Le lynx est apparu très tôt dans l'univers de l'homme, puisqp'il
est représenté dés l'époqpe préhistoriqpe
dans les dessins qui ornent les parois des grottes. Il fait ainsi partie
du bestiaire de Lascaux.
À l'égal de tous les animaux sauvages qui exercent sur l'homme
une fascination liée aux pouvoirs exceptionnels qu'on leur attribue,Le
lynx est à la fois craint et respecté. Jusqu'au Moyen-âge,
on le chasse pour s'emparer de ses griffes et de ses dents, qui servent alors
d'amulettes. La pierre ligurienne, réputée pour soigner les
problèmes de vessie, est vendue pour de l'urine de lynx
cristallisée.
Peu à peu, la méconnaissance de l'animal fait naître
chez certains une terreur superstitieuse et la légende du loup-cervier
apparaît : le lynx se transforme en un loup à robe
zébrée ou mouchetée qui attaque ses proies (des cerfs)
pour n'en consommer que la cervelle.
À partir de cette époqpe (XIIéme siècle environ),
la confusion dans les archives est totale en matière de dégâts
sur les troupeaux; les méprises entre lynx, loups et chiens sont
fréquentes et l'attribution du forfait est souvent mise sur le compte
de la "bête sauvage".
Dés le XVIème siècle, 1'éradication des grands
prédateurs, considérés comme nuisibles, commence.
Piégeage et empoisonnement provoquent le repli de l'espèce
vers les régions montagneuses moins accessibles. L'apparition des
armes à feu au XVIIIème siècle, ainsi qu'un engouement
pour la mode de la fourrure réduisent encore l'aire de répartition
du lynx. Simultanément, le défrichement et la disparition des
grands massifs forestiers entraînent la raréfaction de sa principale
ressource alimentaire, les ongulés.
C'est ainsi qu'au début du XXème siècle, le Lynx d'Europe
est en voie de disparition et ne subsistent que quelques noyaux de populations
isolées en Yougoslavie, Tchécoslovaquie, Norvège et
Finlande.
Dans les années 30, la prise de conscience de l'extinction de
l'espèce déclenche des campagnes de protection et de
réintroduction dans les différents pays concernés. Un
Groupe Lynx International est constitué, qui s'emploie à
protéger le lynx.
En France, la réintroduction de lynx d'Europe débute en 1983.
En quatre ans et dans le cadre d'un programme scientifique, douze animaux
capturés dans les Carpates slovaques sont lâchés en
Alsace.
Le comité de suivi de l'opération s'efforce aussi de maintenir
un consensus local, sans toutefois éviter que des opposants au projet
tentent d'en contrarier la réalisation. C'est ainsi qu'en octobre
87, la première femelle ayant mis bas a été abattue
par des braconniers.
Parallèlement, des lynx issus pour certains seulement, des
réintroductions faites en Suisse colonisent progressivement les massifs
français du Jura et des Alpes. Les conflits entre éleveurs
et protecteurs viennent relancer le débat.
-depuis qpelques mois (voir Problématiques et débats, courrier
cellule environnement n°5 : Dura lynx, sed lynx). On sait depuis peu
qu'à côté des lynx suisses, une population de plusieurs
caracals (1) s'est installée dans
le Jura français, ainsi, semble-t-il aussi, que des lynx d'Europe
imprégnés, c'est-à-dire habitués à
l'homme.
Au départ, la réintroduction de ce prédateur dans notre
pays a été défendue sur un plan d'ordre essentiellement
éthique, l'objectif étant de protéger l'espèce
et de valoriser le patrimoine naturel du Massif Vosgien. Des arguments techniques
sont venus soutenir la thèse. Le lynx se nourrissant principalement
d'ongulés, on observe en sa présence la dispersion des
ongulés sauvages groupés lors du gagnage, et la diminution
par là même des dégâts qu'ils font sur les plantations.
Par ailleurs, des études menées par l'Office National de la
Chasse tendent à montrer que le lynx pourrait exercer un rôle
dans la dynamique des populations de chevreuils par un prélèvement
axé essentiellement sur des femelles adultes et très
âgées.
Les résultats sont encore insuffisants pour mettre en avant cet argument,
mis les recherches se poursuivent afin de définir plus
précisément le rôle que peut avoir un superprédateur
et l'intérêt pratique de maintenir une faune diversifiée
au sein.
Note
(1) Caracal : (nom d'origine turque
= oreille noire), proche parent du lynx, dont la distribution est essentiellement
africaine et proche- ou moyenne-orientale. [VU]
D'après les documents de V. Herrenschmitt, Office National de la Chasse, station de Thannenkirch (Haut-Rhin).