end of eighteenth century, therefore, the old preference for a cultived and man-dominated landscape had been decisively challenged. Encouraged by the ease of travel and by immunity from direct involvement in the agricultural process, the educated classes had come to attach an unprecedented importance to the contemplation of landscape and the appreciation of rural scenery ». (Thomas 1987 : 267)3.


[R] Bibliographie

A.A., 1970. Praktische Hinweise für Alpinum. Der Gartenfreund (Bâle), 6, 117-121.

Kerner A. (Von Marilaun), 1964. Die Cultur des Alpenpflanzen. Insbruck : Verlag des Wagnerischen Universitäts-Buchhandlung.

Kocher Schmid C., 1991. Of people and plants : a botanical ethnography of Nokopo village, Madang and Morobe Provinces, Papua New Guinea. Basel : Wepf Verlag/Museum für Völkerkunde (Basel Beiträge zur Ethnologie, 33).

Kocher Schmid D C., 1996. Asthetische Präferenzen im Umgang mit Pflanzen. in LESCH WALTER : Oekologie zwischen Kommunikation und Aesthetik. Birkhaüser, Bâle/Boston/Berlin, pp.149-173.

Suter D., 1995. Steingärten : eine Studie im Familien gartenareal Spittelmatt. (Feldforschungsübung SS 1995, Seminar für Volkskunde der Universität Basel - Prof. Dr. Ch. Burckhardt-Seebass. Manuskript).

Thomas K., 1987 (1983). Man and the natural world : changing attitudes in England 1500-1800. Penguin, Harmondsworth.


[R] Notes

1. La ville de Bâle compte environ 6 000 jardins privés organisés en associations et encore environ le même nombre de jardins non-associés ou organisés différemment. On peut donc en conclure qu’environ 12 000 familles possèdent un tel jardin et qu’elles cultivent à peu près 240 hectares.[Vu]

2. Ces considérations historiques se fondent sur Daniel Suter (1995 : 7-11). [Vu]

3. « C’est vers la fin du XVIIIe siècle que le défi de culture et de domination de la terre, vieux désir de l’homme, a été relevé de façon décisive. Encouragées par la facilité de voyager et sans tenir compte du processus agriculturel, les classes instruites ont attribué une importance sans précédent à la contemplation du paysage et à l’appréciation de la scène rurale. » [Vu]


Traduit de l’allemand par Marc-Olivier Gonseth


Cette étude est fondée sur deux types de recherche : des recherches sur le terrain en Papouasie-Nouvelle-Guinée (1986-1987), financées par l’Académie suisse des sciences humaines et sociales ; et le projet « L’esthétique des plantes » comprenant des investigations dans les jardins privés bâlois (1994-1995), projet coordonné par le module 3 « Biodiversité » du programme « Environnement » du Fond national suisse et financé par la Fondation « Homme Société Environnement » de l’Université de Bâle. Nous présentons nos chaleureux remerciements aux institutions intéressées pour leur soutien généreux et leur confiance.

Article repris de Natures en tête, recueil publié par le Musée d’ethnographie de Neuchâtel (Suisse) en 1996, avec l’aimable autorisation de l’éditeur.
Marcol.Gonseth@men.unine.ch