Le Courrier de l'environnement n°3, janvier 1988

L'INRA L'environnement et le génie génétique


Guy Paillotin, Directeur Général Adjoint chargé des questions scientifiques, a le 23 octobre dernier installé la Commission "Génie Génétique et Environnement" qu'il préside.
Après avoir rappelé les missions . données à cette commission interne par le Président-Directeur général (cf. le Courrier de la Cellule Environnement n°2, rubrique "Brèves"), il les a situées dans différents contextes.
Le Directeur Général Adjoint a notamment confirmé l'importance des enjeux que constituent pour le développement du génie génétique et pour l'application des résultats de la recherche, les questions de reconnaissance préalable et de maîtrise des conséquences on des risques induits par l'utilisation dans la pratique courante d'organisme modifiés gènètiquement (O.M.G.), et celles touchant plus particulièrement à la sécurité des expérimentations.
I1 a par ailleurs indiqué que la Direction de l'Institut entendait bien que soit pleinement assuré à tous les niveaux de l'INRA le relais de la responsabilité globale qu'elle assure face à ces enjeux.
L'évaluation des impacts et la sécurité de l'expérimentation font partie intégrante du travail de recherche
I1 n'est en effet pas de travaux de recherche qui ne posent des questions de risques éventuels et de sécurité à court, moyen ou long terme, notamment par rapport à l'environnement. Les technologies naissantes en suscitent plus que tout autre.
S'agissant des conséquences de la diffusion des OMG et donc des risques potentiels, une analyse prospective, la plus objective possible est nécessaire dès les premiers stades de la recherche ; elle doit être continuellement réactualisée et affinée en fonction du développement des travaux. Sur ce plan la Commission a une responsabilité en matière de conseil et de méthodologie.
Pour ce qui concerne la sécurité de l'expérimentation, les chercheurs en assument la responsabilité première et ses conditions doivent clairement apparaître dans les protocoles.
Le laxisme serait en effet une attitude indéfendable. I1 conduirait tôt ou tard à des blocages et pourrait provoquer des craintes extrêmement nuisibles. D'autre part des dispositions imposées de l'extérieur, sous la pression d'opinions mal informées et sur la base de dossiers scientifiques mal étayés risqueraient d'être à la fois inopérantes et incompatibles avec le développement de la recherche ou son application.
Des travaux de nature scientifique doivent donc être entrepris dans le cadre même de la recherche et la préoccupation présente à l'occasion de chaque programme particulier et de son évaluation. Cette responsabilité est notamment du ressort de chaque chercheur et des instances de direction de la recherche.
Ces démarches, de la compétence des organismes scientifiques complèteront ainsi les réflexions et débats de nature politique, sociologique et éthique qui ont, eux aussi, leur importance mais ne sont pas du ressort principal de l'Institut.

Dans le domaine agro-alimentaire les problèmes des risques généraux et de sécurité de l'expérimentation présentent par rapport à ceux connus dans d'autres domaines (industriels, nucléaire, par exemple) des particularités certaines.
Les résultats de la recherche agro-alimentaire sont en général destinés à être mis en application sans dispositif particulier de confinement, mis en oeuvre selon les modalités propres à l'agriculture et introduits dans des systèmes ouverts, largement interdépendants et très incomplètement connus et maîtrisés
Les types de risques touchent à au moins deux domaines : la sécurité alimentaire et les effets sur l'environnement et les milieux. Ils peuvent se développer sur de longues périodes et provenir d'effets de synergie inattendus et indésirables.
Par ailleurs et sur le plan strict de l'activité de recherche, les techniques de base sont relativement simples à acquérir et l'expérimentation d'accessibilité facile.
Cette situation impose l'élaboration de démarches intellectuelles claires et rigoureuses, ainsi que la mise en oeuvre de dispositifs procurant théoriquement comme en pratique une sûreté optimale. Elle réclame aussi un effort scientifique, prospectif et évaluatif accru et permanent qui doit intégrer notamment l'exploration des conséquences économiques et sociales.
I1 est donc impératif que les chercheurs acceptent et prennent en charge des objectifs qui dans un premier temps pourraient apparaître comme des contraintes.

Ces démarches sont de la responsabilité pleine et entière de la recherche publique.
Les questions de sécurité alimentaire comme celles concernant l'environnement sont de la responsabilité première de l'état. Par ailleurs l'ampleur réelle ou supposée des risques leur donne d'emblée une dimension socio-politique.
Plus que tout autre, la recherche publique doit y soumettre de façon exemplaire ses programmes et ses travaux.
Pour ce qui le concerne, l'Institut doit devenir une référence tant en ce qui concerne la sécurité de l'expérimentation qu'en ce qui touche à la maîtrise des risques pouvant apparaître lors de la mise en oeuvre des résultats acquis par la recherche agronomique.
L'intégration rigoureuse, explicite et générale de ces dimensions dans les problématiques scientifiques est néanmoins une pratique neuve.
Par certains côtés spécifiques, les questions posées en matière de risques par la recherche agro-alimentaires sont encore mal cernées. Les solutions ne sont pas, pour l'instant, totalement acquises aux plans scientifiques, méthodologiques et expérimentaux. C'est donc un domaine à explorer avec rigueur, et en y consacrant dès maintenant un effort suffisamment important pour se placer rapidement en position de leader.
La Commission "Génie Génétique et Environnement" jouera sur ce plan un rôle important tandis que les différentes instances de pilotage de la recherche auront à l'appuyer.
I1 confirme enfin que la compétence de la Commission touche tout les secteurs scientifiques de l'Institut.
Les travaux de la Commission ont ensuite porté sur, notamment, les conditions de fonctionnement et de mise en oeuvre de ses missions, ainsi que sur l'examen de deux programmes . l'étude des risques de relargage d'O.M.G. sur la base du modèle proposé par un rhizobium et un projet de lutte biologique par l'utilisation d'un mutant avirulant d'une bactérie phytopathogène.

Contact : Alain Deshayes, Secrétaire Général de la Commission "Génie Génétique et Environnement" (1)-42-75-90-00.
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