Dura lynx, sed lynx
C'est à Jacques Lecomte, Président de la Cellule Environnement
de l' INRA qu'a été confiée par le Secrétaire
d'État chargé de l'Environnement, "une mission dans le
département de l'Ain, et si nécessaire dans les régions
voisines, pour évaluer les problèmes que pose la coexistence
du lynx et des activités pastorales et cynégétiques''
En effet, "une situation particulière est apparue ces derniers mois
dans le département de l'Ain, où des dégâts plus
importants ont été constatés chez certains éleveurs
qui ont demandé que soient prises des mesures spécifiques.
Cette situation serait liée pour partie aux conditions d'élevage
locales, qui rendent semble-t-il les troupeaux plus vulnérables. Il
n'est pas exclu qu'elle soit aussi le fait d'une surdensité
localisée ou d'anomalies de comportement chez certains animaux."
Outre une enquête sur le terrain auprès des différentes
parties concernées, Jacques Lecomte est chargé de faire "toutes
propositions en vue de rendre conciliable l'existence d'une espèce
sauvage qui fait partie de notre patrimoine national avec la présence
et les activités humaines".
Durant ces deux derniers mois, une quarantaine de moutons ont été
égorgés par les lynx dans le Haut-Bugey (Ain).
Les lynx sont des animaux protégés dans notre pays, et les
éleveurs de moutons, qui sont souvent des chasseurs, protestent contre
l'impossibilité à se faire justice à coups de fusil.
D'où querelle ! Selon Jacques Lecomte, il s'agit plus de dissensions
entre des hommes (éleveurs et protecteurs de la nature) qu'un
problème entre moutons et lynx. En effet, la situation actuelle, si
l'on se réfère à l'expérience suisse (les lynx
du Jura viennent des populations réintroduites en Suisse), correspond
à une phase transitoire. Quand ils colonisent un nouveau territoire,
les lynx sont plus nombreux et souvent plus agressifs. Mais cela devrait
se stabiliser au fur et à mesure que les populations s'installent.
En attendant, il convient de prendre les mesures nécessaires pour
indemniser correctement les éleveurs, et pour mettre en place des
procédés dissuasifs (colliers à pointes pour les moutons,
par exemple) permettant de protéger les troupeaux.
I1 est essentiel de "calmer le jeu" dans le Jura si l'on veut réussir
à réintroduire le lynx en France, comme on le fait actuellement
dans les Vosges. Après avoir détruit la nature, l'homme a enfin
admis qu'il fallait la reconstruire.
Mais cette reconstruction doit se faire intelligemment, et la gestion de
prédateurs comme le lynx nécessite un suivi attentif.